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Full text of "Bulletin de la Socit nationale d'acclimatation de France"

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BULLETIN 

DE    LA 

SOCIÉTÉ   NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 


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'mprimeries  réunies,  A,  rue  Mignon,  2,  Paris 

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BULLETIN 

DE    LA 

SOCIÉTÉ   NATIONALE 


D'ACCLIMATATION 

Fondée  le  10  février  1854 

RECONNUE  ÉTABLISSEMENT  D  UTILITÉ  PUBLIQUE 

PAR   DÉCRET   DU   26   FÉVRIER    1855 


3«     SÉRIE  —  TOIVI 

[E    X 

'NÉE 

SOGJ 

LILLE, 

1883 

TRENTIÈME     AN 

AU 

PARIS 

SIÈGE    DE    LA 

HÔTEL  LAURAGUAIS,    RUE   DE 

ÉTÉ 

19 

1883 


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SOCIETE   NATIONALE 

D'AGCLIMATATION 


I>E     FFIAIXOE 


■  ORGANISATION  POUR  L'ANNÉE  1883 

Conseil.  —  Délégués.  —  ilniiimissinns.  —  Bureaux  des  Seclions. 


CONSEIL  D'ADMINISTRATIOiN  POUR  1888 


BUFtEA.TJ 

Président. 

MM.  H.  BOULEY  (C.  ^),  Membre  de  l'Instilut  (Académie  des  sciences) 
et  de  l'Académie  de  médecine,  professeur  au  Muséum  d'his- 
toire naturelle,  inspecteur  général  des  Écoles  vétérinaires. 

Vice-présidents. 

MM.  Ernest  COSSON(0.  ^),  membre  de  rinstitut(Académie  des  sciences), 
ancien  conseiller  général,  membre  du  conseil  d'administration 
de  la  Société  botanique  de  France. 

Le  comte  d'ÉPRÉMESNlL  (^),  propriétaire. 

De  QUATREKAGES  (C.  *),  membre  de  l'Institut  (Académie  des 
sciences),  professeur  au  Muséum  d'histoire  naturelle. 

Le  marquis  de  SINÉTY,  propriétaire. 

Secrétaire  général. 

M.  Albert  GEOFFROY  SAL\T-HILAIRE  (^),  directeur  du  Jardin 
zoologique  d'Acclimatation  du  Bois  de  Boulogne. 

Secrétaires. 

MM.  E.  DUPIN  (^),  Secrétaire  pour  l'intérieur,  ancien  inspecteur  des 
chemins  de  fer. 
ç;^  Maurice  GIRARD,  Secrétaire  du  Conseil,  docteur  es  sciences, 

g  C.   RAVERET-WATTEL  {Q  A.),  Secrétaire  des  séances,  sous-chef 


de  bureau  au  ministère  de  la  guerre. 
<^  P.-L.-II.  FLURY-HÉRARD  (^),  Secrétaire  pour  l'étranger,  banquier 

"""  du  corps  dipiomaliqne. 

Ou 


VI  SOCIETE   NATIONALE  D  ACCLIMATA.TION, 

Trésorier. 

M.  Saint-Yves  MÉNARD,  sous-direcleur  du  Jardin  zoologique  d'Accli 
matation  du  Bois  de  Boulogne,  professeur  à  l'École  centrale 
es  arts  et  manufactures. 

ïîSftjj  Archiviste-bibliothécaire. 

M.  Amédée  BERTHOULE,  avocat,  docteur  en  droit. 

IVIEINIBFIES    OU    OONSEIL. 

MM.  Camille  DARESTE,  docteur  es  sciences  et  en  médecine,  directeur 
du  laboratoire  de  tératologie  à  l'École  pratique  des  hautes 
études. 

Aimé  DUFORT  (^  A.),  directeur  des  domaines. 

Alfr.  GRANDIDIER  (^),  voyageur  naturaliste. 

Henri  LABARRAQUE  (^),  docteur  en  médecine,  propriétaire. 

Alph.  LA  VALLÉE  (0.^),  membre  de  la  Société  nationale  d'agri- 
culture'de  France,  président  de  la  Société  nationale  et  cen- 
trale d'horticulture  de  France. 

Edouard  MÈNE  (^),  docteur  en  médecine,  médecin  de  la  maison 
de  santé  de  Saint- Jean-de-Itieu. 

A.  MILNE  EDWARDS  (^),  membre  de  l'Institut  (Académie  des 
sciences,   professeur  au  Muséum  d'histoire  naturelle. 

P. -A.  PICHOT,  directeur  de  la  Revue  britannique. 

Edgar  ROGER,  conseiller  référendaire  à  la  Cour  des  comptes. 

Le  marquis  de  SELVE  (^),  propriétaire. 

Léon  VAILLANT  (^),  professeur  au  Muséum  d'histoire  naturelle. 

Henry  de  VILMORIN  (^),  ancien  membre  du  tribunal  de  commerce 
de  la  Seine. 

Vice-présidents  honoraires. 

MM.  le  prince  Marc  de  BEAUVAU  (0.  ^),  propriétaire,  ancien  con- 
seiller général. 
RICHARD  (du  Cantal),  ancien  représentant  du  peuple,  propriétaire. 

Membres  honoraires  du  Conseil. 

MM.  Fréd.   JACQUEMART  (^),  manufacturier,  membre  de  la  Société 
nationale  d'agriculture  de  France. 
De  RUFZ  de  LAVISON  (0.  ^),  membre  de  l'Académie  de  méde- 
cine. 


Agent  général. 
M.  Jules  GRISARD  {U  A.),  gérant  des  publications  de  la  Société. 


ORGANISATION. 


Y|[ 


OËLËGUËS  DU  CONSEIL  EN  FRANCE 


Boîilogne-s.-M  ,MM.Carnier-Adam. 
Douai,  L.  Maurice. 

Le  Havre,  Henri  Dela- 

ROCHE. 


La  Roche-sur- Yon,  MM.  I).  Golrdix. 
Poitiers,  Malapert  père 

Saint-Quentin,        Theillier-Ues- 

JARD1NS. 


DELEGUES  DU  CONSEIL  A  L'ÉTRANGER 


Cernay{khm),mi.  A.  Zurcher. 
Mexico,  Ghassin. 

Milan,  Gh.  Brot. 

New-Orleans,  Ed.  Sillan. 
Odessa,  P.  de  BouRakoff. 

Pesth  (Hongrie),  Ladislas  DE  Wagner. 


Québec,  MM.  Henry  Joly   de  ïiOT- 

BIN1ÈRE. 

Rio-Janeiro,  De  Gapanë.ma 

Téhéran,  Tholozan. 

Wesserling,  Gros-Hartmann. 


COMMISSION    DE    PUBLICATION 

MM.  le  Président  et  le  Secrétaire  général,  membres  de  droit. 
D'  E.  GossoN,  Vice-Président. 
E.  DuPiN,  Secrétaire  pour  l'intérieur. 
Maurice  Girard,  Secrétaire  du  Conseil. 
Raveret-Wattel,  Secrétaire  des  séances. 
Flury-Hérard,  Secrétaire  pour  l'étranger. 
Saint-Yves  Ménard,  Trésorier. 

olctur^Ed' MÈNE,  I  ^''''^''''  ^^  ^^"^^^^• 

COMMISSION  DES  CHEPTELS 

MM.  le  Président  et  le  Secrétaire  général,  membres  de  droit. 


Membres  pris  dans  le  Conseil. 

MM.  Amedée  Berthoule. 
Maurice  Girard. 
Saint-Yves  Ménard. 
Docteur  Ed.  Mène, 
H.  de  Vilmorin. 


Membres  pris  dans  la  Société. 

MM.  De  Barrau  de  Muratel 
Xav.  Dybowski. 
Jules  Fallou. 
Jules  Gautier. 
Paillieux. 


COMMISSION  DES  FINANCES 
MM.  le  Président  et  le  Secrétaire  général,  membres  de  droit. 


MM.  Amédée  Berthoule. 
Aimé  DuFORT. 


MM.   Eug.  DupiN. 

Saint-Yves  Ménard. 


VIII 


SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 


COMMISSION  MÉDICALE 
MM.  le  Président  et  le  Secrétaire  général,  membres  de  droit. 


MM.  E.  Hardy. 

H.  Labarraque. 
Marais. 


MM.  Edouard  3IÈNE. 

Saint-Yves  Ménard. 
Léon  Vaillant. 


COMMISSION  PERMANENTE  DES  RÉCOMPENSES 

MM.  le  Président  et  le  Secrétaire  général,  membres  de  droit. 
Délégués  du  Conseil. 


MM.  H.  Labarraque. 
Amédée  Berthoule 


MM.  Raveret-Wattel. 
Marquis  de  Sinéty 

Délégués  des  sections. 

Première  section.   —  Mammifères.   —  MM 
Deuxième  section.  —  Oiseaux.  — 

Troisième  section.  —  Poissons,  etc.  — 
Quatrième  section. —  Ins'xtes.  — 

Cinquième  section. —  Végétaux.       — 


Saint- Yves  Ménard. 
C.  Millet. 
Amédée  Berthoule. 
Jules  Fallou. 
Docteur  E.  Mène. 


BUREAUX  DES  SECTIONS 


1'^  Section.  —  Maniniirèrcs. 

MM.  Geoffroy  St-Hilaire,  d.  du  Cons. 

E.  Becroix,  président. 

Saint- Yves  Ménard,  vice-président. 

Gautier,  secrétaire. 

Xav.  Dybowski,  vice-secrétaire. 

Z^  Section.  —  Oiseaux. 
MM.  Edgar  Roger,  dél.  du  Conseil. 
C.  Millet,  président. 
Baron  d'Avène,  vice-président. 
Sturne,  secrétaire. 
Vicomte  d'Esteri)o,  vice- secrétaire. 

5*^  Section. 


3'^   Section.  —  Poissons,  ete» 

MM.  L.  Vaillant,  délégué  du  Conseil 

et  président. 
DeBarrau  de  Muratel  ,vice-président. 
Banmeyer,  secrétaire. 
L.  Vidal,  vice-secrétaire. 

4*  Section.  —  Insectes. 
MM.  Maurice  Girard,delégué  du  Con- 
seil et  président. 
Jules  Fallou,  vice-président. 
A.-L.  Clément,  secrétaire. 
Xav.  Dybowski,  vice-secrétaire. 

-  végétaux. 


MM.  Alph.  LdivaWée,  délégué  du  Conseil 
Henri  de  Vilmorin,  président. 
Paillieux,  vice-président. 
Jules  Grisard,  secrétaire. 
Jean  Dybowski,  vice-secrétaire. 


YINGT-HUITIÊfflE  LISTE  SUPPLÉMENTAIRE  DES  MEMBRES 


Admissions  Jii  19  mai  1882  au  25  mai  1883. 


ACLOQUE  (André),  53,  rue  de  Lisbonne,  à  Paris. 

Allard  (Jules),  60,  rue  de  Londres,  à  Paris. 

Armet  de  LiSLE,  industriel,  à  Nogent-sur-Marne  (Seine). 

Aron  (Henri),  U,  rue  de  Grammont,  à  Paris. 

Aron  (Jules),  90,  rue  Lafayette,  à  Paris. 

Aronssohn  (Léon),  propriétaire,  à  Lagny-le-Sec  (Oise). 

Babault  de  Lépine,  à  Douvy,  près  Brézé  (Maine-et-Loire). 

Baillet  (V.),  40,  rue  de  Laborde,  à  Paris. 

Bailly  (Louis-Joseph),  chef  de  bataillon  en  retraite,  14,  rue  Charles  Laf- 

fitle,  à  Neuilly  (Seine). 
Banmeyer,  17,  rue  de  Chateaudun,  à  Paris. 
Baré  (docteur  E.),  à  Nort  (Loire-Inférieure). 

Barratt  (le  B.  A.  A.),  Glenwood  Thames  Ditton,  Surrey  (Grande-Bre- 
tagne). 
Bass  (W.-J.-M.  de),  notaire,  à  la  Haye  (Pays-Bas). 
Beauciiaine  (Gustave),  à  Châlellerault  (Vienne). 

Bellecombe  (André  de),   homme  de   lettres,  43,  rue  Jacques  Dulud,  à 
Neuilly  (Seine). 

Benoit  (^Constant),  avoué,  4,  avenue  de  l'Opéra,  à  Paris. 

Bernard  (Henri),  industriel,  à  Ambert  (Puy-de-Dôme). 

Bertheol,  7,  rue  de  Poitou,  à  Paris. 

Bertoni,  rédacteur  de  la  Revue  scientifique  suisse,  à  Loltigna,  Tessin 
(Suisse). 

Binet,  40,  rue  de  Prony,  à  Paris. 

Blancherais  (H.  de  la),  conseiller  municipal,  à  Cannes  (Alpes-Maritimes). 

Blignières  (de),  homme  de  lettres,  38,  r.  de  Longchamps,  à  Neuilly  (Seine). 

Blocmann  (Henri),  chirurgien-dentiste,  18,  rue  des  Pyramides,  à  Paris. 

Blot  (Alexandre),  tiâ,  rue  Charles  Laffitte,  à  Neuilly  (Seine). 

BoTTEY  (Louis),  propriétaire,  à  Charroux  (Vienne). 

Boursier  (Charles),  aviculteur,  à  Houdan  (Seine-et-Oise). 

BoYER-ViDAL  (J.-B.-A.),  à  Besse  (Puy-de-Dôme). 

BOYRON  (docteur  Georges),  à  Chatelus-Malvaleix  (Creuse). 

Bravard  (J. -Alfred),  maire  de  Grandrif  (Puy-de-Dôme). 

Broissia  (comte  de),  au  château  de  Neublanc,  par  Chaussin  (Jura). 

Brosse  (Gustave  de  la),  maire  de  Messeix  (Puy-de-Dôme). 

Brousset  (Pierre),  négociant,  à  Cette  (Hérault). 


X  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 


Brun  (F.-Eug.),  médecin  vétérinaire,  9,  rue  Casimir  Périer,  à  Paris. 
BUHLER  (A.-J.),  30,  rue  Vignon,  à  Paris. 

Cantrelle,  propriétaire,  10,  rue  de  la  Préfecture,  à  Beauvais  (Oise). 
Causans  (Paul  de),  au  château  de  Relibert,  par  Évaux  (Creuse). 
Choppin  (Louis),  2,  rue  Mogador  prolongée,  à  Paris. 
Clerc  (Hugues),  inspecteur  primaire  de  la  Seine,  39,  rue  Saint-Ferdi- 
nand, Paris. 
COLLiN  (A. -F.),  juge  de  paix,  à  Lussac-les- Châteaux  (Vienne). 
CoLLiNET  (Edmond),  53,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 
Courteille  (F.-A.),  37,  rue  Charles  Laffitte,  à  Neuilly  (Seine). 

Dalaut  (François),  43,  avenue  de  la  Grande-Armée,  à  Paris. 

Daux  (l'abbé  Emmanuel),  47,  faubourg  Sapiac,   à  Montauban  (Tarn-et 
Garonne). 

Danne  (comte  Léon  de),  37,  rue  des  Arènes,  à  Angers  (Maine-et-Loire)- 

Delaquys  (E.),  4,  rue  Favart,  à  Paris. 

Deltour  (Paul-Félix),  8,  rue  Labordère,  à  Neuilly  (Seine). 

Dequeker  (Emile),  propriétaire,  à  Bergues  (Nord). 

Uesmatte  (A.),  professeur  des  sciences  naturelles  au  lycée  Charlemagne, 
13,  boulevard  Saint-Germain,  à  Paris. 

Desprez  (Auguste),  265,  rue  Saint-Honoré,  à  Paris. 

Douladoure  (J.-L.),  directeur  générai  de  la  Société  la  Garantie  fédé- 
rale, 38,  rue  des  Bourdonnais,  à  Paris. 

DuBERT  (Martial),  commissaire-priseur,  20,  rue  de  Grammont,  à  Paris. 

DUBUISSON  (Eugène),  17,  rue  de  Presbourg,  à  Paris. 

DuFOURG    (André),  au  château  des  Moules,   par   Villenenve-de-Marsan 
(Landes). 

DuFRESNE  (Ernest),  greffier  de  la  justice  de  paix,  25,  rue  Jacques  Dulud, 
à  Neuilly  (Seine). 

DuJARDiN  (F.),  19,  rue  du  Marché,  à  Neuilly  (Seine). 

Dl'NAC-Pol,  propriétaire,  à  Tarascon  (Ariège). 

DuVAL,  horticulteur,  64,  rue  du  Plessis,  à  Versailles  (Seine-et-Oise). 

Du  VAL  (Gh.),  au  Parc,  commune  du  Hézo,  par  Theix  (Morbihan). 

Elmore  (Georges),  au  château  de  la  Remonte,  au  Petit-Courgain,  près 
Saint-Pierre-lez-Calais  (Pas-de-Calais). 

Favre  (Philippe),  59,  avenue  du  Houle,  à  Neuilly  (Seine). 

Feuilloy  (Gédéon),  à  Sénarpont,  par  Oisemont  (Somme). 

Forest  (Jules),  15,  rue  Marsollier,  à  Paris, 

Forestier  de  Coubert  (comte  F. -Henri  de),  au  château  de  laBoisnière, 

Châteaurenault  (Indre-et-Loire). 
FoKGEOT  (E.),  marchand  grainier,  8,  quai  de  la  Mégisserie,  à  Paris.    ■ 


LISTE   SUPPLEMENTAIRE.  XI 

FOURNIER  (E.),  apiculteur,  à  Issoire  (Puy-de-Dôme). 
Fuzier-Hermann  (Louis),  à  la  Houssière,  par  Ligueil  (Indre-et-Loire). 

Ganivet  (A.),  juge  de  paix,  à  Douvres-h-Délivrande  (Calvados). 

Gaspard  (Félix),  notaire,  à' Saint-Jean  de  Bournay  (Isère). 

GÉLiOT  (Adrien),  propriétaire,  à  Plainfaing  (Vosges). 

Gennadius,  directeur   du  Jardin  dendrologique  de  l'Etat,   à   Athènes 

(Grèce). 
Gérard  (Albert),  8,  rue  Drouot,  à  Paris. 

GouDCHAUX  (Edmond),  banquier,  52,  boulevard  Maillot,  à  Neuilly  (Seine). 
GuiLLET  (Lucien),  négociant,  9,  rue  Laftitte,  à  Paris. 

Hameau,  médecin-inspecteur,  à  Arcachon  (Gironde). 

Hernoux  (Eugène),  négociant,  211,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 

Heughebaert,  avocat,  à  Pecq-lez-Tournai  (Belgique). 

HiRSCH  (Isidore),  négociant,  59,  rue  Charles  Laffitte,  à  Neuilly  (Seine). 

Hiver  (A..),  à  Crouy-sur-Ourcq  (Seine-et-Marne).  .., 

HuiMIères  (F.  d'),  au  château  de  Couros,  par  Aurillac  (Cantal). 

JOLY(Ch.),  ancien  notaire,  à  Marlins-Engilbert  (Nièvre). 

Kerambrun  (Denis),  notaire,  à  Belle-Isle-en-Terre  (Côtes-du-Nord). 
Kern  (Edouard),  banquier,  7,  rue  Scribe,  à  Paris. 

Labouret,  28,  boulevard  Haussmann,  à  Paris. 

Lamy  (David),  avoué,  6,  boulevard  de  Strasbourg,  à  Paris. 

Laniol  (Jean),  à  Murât  (Cantal). 

Lataste  (Fernand),  7,  avenue  des  Gobelins,  à  Paris. 

Lecaille  (Jules),  à  Avranches  (Manche). 

Lecomte  (Henri),  8,  boulevard  Saint-Denis,  à  Paris. 

Lecoq  (Joseph),  au  château  du  Hilgny-Plogastel-Saint-Germain  (Finistère). 

Lecoq  (Louis-Ch.),  fabricant  d'horlogerie,  51,  rue  Turbigo,  à  Paris. 

Lecoq  (Th. -Auguste),  11,  rue  Perronnet,  à  Neuilly  (Seine). 

Legrand  (le  docteur  Jacques),  136,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine)» 

Lefèvre,  (Ch. -Ernest),  banquier,  15,  rue  Cuvier,  au  Cateau  (Nord). 

Lefèvre  (Joseph),  53,  avenue  de  Neuilly,  â  Neuilly  (Seine). 

Lelubez  (Grégoire),  constructeur,  59,  rue  Condorcet,  à  Paris. 

Lenglé  (Paul),  ancien  député,  29,  rue  Jacques  Dulud,  Neuilly  (Seine). 

Le  Pargneux  (Albert),   propriétaire,  au  château  de  Beauregard,  près 

Caen  (Calvados). 
Lessieux  (Henri),  manufacturier,  à  Bethel  (Ardennes). 
Letourneur  (Bené-A.),  22,  rue  de  l'Église,  à  Neuilly  (Seine). 
Leudet  (Léon),  i,  rue  Ménars,  à  Paris. 
Lezaud,  premier  président  honoraire  de  la  Cour  d'appel,  à  Limoges 

(Haute-Vienne). 


XII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

LiGNEY  (Edouard),  46,  boulevard  Magenta,  à  Paris. 
La  Ligue  du  reboisement  de  l'Algérie,  à  Alger  (Algérie). 
LoLiGOis  (Antoine),  53,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 
LouRADOUR-PoNTEiL  (Félix),  à  la  Jugière,  commune  de  Saint-Leomer, 

canton  de  la  Trimouille  (Vienne). 
LouvENCOURT  (.Iules  de),  négociant,  U6,  faubourg  Saint-Denis,  à  Paris. 
Lugand  (Marie-Joseph),  3,  rue  Montrosier,  à  Neuilly  (Seine). 
Lugrin  (François),  pisciculteur,  4-6,  rue  du  Ithône,  à  Genève  (Suisse). 
LUTNANN  (Lcopold),  78,  rue  Monge,  à  Paris. 

Mahieux,  Caissier  à  la  Société  de  dépôts  et  comptes  courants,  63,  ave- 
nue de  Neuilly,  Neuilly  (Seine). 

Maisonneuve  (Charles),  au  Gaudinet,  34,  chemin  de  la  Tortière,  à  Nantes 
(Loire-Inférieure). 

Mallassagne  (Pierre),  139,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 

Maquaire  (A.),  négociant,  5,  boulevard  de  Strasbourg,  cà  Paris. 

Marly  (Graux),  au  château  des  Roches,  à  Bièvres  (Seine-et-Oise). 

Marronnière  (Gustave  de  la),  au  château  de  la  Marronnière,  par  Aizenay 
(Vendée). 

Martin  (Biaise),  11,  rue  de  la  Chaussée,  à  Nevers  (Nièvre). 

Massias  (Gabriel),  négociant,  13,  rue  Vivienne,  à  Paris. 

Massurel  (Paul),  à  Roubaix  (Nord). 

Mengin  (Maurice),  capitaine  au  107^  de  ligne,  à  Angoulême  (Charente). 

MÉRAT  (Louis),  propriétaire,  à  Vaudes  (Aube). 

MÉTRA  (Claude),  22,  boulevard  d'Inkermann,  à  Neuilly  (Seine). 

Mollinger  (Godefroij,  à  Godesberg,  près  Bonn  (Allemagne). 

Mousset  (Pierre),  127,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 

Nouvel  (Georges),  au  château  de  la  Ronce,  commune  de  Fontaine-sous- 
Jouy  (Eure). 

Ogier  d'Ivry  (comte),  48,  rue  Raynouard,  à  Paris. 
Ornano  (le  comte  Ludovic  d'),  au  château  de  la  Branchoire,  par  Joué- 
lez-Tours  (Indre-et-Loire). 

Parra-Bolivar  (le  docteur),  consul  des  États-Unis  de  Venezuela,  au 
Havre  (Seine-Inférieure). 

I'auliau  (Louis-André),  9,  rue  Labordère,  à  Neuilly  (Seine). 

Pehacca  (le  comte  Mario  Hyacinto),  via  délia  Rocca,  à  Turin  (Italie). 

Perrot  (J.),  avenue  de  Déols,  à  Châteauroux  (Indre). 

Pi.MONT  (G. -P. -Laurent),  à  Vilainville,  par  Criquetot-d'Esneval  (Seine- 
Inférieure). 

PiNAUD,  négociant,  14,  rue  Magenta,  à  Asnières  (Seine). 

PoLACK  (.Iules),  189,  av.nuc  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 


LISTE    SUPPLEMENTAIRE.  XIII 

Porte  (Etienne),  direcleur  des  courses  d'Enghien,  23,  chaussée  d'Antin, 

à  Paris. 
Pugh-Desroches,  château  de  la  Bouillie,  près  Versailles  (Seine-et-Oise). 

lUuLT  (Jules),  1  i,  rue  Demours,  à  Paris. 

Kavenez  (Louis),  91,  boulevard  Gouvion-Saint-Cyr,  à  Paris. 

Regny  (Georges  de),  à  Orgeval  (Seine-el-Oise). 

Revillon  (le  D''  Eug.),  9,  boulevard  Richard-Wallace,  à  Neuilly  (Seine). 

RiCHET,  professeur  à  la  Faculté  de  médecine,   15,  rue  de  l'Université, 

à  Paris. 
Rihouel  (Amédée),  conseiller  référendaire  à  la  Cour  des  comptes,  55, 

ruj  Jouffroy,  à  Paris. 
Rivière  (.1.-15.),  95,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 
RivoiRON  (Emile),    pisciculteur,  à  Servayette,  commune  de  Miribel-les- 

Echelles  (Isère). 
Robert  (le  docteur  H.),  à  Ligny  (Nord). 
Rocher,  66,  rue  Caumartin,  à  Paris. 

RoGERON  (Gabriel),  au  château  de  l'Arceau,  près  Angers  (Maine-et-Loire). 
Romain  (L.  Paul),  11,  avenue  de  Madrid,  à  Neuilly  (Seine). 
ROULINAT  (Charle>),  49,  rue  Charles  Laflîtle,  à  Neuilly  (Seine). 
Roulland  (Claude),  à  Geste  (Maine-et-Loire)* 
ROUSSET  (Henri),  fabricant  d'horlogerie,  51,  rue  Turbigo,  à  Paris. 
HoussEN  (Léon  de),  14,  boulevard  de  Clichy,  à  Paris. 
RouviÈRE,  ingénieur  civil,  à  Mazamet  (Tarn). 

Saffers  (Emile),  juge  au  tribunal  de  1"=  instance  de  la  Seine,  9,  rue 

Laffilte,  à  Paris. 
Saint-Georges  (vicomte  de),  au  château  de  Fragne,  par  Montluçon  (Allier), 

et  rue  Casimir  Périer,  19,  à  Paris. 
Saint-Meleuc  fils  (A.  de),  au  château  de  la  Haute-Forêt,  à  Bréal-sous- 

Montfort  (lUe-et- Vilaine). 
Sanglebceuf,  à  Chissay,  par  Montrichard  (Loir-et-Cher). 
ScELLiER  (de),  17,  rue  Parmentier,  à  Asnières  (Seine). 
Sharland  (Henry),  propriétaire,  à  La  Fontaine  Saint-Cyr,  près  Sours 

(Eure-et-Loir). 
SiREDEY  (le  docteur),  66,  rue  Charles  Laffilte,  à  Neuilly  (Seine). 
SOLLER  (Charles),  explorateur,  1,  rue  Nouvelle,  à  Paris. 

Tainturier  (Henri),  boulevard  de  la  Courterie,  à  Bar-sur-Aube  (Aube). 
Tardieu  (le  docteur),  à  Arles  (Bouches-du-Rhône). 
Tartenson  (le  docteur  A.),  10,  rue  de  Châteaudun,  à  Paris. 
Thomas  (Alcide),  à  Mèze  (Hérault). 

Trasbot  (Léopold),  professeur  de  clinique  à  l'Ecole  vétérinaire  d'Alfort 
(Seine). 


XIV  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

VanOgten,  directeur  du  jardin  zoologique  de  la  Haye  (Pays-Bas). 
ViANELLi  (Albert),  artiste  peintre,  84,  avenue  des  Champs-Elysées,  à  Paris. 
ViÉviLLE  (Etienne),  batteur  d'or,  président  de   la  chambre  syndicale, 

209,  rue  Saint-Maur,  à  Paris. 
ViGNAUX  (Alphonse),  propriétaire,  à  Saint-Sauvy,  par  Gimont  (Gers). 
ViGOUR  (Jules),  notaire,  à  Saint-Servan  (lUe-et-Vilaine). 
ViGUiER  (Paul),  ancien  président  du  Conseil  général  de  Constantine,  17, 

quai  Voltaire,  à  Paris. 
Vjncendon-Dumoulin,  vice-président  de  la  Société  d'agriculture  de  Saint- 

Marcellin  (Isère). 
ViOT  (A.),  ancien  notaire,  62,  rue  Charles  Laffitte,  à  Neuilly  (Seine). 

Walker  (Georges),  consul  général  des  États-Unis  d'Amérique,  3,  rue 

Scribe,  à  Paris. 
Weytland,  clerc  de  notaire,  à  la  Haye  (Pays-Bas). 

YzAC  (Louis),  83,  avenue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine). 

Zammann  (Félix),  au  château  de  Vasseyes,  par  Hannut  (Belgique). 
Zenk,  à  Wurzbourg  (Bavière). 


VINGT-SIXIÈME  SÉANCE  PUBLIQUE  ANNUELLE 

DE  DISTRIBUTION  DES  RÉCOMPENSES 

DE  LA 

SOCIÉTÉ    NATIONALE   D'ACCLIMATATION  DE    FRANCE 


PROGÈS-YERBAL 

La  Société  nationale  d'Acclimatation  de  France  a  tenu  sa 
vingt-sixième  séance  publique  annuelle  de  distribution  des 
récompenses,  le  vendredi  25  mai  1883,  dans  la  salle  du 
théâtre  du  Vaudeville,  sous  la  présidence  de  M.  H.  Bouley, 
membre  de  l'Institut,  président  de  la  Société. 

Sur  l'estrade  avaient  pris  place  MM.  les  membres  du  Conseil, 
les  membres  du  bureau  des  diverses  Sections,  les  membres 
de  la  Commission  des  récompenses,  et  un  grand  nombre  de 
notabilités  françaises  et  étrangères. 

Une  très  nombreuse  et  très  brillante  assemblée  occupait  la 
salle. 

L'orchestre  du  Jardin  d'Acclimatation,  dirigé  parM.Mayeur 
(de  l'Opéra),  prêtait  son  concours  à  cette  solennité. 

La  séance  a  été  ouverte  par  M.  Bouley  qui  s'est  exprimé  en- 
ces  termes: 

Mesdames  et  Messieurs, 

«  La  Société  d'Acclimatation  tient  aujourd'hui  sa  vingt- 
sixième  séance  annuelle,  mais  ce  chiffre  ne  donne  pas  la  mesure 
de  son  âge  réel.  Il  y  aura  bientôt  trente  ans  que  M.  Isidore 
Geofîroy-Saint-Hilaire  a  eu  l'heureuse  idée  de  l'instituer,  et  si 
la  mort  ne  lui  a  pas  permis  de  présider  longtemps  à  son  œuvre, 
il  a  trouvé  dans  son  fils,  notre  affectionné  secrétaire  général, 
le  continuateur  de  sa  pensée.  M.  Alb.  Geofïroy-Saint-Hiiaire 
s'est  consacré  tout  entier  à  la  Société  d'Acclimatation  et  il  s'est 
fait  un  pieux  devoir  de  son  succès. 


XVI  SOCIÉTÉ  NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

»  A-t-elle  satisfait  aux  intentions  de  son  illustre  fondateur? 
Pour  répondre  à  cette  question,  elle  n'a  qu'à  présenter  les 
29  volumes  de  ses  Bulletins,  pleins  de  mémoires  scientifiques, 
de  faits  d'observation,  de  résultats  d'expérience  sur  une  foule 
de  questions  relatives  à  la  biologie,  c'est-à-dire  embrassant 
tout  à  la  fois  le  règne  animal  et  le  règne  végétal  dans  toutes 
les  parties  du  monde. 

))  Je  crois  qu'au  point  de  vue  du  nombre  et  de  l'importance 
de  ses  travaux,  la  Société  d'Acclimatation  occupe  un  rang  élevé 
parmi  les  sociétés  qui  ont  pour  objet  la  science  et  ses  applica- 
tions à  la  pratique. 

»  Ce  qui  la  caractérise,  c'est  qu'elle  est  toujours  ouverte  à 
toutes  les  bonnes  volontés,  à  toutes  les  bonnes  intentions,  à 
toutes  les  activités  qui  se  proposent  de  contribuer  aux  pro- 
grès de  la  science. 

»  De  là  son  rajeunissement  perpétuel.  Ceux  qui  ont  vieilli  et 
n'ont  plus  leur  fécondité  d'autrefois,  ne  ferment  pas  la  porte 
aux  jeunes.  Tout  le  monde  a  la  liberté  d'apporter  ce  qu'il  peut 

de  concours. 

»  Les  uns,  leur  subvention  pour  aider  au  mouvement  parce 
grand  et  indispensable  ressort  que  l'argent  constitue;  les 
autres,  avec  leur  subvention,  leur  collaboration  active,  pour 
l'éclaircissement  et  la  solution  de  toutes  les  questions  scien- 
:  tifiques  et  pratiques  que  comporte  l'étude  de  l'acclimatation 
dans  ses  rapports  avec  les  deux  règnes  de  la  nature. 

)^  Pour  de  tels  résultats,  on  ne  saurait  avoir  trop  de  res- 
sources. 

»  Considérez,  en  effet,  combien  le  programme  de  la  Société 

est  étendu  et  vise  un  but  élevé  : 

»  Rechercher  les  espèces  animales  et  végétales  nouvelles  dont 

on  pourrait  faire  bénéficier  notre  pays;  les  étudier  pour  con- 
naître le  climat  auquel  elles  s'adaptent  le  mieux;  les  mettre 
dans  les  conditions  les  plus  convenables  pour  leur  développe- 
ment, leur  reproduction,  leur  naturalisation. 

»  Puis  cette  première  partie  du  problème  résolu,  les  ré- 
pandre en  ayant  soin  de  bien  choisir  les  régions  de  la  France 
qui  leur  conviennent  le  mieux  par  leurs  rapports  de  simili- 


PROCÈS-VERBAL    DE    LA    SÉANCE  PUBLIQUE   ANNUELLE.       XVII 

tude  avec  les  régions  dont  les  espèces  qu'il  s'agit  d'acclimater 
sont  originaires. 

»  Grave  problème  et  difficile,  pour  la  solution  duquel  tous 
les  concours  sont  nécessaires.  Les  plus  humbles  peuvent  y 
contribuer  aussi  bien  que  les  plus  illustres;  si  nous  avons 
besoin  de  la  science  du  savant,  le  modeste  campagnard  peut 
nous  être  aussi  grandement  utile  par  son  esprit  d'observation 
appliqué  aux  choses  de  la  nature,  dans  le  cercle  où  nous  pou- 
vons le  convier  à  faire  des  essais  soit  de  semis,  soit  d'éle- 
vage. 

»  Ce  serait  donner  à  cette  allocution  plus  de  longueur  que 
ne  le  comporte  le  temps  dont  je  dispose,  que  de  rappeler,  même 
par  une  simple  énumération,  la  longue  série  des  espèces  ani- 
males ou  végétales  de  provenance  exotique  dont  l'Europe  a 
bénéficié.  Pour  donner  une  idée  des  grands  services  que  peut 
rendre  l'acclimatation  d'une  espèce  exotique,  je  me  conten- 
terai de  citer  ici  l'introduction  récente  de  V Eucalyptus,  cet 
arbre  merveilleux  par  l'activité  de  sa  végétation.  On  peut  dire 
que  c'est  un  arbre  sanitaire  par  excellence,  car  la  puissance 
de  sa  faculté  d'absorption  est  si  grande,  qu'il  aspire,  dans  les 
terrains  humides,  l'excès  des  liquides  qui  les  imprègnent,  et 
les  répand  dans  l'atmosphère  par  la  vaporisation  de  ses  feuilles; 
on  peut  dire  qu'il  constitue  une  sorte  d'appareil  de  drainage 
par  en  haut  et  que,  grâce  à  la  perfection  de  son  fonctionne- 
ment, il  peut  rendre  habitables  pour  l'homme  les  localités 
réputées  les  plus  fécondes  en  fièvres  pernicieuses.  Si  un  jour 
la  campagne  romaine  est  délivrée  de  sa  terrible  malaria,  c'est 
«à  l'assainissement  dont  VEucalypliis  aura  été  l'instrument, 
qu'elle  le  devra  en  grande  partie.  Quelques  résultats  déjà  ob- 
tenus autorisent  cette  espérance. 

»  Voilà  une  belle  conquête  de  l'acclimatation  et  qui  doit 
être  un  encouragement  à  poursuivre  des  recherches  pour  en 
faire  de  semblables. 

«  Mais  les  éventails  que  je  vois  s'agiter  devant  moi  me  pré- 
viennent que  déjà  l'atmosphère  de  cette  salle  est  bien  chaude. 
Je  m'arrête  pour  ne  pas  trop  prolonger  la  durée  de  cette 
séance  et  je  donne  la  parole  à  mon  jeune  confrère  de  l'ensei- 

3°  SKRIE,  T.  X.  —  Séance  publique  aniuielle.  b 


XVIII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

gnement  vétérinaire,  M.  Raoul  Baron,  professeur  de  zootech- 
nie à  l'école  d'Alfort.  » 


Après  cette  allocution  vivement  applaudie  par  l'assemblée, 
M.  Raoul  Baron  a  fait  une  conlérence  fort  intéressante  sur 
«  La  distribution  géoi/rapliique  des  animaujc  dans  ses  rap- 
ports avec  V acclimatation.  » 

Enfin  M.  le  Secrétaire  général  a  présenté  le  rapport  au  nom 
de  la  Commission  des  récompenses. 

11  a  été  décerné  cette  année  : 

I  Une  médaille  d'or  offerte  par  le  Ministère  de  l'agricul- 
ture. 

2°  Une  grande  médaille  d'or  de  500  francs  (hors  classe)  à 
l'effigie  d'Isidore  Geoffroy  Saint-llilaire. 

8°  Huit  grandes  médailles  d'argent  (hors  classe)  également 
à  l'effigie  d'Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

A"  Deux  prix  extraordinaires  d'une  valeur  totale  de  mille 
francs. 

5°    Une  prime  de  deux  cents  francs. 

6°  Trente  neuf  médailles  d'argent. 

7"  Dix  médailles  de  bronze. 

8°  Sept  mentions  honorables. 

9°  Quatre  récompenses  pécuniaires  d'une  valeur  de  cinq 
cents  francs. 

iO'  Les  deux  primes  de  200  et  de  100  francs  fondées  par 
feu  Agron  de  Germigny. 

II  "  Deux  primes  de  300  francs,  deux  de  100  francs,  deux 
de  50  francs  et  deux  de  25  francs  offertes  par  l'administration 
du  Jardin  d'Acclimatation. 

Le  Secrétaire  des  séances, 
C.  Rayeret-Wattel. 


PRIX  EXTRAORDINAIRES  ENCORE  A  DÉCERNER 


GÉNÉRALITÉS 

1"  —  188*î.  —  Prix  de   1000  fVaiics  fondé 
pai*  m.  BEREIVD,  iiieinltre  de  la  Société. 

Un  prix  de  1000  francs  sera  décerné  à  l'auteur  du  meilleur  tra- 
vail faisant  connaître,  au  point  de  vue  historique  et  pratique,  les 
travaux  relatifs  à  l'acclimatation  et  les  résultats  obtenus  depuis  1854. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l*^''  déceinbro  1885. —  Prix  :  aooo  francs. 

2"  —  1S63.  —  Prix  pour  les  travaux  théoriques  relatifs  à 
l'acclimatation. 

§  I.  Les  travaux  théoriques  sur  des  questions  relatives  à  l'accli- 
matation, publiés  pendant  les  cinq  années  qui  précèdent,  pourront 
être  récompensés,  chaque  année,  par  des  prix  spéciaux  de  500  francs 
au  moins. 

La  Société  voudrait  voir  étudier  particulièrement  les  causes  qui 
peuvent  s'opposer  à  l'acclimatation,  et  les  moyens  qui  peuvent  servir 
à  prévenir  ou  à  combattre  leurs  effets. 

§11.  Il  pourra,  en  outre,  être  accordé  dans  chaque  section  des 
primes  ou  des  médailles  aux  auteurs  de  travaux  relatifs  aux  ques- 
tions dont  s'occupe  la  Société. 

Ces  travaux  devront  être  de  nature  à  servir  de  guide  dans  les  ap- 
plications pratiques  ou  propres  à  les  vulgariser. 

Les  ouvrages  (imprimés  ou  manuscrits)  devront  être  remis  à  la  Société 
avant  le  1"  décembre  de  chaque  année. 

3°  ^  1867.  —  Prix  pour  les  travaux  de  zoologie  pure,  pouvant 
servir  de  guide  dans  les  applications. 

La  Société,  voulant  encourager  les  travaux  de  zoologie  pure  (mo- 
nographies génériques,  recherches  d'anatomie  comparée,  éludes 
embryogéniques,  etc.),  qui  servent  si  souvent  de  guide  dans  les  ap- 
plications utilitaires  de  cette  science,  et  rendent  facile  l'introduction 
d'espèces  nouvelles  ou  la  multiplication  ou  le  perfectionnement  d'es- 
pèces déjà  importées,  décernera  annuellement,  s'il  y  a  lieu,  un  prix 
de  500  francs  au  moins  à  la  meilleure  monographie  de  cet  ordre 
publiée  pendant  les  cinq  années  précédentes. 

Elle  tiendra  particulièrement  compte,  dans  ses  jugements,  des 
applications  auxquelles  les  travaux  de  zoologie  pure  appelés  à  con- 

(1)  L(î  chiffre  qui  précède  l'énoncé  des  divers  prix,  indique  l'année  delà  fon- 
dation de  ces  prix.  Tous  les  prix  qui  ne  portent  pas  l'indication  d'une  fondation 
particulière  sont  fondés  par  la  Société. 


XX  SOCIÉTÉ   NATIONALE    d'aCCLIMATATION. 

courir  auraient  déjà  conduil,  que  ces  applications  aient  été  faites  par 
les  auteurs  de  ces  travaux  ou  par  d'autres  personnes. 

Un  exemplaire  devra  être  déposé  avant  le  1'^'"  décembre. 

4.0  _  1875.  — Des  primes  ou  médailles  pourront  ètreaccordées 
aux  personnes  qui  auront  démontré,  pratiquement  ou  théoriquement, 
les  procédés  les  plus  favorables  à  la  multiplication  et  à  la  conserva- 
tion des  animaux  essentiellement  protecteurs  des  cultures. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1"  décembre  1885. 

50 1867.  —  Prix  perpétuel  fondé  par  fen 

m™^  G1IÉRII\EAU ,  née  DEL%L%I%DE. 

Une  grande  médaille  d'or,  à  l'efligie  d'Isidore  Geoffroy  Saint- 
Hilaire  et  destinée  à  continuer  les  fondations  faites  les  années 
précédentes,  dans  l'intention  d'honorer  la  mémoire  de  l'illustre  et 
intrépide  naturaliste  voyageur,  Pierre  Delalande,  frère  de  M'"^  Gué- 

rineau. 

Gette  médaille  sera  décernée,  en  1886,  au  voyageur  qui,  en 
Afrique  ou  en  Amérique,  aura  rendu  depuis  huit  années  le  plus  de 
services  dans  l'ordre  des  travaux  de  la  Société,  principalement  au 
point  de  vue  de  l'alimentation  de  l'homme. 

Les  pièces  relatives  à  ce  concours  devront  parvenir  à  la  Société  avant 
le  1"  décembre  1885. 

5<=  1861.  —   Primes  fondées  par  feu 

M.  AGRO]\  DE  GERIflIGIXY. 

Deux  primes,  de  200  francs  et  de  100  francs,  seront  décernées, 
chaque  année,  pour  les  bons  soins  donnés  aux  animaux  ou  aux  vé- 
gétaux, soit  au  Jardin  d'acclimatation  (200  francs),  soit  dans  les 
établissements  d'acclimatation  se  rattachant  ci  la  Société  (prime  de 
100  francs). 

Les  pièces  relatives  à  ce  concours  devront  parvenir  à  la  Société  avant 
le  1"  décembre  de  chaque  année. 

PREMIÈRE  SECTION.  —  MAMMIFÈRES 

jo  —  1864.  —  Introduction  d'espèces  nouvelles. 

11  pourra  être  accordé,  dans  chaque  section,  des  primes  d'une  valeur 
de  200  à  500  francs  à  toute  personne  ayant  introduit  quelque  espèce 
nouvelle  utile  ou  ornementale  d'un  réel  intérêt. 

2»  —  1870.  —  Introduction  en  France  des  belles  races  asines 
de  l'Orient. 

On  devra  faire  approuver  par  hi  Société  d'Acclimatation  les  Anes  éta- 


PRIX    EXTRAORDINAIRES.  XXI 

Ions  importés,  et  prouver  que  vingt  saillies  au  moins  ont  été  faites  dans 
l'année  par  chacun  d'eux. 
Concours  prorogé  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  looo  n-anc»*. 

30  _  1868. —  Domestication  complète,  application  à  l'agricul- 
ture ou  emploi  dans  les  villes  de  l'Hémioiie  [Eqims  Hemionus)  ou 
du  Dauw  {E.  Burchellï). 

La  domestication  suppose  la  reproduction  en  captivité. 

Concours  prorogé  jusqu'au  l""^  décembre  1885.  —  Prix  :  100©  francs. 

40  _  1S67.  —  Métissage  de  l'Hémione  ou  de  ses  congénères 
(Dauw,  Zèbre,  Couagga)  avec  le  Cheval. 

On  devra  avoir  obtenu  un  ou  plusieurs  métis  âgés  au  moins  d'un  an. 

Concours  prorogé  jusqu'au  l"''  décembre  1885.—  Prix  :  looorrancs. 

50  —  1867.  —  Propagation  des  métis  de  l'Hémione  ou  de  ses 
congénères  (Dauw,  Zèbre,  Couagga)  avec  l'Ane. 

Ce  prix  sera  décerné  à  l'éleveur  qui  aura  produit  le  plus  de  métis.  (11 
devra  en  présenter  quatre  individus  au  moins.) 

Concours  prorogé  jusqu'au  l^'  décembre  1885.  —  Prix  :  1 000  fi-anca«. 

Qo  —  1867.  — Élevage  de  rAlpaca,de  l'Alpa-Lama  et  du  Lama. 
On  devra  présenter  au   concours  douze   sujets  nés  chez  l'éleveur  ei 
âgés  d'un  an  au  moins. 
Concours  prorogé  jusqu'au  l"'"  décembre  1885.  —  Prix  :  1500  n-anci«. 

70  —  1869.  —  Prix  pcppéttiel  fonde  pai*  feu 
!ll">'Acl.  DUTROIVi:,  uéc  GALOT. 

Une  somme  annuelle  de  100  francs  sera,  tous  les  trois  ans,  con- 
vertie en  prime  de  300  francs  (ou  médaille  d'or  de  cette  valeur), 
et  décernée,  par  concours,  au  propriétaire  ou  au  fermier  qui,  en 
France  ou  en  Belgique,  aura  le  mieux  contribué  à  la  propagation  de 
la  race  bovine  désarmée  sarlabot,  créée  par  feu  M.  le  conseiller 
Ad.  Dutrône. 

Ce  prix  sera  décerné  en  188i  et  1887. 

8»  —  1873.  —  Chèvres  laitières. 

On  devra  présenter  1  Bouc  et  8  Chèvres  d'un  type  uniforme,  et  justifier 
({ue  trois  mois  après  la  parturition  les  Chèvres  donnent  3  litres  de  lait 
par  jour  et  par  tète. 

Les  concurrents  devront  présenter  un  compte  des  dépenses  et  recettes 
occasionnées  par  l'entretien  du  troupeau,  et  faire  connaître  à  quel  usage 
le  lait  a  été  employé  (lait  en  nature,  beurre,  fromage). 

Concours  ouvert  jusqu'au  l"'"  décembre  1885.  —  Prix  :  500  n-ancs. 

90 —  1874.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  du  Cerf  Wapiti  {Cervus 
Canadensis),  du  Cerf  d'Arislote  {Cervus  Arislotelis)  ou  d'une  autre 
grande  espèce. 
.    On  devra  faire  constater  la  présence  de  di.v  individus  au  moins,  nés  à 


XXII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

l'éîat  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l*''  décembre  1885.  —  Prix  :  i50o  francs. 

10^  —  ISî^l.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  du  Cerf  axis  (Cerwts  axis), 
du  Cerf  des  Moluques  (Cermis  Moluccensis)  ou  d'une  autre  espèce 
de  taille  moyenne. 

Ou  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins,  nés  à 
l'état  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1^''  décembre  1885. —  Prix  :  looo  n-nnes. 

Il»  —  1874.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  du  Cerf-Cochon  {Cervus 
porcinus)  ou  d'une  autre  espèce  analogue. 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins,  nés  à 
l'état  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  déplus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  !<"•  décembre  1885. —  Prix  :  soo  francs. 

42"  —  ISî-â.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  du  Cerf  Pudu  (Cen'its 
Pudu)  ou  d'une  espèce  analogue. 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins,  nés  à 
l'état  de  lil)erté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  50©  francs. 

43"  —  1874.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  de  l'Antilope  Canna  {Bos 
elaphus  Oreas)  ou  d'une  autre  grande  espèce. 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins,  nés  à 
l'état  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1*'"  décembre  1885. —  Prix  :  tso©  francs. 

14,0  —  1874.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  de  l'Antilope  Nylgau  {Por- 
tax  picta)  ou  d'une  autre  espèce  de  taille  moyenne. 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins,  nés  à 
l'état  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1^'  décembre  1885. —  Prix  :  «ooo  francs. 

15»  —  1874.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage 
(dans  un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  d'Antilopes  de  petite 
taille. 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins,  nés  à 
l'état  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1""  décembre  1885.  —  Prix  :  soo  francs. 

16"  — 1878.  —  Introduction  en  France  de  VHydropotcs  inermis 
{Ke  ou  Cliang). 

On  devra  avoir  introduit  au  moins  trois  couples  de  Ke  ou  Chang,  et 
faire  constater  que  trois  mois  après  leur  importation,  ces  animaux  sont 
dans  de  bonnes  conditions  de  santé. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  soo  francs. 


PRIX   EXTRAORDINAIRES.  XXIII 

1 70 — 187».  —  Multiplication  en  France  de  V Hydropotes  imrmis 

(Ke  ou  Chang). 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins  âgés  de 
plus  d'un  an  et  issus  des  reproducteurs  importés. 

Concours  prorogé  jusqu'au  l'''  décembre  1885.  —  Pnix  :  looo  francs. 

iS°  —  1865.  —  Domestication  en  France  du  Castor, soit  du  Ca- 
nada, soit  des  bords  du  Rhône. 

On  devra  présenter  au  moins  quatre  individus  mâles  et  femelles,  nés 
chez  le  propriétaire  et  âgés  d'un  an  au  moins. 

Concours  prorogé  jusqu'au  ["'  décembre  1885.  —  Prix  :  soo  francs. 
—  Le  prix  sera  doublé  si  l'on  présente  des  individus  de  seconde  géné- 
ration. 

IQo —  1875.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  en  forêt),  de  Kangurous  de  grande 
espèce. 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  moins,  nés  à 
I  'état  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1'^'"  décembre  1885.  —  Prix  :  «ooo  francs. 

20»  —  1875.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage  (dans 
un  grand  parc  clos  de  murs  ou  eu  forêt),  de  Kangurous  de  uetite  taille. 

On  devra  faire  constater  la  présence  de  dix  individus  au  mouis,  nés  à 
l'état  de  liberté,  parmi  lesquels  six  animaux  seront  âgés  de  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1^'"  décembre  1885.  —  Prix  :  500  francs. 

21«  —  1882.  —  Multiplication  en  France  du  Lapin  géant  des 
Flandres,  à  oreilles  droites. 

On  devra  présenter  5  mâles  et  5  femelles  adultes,  nés  chez  l'éleveur, 
du  poids  moyeu  de  8  kilogrammes. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l^"''  décembre  1885.  —  Prix  :  300  francs. 

2-2"  —  188*2.  —  Alimentation  du  bétail  par  le  Téosinté  {Reana 

luxurians). 

On  devra  présenter  un  compte  établissant  le  rendement  obtenu,  en 
poids,  d'une  plantation  de  Téosinté  couvrant  au  moins  25  ares  et  fournir 
des  renseignements  circonstanciés  sur  les  avantages  ou  les  inconvénients 
que  présente  ce  mode  d'alimentation  pour  le  bétail. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  300  francs. 

23»  —  1882.  —  Alimentation  des  animaux  par  le  Soya. 

On  devra  fournir  des  renseignements  circonstanciés  sur  les  avantages 
ou  les  inconvénients  que  présente  ce  mode  d'alimentation  pour  les  ani- 
maux soit  à  l'état  vert,  soit  à  l'état  sec. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1'=''  décembre  1885.  —  Prix  :  300  francs. 


XXIV  SOCIÉTÉ    NATIONALE    D  ACCLIMATATION. 

DEUXIÈME  SECTION.  —  OISEAUX 

\o  —  1H<>4.  —  Introduction  d'espèces  nouvelles. 

Il  pourra  èlre  accordé,  dans  chaque  section,  des  primes  d'une  valeur 
de  200  ;"i  .^00  francs  à  toute  personne  ayant  introduit  quelque  espèce 
nouvelle  utile  ou  ornementale  d'un  réel  intérêt. 

20  _  1875.  —  Un  prix  de  500  francs  sera  accordé  à  l'inventeur 
d'un  genre  de  nourriture  artificielle  ou  composition  pouvant  rem- 
placer partout  et  à  un  prix  modéré  les  œufs  de  fourmis  (nymphes 
et  larves),  pour  l'élevage  des  Perdrix  et  des  Faisans.  Ou  devra 
justifier  du  plein  succès  du  procédé  et  livrer  ce  genre  de  nour- 
riture à   un  prix  qui  ne  sera  pas  plus  élevé  que  celui  des  œufs  de 

fourmis. 

Concours  ouvert  jusqu'au  \"  décembre  1885. —  Paix  :  500  francN. 

3û  _  1864.  —  Introduction  et  acclimatation  d'un  nouveau  gibier 
pris  dans  la  classe  des  Oiseaux. 
Sont  exceptées  les  espèces  qui  pourraient  ravager  les  cultures. 
On  devra  présenter  plusieurs  sujets  vivants  de  seconde  génération. 
Concours    prorogé  jusqu'au    i"  décembre   1885.  —   Prix  :   soo 

lOOO  rrancs. 

A"  —  1870.  —  Multiplication  et  propagation  en  France  ou  en 
Algérie  du  Serpentaire  (Gypogeranus  Serpentarins). 

On  devra  présenter  un  couple  de  ces  oiseaux  de  première  génération  ^ 
et  justifier  de  la  possession  du  couple  producteur  et  des  jeunes  obtenus. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Pnix  :  «ooo  francs. 

5"  —  1868.  —  Acclimatation  du  Martin  triste  (Acridotheres 
tristis)  ou  d'une  espèce  analogue,  en  Algérie  ou  dans  le  midi  de  la 
France. 

On  devra  présenter  cinq  paires  de  ces  oiseaux,  adultes,  de  seconde 
génération. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  soo  n-uncs. 

G"  —  1870.  —  Multiplication  en  France,  à  l'état  sauvage,  de  la 
Pintade  ordinaire  {Numida  Meleagris). 

On  devra  faire  constater  l'existence,  sur  les  terres  du  propriétaire, 
d'au  moins  quatre  compagnies  de  Pintades  de  six  individus  chacune, 
vivant  à  l'état  sauvage. 

Concours  prorogé  jusqu'au  i"  décembre  1885.  —  Prix  :  «50  n-anes. 

1° — 1875. —  Multiplication  en  France,  k  l'état  sauvage,  du 
Faisan  vénéré. 

On  devra  faire  constater  l'existence  d'au  moins  dix  jeunes  sujets  vivant 
en  liberté  et  provenant  du  couple  ou  des  couples  lâchés. 

Concours  prorogé  jusqu'au  l^décendjre  1885.  —  Prix  :  soo  francs. 

8"  —  1870.  —  Création  d'une  race  de  Poules  domestiques 
pondant  de  gros  œufs. 


PRIX    EXTRAORDINAIRES.  XXV 

On  devra  présenter  au  moins  douze  Poules  de  3^  génération,  constituant 
une  race  stal)le,  et  donnant  régulièrement  des  œufs  atteignant  le  poids  de 
75  grammes.  Cette  race,  créée  parla  sélection  ou  par  croisement,  devra  pré- 
senter les  caractères  d'une  variété  de  bonne  qualité  pour  la  consommation. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  f^iux  :  500  n-ancs. 

9° —  1879.  —  Reproduction  en  captivité  du  Lophopliore  {Lo- 
phophoriis  refulgens)  en  France. 

On  devra  présenter  au  moins  six  sujets  vivants  nés  chez  le  proprié- 
taire et  issus  d'oiseaux  nés  en  Europe. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l'^''  décembre  1885.  —  Prix  :  500  francs. 

10°  —  1867.  ^  Introduction  et  multiplication  en  France,  en  par- 
quets, du  Tétras  huppecol  (Tetrao  Citpido)  de  l'Amérique  du  Nord. 

On  devra  présenter  au  moins  douze  sujets,  complètement  adultes,  nés 
et  élevés  chez  le  propriétaire. 

Concours  prorogé  jus(|u'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  î50  n-anc^i. 

Le  prix  sera  doublé  si  la  multiplication  du  Tétras  huppecol  a  été 
obtenue  en  liberté. 

il" —  1870.  —  Multiplication  en  France,  à  l'élat  sauvage,  de  la 
Perdrix  de  Ciiine  {Galloperdix  Sphenura)  ou  d'une  autre  Perdrix 
percheuse. 

On  devra  faire  constater  l'existence  d'au  moins  six  sujets  vivant  en 
liberté  et  provenant  du  ou  des  couples  lâchés. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  soo  francs. 

12°  —  187  7.  —  Importation  des  grosses  espèces  de  Colins  (ori- 
ginaires du  Mexique  et  du  Brésil)  et  des  petites  espèces  de  Tina- 
mous  de  l'Amérique  méridionale. 

On  devra  avoir  importé  au  moins  six  couples  de  ces  oiseaux  et  justifier 
que  trois  mois  après  leur  importation  ils  sont  dans  de  bonnes  conditions 
de  santé. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  — Prix  :  950  n-ancs. 

13°  —  187  7.  —  Multiplication  en  volière  des  grosses  espèces  de 
Colins  originaires  du  Mexique  et  du  Brésil,  ou  des  petites  espèces  de 
Tinamous  de  l'Amérique  méridionale. 

On  devra  présenter  dix  sujets  vivants  nés  des  oiseaux  directement  im- 
portés du  pays  d'origine. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  3«o  francs. 

14,0  __  f  881.  —  Reproduction  de  la  grande  Outarde  (^Otis  tarda) 
à  l'élat  sauvage. 

On  devra  prouver  que  trois  couples  au  moins  de  grandes  Outardes  ont 
couvé  et  élevé  leurs  jeunes  en  France,  sur  les  terres  du  propriétaire. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1'^'"  décembre  1885.  —  Prix  :  soo  francs. 

15°  —  1870.  —  Domestication  en  France  ou  en  Algérie  de  ITbis 
sacré  (Ibis  religiosa)  ou  de  l'Ibis  falcinelle  {Ibis  falcinelliis),  ou 
d'un  autre  oiseau  destructeur  des  Souris,  Insectes  et  Mollusques  nui- 
sibles dans  les  jardins. 


XXVI  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

Sont  exceptées  les  espèces  qui  pourraient  ravager  les  cultures. 

On  devra  faire  constater  l'existence  de  quatre  sujets  au  moins  de  pre- 
uière  vénération,  vivant  en  liberté  autour  d'une  habitation  et  nés  de 
parents  libres  eux-mêmes  dans  la  propriété. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  5oo  n-anes. 

16° 186'?.  —  Domestication  de  l'Autruche  d'Afrique  {Strii- 

thio  camelus)  en  Europe. 

On  devra  justifier  de  la  possession  d'au  moins  six  Autruches  nées  chez 
le  propriétaire  et  âgées  d'un  an  au  moins. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1^'  décembre  1885. —  Prix  :  isoo  n-ancs. 

17» l§79.  —  Création  en  Algérie  d'une  ferme  d'Autruches. 

On  devra  être  possesseur  de  dix  couples,  au  moins,  de  reproducteurs, 
et  avoir  fait  naître  et  élever  dans  les  trois  années  précédentes  cent  jeunes 
autruchons.  Les  concurrents  ne  seront  pas  tenus  d'entretenir  chez  eux 
tous  les  jeunes  produits;  mais  ils  devront  fournir  des  documents  authen- 
tiques justifiant  de  la  destination  qui  leur  a  été  donnée. 

Les  concurrents  devront  présenter  un  compte  des  dépenses  et  recettes 
occasionnées  par  l'entretien  du  troupeau  ;  faire  connaître  la  valeur  des 
plumes  livrées  au  commerce;  les  procédés  cà  employer  pour  la  multipli- 
cation des  jeunes  (incubation  naturelle  ou  hydro-incubateurs),  et  adresser 
à  la  Société  un  rapport  circonstancié  donnant  tous  les  détails  propres  à 
l'éducation  de  l'Autruche  en  captivité. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  fooo  n-ancs. 

18"  _  1873.  _  Domestication  d'un  nouveau  Palmipède  utile. 
On  devra  présenter  au  moins  dix  sujets  vivants  de  seconde  génération 
produits  en  captivité. 
Concours  prorogé  jusqu'au  l^""  décembre  1885.  —Prix:  fooo  n-anes. 

IQo  __  1882.  —  Un  prix  de  300  francs  sera  décerné  à  l'auteur 
du  meilleur  travail  sur  les  nichoirs  artificiels  pour  la  protection  et 
la  propagation  des  espèces  d'oiseaux  qui  nichent  dans  les  creux 
ou  trous  des  arbres,  des  murailles  ou  des  rochers. 

L'auteur  devra  produire  des  modèles  de  nichoirs  en  indiquant  leur 
mode  de  construction  et  leur  prix  de  revient,  et  justifier  des  résultats 
obtenus  depuis  cinq  ans  au  moins. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1890.  —  Prix  :  300  francs. 

20"  —  18S*i.  —  Un  prix  de  300  francs  sera  accordé  h.  l'inven- 
teur d'un  genre  de  nourriture  artificielle  ou  composition  pouvant 
remplacer  les  pâtées  fraîches,  pour  les  oiseaux  insectivores  entre- 
tenus en  volières. 

On  devra  faire  connaître  la  composition  et  le  mode  de  préparation, 
justifier  des  avantages  que  présente  l'emploi  de  cette  composition  au 
point  de  vue  de  sa  conservation,  de  ses  qualités  nutritives  cl  de  son  prix 
de  revient. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1'^''  décembre  1885.  —  Prix  :  300  n-ancs. 


PRIX    EXTRAORDINAIRES.  XXVII 

TROISIÈME  SECTION.  —  POISSONS,  MOLLUSQUES,  ETC. 
CRUSTACÉS,  ANNÉLIDES 

10  —  1864.  —  Introduction  d'espèces  nouvelles. 

11  pourra  être  accordé,  dans  cliaque  section,  des  primes  d'une  valeur 
■de  200  à  .500  francs  à  toute  personne  ayant  introduit  quelque  espèce 
'«nouvelle  utile  ou  ornementale  d'un  réel  intérêt. 

^0  _  1882.^—  Recherches  sur  les  propriétés  physiques  et 
chimiques  des  eaux  douces  au  point  de  vue  de  l'aquiculture. 

L'auteur  devra  faire  ressortir,  par  des  observations  et  des  analyses 
pratiques,  les  conditions  favorables  au  développement  des  diverses 
«spèces  de  Poissons,  Crustacés,  Mollusques  et  Végétaux. 

Concouî-s  ouvert  jusqu'au  !*■•  décembre  1885.  —  Prix  :  500  francs. 

3»  _  1883.  —Recherches  sur  les  propriétés  physiques  et  chi- 
miques des  eaux  de  mer  et  saumâtres  au  point  de  vue  de  l'aquicul- 
ture. 

L'auteur  devra  faire  ressortir,  par  des  observations  et  des  analyses 
pratiques,  les  conditions  favorables  au  développement  des  diverses 
^espèces  de  Poissons,  Crustacés,  Mollusques  et  Végétaux. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1^'  décembre  1885.  —  Pkix  :  500  francs. 

REPTILES 

4.0  —  1870.  — Introduction  et  multiplication  en  France  de  la 
Grenouille  bœuf  (/?awa  mugiens)  de  rAmérique  du  Nord. 

On  devra  justilier  de  la  possession  de  vingt-cinq  sujets  nés  chez  le  pro- 
.priétaire. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.—  Prix  :  S50  francs. 

POISSONS 

5"  _  1873.  —  Introduction  dans  les  eaux  douces  de  la  France 
d'un  nouveau  Poisson  alimentaire. 

Les  poissons  introduits  devront  être  au  nombre  de  vingt  au  moins  ;  on 
devra  justifier  qu'ils  ont  été  importés  depuis  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jus([u'au  l""'  décembre  1885.  —  Prix  :  5oo  francs. 

6»  —  187».  —  Acclimatation  dans  les  eaux  douces  de  la  France 
d'un  nouveau  Poisson  alimentaire. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l'""  décembre  1885. —  Prix  :  looo  n-anes. 

7»  —  1873.  ~  Introduction  dans  les  eaux  douces  de  l'Algérie 
d'un  nouveau  Poisson  alimentaire. 

Les  poissons  introduits  devront  être  au  nombre  de  vingt  au  moins;  on 
devra  justifier  qu'ils  ont  été  importés  depuis  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  5oo  n-ancs. 


XXVIII  SOCIÉTÉ   NATIONALE    d'aCCLIMATATION. 

Le  prix  sera  doublé  si  le  poisson  introduit  est  le  Gourami  {Osphrome- 
nus  olfax). 

go 1873.  —  Acclimatation  dans  les  eaux  douces  de  l'Algérie 

d'un  nouveau  Poisson  alimentaire. 

Concours  ouvert  jusqu'au  \"  décembre  1885.  —  Pnix  :  looo  frnnc««. 

Le  prix  sera  doublé  si  le  poisson  acclimaté  est  le  Gourami  {Osphrome- 
nus  olfax). 

90 187S.  —  Introduction  dans  les  eaux  douces  de  la  Guade- 
loupe et  de  la  Martinique  d'un  nouveau  Poisson  alimentaire. 

Les  poissons  introduits  devront  être  au  nombre  de  vingt  au  moins  ;  on 
devra  justifier  qu'ils  ont  été  importés  depuis  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  500  rrancs. 

Le  prix  sera  doublé  si  le  poisson  introduit  est  le  Gourami [Osphrome- 
nus  olfax ). 

10° 1§73.  —  Acclimatation  dans  les  eaux  douces  de  la  Gua- 
deloupe et  de  la  Martinique  d'un  nouveau  Poisson  alimentaire. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1^'  décembre  1885.  —  Prix  :  lOOO  franc». 

Le  prix  sera  doublé  si  le  poisson  acclimaté  est  le  Gourami  (Osphrome- 
nus  olfax). 

llo_  1874.  —  Introduction  en  France  du  Coregonus  olsego  de 
l'Amérique  du  Nord. 

Les  poissons  introduits  devront  être  au  nombre  de  vingt  au  moins,  et 
l'on  devra  justifier  qu'ils  ont  été  importés  depuis  plus  d'un  an. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  500  n-anc»*. 

Si  des  multiplications  du  Coregonus  otsego  ont  été  obtenues  en  France, 
le  prix  sera  doublé. 

12°  1 8'3'9.  —  Multiplication  en  France  du  Saumon  de  Cali- 
fornie {Salmo  quinnat)  de  l'Amérique  du  Nord. 

On  devra  présenter  au  moins  500  alevins,  âgés  d'un  an,  nés  de  parents 
existant  dans  les  eaux  du  propriétaire  depuis  au  moins  dix-buit  mois. 
L'état  des  reproducteurs  devra  être  constaté  au  moment  du  frai  par 
des  pièces  autbentiques.  On  devra  également  faire  constater  l'époque  de 
l'éclosion  des  œufs  et  faire  connaître  dans  un  rapport  circonstancié  les 
observations  auxquelles  donnerait  lieu  l'éducation  de  ces  jeunes  poissons. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1""  décembre  1885.—  Prix  :  5oo  n-ancs. 

130  —  1879.— Propagation  dans  les  eaux  douces  de  la  France 
de  la  grande  Truite  des  lacs  {Salmo  Lemanus). 

Concours  ouvert  jusqu'au  \"'  décembre  1885.  —  Prix  :  500  n-anes. 

44.0 —  1879.  — Propagation  dans  les  eaux  de  la  France  du 
Corégone  Lavaret. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  «oo  francs. 
15»  —  1881.  —  Protection  des  poissons  migrateurs. 

Un  prix  de  500  francs  sera  décerné  à  l'auteur  du  meilleur  travail  indi- 
({uant,  au  point  de  vue  pratique,  les  moyens  les  plus  propres  à  assurer 


PRIX    EXTRAORDINAIRES.  XXIX 

la  reproduction  des  poissons  migrateurs  dans  les  eaux  douces  de  la 
France. 

L'ouvrage  devra  particulièrenienl  faire  connaître  les  avantages  et  le 
mode  de  construction  des  appareils  ou  ftassages,  dits  échelles  à  saumons, 
permettant  aux  poissons  migrateurs  de  franchir  les  barrages,  chutes 
d'eau  et  obstacles  divers,  dans  les  cours  d'eau. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l'^"'  décembre  1885.  —  Prix  :  500  francs. 

16"  —  I8S2.  —  Etablissement  d'échelles  pour  les  poissons  mi- 
grateurs. 

Un  prix  de  500  francs  sera  décerné  aux  usiniers  ou  propriétaires  qui 
auront  établi,  dans  des  conditions  pratiques,  des  échelles  pour  le  passage 
des  poissons  migrateurs. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"'  décembre  1885.  —  Pfux  :  500  rrnncs. 

17"  —  1883.  —  Jlultiplication  des  Cyprinides. 

Il  pourra  être  accordé  des  primes  ou  des  médailles  à  toute  personne 
qui  aura  obtenu,  dans  des  eaux  closes,  de  l'alevm  de  Cyprinide,  notam- 
ment la  Carpe  et  la  Tanche,  et  qui  justifiera  en  avoir  introduit  en  grand 
nombre  dans  les  cours  d'eau  de  la  région  et  aura  ainsi  contribué  le  plus 
efficacement  à  leur  repeuplement. 
■     Concours  ouvert  jusqu'au  1^'  décembre  1885.  —  Prix  :  soorrnnes. 


MOLLUSQUES 

18°  —  1867.  —  Acclimatation  et  propagation  d'un  Mollusque 
utile  d'espèce  terrestre,  fluviatile  ou  marine,  resté  jusqu'à  ce  jour 
étranger  à  notre  pays. —  Cette  acclimatation  devra  avoir  donné  lieu 
à  une  exploitation  industrielle  ;  ses  produits  alimentaires  ou  autres 
seront  examinés  par  la  Société. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1'='' décembre  1885.  —  Piux  :  50«  francs. 

19"  —  1869.  —  Reproduction  artificielle  des  Huîtres.  —  Un  prix 
de  1000  francs  sera  décerné  pour  le  meilleur  travail  indiquant,  au 
point  de  vue  pratique,  les  méthodes  les  plus  propres  à  assurer  cette 
reproduction  artificielle.  L'ouvrage  devra,  en  outre,  faire  connaître 
d'une  manière  précise  les  conditions  à  remplir  pour  obtenir  les  au- 
torisations de  créer  des  établissements  luiîlriers,  et  énumérer  les 
travaux  que  comportent  les  bancs  d'Huîtres  naturels,  aussi  bien  que 
les  caractères  auxquels  on  peut  reconnaître  qu'un  banc  est  exploi- 
table; enfin  quelles  sont  les  mesures  qu'il  convient  de  prendre  pour 
l'enlèvement  du  coquillage.  En  un  mot,  ce  travail  devra  constituer 
un  véritable  manuel  d^ ostréiculture. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix:  tooo  rranc!i. 

-20»  —  1879.  —  Culture  de  la  Moule  sur  les  côles  méditerra- 
néennes. 
On  devra  justifier  d'une  superficie  d'un  hectare  mis  en  culture,  soit  sur 


XXX  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

fond  horizontal,  soit  sur  bouchots,  et  ayant  donné  des  produits  ahraen-^ 
taires  au  moins  une  année. 

Les  concurrents  devront  joindre  à  l'appui  de  leur  demande  un  mémoire 
indiquant,  au  point  de  vue  pratique,  les  moyens  les  plus  propres  à  assurer 
le  succès  de  semblable  industrie,  et  présenter  un  compte  des  dépenses 
occasionnées  pour  l'établissement  de  l'exploitation  et  des  bénéfices  qu'on, 
peut  en  tirer. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Paix  :  looo  francs. 

CRUSTACÉS 

210  —  1867.  —  Introduction  et  acclimatation  d'un  Crustacé- 
alimentaire  dans  les  eaux  douces  de  la  France,  de  l'Algérie,  de  la, 
Martinique  ou  de  la  Guadeloupe. 

Concours  prorogé  jusqu'au  i"  décembre  1885.  —  Prix  :  5oo  francs.. 


QUATRIÈME  SECTION.  —  INSECTES 

1°  —  1864.  —  Introduction  d'espèces  nouvelles. 

Il  pourra  être  accordé,  dans  chaque  section,  des  primes  d'une  valeur- 
de  200  à  500  francs  à  toute  personne  ayant  introduit  quelque  espèce 
nouvelle  utile  ou  ornementale  d'un  réel  intérêt. 

2»  _  1865.  —  Acclimatation  et  multiplication  soutenue  pen- 
dant trois  années  au  moins  en  Europe  ou  en  Algérie  d'un  insecte 
producteur  de  cire,  autre  que  l'Abeille  ou  les  Mélipones. 

Concours  prorogé  jusqu'au  i""  décembre  1885.  —  Prix:  «ooo francs. 

SÉRICICULTURE 

30  —  1881. —  Acclimatation  et  multiplication  soutenue  pen- 
dant trois  années  au  moins,  en  France  ou  en  Algérie,  d'une  nouvelle 
espèce  de  Ver  à  soie  produisant  de  la  soie  bonne  à  dévider  ou  à. 
carder  pour  employer  industriellement. 

Le  prix  ne  sera  accordé  que  sur  preuve  d'une  production  annuelle  de- 
trois  mille  cocons  au  moins. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l'""  décembre  1885.  —  Paix  :  1000  francs. 

40  —  1881.  —  Application  industrielle  de  la  soie  de  l'At- 
tacus  Cynthia  vera,  Ver  à  soie  de  l'Ailante. 

On  devra  présenter  plusieurs  coupes  d'étoffe  formant  ensemble  au 
moins  50  mètres,  et  fabriquées  avec  la  soie  dévidée  en  fils  continus  de 
YAttacus  Cijnthia  et  sans  aucun  mélange  d'autres  matières.  Les  tissus, 
de  bourre  de  soie  sont  hors  de  concours . 

Concours  ouvert  jusqu'au  1'''"  décembre  1885.  —  Prix  :  1000  francs. 

50  — 1818.  —  Encouragement,  en  France,  à  un  établissement 
industriel  pouvant  livrer  à  la  consommation,  et  prêtes  à  être  tissées,. 


PRIX    EXTRAORDINAIRES.  -  XXXI 

des  soies  grèges  ou  des  fdoselies  des  cocons  d'une  des  espèces  ci- 
après  désignées  : 

Attacus  Yama-maï,  Pernyi,  Cyntliia,  Cecropia,  Polyphe- 
imis,  Ole,  espèces  qui  ont  déjà  été  l'objet  d'éducations  en  France 
sur  une  échelle  plus  ou  moins  étendue. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l^'  décembre  1885.  —  Prix  :  looo  n-ancs. 
go  —  187  7.  —  Vers  à  soie  du  Mûrier.  —  Études  théoriques  et 
pratiques  sur  les  diverses  maladies  qui  les  atteignent.  Les  auteurs 
devront,  autant  que  possible,  étudier  monographiquement  une  ou 
plusieurs  des  maladies  qui  atteignent  les  Vers  à  soie,  en  préciser 
les  symptômes,  faire  connaître  les  altérations  organi({ues  qu'elles 
entraînent,  étudier  expérimentalement  les  causes  qui  leur  donnent 
naissance  et  les  meilleurs  moyens  k  employer  pour  les  combattre. 
Concours  ouvert  jusqu'au  1""  décembre  1885.  —  Ptux  :  looo  francs. 
70  _  1870.  —  Vers  à  soie  du  Mûrier, — ^Production  dans  le  nord 
de  la  France  de  la  graine  de  Vers  à  soie  de  races  européennes  par 
de  petites  éducations. 

Considérant  l'intérêt  qu'il  y  aurait  à  encourager  la  production  de 
la  graine  saine  des  Vers  k  soie  du  Mûrier  de  races  européennes,  les 
prix  sont  institués  pour  récompenser  dans  les  bassins  de  la  Seine, 
de  la  Somme,  de  la  Meuse,  du  Rhin,  ainsi  que  dans  la  portion  sep- 
tentrionale du  bassin  de  la  Loire,  les  petites  éducations  qui  permet- 
tront de  mettre  au  grainagedes  cocons  provenant  d'éducations  dans 
lesquelles  aucune  maladie  des  Vers  n'aura  été  constatée. 

La  Société  n'admettra  au  concours  du  grainage  que  les  graines  de 
Vers  à  so^e  de  races  européennes. 

Elle  ne  primera  aucune  éducation  portant  sur  plus  de  30  grammes- 
de  graine  pour  une  même  habitation. 

Mise  au  grainage  de  plus  de  50  kilogrammes  de  cocons  : 
Deux  Prix  de  500  francs  chacun. 
Mise  au  grainage  de  25  à  50  kilogrammes  de  cocons  : 
Deux  Prix  de  2»0  fVaucs  chacun. 
Mise  au  grainage  de  10  k  ^25  kilogrammes  de  cocons  : 
Quatre  Prix  de  150  francs  chacun. 
Mise  au  grainage  de  5  k  10  kilogrammes  de  cocons  : 
Dix  Prix  de  100  francs  chacun. 

Ces  primes  seront  distribuées  chaque  année,  s'il  y  a  /<CM,  jusqu'en  1885. 
Les  concurrents  devront  (cette  condition  est  de  rigueur)  se  faire  con- 
naître en  temps  utile,  afin  que  la  Société  puisse  faire  suivre  par  ses  dé- 
légués la  marche  des  éducations  et  en  constater  les  résultats. 


XXXII  '  SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

APICULTURE 

8"  —  1870. —  Etudes  lliéoriques  et  pratiques  sur  les  diverses 
maladies  qui  atteignent  les  Abeilles,  et  principalement  sur  la  loque 
ou  pourriture  du  couvain. 

Les  auteurs  devront,  autant  que  possible,  en  préciser  les  sym- 
ptômes, indiquer  les  altérations  organiques  qu'elle  entraîne,  étudier 
expérimentalement  les  causes  qui  la  produisent  et  les  meilleurs 
moyens  à  employer  pour  la  combattre. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Pni\  :  500  francs. 

9" — 1870.  —  Propagation  en  France  de  l'Abeille  égyptienne 
[Apis  fasciata). 

On  devra  justifier  de  la  possession  de  six  colonies  vivant  cliez  le  pro- 
priétaire depuis  au  moins  deux  ans,  en  bon  état,  sans  dégénérescence  ni 
hybridation,  et  de  si.\  bons  essaims  de  l'année  parfaitement  purs,  prove- 
nant des  ruches  mères  ci-dessus  désignées. 

Concours  ouvert  jusqu'au  \"  décembre  1885.  — Prix  :  5oo  francs. 

10»  —  1870.  —  Introduction  en  France  d'une  Mélipone  ou  Tri- 
gone  (Abeille  sans  aiguillon)  américaine,  australienne  ou  africaine. 

Présenter  une  colonie  vivant  depuis  deux  ans  chez  le  propriétaire. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1'"''  décembre  1885.  — Prix  :  5oo  francs. 

CINQUIÈME  SECTION.  —  VÉGÉTAUX. 

1"  —  1864.  —  Introduction  d'espèces  nouvelles. 

Il  pourra  être  accordé,  dans  chaque  section,  des  primes  d'u;ie  valeur 
de  200  à  500  francs  à  toute  personne  ayant  hitroduit  quelque  espèce 
nouvelle  utile  ou  ornemenlale  d'un  réel  intérêt. 

'2°  —  1873.  —  Plantes  de  pleine  terre  utiles  et  d'ornement,  in- 
troduites en  Europe  dans  ces  dix  dernières  années. 

Les  auteurs  devront  indiquer  dans  un  livre,  ou  dans  un  mémoire  étendu, 
les  usages  divers  de  ces  plantes,  leur  pays  d'origine,  la  date  de  leur  in- 
troduction, la  manière  de  les  cultiver;  les  décrire  et  désigner  les  diffé- 
rentes variétés  obtenues  depuis  leur  importation,  ainsi  que  les  différents 
noms  sous  lesquels  ces  végétaux  sont  connus. 

En  d'autres  termes,  les  ouvrages  présentés  au  concours  devront  pouvoir 
servir  de  guide  pratique  pour  la  cul  ture  des  plantes  d'importation  nouvelle  ; 
les  ouvrages  (manuscrits  ou  imprimés)  devront  être  remis  à  la  Société 
avant  le  1"  décembre. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  Prix  :  500  francs. 

3" — 1806.  —  Introduction  en  France  et  mise  en  grande  cul- 
ture  d'une  plante  nouvelle  pouvant  être  utilisée  pour  la  nourriture 
des  bestiaux. 

Concours  prorogé  jusqu'au  1'''  décembre  1885. —  1^''  Pnix  :  .ïoo  francs. 
—  2^  Prix  :  300  francs. 


PRIX   EXTRAORDINAIRES.  XXXIII 

40  _  ISSO.  —  Prix  de  200  francs,  fondé  par 
M.  GODEFROY-LEBŒIJF. 

Un  prix  de  200  francs  sera  décerné  à  la  personne  qui  présentera 
un  double  décalitre  de  graines  û' Elœococca  vernicia  récoltées  sur 
des  plantes  cultivées  à  l'air  libre,  en  Europe  ou  eu  Algc^rie,  sans 
autres  abris  que  les  rangées  d'arbres  nécessaires  à  leur  protection 
dans  le  jeune  âge  (^comme  au  Se-tchuen). 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1890.  —  Prix  :  «o©  n-ancM. 

5"  — 1870.  —  Utilisation  industrielle  du  Lo-za  {Rhamnus  utllis) 
qui  produit  le  vert  de  Chine. 

On  devra  fournir  à  la  Société,  sous  réserve  des  droits  de  propriété,  les 
documents  relatifs  aux  méthodes  et  procédés  employés. 

On  devra  également  présenter  des  spécimens  d'étoflés  teintes  en  France 
avec  les  produits  du  Lo-za  préparés  en  France. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1'^''  décembre  1885.  —  Prix:  5oo  francs. 

6"  —  1881. — Utilisation  industrielle  de  l'Ortie  de  Chine,  ré- 
coltée en  France  ou  en  Algérie  {Bœhmeria  utilis,  tenacissima,eic.). 

On  devra  fournir  à  la  Société,  sous  réserve  des  droits  de  propriété,  les 
documents  relatifs  aux  méthodes  et  procédés  employés. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l'^'"  décembre  1885.  — Prix  :  5oo  francs. 

7°  —  1881.  —  Introduction  et  culture  en  France  du  Noyer 
d'Amérique  [Carya  alba),  connu  aux  États-Unis  sous  le  nom  de 
Hickory  (bois  employé  dans  la  construction  des  voilures  légères). 

On  devra  justifier  de  la  plantation  sur  un  demi-hectare  de  Noyers  d'A- 
mérique ou  de  la  possession  de  500  arbres  hauts  de  1",50  au  moins. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l*""  décembre  1885.  —  Prix  :  5oo  francs. 

8°  —  1881.  —  Introduction  et  culture  pendant  deux  années 
successives  d'une  Igname  (Dioscorea)  joignant  à  sa  qualité  supé- 
rieure un  arrachage  facile. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885.  —  1"  Prix  :  eoo  francs. 
—  2^  Prix  :  400  francs. 

9"  —  1870.  —  Culture  du  Bambou  dans  le  centre  et  le  nord  de 
la  France. 

Le  prix  sera  accordé  à  celui  qui  aura  : 

1"  Cultivé  avec  succès  le  Bambou  pendant  plus  de  cinq  années,  et  dont 
les  cultures  couvriront,  au  moins  pendant  les  dernières  années,  un  demi- 
hectare  ; 

2°  Exploité  industriellement  ses  cultures  de  Bambou. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885. 

Deux  Prix  de  1000  francs  chacun. 

10"  —  1873.  —  Culture  de  V Eucalyptus  en  Algérie. 
Le  prix  sera  accordé  à  celui  qui  aura  : 

1°  Cultivé  avec  succès  VEucalyptus  pendant  plus  de  cinq  années  et  dont 
3°  SÉRIE,  T.  X.  — Séance  publique  annuelle.  c 


XXXI Y  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

les  cultures  couvriront  au  moins,  pendant  les  dernières  années,  8  hectares; 
2"  Exploité  industriellement  ses  cultures  d'Eticalyptus. 
Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885. —  Paix  :  looo  francs. 

Il»  _  1873.  —  Culture  de  VEucalyptus  en  France  et  particu- 
lièrement en  Corse. 

Le  prix  sera  accordé  à  celui  qui  aura  : 

1°  Cultivé  avec  succès  l'Eucalyptus  pendant  plus  de  cinq  années  et  dont 
les  cultures  couvriront  au  moins,  pendant  les  dernières  années,  2  hectares; 

2°  Exploité  industriellement  ses  cultures  à'Eucalyptus. 

Concours  ouvert  jusqu'au  V  décembre  1885.  —  Prix  :  looo  francs. 

j-)o  —  1S70.  —  Guide  théorique  et  pratique  de  la  culture  de 
VEucalyptus. 

Les  auteurs  devront  surtout  étudier,  en  s'appuyant  sur  des  expériences, 
et  comparativement,  quelles  sont  les  espèces  d  Eucalyptus  qui  peuvent 
être  cultivées  sous  les  divers  climats;  faire  connaître  la  nature  du  sol  qui 
leur  convient,  les  soins  spéciaux  de  culture  que  chaque  espèce  exige,  le 
degré  de  froid  auquel  elle  résiste  et  leur  valeur  relative. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1*""  décembre  1885. —  Prix:  50©  francs. 

130  — 1876.  —  Culture  du  Jaborandi  {Pilocarpus  pinnatus) 
en  France  ou  en  Algérie. 

Le  prix  sera  décerné  à  celui  qui  aura  : 

1»  Cultivé  avec  succès  le  Jaborandi  pendant  plus  de  cinq  années  et 
dont  les  cultures  couvriront,  au  moins  pendant  les  dernières  années,  un 
demi-hectare  ; 

2"  Exploité  commercialement  ses  cultures  de  Jaborandi. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l*""  décembre  1885.  —  Prix  :  500  francs. 

140  —  1879.  —  Reboisement  des  terrains  en  pente  par 
l'Ailante. 

Considérant  que  l'Ailante  s'accommode  facilement  de  tous  les  sols, 
que  les  troupeaux  ne  touchent  ni  à  ses  feuilles  ni  à  son  écorce,  et  qu'il 
serait  par  conséquent  essentiellement  propre  au  reboisement  de  certains 
terrains  pauvres  servant  actuellement  de  pâture,  la  Société  institue  un 
prix  de  1000  francs,  qui  sera  décerné  à  la  personne  ou  à  la  commune  qui, 
en  France,  justifiera  de  la  plantation  de  5  hectares  de  cette  essence. 

Les  concurrents  devront  établir  que  le  reboisement  est  fait  depuis  plus 
de  cinq  ans. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l^""  décembre  1890.  —  Prix  :  1000  francs. 

15°  —  188*J.  —  Alimentation  du  bétail  par  le  Téosinté  (Reana 
luxurians). 

On  devra  présenter  un  compte  établissant  le  rendement  obtenu,  en 
poids,  d'une  plantation  de  Téosinté  couvrant  au  moins  25  ares  et  fournir 
les  renseignements  circonstanciés  sur  les  avantages  ou  les  inconvénients 
que  présente  ce  mode  d'alimentation  pour  le  bétail. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"  décembre  1885. —  Prix  :  30©  francs. 

1G°  —  1S82.  —  Alimentation  des  animaux  par  le  Soya. 

On  devra  fournir  des  renseignements  circonstanciés  sur  les  avantages 


PRIX   EXTRAORDINAIRES.  XXXV 

ou  les  inconvénients  que  présente  ce  mode  d'alimentation  pour  les  ani- 
maux, soit  à  l'état  vert,  soit  à  l'état  sec. 
Concours  ouvert  jusqu'au  i"  décembre  1885.  —  Prix  :  3oo  rranc»*. 

17° — 1S82.  —  Jardin  fruitier  exotique  en  Algérie  ou  sur  le 
littoral  méditerranéen  français. 

On  devra  faire  connaître  les  espèces  et  les  variétés  d'arbres  fruitiers 
exotiques  entretenues,  indiquer  la  date  des  plantations,  la  nature  du  sol, 
et  les  précautions  prises  pour  assurer  le  succès  de  la  plantation. 

Ce  travail  devra  faire  connaître  les  variétés  les  plus  recommandables 
pour  la  localité  oîi  l'expérience  aura  été  faite. 

Concours  ouvert  jusqu'au  1"''  décembre  1895.  —  Prix  :  500  francs. 

18"  —  1888.  —  Culture  du  Phaseolus  raïUatus. 

Le  prix  sera  accordé  à  la  personne  qui  aura  cultivé  avec  succès  le 
Haricot  radié  dans  un  champ  d'un  demi-hectare  au  moins. 

S'il  se  présentait  plusieurs  concurrents,  la  préférence  serait  donnée  à 
celui  qui  produirait  les  plus  beaux  spécimens  de  préparations  alimen- 
taires, obtenues  avec  les  graines  du  Phaseolus  rudiatus. 

Concours  ouvert  jusqu'au  l*""  décembre  1890.  —  Prix  :  soo  rran«»»«. 


DE  LA 

DISTRIBUTION  GÉOGRAPHIQUE  DES  ANIMAUX 

Par   91.    Raoul   BARON 


Mesdames,  Messieurs, 

Lorsque  vous  considérez  les  nombreuses  espèces  qui  com- 
posent le  règne  animal,  vous  ne  tardez  pas  à  reconnaître  entre 
elles  des  différences  de  toutes  sortes:  Différences  dans  la 
couleur,  dans  le  volume,  dans  la  consistance,  dans  les  odeurs 
exhalées,  dans  les  sons  émis,  dans  les  attitudes  et  les  restes  ; 
différences  dans  la  conformation  externe,  dans  la  structure 
interne  et  le  fonctionnement  physiologique  des  organes  di- 
vers... 

Alors  une  idée  vous  vient  tout  naturellement  et  vous  vous 
demandez,  par  exemple,  si  cette  variété  infinie  ne  tiendrait 
pas  à  celle  apparemment  non  moins  infinie  que  présentent  les 
circonstances  au  sein  desquelles  se  développent  et  se  perpé- 
tuent ces  espèces.  Puis  la  science  vient  à  votre  secours:  elle 
vous  apprend  (si  vous  ne  le  saviez  déjà)  que  notre  planète  a 
passé  par  une  série  d'évolutions  laborieuses  autant  que  mul- 
tiples. A  chaque  époque  distincte  ont  dû  correspondre  des 
conditions  d'existence  également   distinctes  ;    d'autre  part, 
comme  les  vestiges  fossiles  que  nous  exhumons  impliquent 
eux-mêmes  des  organisations  plus  ou  moins  éloignées  des 
types  actuels,  votre  idée  de  tout  k  l'heure  se  fortifie  et  se 
change  bientôt  en  une  véritable  méditation  que  je  vais  essayer 
de  traduire. 

Le  globe  terrestre,  à  l'heure  qu'il  est,  tel  qu'il  est,  nous 
offre,  dans  son  unification  admirable  et  majestueuse,  une  di- 
versité qui  saute  aux  yeux  les  moins  attentifs  :  car  c'est  par 
abréviation  que  nous  disons  «  la  terre  »...  L'élément  aqueux 
n'y  occupe-t-il  pas  (superficiellement  au  moins)  une  place 
énorme  ? 


DISTRIBUTION    GÉOGRAPHIQUE   DES   ANIMAUX.        XXXVIi: 

L'atmosphère  n'enveloppe-t-ellc  pas  le  tout,  solides  et 
liquides,  sous  une  épaisseur  de  plusieurs  dizaines  et  peut-être 
de  plusieurs  centaines  de  lieues  ? 

Ce  n'est  rien  encore  :  La  terre,  proprement  dite,  n'est  pas 
partout  la  même.  Que  dis-je  !  Il  faudrait  plusieurs  conférences 
comme  celle-ci  pour  énumérer,  même  rapidement,  ses  conti- 
nents, ses  côtes,  ses  caps,  ses  presqu'îles,  ses  îles,  ses  chaînes 
de  montagnes,  ses  plateaux,  ses  plaines,  ses  vallées  et  ses 
cavernes...  Après  cela,  l'eau  jalouse  voudrait  avoir  son  tour  : 
les  mers  grandes  et  petites,  les  manches,  les  détroits,  les 
golfes,  les  méditerranées,  les  lacs,  les  fleuves,  les  rivières  et 
les  moindres  ruisseaux  ;  tout  cela  réclamerait  une  mention.    • 

Or  tout  cela  est  peuplé  et  peuplé  diversement,  plus  diverse- 
ment, croyez-le  bien,  que  ne  l'exigent  en  somme  les  innom- 
brables modalités  géographiques  que  je  viens  de  vous  faire 
entrevoir. 

Mais  sommes-nous  sûrs  d'avoir  fidèlement  examiné  notre 
sphère  sous  tous  les  aspects  possibles  ?  Loin  de  là.  La  terre 
est  dans  le  ciel  et  entrelient  avec  la  sublime  coupole,  ainsi 
qu'avec  la  lampe  d'or  qui  l'éclairé,  des  rapports  merveilleux 
jusqu'à  la  peinture  desquels  n'a  pu  encore  se  hausser  le  lan- 
gage des  plus  grands  poètes  !...  En  attendant,  les  astronomes 
s'efforcent  d'en  préciser  le  sens  et  nous  savons,  grâce  à  eux, 
qu'il  y  a  ici-bas  des  saisons,  des  climats,  des  événements 
météorologiques,  des  lignes  et  des  zones  particulières  :  autour 
de  ces  points  singuliers  qu'on  nomme  «  les  pôles  »,  s'étendent 
les  zones  glaciales;  plus  excentriquement  les  zones  tempérées 
et,  sur  le  ventre  de  l'équateur,  les  zones  intertropicales  ou 
torrides.  Ce  sont  là,  derechef,  autant  de  conditions  de  vie  qui 
se  superposent  aux  précédentes  et  vous  voyez  finalementqu'il 
n'est  pas  besoin  de  remonter  l'échelle  des  âges  géologiques, 
pour  découvrir  de  quelle  manière  la  vie  se  pluriformise  sous 
l'influence  des  milieux.  En  d'autres  termes,  ce  que  la  paléon- 
tologie vous  montrait  dans  Vordre  des  successions,  la  zoo- 
logie géographique  va  vous  le  montrer  dans  Vordre  des 
coexistences. 

La  Zoologie  géographique  peut  donc  se  définir  «  le  chapitre 


XXXVIIl  SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

de  la  philosophie  nalurelle  qui  étudie  comment,  et  pourquoi 
les  animaux  sont  parqués,  suivant  leur  organisation,  en  telle 
ou  telle  ou  telle  région,  sur  tel  ou  tel  point  du  globe  ter- 
restre. » 

Je  dis  comment  et  pourquoi  :  car  en  voulant  aborder  le 
pourquoi  avant  le  comment,  nous  nous  exposerions  à  coup 
sûr  à  une  défaite.  En  nous  bornant  au  problème  du  comment, 
par  élimination  systématique  du  pourquoi,  nous  nous  montre- 
rions indignes  de  l'illustre  fondateur  de  cette  Société.  Ecoutez 
bien  ses  paroles:  «  Sans  doute,  dit-il,  pour  celui  qui  se  ren- 
ferme dans  le  cercle  étroit  de  l'observation  directe  et  de  ses 
conséquences  immédiates,  il  n'y  a  de  possible  que  la  connais- 
sance, même  imparfaite,  des  fails  matériels  de  l'ordre  actuel 
des  choses;  tandis  que  pour  celui  qui  croit  pouvoir,  non 
seulement  observer  et  expérimenter,  mais  aussi  raisonner, 
mille  routes  nouvelles  sont  ouvertes  :  le  but  grandit  comme 
les  moyens,  l'espace  et  le  temps  n'ont  plus  de  limites.  » 

Je  suis  complètement  de  l'école  des  Geoffroy  Saint-Hilaire, 
«t  j'avoue  que  si  la  zoologie  géographique  ne  devait  être  qu'un 
pur  et  simple  inventaire  des  animaux  répandus  en  ce  petit 
coin  du  monde  que  nous  habitons,  je  trouverais  cette  science 
aussi  aride  et  j'ose  ajouter  aussi  peu  féconde  que  la  statis- 
tique... Respectons  certes  les  faits;  mais  permettons-nous  de 
les  discipliner  et  de  les  généraliser,  en  daignant  nous  souvenir 
que  le  genre  humain  a  des  ailes  et  qu'il  aspire  à  s'élever  tou- 
jours. Il  ne  pourrait  voler  dans  le  vide,  c'est  évident;  mais, 
de  même  que  l'oiseau  est  soutenu  par  l'air  qui  lui  résiste,  de 
même  notre  esprit,  quand  il  s'appuie  sur  le  témoignage  empi- 
rique des  sens,  cherche  par  cela  seul  à  s'élancer  au  delà  ! 

Ainsi  envisagée,  la  science  est  incontestablement  toute 
jeune  et  ne  remonte  pas  au  delà  des  années  qui  suivirent  les 
beaux  travaux  d'Alexandre  de  Humbold.  Cependant  le  cerveau 
de  Buffon  en  couvait  le  précieux  germe  ;  et  nous  ne  pouvons 
refuser  à  l'immortel  naturaliste  la  gloire  d'avoir  fait  observer 
le  premier  que  le  lio7i,  le  tigre  et  \e  chameau  d" Amérique  ne 
sont  pas  un  vrai  lion,  un  vrai  tigre,  un  vrai  chameau.  —  Les 
premiers  conquérants  du  nouveau  monde,  trouvant  sur  le  sol 


DISTRIBUTION    GEOGRAPHIQUE    DES   ANIMAUX.         XXXIX 

conquis  des  animaux  qui  se  l'approchaient  en  apparence  de 
ceux  qu'ils  connaissaient  en  Europe,  leur  donnèrent  tout  spon- 
tanément les  mêmes  noms  ;  et  fmalement  il  se  trouva  que  les 
noms  avaient  confondu  les  choses.  —  La  zoologie  et  la  bota- 
nique sont  du  reste  toutes  pleines  de  survivances  analogues, 
et  je  ne  sache  pas  de  rhéteurs  plus  amis  de  la  catachrèse  que 
les  hommes  auxquels  nous  devons  nos  nomenclatures. 

Mais  Flourens,  qui  insiste  beaucoup  sur  le  rôle  joué  par 
Buflon,  croit  néanmoins  devoir  rappeler  que  Pline  l'Ancien 
avait  eu,  lui  aussi,  au  sujet  de  la  géographie  animale,  des 
pressentiments  fort  justes. 

Sur  ce  terrain  il  est  toujours  facile  de  renchérir  :  car  un 
germe,  si  informe  qu'il  soit,  est  constamment  précédé  d'un 
état  antérieur  plus  vague  et  plus  informe  encore...  Je  n'hésite 
pas  personnellement  à  croire  que  l'antiquité  (même  la  haute 
antiquité)  dut  être  rapidement  initiée  aux  faits  les  plus  élé- 
mentaires des  grandes  localisations  de  la  nature  vivante  ;  de 
sorte  que  Virgile  ne  me  semble  pas  prêter  un  langage  trop 
scientifique  au  berger  Tityre,  lorsqu'il  le  fait  s'écrier: 

«  On  verra  dans  les  plaines  de  l'air,  paître  les  cerfs  légers  ; 
les  poissons  vivre  à  sec  sur  les  rivages  ou  le  Parthe  venir 
boire  les  eaux  de  l'Arar  et  le  Germain  celles  du  Tigre,  plutôt 
que  l'image  de  mon  maître  s'effacer  de  mon  cœur  !  » 

Cette  touchante  exclamation  est,  par  son  incohérence  même, 
plus  remarquable  encore  :  car  elle  invite  à  supposer  que  le 
Parthe  et  le  Germain  sont,  dans  la  pensée  de  l'humble  inter- 
locuteur de  Mélibée,  circonscrits  dans  leurs  aires  géographi- 
ques respectives,  au  même  titre  que  les  animaux  terrestres  à 
la  surface  du  sol  et  les  aquatiques  au  sein  de  l'onde.  Nous  y 
reviendrons. 

Seulement,  Mesdames  et  Messieurs,  et  pour  ne  pas  déserter 
mon  idée  maîtresse,  vous  voudrez  bien  remarquer  que  ce  qui 
caractérise  essentiellement  le  point  de  vue  scientifique  n'est 
nullement  touché  ici,  pas  plus  que  dans  les  ouvrages  de  Pline, 
pas  plus  même  que  dans  Bulïon.  Car,  en  définitive,  le  point 
de  vue  scientifique,  c'est  findication  des  lois  et  le  soupçon 
des  causes...  Il  v  a  des  localisations  dans  la  nature  animée, 


XL  SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

soit  !  le  renseignement  vaut  son  pesant  d'or  ;  mais  ne  poussons 
pas  le  fétichisme  jusqu'à  adorer  le  brillant  lingot.  Monnayons- 
le  plutôt  et  servons-nous-en  au  plus  vite.  Le  monnayeur,  ici, 
vous  le  devinez,  c'est  l'intelligence  qui  compare  et  qui  juge. 
Comparons  donc  et  jugeons. 

To^it  dans  le  monde,  et  surtout  dans  le  monde  de  la  vie, 
est  localisé  ou  tend  à  se  localiser.  Comme  le  règne  animal 
nous  présente  ses  faunes,  le  règne  végétal  nous  présente  ses 
flores  ;  et  l'anatomiste  qui  se  confine  dans  la  dissection  d'un 
seul  individu  animal  ou  végétal  découvre  bientôt  que  l'objet 
même  de  ses  patientes  et  utiles  recherches  gît  tout  entier  dans 
la  connaissance  d'une  série  de  localisations. 

Montrer  l'universalité  d'un  fait,  c'est  déjà  l'éclairer  passa- 
blement, et  quoique  l'essence  dé  la  pesanteur  nous  soit  pro- 
fondément inconnue,  nous  avons  coutume  de  dire  que  ce  phé- 
nomène est  expliqué,  depuis  que  l'incomparable  instituteur  de 
la  mécanique  céleste  nous  l'a  fait  envisager  comme  un  cas 
particulier  de  la  gravitation  universelle. 

Dans  la  question  qui  nous  occupe,  il  y  a  même  plus  :  nous 
pouvons  trouver  en  effet  dans  les  localisations  des  espèces 
végétales,  une  explication  directe,  une  cause  matérielle  de  la 
distribution  géographique  des  animaux  herbivores,  frugi- 
vores et  granivores  et,  par  contre-coup,  une  raison  de  la 
distribution  des  carnivores  qui  s'attachent  généralement  à 
certaines  proies  de  prédilection. 

De  môme  dans  les  localisations  anatomiques  des  appareils, 
des  organes  et  des  tissus,  nous  trouvons  une  explication 
directe,  une  cause  matérielle  de  la  topographie  des  parasites. 

En  étendant  l'idée,  on  arrive  à  dire  que  toutes  les  fois 
qu'il  existe,  dans  l'économie  de  la  nature,  une  subordination 
quelconque  entre  deux  vivants,  la  distribution  de  ceux-ci  en 
est  affectée. 

Aux  deux  grands  principes  ci-dessus,  savoir  :  que  la  matière 
vivante  est  atteinte  de  la  monomanie  des  localisations  et 
que  le  groupement  réciproque  des  êtres  est  comme  Vappa- 
reil  enregistreur  de  leurs  relations  économiques  simples  ou 


DISTRIBUTION    GÉOGRAPHIQUE   DES   ANIMAUX.  XLI 

compliquées;  à  ces  deux  grands  principes  s'enjoint  un  troi- 
sième: 

Il  y  a  des  rapports  définis  entre  les  propriétés  géométri- 
ques, mécaniques,  physico  -  chimiques  des  milieux  et  les 
attributs  différentiels  des  espèces. 

Par  exemple,  si  l'on  jette  un  coup  d'œil  d'ensemble  sur  les 
différentes  aires  géographiques,  on  reconnaît  qu'il  existe  une 
harmonie  incontestable  entre  les  dimensions  des  territoires 
et  les  dimensions  des  habitants.  —  Ce  qu'on  peut  exprimer 
sous  cette  autre  forme  : 

'    Aux  grandes  aires  les   types  volumineux,  aux  petites 
aires  les  types  exigus. 

D'abord  on  peut  remarquer,  ainsi  que  nous  l'avons  fait  au 
début,  que  les  portions  de  notre  planète  qui  sont  recouvertes 
d'eau  l'emportent  très  considérablement  en  étendue  sur  les 
portions  terrénéennes.  Eh  bien,  il  est  reconnu  par  tous  les 
zoologistes,  à  la  suite  d'Isidore  Geoffroy  Saint-llilaire,  que 
«  les  animaux  qui  habitent  au  sein  des  eaux  ou  qui  y  passent 
seulement  une  partie  de  leur  vie,  parviennent  cà  une  grande 
taille  comparativement  avec  les  autres  types  du  groupe  au- 
quel ils  appartiennent  ».  —  «  Et  il  semble  même,  ajoute  ce 
profond  penseur,  que  l'accroissement  de  leurs  dimensions 
soit  en  raison  directe  de  la  durée  de  leur  séjour  dans  l'eau.  » 

Mais  les  applications  se  poursuivent  bien  au  delà,  car  il  est 
reconnu  également: 

i°  Que,  parmi  les  espèces  aquatiques,  les  marines  sont 
décidément  les  plus  grandes,  à  proportion  même  de  la  gran- 
deur des  mers;  de  même  pour  les  espèces  lacustres,  et  ainsi 
de  suite,  en  prenant  celles  des  tleuves,  des  rivières  et  des 

ruisseaux  ; 

2"  Que,  parmi  les  formes  vivantes  terrestres,  les  continen- 
tales, qui  sont  les  plus  grandes  de  toutes,  déclinent  comme  les 
continents  eux-mêmes,  jusqu'à  rejoindre  les  insulaires  qui 
déclinent  à  leur  tour,  parallèlement  à  la  décroissance  de 
rétendue  de  îles; 

3"  Enfin,  que  les  mammifères  montagnards  atteignent  ordi- 
nairement des  dimensions  moins  considérables  que  ceux  des 


XLII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

plaines.  L'altitude  n'est-elle  pas,  en  effet,  une  autre  fornne  du 
rétrécissement  de  l'habitat  terrénéen  et  ne  peut-on  pas  dire 
qu'une  montagne  est  une  île  à  laquelle  il  ne  manque  que 
d'être  entourée  d'eau? 

Mais,  de  toutes  les  aires  géographiques,  la  plus  petite  serait 
encore,  bien  entendu,  l'organisme  d'un  autre  animal...  Eh 
bien  !  le  principe  n'est  pas  en  défaut  et  les  parasites  pris  en 
masse  sont  évidemment  les  plus  petits  êtres  de  l'univers. 

Encore  un  mot  :  si  le  format  des  animaux  diminue  avec 
l'espace  qu'on  laisse  à  leur  disposition,  la  science  expérimen- 
tale doit  pouvoir  nous  offrir,  à  un  moment  donné,  de  gra- 
cieuses récréations  de  physiologie  amusante.  C'est  ce  qu'a  fait 
Bory  de  Saint-Vincent.  Un  cyprin  doré  ayant  été,  pendanl^dix 
années,  renfermé  dans  un  bocal  étroit,  n'y  prit  aucun  accrois- 
sement. Il  se  développa  au  contraire  en  très  peu  de  temps,  de 
manière  à  doubler  de  volume,  lorsqu'il  eut  été  mis  dans  un 
vase  plus  grand...  Voilà  bien,  cette  fois,  de  la  zoologie  géogra- 
phique en  chambre  et  sur  commande.  Mais  voici  maintenant 
une  autre  loi  analogue  à  la  précédente,  tout  aussi  remar- 
quable qu'elle  et  peut-être  plus  scientifique,  je  veux  dire  plus 
rationnellement  explicable  : 

Au  fluide  le  plus  dense,  les  gros  animaux  ;  au  fluide  le 
plus  subtil,  les  petits. 

Nous  retrouverions  là,  pour  commencer,  deux  des  obser- 
vations précédentes,  au  sujet  de  l'océan  comparé  aux  eaux 
douces  et  des  montagnes  comparées  aux  plaines.  Mais  la  pro- 
position se  vérifie  encore  lorsque  nous  envisageons  la  faible 
taille  des  animaux  qui  vivent  sur  les  arbres,  entre  ciel  et 
terre,  et  à  plus  forte  raison  de  ceux  qui  sont  adaptés  pour  le 

vol. 

II  se  pourrait.  Mesdames  et  Messieurs,  que  la  mécanique 
eût  son  mot  à  dire  sur  cette  question  :  en  effet,  pour  voler 
dans  les  couches  légèrement  rarétiées  de  l'atmosphère  ou 
même  plus  bas,  pour  vivre  seulement  sur  les  arbres,  il  faut 
une  énergie  locomotrice  dont  les  petits  sujets  seuls  sont  sus- 
ceptibles, à  cause  du  peu  de  surcharge  que  leur  masse  pesante 
impose  dans  ce  cas  à  leur  puissance  musculaire.  Aussi  les 


DISTRIBUTION    GÉOGRAPHIQUE   DES   ANIMAUX.  XLIII 

grands  oiseaux  ne  perchent-ils  déjà  plus,  mais  descendent 
jusque  sur  le  sol,  où  ils  finissent  même  par  demeurer  exclusi- 
vement, incapables  qu'ils  sont  alors  du  vol  le  plus  rudimen- 
taire.  Si  la  Fable  fut  jamais  malheureusement  inspirée,  c'est 
bien  dans  sa  création  fantastique  du  Roc,  ce  colosse  ailé  qui 
enlevait  dans  ses  serres  des  rochers  énormes.  La  paléontologie, 
quoi  qu'on  dise,  n'a  point  ratifié  cette  chimère  et  les  épiornis 
géants  qu'elle  a  déterrés,  outre  qu'ils  ne  volaient  pas,  se  sont 
rapidement  éteints  devant  de  chétifs  émules. — Au  delà  d'une 
certaine  masse,  un  animal  terrestre  deviendrait  même  absurde, 
et  le  monstrueux  cétacé  abdiquant  sa  dignité  de  mammifère 
est  allé  se  réfugier  dans  les  lourdes  eaux  du  milieu  salé. 
Comme  Archimède  il  aurail  pu  s'écrier  en  se  plongeant  dans 
le  bain  révélateur  :  «  Eupy]Ka  !  j'ai  trouvé!  j'ai  trouvé  le  moyen 
de  perdre  de  mon  poids  tout  l'excédent  qui  me  paralysait  à  la 
surface  du  sol...  » 

En  faisant  cette  digression  je  me  montre  au  reste  le  con- 
sciencieux disciple  du  grand  zoologiste  français,  M.  Milne 
Edwards  :  il  avait  été  frappé  depuis  longtemps  de  certaines 
relations  nécessaires  qui  existent  sûrement  entre  les  pressions 
exercées  par  l'habitai  liquide  et  l'infériorité  de  l'organisation. 
Il  est  certain  que  l'esprit  comprend  avec  netteté  pourquoi  les 
animaux  dont  les  tissus  sont  trop  mous  pour  se  soutenir  par 
eux-mêmes  dans  l'air,  peuvent  néanmoins  vivre  très  bien  au 
sein  des  eaux,  où  ces  mêmes  tissus  n'étant  guère  plus  denses 
que  le  fluide  ambiant,  n'ont  besoin  d'offrir  qu'une  bien  faible 
rigidité  pour  conserver  leurs  formes  et  pour  empêcher  les 
diverses  parties  du  corps  de  retomber  sur  elles-mêmes.  Cha- 
cun de  vous  peut-être  a-t-il  tenu  ce  raisonnement  en  visitant 
nos  aquariums  et  s'est-il  plus  ou  moins  rendu  compte  de  la 
raison  qui  fiiit  que  les  espèces  marines  sont  étagées  aux  diffé- 
rentes profondeurs  de  l'Océan. 

Et  puis,  lorsque  ce  n'est  pas  la  masse  tout  entière  du  corps 
qui  a  besoin  d'être  maintenue,  c'est  souvent  encore  un  organe 
délicat  et  important,  comme  celui  de  la  respiration  :  on  voit 
alors  les  branchies  en  arbuscules  et  en  panaches  s'épanouir 
aisément,  à  la  façon  de  ces  préparations  anatomiques  molles 


XLIV  .    SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

et  flexibles  qu'il  faut  absolument  achever  dans  l'eau,  si  l'on, 
tient  à  les  bien  réussir. 

-  Enfin  il  y  a  la  question  de  dessiccation  qui  vient  à  la  res- 
cousse et  qui  pourrait  expliquer  à  elle  seule  pourquoi  l'imper- 
fection organique  entraîne,  ipso  facto,  l'aquatilité  plus  ou 
moins  complète. 

Les  grands  agents  de  la  nature,  lumière  et  chaleur,  ont 
incontestablement,  eux  aussi,  de  l'influence  sur  les  animaux; 
et  les  physiologistes,  avant  d'avoir  les  ressources  de  l'expéri- 
mentation dans  leurs  laboratoires,  se  tournaient  instinctive- 
ment vers  la  zoologie  géographique,  pour  y  puiser  des  dé- 
monstrations provisoires  de  leurs  théorèmes  :  «  Aux  pays 
chauds  et  lumineux,  disait-on,  les  animaux  venimeux  et  colo- 
rés; aux  pays  pauvrement  ensoleillés,  les  animaux  lanigères, 
duveteux  et  pales.  » 

"i'Cela  est  frappant  et  a  toujours  été  vérifié,  notamment  en  ce 
qui  concerne  la  laine  dont  la  production  nous  intéresse  à  si 
juste  titre.  Ce  poil  supplémentaire  tend,  d'une  façon  générale 
et  régulière,  à  se  développer  sur  le  corps  des  mammifères 
exposés  au  froid  ;  et  c'est  en  vain  qu'on  essayerait,  à  l'équa- 
teur,  d'entretenir  avec  leurs  fines  toisons  nos  bêtes  ovines  de 
Rambouillet...  Par  contre,  nous  avons  vu  constamment,  au 
Jardin  d'Acclimatation,  des  animaux  tropicaux  étrenner  un 
costume  d'hiver  qui  les  eût  fait  montrer  au  doigt  dans  leur 
pays  natal  !  N'était-ce  pas  là  une  sorte  de  réédition  de  ce  qui 
a  dû  se  passer  dans  les  temps  antérieurs,  quand  des  pachy- 
dermes frileux,  analogues  à  nos  éléphants,  se  voyaient  obligés 
d'affronter  les  latitudes  sibériennes  ?  Tout  est  relatif,  du  reste, 
et  les  chèvres  de  Cachemire  que  nous  avons  transportées  ici 
se  sont  vues  forcées,  elles,  de  mettre  au  vestiaire  leur  par- 
dessus trop  lourd,  pour  s'adapter  à  notre  climat  comparative- 
ment chaud... 

En  somme,  c'est  grâce  à  celte  merveilleuse  propriété  d'ac- 
commodation des  quadrupèdes  et  des  oiseaux  aux  basses 
températures  que  nous  possédons  nos  précieuses  fourrures  et 
nos  moelleux  édredons  ;  que  ces  édredons  et  ces  fourrures 


DISTRIBUTION    GÉOGRAPHIQUE    DES    ANIMAUX.  !XLV 

proviennent  d'animaux  sauvages  ou  domestiques,  que  noiis 
les  devions  à  l'adresse  du  chasseur  ou  à  la  vigilance  du  fer- 
mier, peu  importe. 

On  a  cru  longtemps  que  les  climats  tempérés,  où  la  lumière 
et  la  chaleur  ont  une  intensité  moyenne,  étaient  plus  favo- 
rables que  les  autres  au  grand  développement  de  la  taille. 
I.  Geoffroy  Saint-Hilaire  ajustement  réagi  contre  celte  croyance 
et  nous  lui  devons  la  loi  suivante  :  «  Aucun  genre  n'a  ses  plus 
grandes  espèces,  aucune  espèce  n'a  ses  plus  grands  individus 
dans  les  pays  un  peu  chauds  ou  un  peu  froids  ;  résultat  non 
seulement  différent,  mais  même  précisément  inverse  de  celui 
qui  est  universellement  admis.  » 

l^n  un  mot,  les  tailles  extrêmes  répondent  à  des  tempéra- 
tures extrêmes.  ' 
Les  pays  chauds  et  lumineux  auraient-ils,  en  outre,  une 
influence  sur  le  degré  d'évolution  des  formes  vivantes?  Voilà 
ce  qu'on  soupçonne  et  voici,  dans  tous  les  cas,  les  faits  indu- 
bitables qui  alimentent  cette  belle  induction  : 

D'abord,  il  a  été  démontré  expérimentalement  par  Milne 
Edwards  que  les  têrards  privés  d'air  et  de  lumière  ne  peuvent 
pas  subir  leurs  métamorphoses.  Chose  singulière  !  Ils  acquiè- 
rent alors  un  volume  effrayant,  mais  sans  dépouiller  leur 
forme  larvale.  11  en  serait  de  même,  paraît-il,  d'une  foule 
d'êtres  inférieurs. 

D'autre  part,  les  types  à  physionomie  plus  ou  moins  em- 
bryonnaire se  rencontrent  surtout  chez  les  animaux  hibernants 
ou  fouisseurs  et  plus  encore  dans  les  espèces  aveugles  des 
cavernes. 

Que  l'organe  de  la  vue,  en  particulier,  s'atrophie  et  dispa- 
raisse au  fur  et  à  mesure  que  les  mœurs  d'un  animal  devien- 
nent plus  souterraines,  c'est,  je  pense,  ce  que  personne  ne 
révoque  en  doute.  Les  Taupes,  les  Tucu-Tuco,  les  animaux 
divers  des  grottes  de  la  Garniole  et  de  la  caverne  du  Mam- 
mouth, dans  le  Kentucky,  sont  tous  plus  ou  moins  aveugles. 
Il  en  est  de  même  de  l'Amblyopsis,  du  Protée  et  de  l'Anoph- 
talmus  dont  le  nom  est  si  expressif.  «  Chez  quelques  Crabes, 
dit  Darwin,  le  pédoncule  portant  l'œil  est  conservé,  bien  que 


XLVI  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

l'appareil  de  la  vision  ait  disparu;  c'est-à-dire  que  le  support 
du  télescope  existe  encore,  mais  que  le  télescope  lui-même  et 
ses  verres  font  déiaut.  » 

A  son  insu,  l'industrie  minière  a  repris  cette  étude  sur  une 
grande  échelle.  En  effet,  les  mulets  du  Creusot  que  l'on  des- 
cend dans  les  galeries  profondes  et  que,  bien  entendu,  on  ne 
prend  pas  la  peine  de  remonter  toutes  les  six  heures  à  la  sur- 
face du  sol,  comme  cela  a  lieu  pour  les  ouvriers  humains; 
les  mulets  du  Creusot  qui  passent  en  moyenne  dans  la  mine 
cinq  ou  six  ans,  perdenttousfinalementet  fatalement  la  vue... 
Je  devrais  simplement  dire  qu'ils  s'adaptent  à  la  vie  subter- 
rénéenne  et  viennent  artificiellement  enrichir  la  faune  des 
cavernes  d'un  mammifère  nouveau.  Mais  ne  perdons  pas.. .  de 
vue  notre  sujet  principal  :  sous  tel  ou  tel  aspect,  l'obscurité 
est  l'ennemie  du  développement  vital  ;  Arimane,  génie  des 
ténèbres,  comprime  l'essor  créateur  d'Ormuzd,  le  dieu  bien- 
faisant!... 

Ouvrons  maintenant  le  livre  d'Agassiz  et  lisons  : 

«  Presque  toutes  les  classes  possèdent  des  familles  tropi- 
cales, dit-il,  et  celles-ci  ont  généralement  dans  la  classe  un 
rang  très  élevé.  »  Témoins  les  grands  singes  anthropomor- 
phes, les  grands  chiroptères  et  les  puissants  digitigrades. 
«  Un  autre  rapport  intéressant  à  signaler,  c'est,  dit  encore 
Agassiz,  l'absence  de  types  embryonnaires  dans  les  régions 
tropicales.  » 

Le  savant  américain  ne  commente  pas  ;  mais  on  se  sent,  à 
cette  lecture,  très  porté  à  admettre  que  la  vie,  ayant  d'abord 
apparu  aux  pôles,  a  envahi,  à  partir  de  ces  grands  centres 
primordiaux,  la  terre  tout  entière  en  ondulant  de  tous  côtés, 
à  la  façon  du  liquide  troublé  par  la  chute  d'une  pierre,  et  en 
perfectionnant  simultanément  ses  manifestations.  Toujours 
est-il  qu'il  y  a  cette  corrélation  non  équivoque  entre  les  lieux 
fortement  éclairés  de  la  ligne  équinoxiale  et  les  organisations 
les  plus  achevées  de  la  nature,  comme  entre  la  dégradation 
suprême  des  parasites  intérieurs  et  les  sombres  cachots  de 
nos  viscères. 

Si  les  climats  ont  quelque  empire  sur  les  formes  animales, 


DISTUIBUTION    GÉOGRAPHIQUE   DES   ANIMAUX.  XLVII 

dira  (|uelqu'un,  il  suit  h  priori  «  que  les  aires  géographiques 
»  des  espèces  doivent  affecter  de  préférence  la  forme  d'une 
»  ellipse  dont  le  grand  axe  tendra  à  être  parallèle  à  l'équa- 
»  teur.  »  On  a  plus  de  chances,  en  effet,  de  rencontrer  les 
mêmes  conditions  d'existence  en  allant  de  l'est  à  l'ouest  qu'en 
allant  du  sud  au  nord,  et  le  cercle  d'extension  naturelle  des 
êtres  a  dû  constamment  s'aplatir  selon  le  diamètre^le  plus 
défavorable  pour  s'allonger  selon  le  diamètre  le  plus  favorable. 
Eh  bien,  cette  proposition  quasi-mathématique  a  été  véri- 
fiée presque  toujours. 

Si  les  climats  ont  quelque  empire  sur  les  formes  animales, 
il  suit  encore  à  priori  que  les  aires  clirnatériques  correspon- 
dantes doivent  donner  lieu  à  des  manifestations  morphologi- 
ques correspondantes.  Or,  c'est  précisément  ce  qui  s'observe 
lorsqu'on  rapproche  nos  perdrix  de  leurs  représentants  amé- 
ricains les  Colins,  ou  bien  lorsque  Ton  compare  nos  Sucriers 
et  nos  Souïmangas  aux  Colibris,  nos  Sangliers  aux  Pécaris,  etc. 
Il  n'y  a  pas  identité  dans  ces  animaux,  mais  Vanalogie  la 
plus  complète  s'y  fait  remarquer  du  premier  coup,  au  moins 
autant  qu'entre  le  Lama  et  le  Chameau,  le  Puma  et  le  Lion,  le 
Jaguar  et  le  Tigre.  Buffon  avait  bien  saisi  le  côté  négatif  de  la 
comparaison,  mais  c'est  Flourens  qui  a  formulé  nettement 
l'idée  du  parallélisme  entre  les  types  de  l'ancien  et  les  types 
du  nouveau  monde. 

Un  autre  parallélisme  bien  curieux  est  celui  qui  règne  éga- 
lement entre  les  productions  organiques  des  altitudes  pro- 
noncées et  celles  des  hautes  latitudes.  L'expression  «  hautes 
latitudes  »  fait  déjà  image  par  elle-même  et  nous  rappelle  que 
depuis  longtemps  on  avait  assimilé  poétiquement  les  deux 
hémisphères  terrestres,  réunis  et  séparés  par  l'équateur,  à 
deux  gigantesques  montagnes  accolées  par  la  base. 

Mesdames  et  Messieurs,  il  ne  me  semble  pas  encore  lire  sur 
vos  bienveillants  visages  la  moindre  trace  de  fatigue;  mais 
cela  ne  prouve  pas  suffisamment  en  ma  faveur,  et  peut-être 
ferai-je  bien  d'arrêter  ici  cette  aride  conférence.  Cependant 
les  points  qui  intéressent  sans  doute  le  plus  les  membres 


XLVIII  SOCIETE    NATIONALE   D  ACCLIMATATION.       . 

d'une  Société  telle  que  la  vôtre,  ont  été  à  peine  effleurés  et, 
tout  compte  fait,  je  crois  de  mon  devoir  de  garder  la  parole 
quelques  minutes  encore. 

On  s'est  bien  souvent  posé  une  question  : 

Les  animaux  sont-ils  distribués  de  façon  à  répondre  à 
Vinfinie  diversité  des  conditions  géographiques  ambiantes, 
à  toutes  les  offres  de  vie  que  la  planète  a  su  et  sait  faire  à 
ses  myriades  de  clients  ? 

Ne  pouvant  transiger  avec  la  vérité  scientifique,  je  répon- 
drai hardiment  :  Non,  cela  n'est  pas.  «  D'une  part,  dit  Her- 
bert Spencer,  les  animaux  de  chaque  espèce  ont  évidemment 
leurs  habitats  limités  par  des  conditions  extérieures  ;  ils  sont 
nécessairement  réduits  à  des  espaces  dans  lesquels  leurs 
actions  vitales  peuvent  s'accomplir.  »  Mais  «  d'autre  part, 
l'existence  de  certaines  conditions  ne  détermine  pas  récipro- 
quement la  présence  d'organismes  qui  y  trouveraient  un 
milieu  convenable  ». 

En  d'autres  termes,  «  il  y  a  des  espaces  parfaitement  adap- 
tés à  la  vie  d'êtres  supérieurs  et  dans  lesquels  on  ne  trouve 
que  des  êtres  d'ordre  bien  inférieur  », 

Ces  dernières  paroles  du  philosophe  anglais  sontjudicieuses 
et  les  personnes  qui  nient  l'acclimatation  au  nom  des  prin- 
cipes de  zoologie  géographique,  seront  bien  forcées  de  recon- 
naître finalement  que  la  distribution  des  vivants  s'explique 
mal  par  la  théorie  du  plan  préconçu.  Je  vous  citais,  dans  mon 
historique,  les  réflexions  enfantines  d'un  chevrier  naïf  ;  per- 
mettez-moi de  vous  dire  à  présent  la  profession  de  foi  d'un 
infortuné  Maori  de  la  Nouvelle-Zélande  :  «  De  même  que  le 
rat  des  hommes  blancs  a  expulsé  notre  rat  indigène,  que  la 
mouche  d'Europe  a  fait  fuir  la  mouche  du  pays  et  que  le  trèfle 
a  vaincu  les  vieilles  fougères;  de  même  devant  les  hommes 
blancs  périront  les  Maoris  !  » 

Ce  Jérémie  de  l'hémisphère  austral  n'est  peut-être  pas  aussi 
célèbre  que  l'autre...  Mais  je  crois  qu'il  est  dans  le  vrai  et  que 
ses  lamentations  sont  positivement  inspirées. 

En  définitive,  il  faut  reconnaître  l'existence  d'une  loi  très 
générale  que,  faute  de  mieux,  je  prendrai  la  liberté  de  dési- 


DISTRIBUTION    GÉOGRAPHIQUE   DES   ANIMAUX.  XLIX 

gner  sous  le  titre  de  «  Loi  d'usurpation  des  aires  géographi- 
ques ».  Chaque  espèce,  veux-je  dire,  loin  de  se  trouver  satis- 
faite des  limites  de  son  parc,  tend  de  toutes  ses  forces  à  élargir 
sa  sphère  d'existence,  à  envahir  d'autres  régions ,  d'autres 
modes  de  vie,  d'autres  milieux. 

Eh  quoi!  me  direz-vous;  faut-il  donc  admettre  que  le 
Parthe  viendra  jamais  boire  les  eaux  de  l'Arar  et  le  Germain 
celles  du  Tigre?  Ou  plutôt  est-il  à  craindre  que  nous  trou- 
vions un  jour  les  cerfs  envolés  de  nos  forêts  et  les  poissons 
sortis  en  masse  de  nos  rivières?... 

L'objection  contient  sa  propre  réfutation  en  grande  partie  : 
car  si  l'invasion  des  Asiatiques  en  Europe  ou  des  Européens 
en  Asie  ne  constitue  pas  un  dérèglement  que  vous  osiez  assi- 
miler à  l'invasion  des  ruminants  les  plus  agiles  dans  la  région 
des  nuages  ou  à  celle  des  requins  sur  la  place  publique,  c'est 
que  d'intuition  vous  déterminez  approximativement  les  coeffi- 
cients de  plasticité  probable  des  organismes  considérés. 

Tout  est  là  en  effet,  et  les  espèces,  quelles  qu'elles  soient, 
doivent  infailliblement  trouver  des  bornes  à  leurs  velléités 
usurpatrices,  dans  la  mesure  môme  de  leurs  facultés  d'adap- 
tation. 
Or  on  peut  faire  à  ce  sujet  trois  hypothèses  principales  : 
i"  Si  les  facultés  d'adaptation  sont  nulles  ou  presque  nulles, 
il  suit  que  les  types  organiques,  sans  être  absolument  confinés 
dans  leurs  districts  primitifs,  ne  pourront  jamais  espérer  con- 
quérir que  des  régions  du  globe  à  peine  dilïérentes  des  leurs, 
et  même  à  la  condition  de  pouvoir  franchir  les  stations  inter- 
médiaires. En  un  mot,  cette  alternative  supprime  la  possibi- 
lité intrinsèque  de  l'acclimatation,  sans  pouvoir  toutefois  sup- 
primer la  possibilité  extrinsèque  de  l'extension  des  vivants. 
La  remarque  est  bonne  à  noter,  et  nous  ne  devons  pas  perdre 
de  vue  que  la  seule  conquête  de  la  nature  brute  nous  assure- 
rait quand  même  la  jouissance  parfaite  d'un  monde  animé 
rebelle  à  toute  modification  anatomique  ou  physiologique. 
2"  Si  les  facultés  d'adaptation  sont  très  amplement  dévelop- 
pées ou  quasi  indéfinies,  il  est  évident,  du  moins  à  première 
vue,  que  les  êtres  pourront  prétendre  tôt  ou  tard  à  n'importe 

3°  SÉRIE,  T.  X.  —  Séance  publique  annuelle,  </ 


L  SOCIETE   NATIONALE  D  ACCLIMATATION. 

quel  habitat,  et  l'on  est  tout  d'abord  porté  à  croire  que  leur 
spécificité,  aussi  fantaisiste  que  leur  localisation,  disparaîtra 
sans  retour,  emportant  dans  la  tombe  nos  convictions  les  plus 
chères  à  l'endroit  des  lois  de  la  nature...  Mais  une  méditation 
intelligente  repousse  cette  interprétation  et  réduit  simple- 
ment la  théorie  à  supposer  que  tous  les  phénomènes  décrits 
par  les  morphologues  et  les  géographes  sont  fonction  les  uns 
des  autres  ainsi  que  de  la  durée  éternelle.  Ce  qui  enracine 
encore  plus  profondément  dans  l'esprit  la  conception  de  «  loi 
naturelle  ». 

3"  Enfin  si  les  facultés  d'adaptation  ont  un  degré  moyen  de 
plasticité,  alors  sans  doute  il  n'est  plus  possible  qu'une  race 
d'êtres  ait  épuisé  dans  le  passé  ou  doive  épuiser  dans  l'avenir 
toutes  les  modalités  de  la  forme  et  de  la  résidence;  mais  une 
prophétie  quelconque  condamnant  à  priori  telle  naturalisa- 
tion, tel  acclimatement,  tel  transport,  devient  parfaitement 
outrecuidante. 

Le  langage  le  plus  prudent  est  encore  celui  des  évolution- 
nistes  :  Quand  une  espèce  change  réellement  d'habitat,  di- 
sent-ils, elle  subit  des  altérations  anatomo-physiologiques 
correspondantes^  afin  de  s'adapter  à  ses  nouvelles  conditions  ; 
mais  si  elle  est  incapable  de  ce  tour  de  souplesse,  elle  en 
meurt  et  va  grossir  de  la  sorte  la  liste  des  fossiles. 

C'est  simple,  c'est  clair  ;  et  l'on  s'étonne  de  ce  que  cela  n'ait 
pas  été  trouvé  tout  de  suite  ! 

Toutefois  nous  ne  devons  pas  rejeter,  sans  l'entendre, 
l'opinion  de  certains  zoologistes  chefs  d'école,  opinion  qui  ne 
laisse  presque  rien  à  la  variabilité  et  qui  vous  représente  vo- 
lontiers les  peuples  de  la  terre  localisés  au  même  litre  que 
les  autres  productions  de  la  nature. 

Notre  éminent  anihropologiste,  M.  le  professeur  Quatre- 
fages,  s'est  heureusement  chargé  de  la  difficulté  et  il  en  a  fait 
sortir  un  des  plus  beaux  arguments  que  je  connaisse  en  faveur 
de  la  loi  d'usurpation  des  aires  géographiques  et  par  consé- 
quent de  l'acclimatation. 

Avec  toute  la  délicatesse  qui  caractérise  le  vrai  savant, 
M.  de  Quatrefages  commence  par  attribuer  ouvertement  à  de 


DISTRIBUTION    GÉOGRAl'HIQUE    DES    ANIMAUX.  LI 

Candolle  la  paternité  de  l'admirable  loi  de  géographie  biolo- 
gique sur  laquelle  il  va  appuyer  son  argumentation. 

Voici  cette  loi  :  «  L'aire  moyenne  des  espèces  est  d'autant 
plus  petite  que  la  classe  à  laquelle  elles  appartiennent  a  une 
organisation  plus  complète,  plus  développée,  autrement  dit 
plus  parfaite.  » 

Pour  de  Candolle  cependant  c'est  là  avant  tout  le  résultat 
immédiat  d'une  constatation  de  faits  et  de  faits  relatifs  au 
règne  végétal;  aux  yeux  de  M.  de  Quatrefages,  le  cantonne- 
ment progressif  domine  tout  l'empire  organique  et  constitue 
d'ailleurs  une  nécessité  physiologique  qui  peut  se  déduire 
ainsi  :  «  Le  perfectionnement  des  organismes  s'accomplit  par 
la  division  du  travail;  or  celle-ci  exige  la  multiplication  des 
appareils  fonctionnels.  A  mesure  donc  que  les  instruments 
anatomiques  deviennent  plus  nombreux  et  plus  spéciaux,  les 
fonctions  elles-mêmes  se  spécialisent.  A  cause  de  cela,  les 
conditions  d'harmonie  entre  l'être  vivant  et  le  milieu  qui  l'en- 
toure se  précisent  déplus  en  plus.  Par  suite  enfin,  l'organisme 
ne  trouve  plus  ses  indispensables  éléments  de  bien-être  que 
dans  une  aire  progressivement  restreinte.  » 

Cette  déduction  est  irréprochable,  et  comme  aucun  animal 
ne  fait  au  reste  exception  à  la  règle,  il  faut  bien  que  l'homme 
et  ceux  de  ses  animaux  domestiques  qui  sont,  comme  lui, 
cosmopolites,  aient  opéré  leur  extension  paradoxale  après 
coup,  c'est-à-dire  en  s'irradiant  d'un  berceau  primitif  parfai- 
tement défini. 

L'objection  tirée  de  la  pluralité  possible  des  souches  hu- 
maines, canines,  équines,  bovines,  etc.,  s'évanouit  même 
complètement,  en  ce  sens  qu'elle  n'atteint  plus  le  grand  prin- 
cipe du  cantonnement  progressif,  lequel  s'applique  aux  genres 
et  aux  familles  aussi  bien  qu'aux  espèces. 

Deux  autres  vérités  capitales  achèvent  de  nous  convaincre 
de  l'impuissance  des  conceptions  philosophiques  anciennes, 
relativement  à  la  prédétermination  des  rapports  qui  existent 
entre  les  territoires  et  les  habitants. 

C'est  d'abord  la  loi  de  sir  Alfred  Russel  Wallace,  savoir  que 


LU  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

les  relations  naturelles  d'affinité  entre  les  espèces,  aussi  bien 
que  leurs  rapporls  économiques,  se  traduisent  dans  leur  voi- 
sinage géographique. 

La  démonstration  est  éclatante  lorsqu'on  envisage ,  par 
exemple,  la  distribution  desBulimi,  des  Colibris,  des  Toucans, 
des  Goliatbi  d'Afrique,  des  Ornithoptères  des  îles  Malaises, 
des  Héliconides  de  l'Amérique  méridionale  et  des  Danaïdes 
de  l'Orient. 

Mais  il  est  bon  d'ajouter  qu'au  fur  et  à  mesure  que  l'on  en- 
visage des  groupes  plus  embrassants  que  les  espèces,  c'est- 
à-dire  les  genres,  les  familles,  les  ordres,  les  classes  et  les 
embranchements,  on  voit  s'affaiblir  et  disparaître  toute  cor- 
respondance entre  la  morphologie  et  la  chorologie. 

Agassiz  insiste  beaucoup  sur  ce  principe  restrictif:  «  A  ne 
considérer,  dit-il,  que  les  sections  primaires  du  règne  animal, 
on  rencontre  partout,  à  côté  les  uns  des  autres,  des  représen- 
tants des  quatre  embranchements.  Les  classes  ont  déjà  un 
mode  de  distribution  plus  restreint.  Dans  quelques  classes, 
c'est  seulement  dans  les  ordres  ou  dans  les  familles  qu'on 
trouve  une  corrélation  avec  les  milieux.  Il  y  a  même  des  grou- 
pes naturels  où  elle  ne  se  manifeste  plus  au  delà  des  genres, 
et  un  petit  nombre  de  cas  dans  lesquels  elle  ne  va  pas  plus 
loin  que  les  espèces.  » 

On  comprend  à  priori  qu'il  doit  en  être  ainsi  ou  à  peu  près  ; 
car  plus  un  groupe  a  de  compréhension,  plus  il  présente  de 
types  subordonnés  et  divers,  capables  de  répondre  à  la  diver- 
sité des  conditions  d'existence  que  présente  une  aire  géogra- 
phique très  étendue,  plus  étendue  même  quejie  le  compor- 
terait rigoureusement  l'augmentation  numérique  proportion- 
nelle des  individus  du  groupe  le  plus  considérable... 

Le  même  Agassiz  explique  facilement,  au  moyen  de  cette 
loi,  pourquoi  les  natiu'alisLes  des  siècles  précédents  ont  en- 
fanté de  mauvaises  classifications:  t(  C'est  surtout,  dit-il, 
parce  qu'ils  ont  fait  de  l'habitat  la  base  de  leurs  divisions  pri- 
maires. Mais  en  la  réduisant  aux  proportions  qui  lui  convien- 
nent, cette  étude  ne  peut  manquer  de  produire  de  bons  ré- 
sultats et,  dans  les  limites  de  la  classe,  la  seule  considération 


DISTRIBUTION    GEOGRAPHIQUE   DES   ANIMAUX.  LUI 

de  l'habitat  pourrait,  en  beaucoup  de  cas,  conduire  à  une 
classification  rationnelle.  » 

Le  génie  de  Charles  Darwin  ne  pouvait  rester  étranger  à 
cette  question  intéressante,  et  nous  devons  rappeler  avec  lui  : 

i"  Que  les  espèces  qui  habitent  les  îles  sont  ordinairement 
parentes  des  espèces  qui  habitent  les  continents  les  plus 
voisins  ; 

2°  Que  les  faunes  des  groupes  d'îles  offrent  entre  elles  des 
ressemblances  encore  plus  marquées; 

S"  Enfin  qu'il  semble  y  avoir,  par  contre,  un  rapport  entre 
l'existence,  dans  les  îles,  de  Mammifères  à  un  état  plus  ou 
moins  modifié  et  la  profondeur  de  la  mer  qui  sépare  ces  îles 
de  la  terre  ferme. 

Spencer  et  Darwin  enveloppent  ces  divers  faits  généraux 
dans  l'aphorisme  suivant,  lequel  fait  pendant  à  la  loi  de  Wal- 
lace  et  la  corrige  dans  ce  qu'elle  pourrait  avoir  de  trop 
rigide  : 

Les  affinités  ou  les  dissemblances  sont  en  harmonie  avec 
r absence  on  r existence  des  barrières,  bien  plutôt  qu'avec 
Vanalogie  ou  la  disparité  des  circonstances  ambiantes  géolo- 
logigues  ou  météorologiques. 

Ainsi,  d'une  part,  «  il  n'y  a  pas  deux  faunes  plus  distinctes 
que  celles  des  rivages  oriental  et  occidental  de  l'Amérique  du 
Sud  et  de  l'Amérique  du  Centre;  et  pourtant  ces  deux  grandes 
créations  ne  sont  séparées  que  par  l'isthme  étroit,  mais  in- 
franchissable de  Panama.  »  Nous  pouvons  ajouter  que  «  sur 
les  versants  opposés  des  hautes  chaînes  de  montagnes,  on 
trouve  aussi  des  différences  dans  les  formes  organiques;  dif- 
férences moins  prononcées,  il  est  vrai,  que  lorsque  les  bar- 
rières sont  absolument  insurmontables,  mais  bien  plus  pro- 
noncées que  ne  l'exige  la  différence  des  actions  cosmiques,  p 

D'autre  part,  les  grandes  surfaces  qui  offrent  une  diversité 
énorme  de  conditions  biogéniques  n'en  sont  pas  moins  peu- 
plées d'organismes  très  voisins,  lorsqu'il  n'existe  aucun  ob- 
stacle à  la  libre  migration. 


'O' 


Ma  conclusion  désormais  ne  peut  être  que  simple  et  brève  : 


LIV  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'AGGLIMATATION. 

A.  Il  y  a  une  science  qu'on  appelle  la  zoologie  géographi- 
que el  qui  se  propose  de  déterminer  jusqu'à  quel  point  la  di- 
versité des  animaux  est  fonction  de  la  diversilé  des  territoires, 
des  habitats,  des  locaux  que  les  vivants  occupent  ici-bas  à  un 
moment  donné. 

B.  A  un  moment  donné...  Et  pourtant  il  ne  faudrait  pas  né- 
gliger de  s'enquérir  au  sujet  de  la  distribution  des  animaux 
aux  époques  antérieures,  d'autant  plus  que  la  répartition  ac- 
tuelle doit  être  en  grande  partie  la  conséquence  de  celles  qui 
ont  précédé.  —  C'est  du  moins  l'avis  de  I.  Geoffroy  Sainl-Hi- 
laire  et  d'Agassiz. 

C.  Même  avec  cette  réserve  importante,  il  s'en  faut  de 
beaucoup  que  l'adéquation  des  deux  ordres  de  diversités  soit 
complète,  attendu  que,  d'un  côté,  il  serait  difficile  d'expliquer 
toutes  les  différenciations  zoologiques  par  les  différences  qui 
existent  dans  les  conditions  de  vie,  et  que,  d'un  autre  côté, 
condition  de  vie  n'est  pas  synonyme  de  condition  géogra- 
phique. 

D.  La  plupart  du  temps  une  forme  vivante  semble  présen- 
ter les  vestiges  d'adaptation  successives  à  des  milieux  absolu- 
ment différents,  comme  si  les  ancêtres  de  cette  forme  n'avaient 
eu  rien  de  commun  avec  elle. 

E.  En  somme,  tout  se  passe  comme  si,  d'une  façon  lente  et 
siÀre,  les  espèces  animées  avaient,  en  se  modifiant  au  fur  et  à 
mesure,  envahi  les  divers  départements  qu'elles  occupent 
aujourd'hui. 

Aux  termes  de  cette  hypothèse,  l'homme  en  acclimatant  des 
animaux  n'aurait  fait  que  prendre  en  main  la  direction  d'un^ 
phénomène  naturel,  vieux  comme  le  monde...  Et  nous  voyons 
en  effet  que,  môme  présentement,  ce  phénomène  s'accomplit 
souvent  mieux  sans  nous  que  par  notre  intermédiaire,  à 
moins  qu'il  ne  se  produise  complètement  malgré  nous  !  Mais 
cela  doit  provenir  de  ce  que  la  nature  a  pour  elle  le  temps 
illimité  et,  faut-il  le  dire,  de  ce  qu'elle  ne  se  propose  vraisem- 
blablement aucun  but  :  Les  choses  vont  avant  tout  comme  elles 
peuvent  et  suivent  toujours  ici  aveuglément  la  ligne  de  moin- 
dre résistance.  Les  organismes  de  tous  les  modules  envahis- 


DISTRIBUTION    GEOGRAPHIQUE   DES   ANIMAUX.  LV 

sent  à  tort  et  à  travers  tout  espace  brut  ou  vif  qui  peut  leur 
servir  de  milieu  de  culture,  et  le  tout,  sous  le  couvert  de  la 
lutte  pour  l'existence  et  de  la  sélection  fatale  des  plus  aptes. 

Au  bout  du  compte,  nous  pouvons  être  sûrs  que  si  une  foule 
d'acclimatations  n'ont  pas  réussi,  cela  vient  de  ce  que  nous 
connaissons  mal  les  lois  de  la  transformation  des  espèces.  Ce 
sont  des  faits  négatifs  ;  voilà  tout  ! 

Mais  la  plupart  des  intelligences  paresseuses  aiment  mieux 
croire  que  les  formes  zoologiques  sont  autochtones ,  c'est- 
à-dire  nées  des  pierres  du  sol,  et  que,  figées  sur  place  dans 
leur  moule  initial,  elles  refusent  opiniâtrement  de  s'ajuster 
à  d'autres  conditions  d'existence. 

Ce  dogme  poudreux  de  1'  «  autochtonisrae  »  va  heureuse- 
ment en  déclinant,  de  sorte  que  aujourd'hui  beaucoup  pen- 
sent, s'ils  n'osent  encore  le  dire,  que  les  mesures  prises  par 
le  Créateur  pour  empêcher  le  mélange,  le  déplacement  et  l'in- 
terversion des  faunes,  sont  ni  plus  ni  moins  efficaces  que 
celles  mises  en  pratique  par  Lui  pour  empêcher  l'hybridation 
des  types,  les  greffes  végétales  et  animales,  les  hétérotaxies, 
les  luxations  et  les  hernies  de  toutes  sortes... 

L'aulochtonisme  !  mot  qui  déchire  encore  moins  l'oreille 
du  musicien  que  l'idée  qu'il  exprime  ne  heurte  la  raison  du 
vrai  philosophe... 

L'aulochtonisme  !  c'est-à-dire  cette  funeste  croyance  qui 
nous  persuadait  si  bien  que  les  vers  parasitaires  et  les  virus 
pouvaient  s'engendrer  spontanément  dans  nos  corps,  de  façon 
à  nous  faire  ressembler,  nous,  à  ces  misérables  sauvages  qui 
adorèrent  les  premiers  hommes  blancs  qu'ils  virent  dans  leur 
île;  incapables  qu'ils  étaient,  eux,  d'imaginer  qu'ont  pût  fran- 
chir ainsi  la  mer  infinie,  en  venant  d'une  autre  terre  plus  dif- 
ficile encore  à  imaginer... 

L'autochtonisme  !  Mais  savons-nous  seulement  si  les  pre- 
miers microbes  qui  s'installèrent  sur  notre  planète  à  peine 
refroidie,  ne  venaient  pas  d'accomplir  la  formidable  traversée 
des  océans  interstellaires,  accrochés  à  quelque  épave  d'un 
vieux  cosmos  démoli'^  Non,  hélas  !  Et  peut-être  jamais  ne  le 
saurons-nous.  Mais  ce  soupçon  solennellement  étrange  était  à 


LYI  .SOCIETE    NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

mes  yeux  le  seul  commentaire  un  peu  digne  qu'il  restât  à  faire 
des  merveilleux  travaux  de  M.  Pasteur  et  en  compagnie  des 
plus  grands  physiciens  de  l'Europe,  William  Thomson  et 
Helmliolz. 

Après  cela,  je  crois,  la  Société  d'Acclimatation  peut  se 
donner  carte  blanche. 


RAPPORT  ANiNUEL  SUR  LES  TRAVAUX 
DE  LA  SOCIÉTÉ   NATIONALE  D'ACCLIMATATION 

DE  FRANCE  EN  1882 

Par  M.  C.  RAVERET-WATTEL 

Secrétaire  des  se'ances. 


Messieurs, 

Chargé  par  mes  ibnctions  de  vous  présenter  chaque  année 
un  résumé  de  vos  travaux,  je  dois  veiller  à  ne  laisser  dans 
l'ombre  aucun  des  faits  par  lesquels  notre  Société  a  manifesté 
son  activité.  Or,  si  nombreux  et  si  variés  sont  les  sujets 
qu'embrassent  vos  études,  que  mettre  convenablement  en 
lumière  tous  les  faits  intéressants  observés,  les  résultats 
scientifiques  obtenus,  et  les  applications  utiles  qui  en  décou- 
lent, est  une  tâche  assurément  difficile  à  bien  remplir.  En 
commençant  le  présent  compte  rendu,  je  réclamerai  donc 
votre  indulgence  habituelle  pour  l'accomplissement  d'un  de- 
voir que  je  ne  peux  ni  ne  veux  décliner. 

La  Société  nationale  d'Acclimatation,  Messieurs,  n'a  pas 
ralenti,  pendant  la  nouvelle  péi'iode  qui  vient  de  s'accomplir, 
la  marche  en  avant  qu'elle  poursuit  d'une  façon  si  heureuse 
depuis  les  premiers  jours  de  son  existence.  C'est  avec  une 
satisfaction  réelle  qu'en  jetant  les  regards  en  arrière,  nous 
pouvons  mesurer  des  yeux  le  chemin  parcouru  et  compter  les 
progrès  réalisés,  les  succès  obtenus  dans  cette  nouvelle  étape. 
Plusieurs  questions  depuis  longtemps  à  l'étude  ont  eufin 
trouvé  leur  solution  ;  d'autres  ont  été  immédiatement  abor- 
dées et  vous  fourniront  cette  année  d'importants  et  fructueux 
sujets  de  recherche,  si  l'on  en  juge  par  les  matériaux  déjà 
réunis. 

De  ce  nombre  est  la  question  de  l'élevage  de  la  Chèvre, 
dont  vous  avez  cru  devoir  faire  l'objet  d'une  véritable  en- 
quête. Vous  avez  compris  la  nécessité  de  fixer  l'agriculture 
sur  la  fécondité  et  les  qualités  respectives  des  dilïérentes 


LXVIII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

races  de  Chèvres,  généralement  si  peu  étudiées  que  l'on  en 
est  encore  à  savoir  quelle  est  à  ce  jour  la  meilleure  laitière, 
la  plus  robuste  et  la  plus  sobre  (1),  On  ne  trouve  pas  d'ail- 
leurs partout  des  races  de  Chèvres  franchement  homogènes. 
La  Suisse  seule,  peut-être,  fait  une  heureuse  exception  sous 
ce  rapport,  et  les  documents  fournis  par  M.  Neukom,  in- 
specteur des  forets  àShaffouse,  vous  ont  fait  connaître  l'exis- 
tence de  races  bien  homogènes,  telles  que,  par  exemple,  les 
Chèvres  dites  «  Schwarzhals  »  (cou  noir),  qui  sont  bonnes 
laitières  et  de  belles  formes,  et  pour  lesquelles  on  évite  soi- 
gneusement des  croisements  qui  compromettraient  ces  qua- 
lités (2).  Trop  généralement  ailleurs,  on  a  considéré  jusqu'à 
présent  la  Chèvre  comme  pouvant  se  contenter  de  peu  de 
chose,  et,  par  suite,  on  la  laisse,  pour  ainsi  dire,  chercher  sa 
nourriture  elle-même.  Mais  si,  comme  l'a  fait  remarquer 
M.  Dybowski(.S),  on  s'attachait,  par  une  sélection  bien  enten- 
due, à  faire  reproduire  entre  eux  les  individus  les  meilleurs 
et  qu'on  leur  procurât  une  alimentation  riche,  appropriée  à 
leurs  aptitudes,  on  créerait  certainement  au  bout  de  quelques 
années  une  variété  bonne  laitière.  Un  exemple  nous  est  fourni 
par  les  Vaches  bretonnes  de  petite  taille,  qui,  dans  leur  pays, 
vivent  presque  à  l'état  sauvage  dans  les  bruyères  et  donnent 
très  peu  de  lait.  Transportées  dans  des  milieux  où  l'on  a  l'ha- 
bitude de  mieux  traiter  le  bétail,  ces  mêmes  Vaches  devien- 
nent très  bonnes  laitières.  Une  même  Vache  bretonne  qui, 
dans  son  pays,  ne  fournissait  que  3  ou  4-  litres  de  lait  peut, 
étant  bien  soignée,  en  donner  jusqu'à  12  après  deux  ou  trois 
vêlages. 

En  Angleterre,  où  l'on  s'occupe  de  la  réhabilitation  de  la 
Chèvre  (4),  une  Société  s'est  formée  en  vue  de  propager  l'es- 
pèce caprine.  Il  importe  de  ne  pas  rester  chez  nous  en  arrière 
de  ce  mouvement.  Nos  concours  régionaux  ont  pour  but  de 
vulgariser  les  animaux  utiles  de  toutes  les  espèces;  l'admission 


(1)  Procès-verhaux  (Biillelm,  1882,  p.  239). 

(2)  Ibidem.  1882,  p.  236,  573). 

(3)  Ibidem.  1882,  p.  450)- 

(4)  Ibidem.  1882,  p.  315).  ' 


RAPPORT   SUR   LES   TRAVAUX   DE    LA   SOCIETE.  LIX 

de  la  Chèvre  dans  ces  concours  sera  un  moyen  de  la  bien  faire 
connaître,  et  c'est  pourquoi  vous  avez  cru  devoir  faire  des  dé- 
marches dans  ce  sens  auprès  de  l'administration  supérieure. 
Vous  vous  êtes  préoccupés  surtout  de  la  propagation  de  la 
Chèvre  d'Angora  en  Algérie.  Ainsi  que  M.  Durand  vous  l'a 
fait  connaître  (i),  cette  race  s'est  parfaitement  acclimatée 
dans  la  colonie,  où  elle  supporte,  mieux  que  la  Chèvre  arabe, 
les  variations  de  température,  tout  en  donnant,  comme  poil, 
des  produits  fort  satisfaisants.  Il  est  donc  à  regretter  que  l'ad- 
ministration ne  croie  pas  devoir  encourager  l'élève  de  la 
Chèvre,  qu'elle  considère  comme  de  nature  à  porter  préju- 
dice aux  intérêts  forestiers.  La  population  caprine  est  très 
considérable  en  Algérie  (elle  est  d'environ  trois  millions  et 
quelques  centaines  de  mille  lêtes)  et,  quoi  qu'on  fasse,  elle  le 
sera  toujours,  au  moins  en  pays  arabe;  il  y  aurait  ainsi  tout 
avantage  à  substituer  la  race  d'Angora  à  la  race  indigène, 
mauvaise  laitière  et  à  toison  très  peu  fournie. 

Les  observations  très  soignées  faites  au  Jardin  zoologique 
d'Acclimatation  sur  la  croissance  des  Girafes  (^)  ont  appelé 
votre  attention  sur  l'insuffisance  des  renseignements  recueil- 
lis jusqu'à  présent  concernant  l'accroissement  des  animaux  (8). 
Les  informations  enregistrées  chaque  jour  au  Jardin  sur  cette 
question  fort  importante  au  point  de  vue  de  l'élevage,  ne 
sauraient  être  considérées  comme  de  simples  curiosités  scien- 
tifiques; elles  présentent,  au  contraire,  une  sérieuse  ulilité 
pratique,  leur  précision  très  grande  donnant  une  importance 
toute  particulière  aux  conséquences  qui  s'en  déduisent. 

On  peut  en  dire  autant  des  observations  faites  à  un  aulre 
point  de  vue  par  M.  iluet  et  consignées  par  lui  dans  les  notes 
qu'il  vous  a  communiquées  sur  les  reproductions  d'animaux 
obtenues  à  la  ménagerie  du  Muséum  (4).  Ces  notes  font  sur- 


(1)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  713). 

(2)  Ibidem,  p.  178. 
(3,  Ibidem,  p.  178. 

(4)  Hiiet,  Note  sur  les  7unssances,  dons  et  ac(iuisitions  du  Muséum  {tluUetin, 
1882,  p.  r)52,  578).  —  Note  sur  les  iiaissances  de  Mammifères  au  Muséum  [Ihtl- 
lelin,  1882,  p.  162).  —  Note  sur  les  naissances  d'Oiseaux  obtenues  au  Muséum 
{Bulletin,  1882,  p.  352) 


LX  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

tout  connaître  avec  précision  la  durée  de  la  gestation  chez  un 
certain  nombre  de  Mammifères,  et,  comme  on  ne  possède 
que  des  renseignements  fort  incomplets  sur  ce  sujet  (1),  vous 
ne  pouviez  qu'accueillir  avec  faveur  les  travaux  de  M.  Huet. 

A  côté  de  ces  intéressantes  observations,  vous  avez  été 
heureux  d'enregistrer  celles  dues  à  plusieurs  de  nos  zélés 
confrères,  qui  s'occupent  avec  persévérance  de  la  multiplica- 
tion d'espèces  exotiques  et  qui  ont  obtenu  cette  année  de  nom- 
breuses reproductions  de  Mammifères  et  d'Oiseaux.  Nous 
devons  une  mention  spéciale  aux  succès  obtenus  par  M.  Pays- 
Mellier  (2),  dans  la  multiplication  du  Muntjack  {Cervulus 
aureus),  du  Cerf  nain  de  la  Chine  (Cervulus  Reevesii),  de 
l'Antilope  cervicapra,  etc.  ;  par  M.  Persin  (3),  dans  celle  du 
Cerf-Cochon  (Cervus  porcinus)  ;  par  M.  Joseph  Cornély  (4), 
dans  celle  de  divers  Oiseaux  et  notamment  du  Pucrasia  ma- 
crolopha,  que  sa  rusticité  remarquable  paraît  désigner  spé- 
cialement pour  devenir  chez  nous  un  nouveau  gibier.  Rappe- 
lons aussi  les  résultats  favorables  obtenus  :  par  M.  le  marquis 
de  Chelfontaines  (5),  dans  l'élevage  des  Céréopses  d'Austra- 
lie; par  M.  Barrachin  (6),  dans  celui  du  Casoar  en  demi  li- 
berté; par  M.  le  docteur  J.-J.  Lafon  (7),  dans  l'éducation  de 
la  Pintade  vulturine,  belle  espèce  qui  paraît  appelée  à  deve- 
nir, dans  notre  zone  méridionale,  un  véritable  Oiseau  de 
basse-cour,  comme  la  Pintade  commune  l'est  devenue  pour 
les  régions  plus  septentrionales. 

D'autres  éducateurs,  eux  aussi  habitués  depuis  longtemps 
à  réussir,  vous  ont  fait  part  de  la  continuation  de  leurs  suc- 
cès. Nous  nommerons  en  particulier  :  M.  Delaurier  aîné 
(d'Angoulême),  qui  a  obtenu  de  nombreuses  multiplications  : 
Perruches  à  ailes  rouges  {Aspromictm  eri/tJiropterus),  Perru- 
ches de  la  Nouvelle-Zélande  {Platycercus  Novœa  Zelandiœ), 

0)  Procès-verbaux  {Bulletin,  188-2,  p.  309). 
(2)  Ibidem,  p.  185. 
(3j  Ibidem,  p.  509. 

(4)  Joseph  Cornély,  Un  nouveau  gibier.  —  Le  Pucrasia  macrolopha  {Bulletin, 
1882,  p.  350). 

(5)  Proces-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  168). 
(C)  Ibidem,  p.  229. 

(7)  Ibidem,  p.  701. 


RAPPORT  SUR  LES  TRAVAUX  DE  LA  SOCIETE.      LXI 

Colombes  poit^nardées,  etc.  (1)  ;  M.  Alfred  Rousse,  qui  a 
réussi  cette  année  la  multiplication  de  neuf  espèces  de  Perru- 
ches (ondulées,  calopsittes,  omnicolores,  de  Pennant,  Pali- 
ceps,  à  croupion  rouge,  Nanday,  à  scapulaire  et  de  Latham 
discolore)  et  qui  vous  a  fourni  d'utiles  indications  sur  les 
moyens  de  reconnaître  les  sexes  chez  ces  oiseaux  Ci). 

Des  observations  intéressantes  vous  ont  été  communiquées  : 
par  M.  Robert,  sur  les  habitudes  de  la  Mangoiiste  Mango  en 
captivité  (3);  par  M.  Nelson-Pautier  (4)  et  par  M.  deConfé- 
vron  (5),  sur  les  mœurs  et  l'instinct  très  développé  du  Hé- 
risson, classé  à  bon  droit  par  l'administration  forestière  au 
nombre  des  animaux  utiles,  car  il  détruit  une  grande  quan- 
tité d'insectes  et  de  reptiles  y  compris  les  vipères;  par 
M.  Victor  Chatel  (6),  sur  les  migrations  du  Pinson  ;  enfin  par 
M.  Millet,  sur  les  mœurs  des  Cigognes  et  sur  les  services  que 
rendent  ces  oiseaux  en  détruisant  beaucoup  d'animaux  nui- 
sibles, les  Taupes  en  particulier,  qu'elles  font  sortir  de  terre 
d'un  seul  coup  de  bec  (7). 

De  son  côté,  M.  Jean  Kiéner  vous  a  signalé  certains  faits 
qui  l'ont  conduit  à  admettre  l'existence  de  croisements  entre 
le  Rat  et  le  Cobaye  (8).  Mais  on  conçoit  toute  la  réserve  que 
vous  apportez  à  vous  prononcer  sur  des  questions  de  cette 
nature,  et  combien  vous  tenez  à  vous  garder  de  conclusions 
reposant  uniquement  sur  l'observation  des  caractères  exté- 
rieurs, sur  l'aspect  des  sujets  présentés  comme  hybrides.  Vous 
ne  perdez  pas  de  vue  que  ce  sont  surtout  les  animaux  plus  ou 
moins  profondément  modifiés  par  la  domestication  qui  peu- 
vent aisément  donner  lieu  à  des  méprises,  certains  retours 
vers  les  caractères  du  type  primitif  pouvant  faire  croire  à  des 
croisements  qui  n'existent  pas  en  réalité  (9). 

(1)  Procès-verbaux  {Bulletin,  188"2,  p.  306). 
{'2)  Ibidem,  p.  56^2. 

(3)  Ibidem,  p.  22?. 

(4)  Ibidem,  p.  167. 

(5)  Ibidem,  p.  53. 

(6)  Ibidem,  p.  18i. 

(7)  Ibidem,  p.  451 . 

(8)  Ibidem,  p.  692. 

(9)  Ibidem. 


LXII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

On  ne  saurait,  toutefois,  méconnaître  la  possibilité  de  croi- 
sements entre  espèces  assez  éloignées,  et,  comme  vous  l'a  fait 
remarquer   M.  Geoftroy  Saint-Hilaire ,  l'observation  révèle 
chaque  jour  de  nouveaux  faits  de  cette  nature  se  produisant, 
soit  parmi  les  animaux  domestiques,  soit,  ce  qui  est  plus  sur- 
prenant, tout  à  fait  en  dehors  de  l'intervention  de  l'homme, 
chez  des  espèces  absolument  sauvages  (1).  Tel  est,  par  exem- 
ple, le  croisement  du  Coq  de  bruyère  et  du  Tétras  à  queue 
fourchue,  croisement  qui  est  assez  fréquent  et  qui  donne  nais- 
sance à  des  produits  chez  lesquels  la  queue  présente  une 
forme  intermédiaire  entre  celle  des  deux  types  reproducteurs. 
D'après  les  renseignements  qui   vous  ont  été  fournis   par 
MM.  Pichot  (2),  Maurice  Girard  (3)  et  le  marquis  deSinéty  (4), 
des  faits  analogues  se  constatent  jusque  dans  la  classe  des 
Insectes.  En  réalité,  plus  on  observe,  plus  on  voit  s'étendre 
le  champ  des  rapprochements  possibles  entre  espèces  diffé- 
rentes, et  l'on  reconnaît  que  ces  unions  fécondes  se  montrent 
non  seulement  de  genre  à  genre,  mais  jusqu'aux  limites  de 
la  famille.  Ces  faits  ne  semblent  pas,  toutefois,  de  nature  à 
modifier  la  notion  de  l'espèce,  car,  sauf  de  rares  exceptions, 
les  croisements  aboutissent  toujours,  soit  à  l'infécondité  au 
bout  de  quatre  ou  cinq  générations  au  maximum,  soit  à  un 
retour  vers  l'un  des  deux  types  producteurs  (5).  Dans  la  pra- 
tique, on  tire  parfois  profit  de  l'infécondité  des  produits  croisés. 
Ainsi,  en  Allemagne  et  en  Amérique,  où  l'on  a  recours  au 
métissage  de  différentes  espèces  de  Poissons  en  vue  d'obtenir 
des  pio'duits  réunissant  les  qualités  des  espèces  croisées  entre 
elles,  ces  métis  sont  généralement  inféconds  et  doivent  à  leur 
infécondité  même  l'avantage  d'un  plus  grand  et  plus  rapide- 
développement  (6). 

En  matière  d'élevage,  tout  ce  qui  peut  augmenter  l'impor- 
tance de  la  production  mérite  une  sérieuse  attention.  Sous  ce 

(1)  Procès-verbaux  (Bulletin,  188!2,  p.  118). 

(2)  Ibidem,  p.  118. 

(3)  Ibidem,  p.  1 18. 

(4)  Ibidem,  p.  111). 

(5)  Ibidem,  p.  11'.». 

(6)  Ibidem,  p.  118. 


RAPPORT  SUR  LES  TRAVAUX  DE  LA  SOCIÉTÉ.    LXIII 

rapport,  la  question  de  l'alimentaLion  est  une  des  plus  sé- 
rieuses à  étudier.  C'est  pourquoi  vous  accueillez  toujours 
avec  intérêt  des  communications  ayant  trait  à  cette  question, 
comme  celles,  par  exemple,  qui  vous  ont  été  faites  par  ]\J.  l'abbé 
Bétin  (1)  concernant  la  nourriture  des  Faisans,  et  par  M.  Van 
Schmit  (2),  sur  l'emploi  d'un  nouveau  produit  alimentaire  de 
son  invention  pour  les  oiseaux  insectivores. 

Les  mêmes  considérations  vous  ont  fait  suivre  avec  une  at- 
tention soutenue  les  expériences  si  importantes  entreprises, 
tant  pra  la  Compagnie  générale  des  Omnibus  et  celle  des 
Petites-Voitures  de  Paris,  que  par  le  Jardin  zoologique  d'Ac- 
climatation, sur  l'alimentation  du  Cheval  (8),  Au  Jardin,  ces 
études  de  physiologie,  appliquées  à  l'emploi  du  cheval  comme 
moteur,  portent  principalement  sur  les  Poneys.  Il  y  a,  en 
effet,  un  intérêt  réel  à  s'assurer  si,  proportionnellement  à  la 
force  utile,  les  petits  chevaux  sont  bien  véritablement,  comme 
il  est  admis  en  général,  plus  économiques  que  les  grands  (4). 

Vous  avez,  cette  année,  constaté  avec  satisfaction  de  nou- 
veaux progrès  réalisés  dans  l'élevage  de  l'Autruche  (5),  in- 
dustrie qui  doit  son  existence  à  la  Société  d'Acclimatation. 
C'est,  en  effet,  l'illustre  fondateur  de  cette  Société  qui  conçut 
la  pensée  de  la  domestication  de  l'Autruche,  et  c'est  par  les 
soins  de  notre  Société  que  les  premiers  essais  de  multiplica- 
tion furent  faits  au  Jardin  zoologique  de  Marseille,  où  les  pre- 
miers résultats  furent  obtenus.  D'autres  succès  suivirent 
bientôt  :  à  Madrid,  au  Retiro  ;  à  San-Donato,  chez  M.  le  prince 
de  Démidoff  ;  au  Jardin  des  Plantes  de  Grenoble,  où  notre  re- 
gretté confrère,  M.  Bouteille,  obtint  des  reproductions  en 
quantité  remarquable  (0). 

Ce  n'est  qu'à  la  suite  de  ces  résultats,  après  une  période 

(1)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  121.) 

(2)  Ibidem,  p.  715. 

(3)  Ibidem,  p.  700. 

(4)  Ibiilem,  p.  701. 

(5)  M.  Paul  Lépervanclic,  de  Cliébel  (île  Maurice),  a  fait  connaître  à  la  Société 
les  résultats  très  satisfaisants  qu'il  a  obtenus  dans  l'élevage  de  l'Autruche,  et 
les  essais  entrepris  par  d'autres  éleveurs  dans  la  colonie  (Procés-verbaux',  Bul- 
ie<m,  1882,  p.  237). 

(6)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  188). 


LXIV  "      SOCIÉTÉ   iNATIONALE   d'ACCLLMATÂTION. 

toute  européenne,  que  se  sont  créées  les  fermes  à  Autruches 
du  cap  de  Bonne-Espérance,  établissements  aujourd'hui  si 
prospères,  et  sur  lesquels  M.  Lavenère,  consul  de  France  au 
Cap,  vous  a  fourni  des   renseignements  des  plus  intéres- 
sants (1).  Avec  les  établissements  déjcà  nombreux  créés  en 
Algérie  et  en  Egypte  ("2),  l'industrie  entre  actuellement  dans 
une  troisième  phase,  qui  paraît  pleine  d'avenir,  si  l'on  en 
juge  d'après  les  résultats  déjà  obtenus,  tant  au  jardin  du 
Hamma  que  dans  les  établissements  de  M.  Créput,  à  Misser- 
ghin,  de  M'"'  Barrière,  près  d'Alger,  et  enfin  dans  celui  d'Aïn- 
Marmora,  près  Coléah;  ce  dernierne  possède  pas  moins  de 
quarante  à  cinquante  couples  reproducteurs  (3).  Un  double 
intérêt  s'attache  à  ces  résultats,  car  l'Autruche  n'est  pas  seu- 
lement utile  par  les  plumes  qu'elle  produit;  sa  chair  peut 
ésalement  rendre  des  services  et  doit  faire  classer  cet  oiseau 
au  nombre  des  espèces  alimentaires.  Il  en  est  de  même,  du 
reste,  pour  le  Nandou,  sur  lequel  des  renseignements,  à  ce 
point  de  vue,  vous  ont  été  donnés  par  M.  0.  Camille  Béren- 
ger  (4.),  qui  s'est  occupé  avec  succès  de  la  multiplication  de 
cette  espèce  américaine  (5).  Un  très  grand  nombre  de  per- 
sonnes, mises  par  notre  confrère  à  même  de  goiîter  la  chair 
du  Nandou,  l'ont  trouvée  de  bonne  qualité  et  parfaitement 
susceptible  d'entrer  dans  l'alimentation  ;  cette  viande  paraît 
tenir  le  milieu  entre  la  volaille  et  le  mouton. 

Votre  attention  a  été  appelée  par  M.  Pierre  Pichot  (6)  sur 
l'intérêt  qui  s'attacherait  à  l'acquisition  de  plusieurs  espèces 
de  Francolins  de  l'Inde,  lesquels  seraient  probablement  plus 
faciles  à  acclimater  que  les  Francolins  du  Cap,  habitués  à  un 
climat  plus  chaud.  Deux  espèces  paraissent  spécialement  re- 
commandables;   ce  sont  celles  que    les  Anglais   nomment 

(1)  Procès-verbaux  (DuUelin,  1882,  p.  705.) 

(2)  M.  Merlato,  sous-directeur  de  la  Société  anonyme  pour  Félevage  de  l'Au- 
truche en  Egypte,  a  fait  parvenir  à  la  Société  un  mémoire  sur  la  chaleur  déve- 
loppée par  l'embryon  pendant  l'incubation  et  sur  le  rôle  de  la  chambre  à  air 
dans  les  œuls  [Bulletin,  188^2,  p.  237.) 

(3)  Proces-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  188). 
(i)  Ibidem,  p.  188. 

(5)  Ibidem,  p.  358. 

(6)  Ibidem,  p.  229. 


RAPPORT  SUR  LES  TRAVAUX  DE  LA  SOCIETE.     LXV 

Painted-Partridge  et  Black-Parlridge.  Cette  dernière  est  le 
Francolin  ordinaire  ou  Francolin  noir>  oiseau  de  mœurs  très 
douces,  non  batailleur,  qui  ne  dérange  pas  les  autres  gibiers, 
et  qui  fournit  de  très  beaux  tirés  dans  les  endroits  où  il  se 
propage.  Ce  Francolin  se  rencontre  dans  les  plaines  les  plus 
chaudes  du  Bengale  comme  dans  les  neiges  de  l'Hymalaya. 

Parmi  les  envois  précieux  d'animaux  qui  nous  ont  été  faits 
cette  année,  nous  devons  mentionner  particulièrement  ceux 
de  M.  Tony  Conte ,  premier  secrétaire  de  l'ambassade  de 
France  au  Japon  (l).  Le  corps  diplomatique  français  a,  du 
reste,  constamment  témoigné  de  l'intérêt  qu'il  prend  aux  tra- 
vaux de  la  Société  d'Acclimatation  par  les  envois  qu'il  lui  fait 
de  l'étranger.  Dès  l'origine  de  la  Société,  M.  de  Montigny 
faisait  parvenir  en  France  les  Yacks  du  Thibet  et  les  Grues  de 
Mantchourie.  Un  peu  plus  tard,  M.  Léon  Roche  nous  fournis- 
sait les  moyens  d'importer  du  Japon  de  la  graine  de  Ver  à  soie 
de  race  saine.  Depuis,  des  dons  très  fréquents  nous  ont  été 
faits  par  les  divers  représentants  de  la  France  à  l'étranger, 
notamment  par  M.  de  Montebello,  qui  a  beaucoup  contribué 
à  enrichir  nos  collections  de  plantes  et  d'animaux,  et  par 
M.  Tony  Conte,  dont  les  envois  n'ont  pas  moins  de  valeur.  On 
doit  notamment  à  M.  Conte  l'introduction  en  France  de  la 
Poule  Phénix,  si  remarquable  par  la  beauté  et  le  développe- 
ment phénoménal  de  son  plumage;  chez  les  mâles,  certaines 
plumes  de  la  queue  ne  mesurent  pas  moins  de  1'",60  de  lon- 
gueur. Un  des  caractères  de  la  Poule  Phénix  est  d'avoir  les 
pattes  bleues,  alors  que  chez  d'autres  races  japonaises  (la 
Poule  de  Nangasaki  et  la  Poule  de  Yokohama,  laquelle  est 
assez  voisine  de  la  Poule  dite  du  Gange)  les  pattes  sont  de 
couleur  jaune.  Ce  caractère  particulier  et  quelques  autres 
différences,  notamment  dans  la  forme  de  la  tête,  semblent  in- 
diquer que  ces  races  n'ont  pas  une  origine  commune,  et  que 
les  habitants  de  l'extrême  Orient  auraient  soumis  à  la  domes- 
ticité deux  espèces  de  Poules  distinctes. 

La  belle  Monographie  des  races  de  Poules,  que  notre  con- 


(1)  Proces-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  228). 
3"  sÉfiiE,  T.  X.  —  Séance  publique  annuelle. 


LXVI  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

frère  M.  La  Perre  de  Roo  a  récemment  publiée,  et  à  laquelle 
vous  avez  été  heureux  de  décerner  une  de  vos  récompenses 
hors  classe,  a  attiré  votre  attention  sur  le  soin  qu  ont  pris  les 
éleveurs  anglais  d'améliorer,  par  la  sélection,  nos  principales 
races  de  Poules  françaises,  dont  ils  possèdent  aujourd'hui  les 
types  les  plus  parfaits  (I).  Les  expositions  d'oiseaux,  très  fré- 
quentes en  Angleterre,  ont  principalement  contribué  à  ce  ré- 
sultat. Vous  vous  êtes  préoccupés,  par  suite,  de  la  nécessité 
qu'il  y  aurait  à  créer  un  même  stimulant  en  France,  où  la 
seule  exposition  de  ce  genre  qui  se  fasse  régulièrement  au- 
jourd'hui est  le  concours  général  dit  des  animaux  gras,  or- 
ganisé chaque  année  à  Paris  par  les  soins  de  l'administration. 

Vous  ne  vous  intéressez  pas  seulement,  en  effet,  à  l'acqui- 
sition d'espèces  exotiques;  la  conservation,  la  propagation  et 
l'amélioration  de  nos  espèces  indigènes  vous  préoccupent 
également.  C'est  pourquoi  vous  avez  appris  avec  satisfaction 
le  soin  qu'apportent  plusieurs  de  nos  confrères  à  répandre 
dans  leur  région  les  meilleures  races  domestiques.  Nous  rap- 
pellerons particulièrement  les  renseignements  qui  vous  ont 
été  donnés  à  ce  sujet  par  M.  Fabre  Firmin  (2)  et  par  M.  Piuinet 
du  Tailly  (3),  ainsi  que  par  M.  Masson,  lequel  vous  a  fait  par- 
venir une  note  sur  la  reproduction  du  Cobaye  ou  Cochon 
d'Inde  en  demi-liberté  (4). 

En  continuant  à  s'occuper  avec  un  zèle  et  une  générosité 
méritoires  (5)  de  propager  l'excellente  race  de  Canard  du  La- 
brador, si  féconde  et  si  rustique,  M.  Garnot  vous  a  signalé 
les  qualités  d'une  race  de  Poule  remarquable  au  point  de  vue 
de  la  production  des  œufs  :  la  Poule  de  Campine  argentée, 
laquelle  donne,  bon  an  mal  an,  240  à  260  œufs,  et  souvent 
plus.  Notre  confrère  n'évalue  pas  à  moins  de  douze  kilogram- 
mes le  poids  total  des  œufs  que  peut  donner  cette  Poule,  et  il 

(1)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  2-28). 

(2)  Ibidem,  p.  570. 
(Z)  Ibidem,  p.  168. 

(4)  N.  Masson,  Note  sur  la  reproduction  du  Cobaye  en  demi-liberté  {Bulletin, 
1882,  p.  464). 

(5)  M.  Garnot  a  bien  voulu  encore  cette  année  mettre  à  la  disposition  de  la 
Société  un  nombre  illimité  d'œuls  de  Canards  du  Labrador  et  six  couples 
reproducteurs  de  cette  belle  et  bonne  race  {Bulletin,  1882.  p.  184). 


RAPPORT   SUR   LES   TRAVAUX   DE    LA   SOCIÉTÉ.  LXVII 

estime  que,  eu  égard  à  son  propre  poids,  c'est  de  toutes  les 
races,  après  la  race  espagnole,  si  difficile  à  élever,  celle  qui 
pond  le  plus.  Comme  il  l'a  déjà  fait  pour  le  Canard  du  La- 
brador, M.  Garnot  a  bien  voulu  mettre  généreusement  à  la 
disposition  de  la  Société  un  nombre  illimité  d'œufs  de  Poule 
de  Campine  (1),  en  vue  d'aider  à  répandre  l'une  et  l'autre 
race,  toutes  deux  recommandables  par  leur  rusticité,  leur 
fécondité  et  la  fixité  de  leurs  caractères  comme  plumage,  qui 
en  font,  en  même  temps  que  des  bêtes  de  rente,  de  véritables 
oiseaux  de  luxe  et  d'agrément. 

N'oublions  pas  de  mentionner  les  intéressantes  communi- 
cations qui  vous  ont  été  faites  par  M.  Lagrange  (2)  et  par 
M.  Masson  (3)  sur  fincubation  artificielle;  par  M.  Geoffroy 
Saint-Hilaire  (4-)  et  par  M.  Dareste  (5),  sur  les  œufs  doubles 
et  sur  les  corps  étrangers  que  l'on  trouve  parfois  dans  les 
œufs  ;  enfin  par  M.  Dareste  (6),  sur  le  développement  des  vé- 
gétations cryptogamiques  dans  les  œufs  en  incubation.  Les 
expériences  de  notre  savant  confrère  ont  fait  voir  qu'un  nombre 
considérable  (près  des  deux  tiers)  des  œufs  qu'on  met  en  in- 
cubation doivent  leur  non-réussite  à  cet  envahissement  de  l'al- 
bumine, tant  par  le  mycélium  des  moisissures  que  par  des 
quantités  de  spores,  envahissement  qui  amène  à  court  délai  la 
mort  par  asphyxie  de  l'embryon  (7). 

Les  perfectionnements  successifs  apportés  dans  ces  der- 
nières années  aux  couveuses  artificielles  ont  opéré  une  véri- 
table révolution  dans  l'art  de  l'élevage  et  généralisé  l'emploi 
de  ces  appareils.  Aussi  avez-vous  pensé  qu'une  exposition 
spéciale  de  ces  incubateurs  présenterait  un  véritable  intérêt 
pratique  (8),  et  qu'il  y  aurait  utilité  à  ce  que  le  Ministère  de 


(1)  Procés-verbaux  (Didlelin,  1882,  p.  184). 

(2)  Ibidem,  p.  179. 

(3)  Ibidem,  p.  573. 

(4)  Ibidem,  p.  128,  309. 

(5)  Ibidem,  p.  106,  173. 

(6)  Ibidem,  p.  118,  180. 

(7)  Ibidem,  p.  373. 

(8)  M.  le  vicomte  d'Esterno  a  signalé  à  l'attention  de  la  Société  l'intérêt  qui 
s'attacherait  à  l'organisation  d'un  concours  entre  les  différents  systèmes  de  cou- 
veuses artificielles  (Bulletin,  1882,  p.  690). 


LXVIII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

l'agriculture  organisât  un  concours  qui  aurait  pour  but  de 
mettre  en  relief  et  de  signaler  au  public  les  appareils  donnant 
les  meilleurs  résultats,  et  réunissant  au  bon  marché  la  sim- 
plicité, et  par  conséquent  la  facilité  de  direction.  Les  dé- 
marches que  vous  avez  faites  dans  ce  sens  auprès  de  l'admi- 
nistration supérieure  ont  été  accueillies  avec  l'attention 
qu'elles  méritaient,  et,  d'après  les  bienveillantes  assurances 
qui  vous  ont  été  données,  vous  pouvez  espérer  que  votre 
demande  recevra  sous  peu  une  solution  satisfaisante  (1). 

Votre  attention  a  été  appelée  de  nouveau  cette  année  sur  le 
tort  considérable  causé  dans  plusieurs  localités  à  l'agriculture 
et  à  la  sylviculture  par  différentes  espèces  de  Rongeurs,  tels 
que  les  Écureuils,  les  Mulots,  les  Campagnols,  etc.,  et  sur  les 
mesures  administratives  propres  à  y  mettre  un  terme  (2).  D'un 
autre  côté,  vous  avez  continué  à  vous  préoccuper  de  l'inquié- 
tante diminution  du  nombre  de  beaucoup  de  nos  oiseaux  indi- 
gènes, si  précieux  par  les  services  qu'ils  rendent  comme  des- 
tructeurs d'insectes  nuisibles  (3),  et  vous  avez  pris  des  dispo- 
sitions pour  ouvrir  à  ce  sujet  une  vaste  et  sérieuse  enquête  [A). 

Cette  question  se  rattache  intimement  à  celle  de  la  chasse. 
Depuis  plusieurs  années  déjà,  la  diminution  constante  du 
gibier  en  France  inspire  de  légitimes  inquiétudes,  et  l'opinion 
publique  réclame  avec  instances  un  prompt  remède  à  un  état 
de  choses  qui  menace  des  intérêts  considérables.  Il  ne  faut 
pas,  en  effet,  voir  seulement  dans  le  gibier  une  occasion  de 
plaisir;  il  est  aussi,  il  est  surtout  une  source  de  richesses  des 
plus  productives  pour  le  pays,  soit  au  point  de  vue  de  l'ali- 
mentation, soit  au  point  de  vue  du  Trésor  public,  soit  enhn 
au  point  de  vue  des  industries  nombreuses  qui  se  rattachent 
à  la  chasse  et  qui  en  vivent.  Deux  chiffres  en  font  foi  :  celui 
de  trois  millions  et  demi  environ  qu'a  atteint,  année  moyenne, 

(1)  Procès-verbaux  (Bulletin,  1882,  p.  707). 

'-2]  D'intéressantes  communications  sur  ce  sujet  ont  été  faites  à  la  Société  par 
MM.  Freslon,  do  Confévroii,  Millet,  etc.  {Bulletin,  1882,  p.  573,  381,  450). 

(3)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  316). 

(4)  MM.  De  liarrau  de  Muratel  et  Millet  ont  particulièrement  insisté  auprès 
de  la  Société  sur  la  nécessité  de  protéger  les  oiseaux  destructeurs  d'insectes,  et 
sur  Topporlunité  de  recueillir  des  renseignemens  exacts  sur  la  diminution  de 
certaines  espèces  {Bulletin,  1882,  p.  316,  317,  374). 


RAPPORT   SUR   LES   TRAVAUX   DE   LA   SOCIETE.  LXIX 

la  vente  du  gibier  aux  Halles  de  Paris  pendant  ces  dernières 
années,  et  celui  de  dix  millions  environ  auquel  s'élève  par  an 
le  rendement  des  permis  de  chasse,  au  profit  de  l'État  et  des 
communes. 

Les  causes  de  la  diminution  du  gibier  sont  diverses  et  nom- 
breuses; mais  il  en  est  une  sur  laquelle  tout  le  monde  est 
d'accord  :  c'est  la  répression  insufllsante,  jusqu'à  ce  jour,  du 
braconnage.  Aussi  plusieurs  projets  de  loi  sur  la  chasse 
ont-ils  été  élaborés  dans  ces  derniers  temps.  L'un  d'eux,  dû 
à  l'initiative  de  M.  Labitte,  aujourd'hui  sénateur,  devant  être 
prochainement  discuté  par  le  Parlement,  la  Société  d'Accli- 
matation a  pensé  qu'elle  ne  pouvait  ni  ne  devait  rester  indif- 
férente à  une  réglementation  d'intérêts  qui  lui  sont  chers. 
Une  Commission,  puisée  dans  le  sein  des  première  et  deuxième 
sections,  a  été  chargée  d'examiner  ce  projet  de  loi;  un  rap- 
port, fruit  d'une  sérieuse  étude,  vous  a  été  présenté  (i),  et, 
tout  en  vous  associant,  d'accord  avec  votre  Commission,  à 
l'esprit  général  du  projet,  qui  constitue  un  progrès  réel  sur 
la  loi  de  1844,  actuellement  en  vigueur,  vous  avez  cru  devoir 
signaler  aux  pouvoirs  publics  l'utilité  qu'il  vous  paraîtrait  y 
avoir  à  la  suppression  de  certaines  des  dispositions  contenues 
dans  ledit  projet,  et  à  l'adjonction  de  certaines  autres.  L'ac- 
cueil qu'ont  reçu  vos  démarches  prouve  la  haute  estime  en 
laquelle  sont  tenus  partout  les  travaux  de  la  Société  (2). 

Des  rapports  nombreux  vous  ont  été  adressés  sur  la  situa- 
tion de  vos  cheptels  (3)  et  vous  devez  à  l'obligeance  en  même 
temps  qu'au  savoir  de  MM.  Alfred  Rousse  (4),  E.  Leroy  (5), 
Emile  Courtois  (6)  et  Delaurier  aîné  (7)  des  instructions  pra- 
tiques résumant,  à  l'adresse  des  chepteliers,  les  fruits  d'une 


(1)  J.  Gautier.  Rapport  présenté  au  nom  de  la  Commission  de  la  chasse  (Bul- 
le.tm,\m%  p.  ?m). 

(2)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  558). 

(3)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  60,  109,  176,  187,  225,  308,  362,  367, 
569). 

(4-)  Alfred  Rousse,  Instructions  pour  les  chepteliers:  les  Perruches  (Bulletin, 
1882,  p.  4). 
(5)  E.  Leroy,  Idem:  les  Colins  et  les  Perdrix  de  Chine  (Bulletin,  1882,  p.  I). 
(0)  Éniilc  Courtois,  Idem  :  hi  Bcrnache  (FAustralie  (Bulletin,  1882,  p.  195). 
(7)  Delaurier  aîné,  Idem:  les  Tragopans  {Bulletin,  1882,  p.  193). 


LXX  SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

longue  expérience  et  les  résultats  d'observations  précieuses 
pour  l'élevage  d'un  certain  nombre  d'oiseaux.  Il  serait  gran- 
dement à  souhaiter  de  pouvoir  réunir  de  semblables  indica- 
tions pour  toutes  les  principales  espèces  à  propager. 

M.  William  Jamrach  vous  a  présenté  le  curieux  relevé  des 
importations  si  considérables  d'oiseaux  exotiques  (1)  aux- 
quelles il  consacre  ses  soins,  et  qui  ne  peuvent  être  réalisées 
qu'au  prix  de  grandes  fatigues,  souvent  de  sérieux  dangers 
et  toujours  de  dépenses  énormes.  C'est  ainsi  que,  malgré 
les  hauts  prix  obtenus  des  oiseaux  ramenés  vivants  de 
l'Inde  par  M.  Jamrach,  ces  importations  poursuivies  pendant 
dix-neuf  années,  loin  de  lui  donner  de  gros  bénéfices,  lui 
ont  laissé,  en  ce  qui  concerne  les  Lophophores  et  les  Tra- 
gopans,  une  perte  de  75  000  francs,  heureusement  couverte 
par  d'autres  opérations  relatives  au  commerce  des  animaux. 
Pour  se  livrer,  comme  le  fait  M.  Jamrach,  à  des  voyages 
incessants  dans  l'Inde,  voyages  ayant  uniquement  pour  but  de 
rapporter  des  espèces  précieuses,  il  faut  donc  autre  chose  que 
l'espérance  du  bénéfice  à  réaliser  ;  il  faut  avant  tout  être  ama- 
teur, avoir  la  passion  des  animaux,  comme  c'est  le  cas  pour 
notre  confi'ère. 

Comme  les  années  précédentes,  la  pisciculture  a  été  l'objet 
de  vos  préoccupations  ;  vous  avez  suivi  attentivement  les  pro- 
grès accomplis  par  cette  industrie  à  l'étranger  comme  en 
France  (2).  Un  grand  nombre  de  nos  confrères  vous  ont  fait 
parvenir  des  renseignements  sur  leurs  travaux  de  repeuple- 
plement  des  eaux;  nous  mentionnerons  particulièrement  les 
notes  envoyées  par  MM.  Braun  (3),  de  Bouteyre  (4),  Gallais  (5), 
Berthoule  (6),  Martial  (7),  le  vicomte  de  Causans  (8),  Ch.  Re- 

(1)  William  Jamrach,  Importations  de  Faisans  indiens  {Bulletin,  1882,  p.  585). 

(2)  L'attention  de  la  Société  a  été  appelée  sur  les  résultats  remarquables  ob- 
tenus en  pisciculture  dans  le  grand-duché  de  Bade,  en  Suède,  en  Allemagne,  etc. 
(Bulletin,  1882,  p.  169.  224.,  227,  370). 

(3)  Proces-verhaux  {Bulletin,  1882,  p.  5ij. 
(l)  Ibidem,  p.  50. 

(5)  Ibidem,  p.  57. 

(6)  Ibidem,  p.  168. 

(7)  Ibidem,  p.  171,  366. 

(8)  Ibidem,  p.  171,  232. 


RAPPORT  SUR  LES  TRAVAUX  DE  LA  SOCIÉTÉ.     LXXI 

nonard  (i),  de  Clermont  (2),  P.  Garbonnier  et  Rathelot(3). 

M.  Després  (4-)  et  M.  Noordoek-Hegt  (5)  vous  ont  fait  con- 
naître l'inslallalion  de  leurs  établissements  de  pisciculture,  et 
un  rapport  vous  a  été  présenté  sur  l'importante  piscifacture, 
véritable  ferme  aquicole,  créée  àGremat(Ain)parMM.  Liigrin 
et  du  Roveray  qui,  grâce  à  une  heureuse  découverte,  ont  su 
résoudre,  dans  cet  établissement  modèle,  le  problème  de  l'ali- 
mentation économique  du  poisson  (6). 

M.  le  docteur  Maslieurat-Lagémard,  membre  du  Conseil 
général  de  la  Creuse,  vous  a  rendu  compte  des  résultats  très 
encourageants  donnés  par  les  opérations  d'empoissonnement 
qui,  sous  son  inspiration,  s'effectuent  depuis  plusieurs  années 
déjà  dans  les  principales  rivières  de  ce  département  (7). 

D'importants  envois  d'œufs  de  divers  Salmonidés  étrangers 
vous  ont  été  faits  cette  année  encore  par  de  généreux  dona- 
teurs, parmi  lesquels  nous  avons,  comme  toujours,  à  men- 
tionner en  première  ligne  M.  le  professeur  Spencer  F.  Baird, 
commissaire  général  des  pêcheries  des  États-Unis  (8).  Environ 
250  000  œufs  de  Whilefish  {Coregonus  albus),  expédiés  de 
New-York  par  ses  ordres,  vous  sont  arrivés  en  parfait  état  et 
vous  ont  permis  d'entreprendre  une  très  intéressante  expé- 
rience d'acclimatation  sur  cette  espèce,  dont  l'introduction 
dans  nos  eaux  douces  constituerait  une  précieuse  acquisition. 
M.  Fred.  Mather,  membre  adjoint  de  la  Commission  des  pê- 
cheries, a  bien  voulu,  comme  de  coutume,  prêter  son  con- 
cours à  cet  envoi,  pour  lequel  nous  ne  saurions  nous  montrer 
trop  reconnaissants. 

Plusieurs  dons  également  très  précieux  nous  ont  été  faits 
aussi  par  l'Association  allemande  de  pisciculture  qui,  sur  la 
proposition  de  son  éminent  président,  M.  de  Behr,  vous  a  gé- 

(1)  Procès-verbaux  (Bulletin,  1882.  p.  223. 

(2)  Ibidem,  p.  367. 

(3)  Ibidem,  p.  567. 

(4)  Ibidem,  p.  111. 

(5)  Ibidem,  p.  564. 

(6)  G.  Raveret-Wattel,  L'établissement  de  pisciculture  de  Gremat  {Bulletin, 

1882,  p.  591). 

(7)  Proces-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  359). 

(8)  Ibidem,  p.  55,  123. 


LXXII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

néreusement  fourni  la  possibilité  d'essais  d'empoissonnement 
au  moyen  d'espèces  de  choix  (1)  recommandables  soit  par  la 
qualité  de  leur  chair,  soit  par  la  rapidité  de  leur  croissance. 
Rappelons,  en  outre,  que  c'est  grâce  aux  dons  déjà  précédem- 
ment faits  à  notre  Société  par  M.  de  Behr  (2)  que  vous  avez 
pu  constater  cette  année  toute  la  rusticité  du  Saumon  de  Cali- 
fornie {Salmo  quinnat),  sur  lequel  MM.  Rathelot  (3)  et  de 
Glermont  (4)  vous  ont  fait  parvenir  des  détails  intéressants. 

Sachant  que  la  Société  d'Acclimatation  s'occupe  de  toutes 
les  questions  qui  se  rattachent  au  repeuplement  des  rivières 
et  à  la  protection  des  poissons  migrateurs,  M.  le  Ministre  de 
la  guerre  a  fait  appel  à  vos  lumières  (5),  en  vue  de  la  construc- 
tion d'une  échelle  à  Saumons  qui  doit  être  établie  sur  la  rivière 
du  Dourduf,  au  barrage  de  la  Poudrerie  du  Pont-de-Buis 
(Finistère).  Les  nombreux  documents  que  vous  tenez  de  la 
Commission  des  pêcheries  des  États-Unis  et  de  quelques  autres 
sources,  concernant  les  échelles  à  Saumons,  vous  ont  permis 
de  renseigner  l'Administration  sur  les  différents  systèmes  en 
usage  et  sur  les  types  les  plus  avantageux  au  point  de  vue  de 
la  dépense  d'établissement  et  d'entretien,  comme  à  celui  du 
■^fonctionnement  des  appareils. 

M.  Seth-Green,  de  Rochester  (New-York),  un  des  vélérans 
de  la  pisciculture  américaine,  vous  a  rendu  compte  de  ses  très 
curieuses  expériences  d'hybridation  entre  différentes  espèces 
de  Salmonidés  (6).  De  semblables  expériences  méritent  d'être 
attentivement  suivies  au  double  point  de  vue  de  l'intérêt  scien- 
tifique et  des  résultats  pratiques  à  en  obtenir. 

Rappelons  enfin  la  note  qui  vous  a  été  adressée  par  M.  Vi- 
lanovay  Piera,  professeur  de  paléontologie  à  Madrid,  con- 
cernant l'aquarium  ou  station  zoologique  de  Naples(7),  éta- 
blissement international  dans  lequel  les  savants  de  tous  les 

(1)  Procès-verbaux  {Dullelin,  1882,  p.  111,  186). 

(2)  Ibidem,  p.  55,  111. 

(3)  Ibidem,  p.  565. 
(i)  Ibidem,  p.  367. 

(5)  Ibidem,  p.  71U. 

(6)  Ibidem,  693. 

(7)  Vilaiiova  y  Piera,  Note  sur  la  station  zoologique  de  Naples  (Bulletin,  1882, 
p.  649). 


RAPPORT   SUR    LES    TRAVAUX   DE   LA   SOCIÉTÉ.        LXXIII 

pays  peuvent  être  admis  à  travailler  et  qui,  par  sa  situation, 
son  organisation,  son  développement,  surpasse  tous  les  éta- 
blissements analogues  fondés  jusqu'à  ce  jour. 

Vous  avez  encore  reçu,  pendant  votre  dernière  session,  de 
nombreux  rapports  sur  la  sériciculture  et  sur  l'élevage  desdi- 
^ferses  espèces  de  Vers  à  soie.  Nous  rappellerons  particulière- 
ment les  travaux  de  MM.  Wailly  (1),  Hénon  (2),  Max-Cornu  (3) 
etHuin(4). 

En  rendant  compte  d'une  éducation  bivoltine  de  Ver  à 
soie  du  Chêne  de  la  Chine  (Attacus  Pernyi)  faite  à  Paris  (5), 
M.  Huin  vous  a  signalé  les  précautions  qui  lui  paraissent  les 
plus  propres  à  assurer  la  réussite  de  ce  genre  d'élevage;  il 
-vous  a  fait  part,  en  outre,  de  ses  nouvelles  observations  sur  la 
conservation  par  le  froid  des  œufs  du  Ver  à  soie  du  Chêne  du 
Japon  {Attacus  Yama-maï).  Les  expériences  auxquelles  il 
•s'est  livré  ont  montré  que  le  séjour  des  œufs  en  glacière  ne 
nuit  en  aucune  façon  aux  éducations,  et  qu'en  recourant  à  ce 
procédé,  on  n'a  plus  à  se  préoccuper  nullement,  pour  la  nour- 
riture des  jeunes  chenilles,  du  plus  ou  moins  de  précocité  de 
la  pousse  des  feuilles.  M.  Huin  a  constaté,  d'ailleurs,  qu'un 
relard  se  produit  chaque  année  dans  l'éclosion  des  Vers; 
peut-être  pourra-t-on,  peu  à  peu,  arriver  à  une  concordance 
•complète  de  celte  éclosion  avec  la  pousse  des  feuilles. 

M.  Clément,  qui  s'est  occupé,  lui  aussi,  de  l'éducation  de 
ÏA.  Perni/i,  a  constaté  la  possibilité  d'élever  cette  espèce  avec 
■  la  feuille  du  Prunier.  Il  y  a  là  une  observation  utile  à  enre- 
gistrer, au  moins  pour  l'éducateur  citadin,  qui  rencontre 
parfois  une  certaine  difficulté  à  se  procurer  des  feuilles  de 
Chêne  pour  des  essais  d'élevage,  tandis  que  la  feuille  du  Pru- 
nier se  trouve  dans  tous  les  jardins  (6). 

Une  observation  du  même  ordre  a  été  faite  par  M.  Fallou, 

(1)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  58,  Ô'OG,  361,  57G). 

(2)  Ihidein,  p.  186. 

(3)  Ibidem,  p.  566. 

(4)  Ibidem,  p.  693. 

(5)  Huin,  Education  bivoltine  d'Attacus  Pernyi;  rusticité  de  TAltacus  Yama- 
maï  {Bulletin,  1882,  p.  U). 

(6)  A.-L.  Clément,  i\ote  sur  une  éducation  (/'Attacus  Pernyi  faite  sur  le  Pru- 
nier {Bulletin,  1882,  p.  84). 


LXXIV  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

lequel  a  réussi  à  élever  sur  l'Erable  plane  VAttacus  Ce- 
cropia,  et  à  utiliser  ainsi  une  feuille  sans  valeur  pour  l'éduca- 
tion de  ce  Ver  à  soie  américain  qui,  dans  les  conditions 
naturelles,  vit  aux  dépens  des  arbres  fruitiers  (1). 

M.  Alfred  Wailly,  qui  continue  avec  le  plus  grand  zèle  ses 
importations  de  Bombyciens  séricigènes  exotiques,  est  par- 
venu, sous  le  climat  si  peu  favorable  de  Londres,  à  mener  à 
bien  l'éducation  de  nombreuses  espèces  tirées  de  l'Inde,  de 
la  Chine  et  de  l'Amérique  du  Nord  (2).  Les  croisements  qu'il 
a  obtenus  de  certaines  de  ces  espèces  ne  sont  pas  seulement 
curieux,  car  les  races  hybrides  ainsi  formées  semblent  pré- 
senter des  avantages  sous  le  rapport  de  la  qualité  de  la  soie. 

M.  Maurice  Girard  a  porté  à  votre  connaissance  des  aber- 
rations dans  la  forme  du  contour  des  ailes  observées  chez 
VAttacus  Pernyi  et  chez  VAttaciis  Yama-maï  (3).  Ces  aber- 
rations, qui  constituent,  en  somme,  un  défaut  dans  la  con- 
texture  du  contour  des  ailes,  se  sont  toutes  produites  dans  des 
éducations  captives,  faites  plus  ou  moins  à  la  chambre,  et 
elles  proviennent  vraisemblablement  d'une  dégénérescence, 
le  papillon  ne  trouvant  plus  dans  les  tissus  de  la  chrysalide 
assez  de  matière  pour  garnir  complètement  ses  ailes.  Il  est 
assez  probable  que  ces  faits  ne  se  présenteront  plus  quand 
VAttacus  Pernyi  sera  entièrement  acclimaté  en  France,  à  la 
façon  du  Ver  à  soie  de  l'Ailante,  comme  il  l'est  déjà  dans  le 
nord  de  l'Espagne.  Aussi  M.  Maurice  Girard  est-il  d'avis  que 
nous  devons  porter  tous  nos  efforts  sur  cette  espèce,  et  laisser 
de  côté  VAttactis  Yama-maï  du  Japon,  exigeant  un  climat 
insulaire  dans  des  conditions  spéciales.  Mais  nous  devons 
fonderies  plus  légitimes  espérances  sur  l'A.  Pernyi^  à  soie 
excellente,  en  voyant  les  magnifiques  cocons  présentés  à  la 
Société  et  provenant  d'éducations  en  plein  bois  et  entièrement 
à  l'air  libre,  faites  par  M.  J.-B.  Biaise,  à  Choloy  (Meurthe-et- 

(1)  J.  Fallou,  Note  pour  servir  à  l'éducation  d'un  Bombycien  séricigène  {Bul- 
letin, 1882,  p.  137). 

(2)  Alfred  Wailly,  Educations  de  Bombyciens  séricigènes. —  Séricigènes  exo- 
tiques (Bulletin,  1882,  p.  576;. 

(3)  Maurice  Girard,  Note  sur  le»  aberrations  observées  cliei  les  Attaciens  asia- 
tiques (Bulletin,  1882,  p.  653). 


RAPPORT  SUR  LES  TRAVAUX  DE  LA  SOCIÉTÉ.    LXXV 

Moselle),  et  par  M.  J.  Falloii,  dans  la  forêt  de  Sénart  (Seine- 
et-Oise). 

M""  veuve  Simon,  née  de  Fruisseaux,  de  Forest-Halle-lez- 
Briixelles,  a  continué  ses  éducations  d'Attaciis  Pernyi;  elle 
paraît  être  aujourd'hui  définitivement  en  possession  de  la 
race  imivoltine  créée  par  ses  soins  depuis  cinq  ans  Çl). 

M.  Hignet,  de  Varsovie,  qui  s'occupe  avec  succès  de  Féle- 
vage  du  Ver  à  soie  du  Mûrier  et  de  plusieurs  Bombyciens  sé- 
ricigènes  nouveaux,  vous  a  fait  parvenir,  avec  de  la  graine 
saine  provenant  de  sa  récolte  (2),  des  échantillons  de  cocons 
et  de  soie  qui  donnent  lieu  de  croire  que  l'industrie  séricicole 
trouverait  en  Pologne  des  chances  de  réussite. 

D'autres  envois  de  graines  de  choix  vous  ont  été  également 
faits,  notamment  par  M'"'  Boucarut  (3)  et  par  M.  le  comte 
Casali  (4),  de  Milan,  qui  a  bien  voulu  vous  mettre  à  même 
d'essayer  l'éducation  de  la  race  milanaise  dite  Verdolina  Ca- 
sati,  très  répandue  en  Lombardie  et  en  Vénétie,  où  elle  est 
fort  estimée. 

Comme  les  années  précédentes,  de  nombreux  rapports  sur 
la  culture  des  plantes  qu'ils  tenaient  de  la  Société  vous  ont 
été  adressés  par  plusieurs  de  nos  confrères  (5).  Vous  avez 
surtout  remarqué  ceux  fournis  par  M.  Mathey  (6)  et  par 
M.  Félix  de  la  Rochemacé  (7)  sur  l'utilisation  de  la  Saggina 
comme  plante  fourragère;  par  M.  Ludovic  Joffrion,  sur  la 
culture  du  Soja,  du  Chou  de  Chaves,  etc.  (8);  par  M.  Giuseppe 
Gnecchi,  de  Milan,  sur  la  possibilité  de  l'introduction  du 
Téosinlé  dans  l'Italie  centrale  et  méridionale  (9)  ;  par  M.  Le- 
mut,  sur  la  culture  du  Pht/salis  Peruviana  (10). 

(1)  Procès-verbaux  (Bulletin,  1882,  p.  58,  176,  305). 

(2)  Ibidem,  p.  123,  175. 

(3)  Ibidem,  p.  306. 
(i^  Ibidem,  p.  697. 

(5)  Des  notes  très  intéressantes  ont  été  adressées  notamment  par  MM.  Nau- 
din,  Léo  d'Ounous,  Casati,  Sagot  et  Mathey  (Bulletin,  1882,  p.  306,  307,  612 
6tt3,  697,  698). 

(6)  Proces-verbaux  (Bulletin,  1882,  p.  697). 

(7)  Ibidem,  p.  59. 

(8)  Ibidem,  p.  113. 

(9)  Ibidem,  p.  115,  170. 

(10)  Ibidem,  p.  235. 


LXXYI  SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

Nous  devons  une  mention  toute  particulière  aux  nombreux 
succès  obtenus  dans  la  culture  de  plantes  alimentaires  nou- 
^velles  par  M.  Paillieux  (1),  auquel  revient  l'honneur  de  plu- 
.sieurs  acquisitions  fort  intéressantes. 

Parmi  les  mémoires  importants  qui  vous  ont  été  soumis 
concernant  différents  végétaux,  il  convient  de  citer  spéciale- 
ment aussi  ceux  de  M.  Dabry  de  Thiersant,  sur  le  Caféier  de 
.Libéria  et  sur  la  culture  de  cette  espèce,  qui  paraît  appelée 
à.  faire  avant  peu  une  concurrence  sérieuse  au  Café  d'Arabie 
et  à  enrichir  en  même  temps  un  grand  nombre  de  pays  inter- 
tropicaux (2)  ;  de  M.  Charles  Rivière,  sur  le  genre  Melaleuca 
au  point  de  vue  du  boisement  économique  et  pratique  de 
l'Algérie  (3);  de  M.  Romanet  du  Gaillaud,  sur  l'introduction 
en  France  de  deux  Vignes  chinoises  (-4);  de  M.  le  docteur 
E.  Bretschneider,  médecin  de  la  légation  de  France  à  Pékin, 
sur  un  certain  nombre  de  plantes  de  la  Chine,  etc.  (5). 

M.  le  docteur  Mène  a  continué  le  travail  considérable  qu'il 
.a  entrepris  sur  la  flore  du  Japon.  Cette  étude,  d'une  haute 
valeur  scientifique,  constitue  assurément  l'un  des  plus  remar- 
quables documents  qu'ait  jusqu'ici  T^uhWés  noire  Bulletin  (6). 

De  son  côté,  M.  Auguste  Pissot,  inspecteur  des  forêts,  con- 
servateur du  Bois  de  Boulogne,  a  complété  le  rapport  qu'il 
avait  commencé  l'an  passé  sur  les  conséquences  du  rigoureux 
hiver  de  1879-1880,  pour  les  diverses  essences  d'arbres  réu- 
nies dans  ce  parc  admirable.  Ce  savant  et  consciencieux  tra- 
vail fournit  bien  des  indications  utiles  pour  les  amateurs  de 
cultures  forestières  et  d'ornement  (7). 

M.  Bouchereau,  qui  a  été  le  premier,  au  moins  en  France, 
à  donner  à  l'Eucalyptus  une  utiUsation  industrielle  comme 


(1)  Procès-verbaux  {Bulletin,  1882,  p.  312,  361,  493,  636). 

(2)  Dabry  de  Tliiersant,  Le  Caféier  de  Libéria  (Bulletin,  1882,  p.  il7). 

(3)  Charles  Rivière,  Le  Niaouli  et  le  genre  Melaleuca  en  Algérie  {Bulletin, 
1882   p.  529.602). 

(4)  Romanet  du  Gaillaud,  Sur  deux  Vignes  chinoises  {Bulletin,  1882,  p.  384). 

(5)  E.  Bretschneider,  Plantes  de  Pékin  (Bulletin,  1882,  p.  596). 

(6)  Df  E.  iMène,  Des  productions  végétales  du  Japon  {Dullelin,  1882,  p.  7,  142, 
273,  466,  658). 

(7)  Auguste  Pissot,  Effets  des  gelées  au  bois  de   Boulogne  {Bulletin,  1882, 
p.  86.  197). 


RAPPORT  SUR  LES  TRAVAUX  DE  LA  SOCIETE.    LXXVIÏ  ' 

bois  d'ébénisterie,  vous  a  signalé  l'inexactitude  d'assertions 
d'après  lesquelles  ce  bois  serait  d'un  emploi  difficile.  Notre 
confrère  a  fait  voir  qu'en  prenant  les  plus  simples  précau- 
tions après  Tabatage  des  arbres,  le  bois  ne  se  crevasse  pas/ 
reste  sain  et  facile  à  travailler,  et  conserve  toute  sa  partie  ré- 
sistante (1).  ' 

Comme  toujours,  des  dons  généreux  (2),  des  envois  impor-' 
tants  de  plantes,  fruits  et  graines,  aussi  bien  que  d'animaux,^ 
vous  ont  été  faits.  Nous  mentionnerons  en  particulier  ceux  de 
MM.  Ujfalvi  (3),  Maéda(4-),  Paillieux  (5),  Bretschneider  (6), 
Heymonet(7),  Jules  Grandidier  (8),  Fréd.  Romanet  du  Cail- 
laud  (9),  Sanford  (10),  Emile  Harel  (11),  Vavin  (12),  Tou- 
rasse  (13), et  Le  Myre  de  Villers  (U). 

Rappelons  enfin  que  la  bibliothèque  s'est  encore  enrichie 
d'une  façon  importante,  grâce  à  la  générosité  de  nombreux 
donateurs,  au  nombre  desquels  figurent  en  première  ligne 
MM.  les  Ministres  de  l'agriculture,  de  la  marine  (15)  et  du 
commerce  (16). 

(11  Procès-verbaux  (Bulletin,  1882,  p.  116). 

(2)  Nous  devons  rappeler  en  particulier  le  don  d'une  somme  de  1000  francs 
fait  à  la  Société  par  M.  Berend,  pour  la  fondation  d'un  prix  à  décerner  à  l'au- 
teur du  meilleur  travail  faisant  connaître,  au  point  de  vue  historique  et  pratique, 
les  travaux  relatifs  à  l'acclimatation  et  les  résultats  obtenus  depuis  la  création 
de  la  Société  (Bulletin,  1882,  p.  xvii,  227). 

(3)  M.  Georges  de  Ujfalvi  a  ramené  de  Turkestan  de  nouveaux  types  de  Oiiicus 
lévriers  très  intéressants  (Bulletin,  1882,  p.  129). 

(4.)  Procès-verbaux  (Bulletin,  1882,  p.  128). 

(5)  Ibidem,  p.  128,  493,  G36. 

(6)  Ibidem,  p.  128.  r 

(7)  Ibidem,  p.  116. 

(8)  Ibidem,  p.  116. 

(9)  Ibidem,  p.  225,  301. 

(10)  Ibidem,  p.  232. 

(11)  Ibidem,  Y>.  309.  > 

(12)  Ibidem,  p.  363,494,636. 

(13)  Ibidem,  p.  568. 

(14)  M.  Le  Myre  de  Villers,  alors  gouverneur  de  la  Cochinchine,  a  fait, .au  conir 
mencemcnt  de  Tannée,  un  très  important  envoi  de  plantes  et  d'animaux,  com- 
prenant notamment  des  Bœufs  trotteurs  renommés  par  leur  rapidité,  de  petits 
Chevaux  siamois,  et  un  grand  nombre  d'oiseaux  intéressants,  entre  autres  des 
Éperonniers  de  Germain  (Bulletin,  1882,  p.  309). 

(15)  Procès-verbaux  (Bulletin,  1882,  p.  689). 

(16)  Ibidem,  p.  166,  689. 

11  convient  de  mentionner  spécialement  aussi  M.  Thomas  B.  Fcrguson,  com- 
missaire des  États-Unis  à  TExposition  universelle  de  1878,  à  Paris,  qui  a  bien 


LXXVIII  SOCIÉTÉ   NATIONALE    D  ACCLIMATATION. 

Si,  grâce  aux  notables  progrès  dont  ce  rapport  vient  de 
vous  donner  un  aperçu,  la  Société  a  ressenti  des  satisfactions 
bien  légitimes,  elle  a  aussi,  Messieurs,  compté  des  jours  de 
tristesse  et  de  deuil. 

Nous  avons  eu  la  douleur  de  perdre  M.  Tourasse,  qui  ser- 
vait activement  la  cause  de  l'acclimatation,  et  qui,  possesseur 
d'une  grande  fortune,  la  consacrait  presque  entièrement  à 
des  œuvres  philanthropiques  et  d'utilité  générale.  Amateur 
distingué  de  plantes  rares,  M.  Tourasse  avait  réuni  dans  le 
vaste  parc  de  sa  villa,  près  de  Pau,  des  collections  du  plus 
grand  intérêt;  il  y  avait,  en  outre,  créé  un  champ  d'expé- 
riences et  une  véritable  école  d'arboriculture,  qui  rendaient 
de  très  utiles  services.  M.  Tourasse  emporte  les  regrets  de 
tous  ceux  qui  l'ont  connu. 

La  Société  a  aussi  perdu  deux  de  ses  délégués  à  l'étranger  : 
M.  Wilson,  de  Philadelphie,  l'un  de  nos  plus  actifs  représen- 
tants, et  M.  le  docteur  Ploem,  de  Batavia,  correspondant  zélé, 
auquel  nous  devions  de  nombreux  envois  de  plantes  et  d'ani- 
maux. La  mort  nous  a  également  enlevé  M.  Duchesne  de  Bel- 
lecourt,  ancien  ministre  plénipotentiaire,  qui,  depuis  long- 
temps membre  honoraire  de  la  Société,  profitait  de  son  séjour 
à  l'étranger  pour  nous  faire  de  précieux  envois. 

MM.  Piver,  Henri  Mars,  Gustave  Dufeu,  Eugène  Gallimard, 
Grubert,  Chaumette,  Speltz,  deBellonnet,  Tobias,  Casamayor, 
de  Gouttes,  F.  A.  Liénard,  Cornalia,  Bonnefons,  de  Faultrier, 
Cadaran  de  Saint-Mars,  de  Chanteau,  A.  Gros,  Béchu  et  baron 
de  Lintjens,  ont  aussi  disparu  de  nos  rangs. 

La  Société,  Messieurs,  a  ressenti  cruellement  la  perte  qu'elle 
a  faite  en  la  personne  de  ces  regrettés  collaborateurs,  et  c'é- 
tait pour  nous  un  devoir,  dans  cette  revue  de  la  session  qui 
vient  de  finir,  de  rendre  un  dernier  hommage  à  leur  mé- 
moire. 

A  côté  de  ces  vides  douloureux  faits  dans  nos  rangs,  nous 
avons  heureusement  à  enregistrer  des  adhésions  nombreuses, 
en  même  temps  que  la  création  de  Sociétés  qui,  filles  de  la 

voulu  adresser  à  la  Société  la  série  complète  des  rapports  officiels  publiés  sur 
cette  Exposition  par  ordre  du  gouvernement  fédéral  {Bulletin,  1882,  p.  53). 


RAPPORT  SUR  LES  TRAVAUX  DE  LA  SOCIÉTÉ.     LXXIX 

nôtre,  viennent  unir  leurs  efforts  aux  siens.  Ces  relations, 
cette  communauté  d'efforts,  contribueront  certainement  dans 
l'avenir  à  faire  progresser  plus  rapidement  encore  que  par 
le  passé  l'œuvre  si  éminemment  utile  de  l'acclimatation. 


RAPPORT 

AU  NOM 

DE  LA  COMMISSION  DES  RÉCOMPENSES  (^> 

Par  M.  Alb.  GEOFFROY   SAIIKT-HILAIRE 

Secrétaire  général. 


Mesdames,  Messieurs, 

J'ai  l'honneur  de  venir  lire  devant  vous  le  rapport  relatif 
aux  récompenses  que  la  Société  nationale  d'Acclimatation  dé- 
cerne aujourd'hui  pour  la  vingt-sixième  fois. 

Qu'il  me  soit  permis  de  remercier  comme  il  convient  les 
rapporteurs  des  cinq  sections,  MM.  Saint-Yves  Ménard,  Millet^ 
Vidal,  Fallou  et  le  docteur  Mène  qui  ont  apporté  dans  leurs 
délicates  fonctions  l'esprit  le  plus  éclairé  ;  ce  n'est  pas  d'au- 
jourd'hui que  nous  savons  apprécier  ces  collaborateurs. 

Nos  récompenses,  comme  vous  le  verrez  bientôt,  vont  cher- 
cher les  lauréats  dans  les  cinq  parties  du  monde.  C'est  que 
notre  Société  prend  intérêt  à  tous  les  résultats,  quel  que  soit 
le  lieu  où  ils  sont  obtenus. 

L'œuvre  de  la  Société  d'Acclimatation,  Mesdames  et  Mes- 
sieurs, a  fait  depuis  que  notre  association  existe  les  progrès 
les  plus  importants.  Aujourd'hui  l'esprit  public  est  initié  à 
nos  efforts  ;  nous  pouvons,  sous  l'impulsion  du  chef  émi- 
nent  que  nous  nous  sommes  donné,  aborder  l'étude  des  pro- 
blèmes les  plus  difficiles. 

Pour  atteindre  le  but,  il  nous  faut  un  état-major  composé 
de  savants  distingués  :  nous  l'avons  ;  il  nous  faut  une  armée 
de  travailleurs;  nos  efforts  doivent  tendre  à  l'augmenter,  car 

(1)  La  Commission  des  récompenses  était  ainsi  composée  : 

Membres  de  droit:  MM.  le  Président  et  le  Secrétaire  général. 

Membres  déléijués  du  Conseil:  MM.  Berthoulc,  Maurice  Girard,  le  docteur 
H.  Labarraque,  liaveret-Wattcl  et  le  marquis  de  Sinéty, 

Membres  délégués  des  sections:  MM.  Saint-Yves  Ménard  _(!"=  section),  G.  Millet 
(2°  sect.),  Vidal  (3=  sect.),  J.  Fallou  (4°  sect.)  et  le  docteur  Mène  (5°  sect.). 


RAPPORT    DE   LA    COMMISSION   DES   RÉCOMPENSES.      LXXXI 

nous  ne  serons  jamais  assez  nombreux,   assez  riches,  pour 
tout  le  bien  que  nous  avons  à  faire. 

Mais  revenons  sans  plus  tarder  à  la  proclamation  de  nos 
lauréats.  La  liste  en  est  longue  et  je  réclame  l'indulgence  de 
l'assemblée  pour  le  rapporteur. 

PREMIÈRE    SECTION.   —    MAMMIFÈRES. 

Gi*nn<lo    niéclaillo    d'or   de    SOO    fi-ancs    (Hors  classe). 
.4  reffitjie  d'Isidore  Geolfroij  Saint-HUaire. 

M.  William  Jamrach,  de  Londres,  se  rend  chaque  année 
aux  Indes  pour  y  réunir  des  animaux  précieux  destinés  aux 
divers  jardins  zoologiques  de  l'Europe. 

De  son  trente-quatrième  voyage  accompli,  cette  année  môme, 
M.  William  Jamrach  a  rapporté  un  petit  Sanglier  nain,  le 
Porcula  Salviani,  gros  comme  un  lièvre,  pesant  6  kilo- 
grammes. Huit  de  ces  animaux  ont  été  acquis  par  le  Jardin 
zoologique  d'Acclimatation. 

Ce  petit  Sanglier  nain  est  une  introduction  des  plus  inté- 
ressantes. Si  cette  espèce  pouvait  devenir  domestique,  nos 
basses-cours  se  trouveraient  dotées  d'un  Cochon-lapin  qui 
fournirait  à  notre  alimentation  des  ressources  importantes, 
des  produits  bien  supérieurs  à  ceux  que  nous  obtenons  du 
rongeur  qui  peuple  aujourd'hui  nos  clapiers. 

L'importation  du  Porcula  Salviani  n'est  pas  la  seule  que 
nous  devions  à  M.  William  Jamrach.  Deux  espèces  de  Trago- 
pans,  le  Tragopan  de  Blyth  et  celui  de  Cabot,  ont  été  intro- 
duites par  notre  lauréat.  Ces  belles  espèces  indiennes  vien- 
dront prendre  leur  place  dans  nos  volières  à  côté  des  Satyres, 
des  Temminck  et  des  Hasting  que  nous  possédons  déjà. 

En  décernant  à  M.  AVilliam  Jamrach  une  grande  médaille 
d'or  à  l'effigie  d'Isidore  Geoffroy  Saint-IIilaire,  la  Société  est 
heureuse  de  témoigner  sa  gratitude  à  l'infatigable  importa- 
teur qui,  depuis  tant  d'années,  consacre  ses  ressources  et 
toutes  ses  forces  à  la  tâche  qu'il  s'est  imposée. 


3'  SÉRIE,  T.  X.  —  Séance  publique  annuelle. 


LXXXII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 


,» , 


Prime  de  200  francs. 


Dans  une  monographie  intéressante  et  exécutée  avec  un 
soin  scrupuleux,  M.  Fernand  Lâtaste  a  fait  connaître  à  la 
Société  d'Acclimatation  un  petit  rongeur  africain,  le  Dipodil- 
lus  Simoni,  qu'il  est  aisé  de  faire  produire  en  captivité. 

Le  travail  de  M.  Lataste,  par  la  façon  dont  il  a  été  conçu, 
par  la  précision  des  détails,  par  l'esprit  d'ordre  qu'on  y  sent, 
a  attiré  l'attention  de  la  Société  qui  lui  décerne  une  des  primes 
proposées  pour  les  travaux  de  zoologie  pure. 

Mctlaïllcs   de    première  ciatisc. 

En  faisant  connaître  dans  la  presse  les  travaux  de  la  Société 
nationale  d'Acclimatation,  M.  Ernest  Menault,  rédacteur  au 
Journal  Officiel,  est  devenu  un  de  nos  plus  utiles  collabora- 
teurs. La  Société  est  heureuse  de  remercier  M.  Ernest  Me- 
nault de  son  gracieux  concours  en  lui  offrant  une  médaille  de 
première  classe. 

Une  médaille  de  première  classe  est  décernée  à  MM.  Babet 
frères  qui  ont  fait  à  l'île  de  la  Réunion  de  nombreuses  intro- 
ductions de  Moutons  mérinos. 

Grâce  à  l'initiative  de  MM.  Babet  frères,  des  troupeaux  de 
ces  bêtes  à  laine  ont  été  formés. 

M.  Blainville  et  M.  Ciioppy  ont  réuni  leurs  efforts  pour 
introduire  à  l'île  de  la  Réunion  des  Chevaux,  des  Anes  et  des 
Moutons  des  meilleures  espèces. 

Ces  tentatives  ont  donné  des  résultats  importants  pour 
lesquels  la  Société  décerne  à  MM.  Blainville  et  Ghoppy  des 
médailles  de  première  classe. 

L'introduction  des  Bœufs  de  charroi  et  de  labour  cà  l'île  de 
la  Réunion  a  été  le  but  des  efforts  de  M.  Dolab.\ratz.  Le 
succès  de  cette  tentative  mérite  à  M.  Dolabaratz  une  médaille 
(le  première  classe. 


RAPPORT   DE   LA   COMMISSION   DES   RECOMPENSES.       LXXXIII 

MM.  de  Kervéguen  et  de  Trévise  se  sont  préoccupés  d'en- 
richir la  colonie  de  l'île  de  la  Réunion  des  bêtes  bovines  des 
races  Charolaise,  Garonnaise  et  Limousine. 

Ces  importations  ont  bien  réussi.  MM.  de  Kervegiien  et  de 
Trévise  reçoivent  des  médailles  de  première  classe. 

médaille    «le    seconde  classe. 

M.  Boisjoly-Potier,  cultivateur  à  la  plaine  des  Cafres,  à 
l'île  de  la  Réunion,  a  obtenu  sur  les  hauts  plateaux  de  l'île 
de  nombreuses  reproductions  de  bêtes  bovines  de  charroi  et 
de  Moutons  pour  la  boucherie. 

M.  Boisjoly-Potier  reçoit  une  médaille  de  seconde  classe. 

deuxième    section.   —    OISEAUX. 
Médaille  d''oi'  offerte  par  le  ministère  de  l'Agriculture. 

M.  La  Perre  de  Roo,  déjà  plusieurs  fois  lauréat  de  la  So- 
ciété pour  ses  travaux,  reçoit  aujourd'hui  la  médaille  d'or  ot- 
ferte  à  la  Société  nationale  d'Acclimatation  par  le  Ministre  de 
l'agriculture. 

Le  livre  que  nous  récompensons  est  un  traité  sur  les  Pigeons 
domestiques.  11  fait  suite  en  quelque  sorte  au  traité  du  même 
auteur  sur  les  Coqs  et  Poules  domestiques. 

Cette  publication,  comme  sa  devancière,  est  conçue  dans  le 
meilleur  esprit.  On  y  trouve  résumées  toutes  les  connais- 
sances que  nous  avons  sur  ces  intéressantes  questions,  et  l'au- 
teur a  ajouté  à  ce  qu'on  savait  avant  lui  les  développements 
que  sa  grande  expérience  et  sa  parfaite  connaissance  du  sujet 
ont  pu  lui  inspirer. 

Le  livre  de  La  Perre  de  Roo  est  un  bon  livre;  il  sera 
bientôt  dans  les  mains  de  tous  ceux  qui  s'occupent  des  oiseaux 
de  basse-cour. 

Grandes    médailles    d'argent  (Hors    classe). 
A  l'effifjie  d'Isidore  Geoffroy  Sainl-Hilaire. 

M.  de  Bataciieff  de  Toula  (Russie)  se  livre  depuis  long- 
temps déjà  à  l'élevage  des  oiseaux  de  basse-cour.  Ce  lauréat, 


LXXXIV  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

recommandé  à  notre  attention  par  la  Société  impériale  russe 
d'Acclimatation,  reçoit  une  grande  médaille  d'argent  hors 
classe.  Ses  efforts  méritent  les  plus  grands  éloges,  car  ils  ont 
en  vue  le  perfectionnement  des  oiseaux  de  basse-cour,  dans 
un  pays  où  ils  laissent  trop  à  désirer. 

Pendant  son  séjour  au  Japon,  M.  Tony  Conte  a  fait  au  jar- 
din zoologique  d'Acclimatation  plusieurs  envois  importants. 
On  peut  citer  entre  autres  choses  les  Faisans  de  Sœmmering, 
les  magnifiques  Grues  blanches  de  Montigny  et  les  Coqs  et 
Poules  de  la  race  Phœnix  à  queue  démesurément  longue. 

La  Société  est  heureuse  de  témoigner  sa  gratitude  à 
M.  Tony  Conte  en  lui  décernant  une  grande  médaille  d'argent 
hors  classe. 

Plusieurs  fois  déjà  M.  Delaurier  aîné  a  reçu  les  récom- 
penses de  la  Société  pour  les  succès  qu'il  a  obtenus  dans  l'éle- 
vage des  animaux  exotiques. 

Nous  offrons  aujourd'hui  à  M.  Delaurier  une  grande  mé- 
daille d'argent  hors  classe  pour  les  intéressants  résultats  ob- 
tenus en  188^2  dans  l'élevage  du  Lophophore,  de  la  Pintade 
vulturine,  etc.  M.  Delaurier  est  un  éleveur  de  premier  ordre. 
Il  joint  au  savoir,  à  l'expérience,  la  première  des  qualités,  la 
persévérance. 

médailles  do  première  classe. 

M.  BoucHEREAUx  a  tenté  dans  la  couveuse  dont  il  est  l'in- 
venteur, l'incubation  de  plusieurs  œufs  d'Emeu  ou  Casoar  de 
la  Nouvelle-Hollande. 

Dans  cette  circonstance,  comme  de  coutume,  M.  Bouche- 
reauK  s'est  montré  expérimentateur  soigneux  et  observateur 
ingénieux;  il  reçoit  une  médaille  de  première  classe. 

M.  le  docteur  Clos,  directeur  du  Jardin  des  Plantes  de  Tou- 
louse, a  fait  connaître  àla  Société  que  les  Nandous  (Autruches 
d'Amérique)  entretenus  dans  l'établissement,  avaient  réussi 
à  élever  leur  couvée.  Les  observations  recueillies  par  M.  le 


PiAPPORT   DE    LA    COMMISSION   DES   RÉCOMPENSES.       LXXXV 

docteur  Clos  ont  vivement  intéressé  la  Société  ;  elle  oflVe  à 
leur  auteur  une  médaille  de  première  classe. 

M.  Joseph  CoRNÉLY  a  fait  connaître  le  succès  obtenu  à  la 
Faisanderie  de  Beaujardin  dans  la  reproduction  du  Pucrasia 
macrolopha  de  Flnde.  Ce  beau  Faisan  s'est  montré  rustique, 
facile  à  élever  et  mérite  d'être  multiplié,  car  sa  chair  est  de 
première  qualité.  M.  Joseph  Cornély  reçoit  une  médaille  de 
première  classe. 

C'est  dans  une  couveuse  artificielle  que  M.  Mercier  a  ob- 
tenu l'éclosion  des  œufs  de  ses  Nandous.  Cette  éducation  a 
donné  de  bons  résultats  el  les  notes  fournies  par  M.  Mercier 
ont  un  réel  intérêt.  La  Société  offre  à  leur  auteur  une  mé- 
daille de  première  classe. 

M.  le  D'  MoREÂU,  aux  Herbiers  (Vendée),  a  envoyé  à  la  So- 
ciété un  travail  important  sur  l'hygiène  des  basses-cours  et 
des  volières.  L'auteur  a  de  l'expérience  et  du  savoir;  ses 
observations,  poursuivies  depuis  de  longues  années,  sont 
présentées  avec  autorité,  aussi  le  travail  de  M.  le  D'  Moreau 
mérite-t-il  d'être  lu  par  tous  ceux  qui  s'occupent  d'élevage. 
La  Société  lui  décerne  une  médaille  de  première  classe. 

Médailles  de  seconde  classe. 

Les  succès  obtenus  par  M.  le  marquis  de  Brisay  dans  la 
reproduction  des  Perruches  d'espèces  rares  méritent  l'atten- 
tion. La  Perruche  érythroptère  [Aspromictus  erylliropterus)  a 
niché  avec  succès  dans  les  volières  de  M.  le  marquis  de  Bri- 
say ;  cet  amateur  distingué  reçoit  une  médaille  de  seconde 
classe. 

Dans  une  note  très  étudiée  M.  le  comte  de  Montlezun  a 
fait  connaître  les  faits  observés  pendant  la  ponte  et  l'inciiba- 
lion  des  Canards  Casarka  qui  ont  reproduit  chez  lui.  Ce  tra- 
vail très  soigné  a  attiré  l'attention  de  la  Société,  qui  oifie  à 
M.  le  comte  de  Montlezun  une  médaille  de  seconde  classe. 


LXXXVI  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

M.  Gabriel  Rogeron  reçoit  une  médaille  de  seconde  classe 
pour  son  étude  sur  le  Cygne  de  Bewick.  Ce  travail  bien  fait 
présente  un  réel  intérêt  et  nous  remercions  son  auteur  de 
nous  l'avoir  adressé. 

TROISIÈME   SECTION.  —   POISSONS,  CRUSTACÉS,  ETC. 
Prix  do  500  francs 

Proposé  par  la  Sociclé  pour  les  travaux  de  zoologie  pure. 

M.  le  D' P.  P.  C.  HoEK,  de  Leyde,  est  l'auteur  d'un  savant 
et  remarquable  travail  sur  les  organes  génitaux  de  l'Huître. 

Le  mémoire  de  M.  Hœk  se  trouve  peut-être  en  contradic- 
tion avec  celui  d'autres  savants  d'un  grand  mérite,  mais  c'est 
à  des  recherches  de  ce  genre,  demandant  une  grande  précision 
et  une  patience  rare,  que  la  science  doit  ses  plus  belles  décou- 
vertes. La  Société,  désireuse  d'encourager  ces  études,  est  heu- 
reuse d'offrir  à  M.  le  D' Hoek  le  prix  de  500  francs  fondé  pour 
les  travaux  de  zoologie  pure. 

Grandet^    médailles     d'argent    (llors    classe). 
A  Veffigie  d'Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

M.  W.  Oldham  Ciiambers  a  fait  connaître  à  la  Société  les 
travaux  de  la  Société  constituée  pour  l'acclimatation  du 
Poisson  dans  les  comtés  de  Suffolk  et  de  Norfolk  (Angle- 
terre). 

Les  résultats  obtenus  sont  d'une  grande  importance,  car 
les  cours  d'eau  de  la  région,  autrefois  dépeuplés,  sont  aujour- 
d'hui abondamment  pourvus  de  poissons.  L'introduction  dans 
les  eaux  anglaises  de  la  région  indiquée,  de  plusieurs  poissons 
étrangers  est  aujourd'hui  un  fait  accompli.  La  Société  récom- 
pense ces  efforts,  ces  succès,  en  décernant  à  M.  Oldham  Ciiam- 
bers une  grande  médaille  d'argent  hors  classe. 

M.  Lugrin  fait  à  Gremat  (Ain)  de  la  pisciculture  industrielle 
avec  grand  succès.  Ses  produits  sont  livrés  à  la  consommation 


RAPPORT   DE   LA   COMMISSION   DES   RECOMPENSES.      LXXXVII 

par  quantités  importantes.  De  plus  M.  Lugrin  est  l'inventeur 
d'un  procédé  pour  multiplier  pour  ainsi  dire  à  volonté  les 
proies  vivantes  (Daphnies),  si  utiles  à  l'éducation  des  jeunes 
salmonidés.  La  Société  décerne  à  M.  Lugrin  une  grande  mé- 
daille d'argent  hors  classe. 

M.  Noordhoek-Hegt  a  créé  à  Apeldoorn  (Pays-Bas)  un  éta- 
blissement important  en  vue  de  contribuer  au  repeuplement 
des  cours  d'eau  de  la  Hollande.  Plusieurs  hectares  ont  été 
consacrés  à  l'installation  des  canaux  dans  lesquels  M.  Noord- 
hoèk-IIegt  élève  les  milliers  de  poissons  qu'il  livre  chaque 
année  au  gouvernement  néerlandais  pour  être  lâchés  dans 
les  eaux  libres.  Cette  création  fait  honneur  à  l'intelligence  du 
lauréat  quia  montré  autant  de  savoir  que  d'ingéniosité.  Son 
initiative  mérite  les  plus  grands  éloges.  La  Société  est  heu- 
reuse d'offrir  à  M.  Noordhoek-Hegt  une  grande  médaille 
d'argent  hors  classe. 


Mctiaillcs  de  prcniièro  classe. 

M.  Brlvnd,  officier  abord  des  paquebots  transatlantiques,  a 
été  plusieurs  fois  déjà  lauréat  de  la  Société.  Cette  année  il 
reçoit  une  médaille  de  première  classe  pour  avoir  donné  son 
concours  à  l'importation  de  divers  poissons  de  l'Amérique  du 
Nord  et  en  particulier  du  Poisson-Soleil.  Le  zèle  et  la  bonne 
volonté  de  M.  Briand  sont  d'un  précieux  secours  pour  aider 
aux  échanges  d'animaux  vivants  qui  se  font  entre  les  deux 
continents. 

L'étude  comparative  des  sels  constitutifs  de  l'eau  de  mer, 
envisagée  au  point  de  vue  de  leur  action  sur  les  êtres  vivant 
dans  l'eau  salée,  a  été  faite  avec  soin  par  M.  Coutance.  Son 
travail  contient  de  précieux  renseignements  dont  la  pi-alicjuo 
fera  son  proht.  Une  médaille  de  première  classe  est  offerte  à 
M.  A,  Coutance. 

M.  Piichard  Cail,  ingénieur  civil  à  Newcastle-sur-la-Tyne 


LXXXVIII  SOCIETE   NATIONALE  D  ACCLIMATATION. 

(Angleterre),  est  l'inventeur  d'un  modèle  ingénieux  d'échelle 
à  Saumons  qui  peut  être  adopté,  quelle  que  soit  la  hauteur  du 
barrage.  Ce  système,  qui  fonctionne  d'une  façon  très  satisfai- 
sante à  Dinsdale,  mérite  l'attention  et  la  Société  décerne 
M.  Richard  Cail  une  médaille  de  première  classe. 

M.  le  colonel  Mac-Donald,  inspecteur  des  pêcheries  des 
états  de  Virginie  (États-Unis',  a  créé  des  échelles  à  Saumons 
d'un  système  tout  à  fait  nouveau  qui  se  recommande  par  son 
prix  modique  et  son  excellent  fonctionnement.  L'emploi  de 
ce  type  d'échelle  est  obligatoire  dans  plusieurs  États  de  l'Union. 
Une  médaille  de  première  classe  est  offerte  à  M.  Mac-Donald. 

Un  élablissement  a  été  créé  par  M.  Alphonse  Lefèvre  dans 
le  département  de  la  Somme  en  vue  de  faire  l'élevage  et  la 
propagation  des  espèces  de  poissons  d'eau  douce  indigènes  et 
étrangers. 

Les  résultats  obtenus  ont  déjà  de  l'intérêt  et  nous  devons 
penser  que  dans  l'avenir  M.  Alphonse  Lefèvre  contribuera 
activement  au  repeuplement  des  eaux  libres  aussi  bien  que 
des  eaux  closes  de  la  région. 

Une  médaille  de  première  classe  récompense  ses  efforts. 

M.  Ratiielot  fait  au  Grand-Montrouge  de  la  pisciculture 
pratique. 

Les  procédés  mis  en  usage,  les  résultats  obtenus,  méritent 
l'attenlion.  De  plus,  M.  Rathelot  s'occupe  de  repeuplement 
sur  une  grande  échelle  des  eaux  closes  dont  il  dispose  dans  le 
département  de  la  Gôte-d'Or. 

Une  médaille  de  première  classe  est  offerte  à  M.  Rathelot. 

Alcduillo   de  seconde  clU!ii»4C. 

M.  Byram  Littlewood,  d'Hudderfield  (Angleterre),  s'oc- 
cupe avec  succès  de  pisciculture.  Dans  l'établissement  qu'il  a 
ci-éé,  il  fabrique  industriellement  du  poisson  pour  le  marché 
et  de  l'alevin  pour  le  repeuplement  des  eaux. 


RAPPORT   DE   LA   COMMISSION   DES   RECOMPENSES.      LXXXIX 

•  M.  Byram  Litllewood  est  l'inventeur  d'appareils  ingénieux 
permettant  d'aérer  les  œufs  pendant  l'incubation  et  d'en  re- 
tarder l'éclosion  en  prolongeant  la  durée  de  l'évolution  em- 
bryonnaire. 

M.    Byram  Littlewood  reçoit  une  médaille  de  deuxième 
classe. 


QUATRIÈME    SECTION.   —   INSECTES. 

Grande     luédaillo    d'argent    (Hors    classe). 
A  l'effigie  d'Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Plusieurs  fois  lauréat  de  la  Société,  M.  Fallou  reçoit  au- 
jourd'hui une  grande  médaille  d'argent  hors  classe  pour  l'é- 
ducation d'Anthœrea  Frithii  provenant  des  envois  faits  de 
Cochinchine  par  notre  collègue  M.  0.  Moquin-Tandon. 

De  plus,  dans  le  courant  de  l'année  1882,  M.  Fallou  a  fait 
vivre  et  reproduire  VAttacus  Pernyi  delà  Chine  en  plein  bois 
dans  la  forêt  de  Sénarl;  le  succès  de  ces  éducations  mérite 
d'autant  plus  l'attention  que  pour  la  première  fois,  cette  es- 
pèce bivoltine  s'est  montrée  disposée  à  devenir  univoltine. 
C'est-à-dire  que  les  chrysalides,  au  lieu  de  se  transformer  en 
papillons  peu  de  temps  après  la  terminaison  du  cocon,  n'ac- 
complissent leurs  dernières  transformations  qu'au  printemps 
suivant.  Créer  une  race  de  Vers  à  soie  du  Chêne  (Pernyi)  uni- 
voltine, c'est  rendre  à  peu  près  certaine  la  naturalisation  en 
France  de  cette  très  intéressante  espèce. 

médaille  de  première  classe. 

Proléger  les  cultures  contre  l'invasion  des  animaux  des- 
tructeurs, c'est  rendre  un  service  important.  Aussi  sommes- 
nous  heureux  de  pouvoir  décerner  une  médaille  de  première 
classe  à  M.  Félix  Durand,  ancien  vétérinaire  principal  de 
l'armée,  qui  a  inventé  et  propagé  en  Algérie  un  procédé 
simple  et  pratique  pour  défendre  les  cultures  contre  l'invasion 
des  terribles  criquets.  Le  procédé  de  M.  Durand  permet  en 
outre  de  détruire  de  grandes  quantités  de  ces  sauterelles  qui 


XC  SOCIÉTÉ   NATIONALE  d'aCCHMATATION. 

trop  souvent  portent  la  dévastation  dans  notre  belle  colonie 
africaine. 


IMédaillo   do  seconde  classe. 

M.  HuiN  a  réussi  à  Paris,  en  1882,  l'éducation  des  Métis  de 
VAttacusPernyi  avec  l'A  itocus  Roylei,  et  aussi  l'éducation  de 
VActias  Sehne.  Au  cours  de  ces  expériences,  le  lauréat  a  fait 
d'intéressantes  observations  sur  la  polyphagie  de  ces  espèces 
qui  ont  accepté  de  se  nourrir  sur  le  Charme  aussi  bien  que 
sur  le  Chêne. 

La  Société  est  heureuse  de  récompenser  le  zèle  de  M.  Iluin 
en  lui  accordant  une  médaille  de  seconde  classe. 

Mentions  honorables. 

Une  mention  honorable  récompense  les  efforts  de  M.  Dou- 
CHY,  instituteur  àBrumetz  (Aisne),  qui  a  élevé  en  1882  un 
certain  nombre  de  Vers  à  soie  se  nourrissant  de  la  feuille  du 
Chêne  (Pernyi). 

Nous  voulons  espérer  que  le  zèle  de  cet  instituteur  pourra 
lui  mériter  dans  l'avenir  de  nouvelles  récompenses. 

'  M.  Nemetz,  instituteur  à  Wiener-Neustadt  (Autriche),  a 
réussi  une  éducation  ù'Attams  Pernyi  et  fait  connaître  dans 
un  rapport  bien  étudié  les  observations  faites  pendant  la  vie 
des  vers.  La  Société  espère  que  M.  Nemetz  continuera  ces  édu- 
cations et  les  fera  dans  l'avenir  sur  une  plus  grande  échelle. 
Elle  lui  décerne  une  mention  honorable. 


CINQUIÈME    SECTION.  —    VÉGÉTAUX. 

Grande     médaille    d'argent    (Hors    classe). 
A  l'effigie  d'Isidore  Geolfroij  Saint-Hilaire. 

Le  livre  sur  les  plantes  potagères  publié  par  notre  collègue, 
M.  Henry  de  Vilmorin,  est  un  ouvrage  excellent  qui  rendra 
les  plus  grands  services.  Quoique  la  part  faite,   dans  cette 


RAPPORT   DK    LA   COMMISSION    DES    RECOMPENSES.  XGI 

importante  publication,  aux  végétaux  nouvellement  introduits 
ne  soit  pas  aussi  considérable  que  nous  aurions  pu  le  souhai- 
ter, la  Société  est  heureuse  de  décerner  à  M.  Henry  de  Vil- 
morin une  grande  médaille  d'argent  hors  classe.  Notre  col- 
lègue est  de  ceux  qui  par  leurs  publications,  par  leurs  eiïorts 
de  toute  nature,  servent  le  plus  utilement  notre  cause. 

Prix  Uc   500  rnincs 

Fondé  par  la  Sociclé  pour  j'inlroduclioii  en  France  d'une  espèce  végétale  propre  à  être 
employée  pour  l'alinicnlalion  de  l'iiomme. 

M.  Paillieux  reçoit  aujourd'hui  le  prix  que  la  Société  avait 
proposé  en  1881  pour  récompenser  l'introduction  en  France 
d'une  plante  alimentaire  nouvelle. 

Depuis  quatre  années  le  Capacho  {Canna  edul i s)  est  cullïvé 
par  M.  Paillieux;  cette  plante  a  été  examinée,  dégustée  parles 
juges  les  plus  compétents  et  mérite  de  prendre  rang  parmi 
les  végétaux  alimentaires  cultivés  dans  nos  jardins. 

La  Société  est  heureuse  de  décerner  ce  prix  à  M.  Paillieux 
dont  le  zèle  et  la  persévérance  sont  un  exemple  pour  tous. 


Illcclnillc»4   de    prciuicro   classe. 

M.  AuDiBERT,  le  créateur  de  l'important  établissement  hor- 
ticole de  La-Crau-d'lIyéres  (Var),  reçoit  une  médaille  de  pre- 
mière classe  pour  la  collection  de  Kakis  (Diospi/ros)  qu'il 
cultive  et  qu'il  répand  aujourd'hui  dans  le  public.  Les  fruits 
de  ces  Kakis  ont  été  appréciés  et  dès  maintenant  la  Provence 
se  trouve  en  possession  d'un  fruit  nouveau  et  méritant. 

Les  travaux  publiés  par  M.  Bastide  sur  diverses  questions 
agricoles  algériennes,  ont  attiré  l'attention  de  la  Société. 

En  faisant  bien  connaître  la  géographie  de  la  province  qu'il 
habite,  M.  Bastide  sert  utilement  l'acclimalation.  La  Société 
lui  décerne  une  médaille  de  première  classe. 

M.  le  D'  E.  L.  Bertiieuand  (d'Alger),  déjà  lauréat  de  la 


XCII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aCCLIMATATION. 

Société,  a  publié  divers  travaux  se  rapportant  à  des  applica- 
tions thérapeutiques  ;  de  plus  il  a  fait  paraître  une  brochure 
ayant  pour  but  de  signaler  les  végétaux  dangereux  de  l'Algérie. 
L'ensemble  de  ces  travaux  intéressants  mérite  à  M.  le  D'  E.  L. 
Bertherand  une  médaille  de  première  classe. 

M.  le  D'  Bretschneider,  médecin  de  la  légation  russe  à 
Pékin,  auteur  de  savants  travaux  sur  la  flore  de  Chine,  dési- 
reux de  seconder  nos  efforts,  nous  a  fait  un  envoi  important 
de  graines  de  divers  végétaux  utiles  de  ce  pays. 

La  Société  est  heureuse  de  témoigner  sa  gratiludc  à  ce  gé- 
néreux collaborateur  en  lui  attribuant  une  médaille  de  pre- 
mière classe. 

M.  Le  Myre  de  Vilers,  l'un  des  membres  honoraires  de  la 
Société,  gouverneur  de  la  Gochinchine,  et  notre  collègue 
M.  0.  Moquin-Tandon,  directeur  du  Jardin  botanique  de 
Saigon,  ont  signalé  à  l'attention  de  la  Société  les  titres  de 
M.  Colombier  à  nos  récompenses. 

«  M.  Colombier,  dit  le  gouverneur  dans  sa  dépêche,  est  un 
des  hommes  qui  ont  le  plus  contribué  à  l'amélioration  de  la 
santé  des  Européens  en  Cochinchine  par  l'introduction  des 
plantes  maraîchères  presque  indispensables  à  notre  alimenta- 
tion. Grâce  à  lui,  Saigon  est  devenu  un  port  de  production  et 
nous  envoyons  maintenant  des  légumes  à  Singapoore  et  même 
en  Chine.  » 

La  Société  nationale  d'Acclimatation  est  heureuse  d'offrir 
à  M.  Colombier  une  médaille  de  première  classe. 

L'élude  de  la  flore  de  l'île  de  la  Béunion,  des  publications 
sur  les  essences  propres  au  reboisement  des  mornes,  méritent 
à  M.  le  D'  de  Cordemoy,  qui  habite  la  colonie,  une  médaille 
de  première  classe. 

Votre  Secrétaire  général,  Messieurs,  est  particulièrement 
heureux  d'avoir  à  proclamer  ici  le  nom  d'un  ancien  condis- 
ciple, qui  a  laissé  de  ce  côté  des  mers  le  souvenir  de  ses  mé- 
rites et  de  ses  qualités. 


RAPPORT   DE    LA   COMMISSION   DES   RÉCOMPENSES.  XCIII 

L'introduction  à  l'île  de  la  Réunion  des  meilleures  variétés 
de  Cannes  à  sucre  cultivées  à  l'île  Maurice,  mérite  à  M.  E.  Cornu 
une  médaille  de  première  classe.  Les  publications  faites  par 
le  lauréat  sur  les  meilleurs  procédés  de  culture  de  la  canne 
permettent  de  profiter  comme  il  convient  des  importations 
accomplies 

Le  Commissaire  général  gouverneur  de  l'île  de  la  Réunion, 
M.  CuiNiER,  avait  apprécié  dans  ses  voyages  la  qualité  des  fruits 
des  Antilles.  Devenu  gouverneur  delà  Réunion,  il  a  voulu  en 
doter  la  colonie  qu'il  était  chargé  de  diriger.  La  Société  est 
heureuse  d'offrir  à  M.  le  gouverneur  Cuinier  une  médaille  de 
première  classe,  en  souvenir  de  son  intelligente  initiative. 

M.  Romuald  Dejernon  s'est  fait  l'apôtre  de  la  culture  de  la 
Vigne  dans  le  département  de  Constanline,  en  Algérie.  Par 
ses  publications,  par  ses  conférences  pratiques  faites  dans  les 
villages,  il  a  puissamment  contribué  à  persuader  les  colons, 
à  les  décider  à  planter  la  Vigne. 

Ces  efforts  sont  récompensés  par  la  Société  nationale  d'Ac- 
climatation d'une  médaille  de  première  classe. 

Dans  une  brochure  très  complète  et  très  étudiée,  M.  Favier 
(d'Avignon)  a  résumé  avec  exactitude  tout  ce  que  nous 
savons  sur  la  Ramie,  la  précieuse  plante  textile  promise  à 
notre  industrie. 

Cette  publication  utile  mérite  à  son  auteur  une  médaille  de 
première  classe. 

M.  Paul  Fontaine  (de  Blidah),  un  des  horticulteurs  les  plus 
anciens  de  l'Algérie,  déjà  lauréat  de  la  Société,  reçoit  aujour- 
d'hui une  médaille  de  première  classe  pour  ses  diverses  ten- 
tatives de  culture  des  arbres  à  fruits  exotiques  qui  peuvent 
réussir  sous  le  climat  de  la  colonie. 

En  offrant  à  M.  Paul  Fontaine  cette  médaille,  la  Société 
est  heureuse  de  lui  témoigner  l'estime  toute  particulière 
qu'elle  accorde  à  sa  persévérance,  aujourd'hui  vieille  de 
trente-cinq  années. 


XCIV  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

Une  médaille  de  première  classe  est  accordée  à  M.  Emile 
Héry,  qui  a  fait  à  l'île  de  la  Réunion  des  plantations  considé- 
rables des  arbres  à  Quinquina,  et  spécialement  du  Cinchona 
succirubra.  Puissent  les  efforts  de  M.  Héry  et  de  ses  imita- 
teurs mettre  enfin  la  colonie  en  possession  des  précieuses 
écorces  dont  la  thérapeutique  fait  aujourd'hui  une  si  colossale 
consommation. 

M.  HoNNORATY,  de  Toulon  (Var),  reçoit  une  médaille  de 
première  classe  pour  ses  cultures  de  Kakis  {Diospi/ros). 
Ayant  reçu  de  M.  Dupont,  à  son  retour  du  Japon,  une  collec- 
tion de  ces  arbres  fruitiers,  M.  Ilonnoraly  a  su  les  multiplier, 
et,  grâce  à  lui,  le  midi  de  la  France  est  aujourd'hui  en  posses- 
sion de  ces  végétaux,  qui  viennent  apporter  un  nouvel  élément 
de  richesse  aux  vergers  de  la  région  de  l'Oranger. 

Diverses  introductions  de  végétaux  propres  à  la  grande 
culture  en  Algérie  ;  des  plantations  de  Vignes  très  importantes, 
une  exploitation  prospère,  méritent  à  M.  Lamur  une  médaille 
de  première  classe.  La  Société  félicite  le  lauréat  de  son  esprit 
d'initiative,  et  reconnaît  qu'il  a  donné  un  précieux  exemple. 

M.  J.  DEMAzÉRiEUxajoint  ses  efforts  à  ceux  de  M.  E.  Cornu, 
que  nous  avons  nommé  tout  à  l'heure,  pour  enrichir  les  cul- 
tures de  l'île  de  la  Réunion  des  meilleures  variétés  de  Cannes 
à  sucre  cultivées  à  l'île  Maurice. 

La  Société  ne  pouvait  séparer  dans  sa  reconnaissance  ces 
deux  collaborateurs  ;  elle  décerne  à  M.  J.  de  Mazérieux,  comme 
à  M.  Cornu,  une  médaille  de  première  classe. 

Le  mémoire  très  intéressant  de  M.  Arthui*  Noël  sur  les  re- 
peuplements artificiels  des  forêts  et  la  restauration  des  clai- 
rières intéresse  par  plus  d'un  point  la  Société  d'Acclimatation. 
Aussi  nous  lui  décernons  une  médaille  de  première  classe, 
heureux  que  nous  sommes  de  pouvoir  récompenser  cet  excel- 
lent travail,  qui  mérite  d'être  dans  toutes  les  mains. 


RAPPORT   DE   LA   COMMISSION   DES   RÉCOMPENSES.  XCV 

Si  la  question  du  reboisement  est  intéressante  en  France, 
en  Algérie  elle  est  d'une  importance  qui  s'impose. 

Pas  de  forêls,  pas  de  sources,  et  dans  les  pays  du  soleil,  on 
peut  ajouter  pas  d'eau,  pas  de  cultures. 

Les  conférences  faites  par  M.  Ollive  sur  les  causes  du  dé- 
boisement en  Algérie  et  sur  la  nécessité  de  reboiser,  ont  attiré 
l'attention  de  la  Société,  qui  décerne  à  leur  auteur  une  mé- 
daille de  première  classe. 


M.  Julien  Potier  a  introduit  à  l'île  de  la  Réunion  un  grand 
nombre  de  plantes  utiles.  La  Société  est  heureuse  de  re- 
connaître ces  elîorts  en  délivrant  à  M.  Julien  Potier  une  mé- 
daille de  première  classe. 

M.  Reynard,  sous-inspecteur  des  forêts  en  Algérie,  a  fait 
des  conférences  et  des  publications  sur  le  reboisement  et 
aussi  sur  la  restauration  des  pâturages  dans  le  sud  de  la  pro- 
vince d'Alger. 

Ces  utiles  efforts  méritent  l'attention,  et  la  Société  décerne 
à  M.  Reynard  une  médaille  de  première  classe. 

Le  Rapport  de  M.  Tassy,  sur  le  service  forestier  en  Algérie, 
est  un  travail  sérieux  qui  apporte  à  l'étude  de  cette  impor- 
tante question  des  documents  importants.  La  Société  décerne 
à  M.  Tassy  une  médaille  de  première  classe. 

M.  Humbert,  instituteur  à  Raddon  (Haute-Saône),  déjà 
lauréat  de  la  Société,  persévère  dans  ses  cultures  expérimen- 
tales. Dans  un  rapport  étudié,  il  fait  connaître  ses  apprécia- 
tions comparatives  sur  les  avantages  que  présentent,  pour  sa 
localité,  les  diverses  variétés  de  céréales  expérimentales. 
M.  Humbert  reçoit  une  médaille  de  deuxième  classe. 


Médailles  de   seconde  classe. 

Depuis  plusieurs  années  déjà,  M.  Malapert  cultive  \cThla- 
dianlha  dubia  de  l'Himalaya  et  de  la  Chine.  Les  fruits  de  cette 


XCYI  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATiON. 

cucurbilacée  à  la  fois  décoratifs  et  alimentaires  sont  suscep- 
tibles d'applications  diverses.  La  Société  offre  à  M.  Malapert 
une  médaille  de  deuxième  classe. 

L'an  dernier,  M.  Romanet  du  Caillaud  a  reçu  une  médaille 
pour  avoir  importé  et  cultivé  les  Vignes  chinoises  duChen-Si. 
M.  Romanet  du  Caillaud  signale  à  l'attention  de  la  Société  les 
droits  de  M^''  Pagnucci,  évêque  de  Chen-Si ,  à  nos  récompen- 
ses, car  c'est  à  ce  vénérable  missionnaire  que  nous  devons 
l'importation  des  vignes  du  Céleste-Empire.  Une  médaille  de 
deuxième  classe  est  offerte  à  M^""  Pagnucci. 

Une  brochure  de  M.  Vérot  sur  l'arboriculture  forestière 
en  Algérie  mérite  une  médaille  de  deuxième  classe.  Cette  pu- 
blication peut  servir  de  guide  pratique  pour  la  constitution  de 
pépinières  forestières  en  Algérie. 

montions  honorables. 

Une  mention  honorable  est  accordée  à  M.  Jean  Dybowski, 
professeur  répétiteur  à  l'école  régionale  agricole  de  Grignon, 
dont  le  travail  sur  la  Bardane  comestible  du  Japon  a  attiré 
l'attention  de  la  Société. 

La  culture  de  la  Vigne  en  Algérie  prend  chaque  jour. plus 
d'importance,  et  les  résultats  obtenus  donnent  à  penser  que 
la  production  du  vin  deviendra  pour  la  colonie  la  source  d'une 
sérieuse  prospérité. 

Les  autorités  compétentes  de  l'Algérie  ont  attiré  l'attention 
de  la  Société  sur  MM.  Chatillon,  Fontëneau,  Plisson  et 
Sardou,  qui,  par  leur  initiative,  par  leur  persévérance,  ont 
puissamment  aidé  à  la  vulgarisation  de  la  culture  de  la  Vigne 
dans  la  province  d'Oran. 

Une  mention  honorable  est  accordée  au  nom  de  la  Société 
à  chacun  de  ces  viticulteurs. 


RAPPORT    DE    LA   COMMISSION    DES    RECOMPENSES.        XCVII 

RÉCOMPENSES  PÉCUNIAIRES 

Primes  ofTerte»;  ptiv  la  •Société. 

Une  prime  de  100  francs  est  accordée  à  M.  Florimond  Ber- 
THiER,  faisandierchezM.  Pays-Mcllier,  à  laPataudière  (Indre- 
et-Loire).  Notre  collègue  M.  Pays-Mellier  a  trouvé  dans  M.  Ber- 
thier  un  collaborateur  intelligent  et  dévoué  des  plus  méritants. 

C'est  par  millions  que  rétablissement  de  M.  Schuster  (grand- 
duché  de  Bade)  produit  chaque  année  des  alevins  d'œufs  de 
poissons  qui  sont  ensuite  jetés  dans  les  cours  d'eau  de  l'Alle- 
magne. M.  Schuster  est  secondé  par  M.  Dietricii,  qui  lui 
donne  un  concours  précieux.  La  Société  lui  accorde  une 
prime  de  100  francs. 

M.  J.  B.  Blaise,  cultivateur  vigneron,  à  Choloy  (Meurthe- 
et-Moselle),  s'occupe  depuis  plusieurs  années  d'éducation  de 
Vers  à  soie  se  nourrissant  de  la  feuille  du  Chêne.  Ses  essais  se 
font  en  pleine  forêt;  la  Société  est  heureuse  de  pouvoir  en- 
courager M.  Biaise  en  lui  accordant  une  prime  de  200  francs. 

M.  HuiN  est  un  de  nos  collaborateurs  les  plus  zélés;  il 
donne  son  concours  à  la  Société  de  plus  d'une  manière.  Nous 
saisissons  avec  empressement  l'occasion  de  lui  témoigner  l'in- 
térêt que  nous  prenons  à  ses  travaux  de  sériciculture  en  lui 
allouant  une  prime  de  100  francs. 

Primes  fondées  par  feu   Agron  do  Cicrmigny 

Pour  récompenser  les  bons  soins  donnés  anx  animaux  ou  aux  plantes. 

M.  Baptiste  Langel,  employé  à  la  ménagerie  du  Muséum 
d'histoire  naturelle,  reçoit  la  prime  de  200  francs  pour  les 
bons  soins  qu'il  donne  aux  animaux  qui  lui  sont  confiés  et  en 
particulier  pour  avoir  obtenu  la  reproduction  de  l'Antilope 
Gnou.  C'est  la  première  fois  que  cetle  intéressante  espèce  du 
Cap  de  Bonnc-P^spérance  naît  en  Europe. 

ii"  sÉiiiE,  T.  X.  —  bcaucc  publifjuc  amiuclle.  g 


XCVIII  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

La  prime  de  100  francs  est  accordée  à  M.  Roy,  employé  au 
Jardin  zoologique  d'Acclimatation.  Le  zèle  de  ce  serviteur  soi- 
gneux, déjà  plusieurs  fois  récompensé,  est  toujours  digne 
d'éloges. 

Primes  offertes  par  l'administration  du  Jardin  zoologique 
d'Acclimatation  ai  ses  employés. 

M.  Hyacinthe  Blondel  est  attaché  au  Jardin  zoologique 
d'Acclimatation  depuis  la  fondation  de  l'établissement;  c'est 
aujourd'hui  le  plus  ancien  de  nos  agents,  c'est  aussi  un  des 
plus  dévoués;  il  reçoit  une  prime  de  200  francs. 

Une  prime  de  200  francs  est  accordée  à  M.  Dudale,  gardien 
chef  au  chenil,  qui,  dans  ses  difficiles  fonctions,  nous  donne 
une  entière  satisfacti-on. 

M.  Achille  Fauuue,  faisandier  chef,  reçoit  une  prime  de 
100  francs.  C'est  pour  nous  un  collaborateur  soigneux  et  expé- 
rimenté. 

Une  prime  de  100  francs  est  accordée  à.  M.  Moutard,  em- 
ployé à  la  volière,  qui  se  montre  exact  et  fidèle. 

Le  jeune  Alix  est  déjà  un  vieil  employé  de  l'établissement; 
il  n'a  jamais  cessé  de  mériter  nos  éloges  par  sa  bonne  tenue  et 
son  zèle.  Nous  lui  donnons  une  prime  de  50  francs. 

L'apprenti  faisandier  Pierre  est  un  bon  sujet,  déjà  connais- 
seur, qui  mérite,  par  son  travail  régulier  et  par  son  intelli- 
gence, la  prime  de  50  francs  que  nous  lui  remettons. 

Hallié,  groom  au  manège,  reçoit  une  prime  de  25  francs. 

AMorançais,  du  service  du  chenil,  il  est  accordé  une  prime 
de  25  francs. 


Le  Gérant:  Jules  Grisaud. 


Imprimeries  rtunlcs,  A.  rue  Mignon,  2.  Parla 


BULLETIN    MENSUEL 

DE     LA 

SOCIÉTÉ    NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 

FONDÉE   LE    10    FÉVRIER    1854 
RECONNUE    ÉTABLISSEMENT    D'UTILITÉ    PUBLIQUE 

PAR  DÉCRET  DU  26  FÉVRIER  1855 


I.  TRAVAUX  DES  WIEWBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ  (1) 


ACCLIMATATION  DU  Nx\NDOU  EN   FRANCE 

Extraits  de  diverses  lettres  adressées  à  M.  le  Secrétaire  général 
Par  nn.  BÉREIVCiER ,   D'^  CLO$i,   PATS-MELLIER  et  MERCIER 


Monts-sur-Guesnes  (Vienne),  16  juin  1882. 

Je  m'empresse  de  vous  faire  connaître  le  résultat  de  l'incu- 
bation de  mes  Nandous.  Ce  résultat  ne  pouvait  être  que  peu 
satislaisanl,  puisque,  ainsi  que  je  vous  le  disais  dans  une 
précédente  lettre,  le  Nandou  avait  commencé  à  couver,"  n'ayani, 
que  six  œufs  dans  son  nid.  Il  est  viai,  comme  je  l'avais  sup- 
posé avec  raison,  que  la  ponte  de  la  femelle  n'était  pas  ter- 
minée, mais  les  œufs  qu'elle  a  continué  à  pondre  ne  pouvaient 


(1)  La  Société  ne  prend  sous  sa  responsabilité  aucune  des  opinions  émises  par 
es  auteurs  dos  articles  insérés  dans  son  JJullelin. 

3°  SÉRIE,  T.  X..  —Janvier  1883.  1 


*^ 


2  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

plus,  en  les  supposant  bons,  parvenir  à  l'éclosion  en  même 
temps  que  les  premiers. 

Je  n'ai  eu  que  quatre  fois  pendant  l'incubation  l'occasion 
d'observer  moi-même  le  nombre  des  œufs  qui  se  trouvaient 
dans  le  nid,  et  voici  le  résultat  de  ces  observations  :  Le  3  mai, 
l'incubation  commençait  avec  six  œufs  ;  le  6  mai  au  soir,  il  y 
en  avait  huit;  le  15  mai,  dix;  le  26  mai,  onze,  et  le  6  juin, 
treize. 

Je  comptais  que  l'éclosion  aurait  lieu  le  quarante-et-unième 
ou  le  quarante-deuxième  jour  comme  l'année  dernière.  Elle 
a  eu  lieu  le  dimanche  soir  11  juin  et  le  lundi  12  juin,  trente- 
neuvième  et  quarantième  jours  d'incubation,  eLn'a  donné  que 
quatre  petits,  dont  un,  mal  venu,  est  mort  presque  immédia- 
tement. Le  Nandou  n'a  quitté  le  nid  que  le  mercredi  14  juin. 
11  y  laissait  trois  œufs  clairs,  ou  dans  lesquels  l'embryon  était 
mort  à  une  époque  peu  avancée  de  l'incubation,  et  six  autres 
œufs  qui,  paraissant  bons,  ont  été  placés  sous  une  dinde  que 
je  tenais  en  réserve  à  cet  effet.  Mais  je  n'attends  pas  grand 
résultat  de  cette  mesure,  à  cause  de  l'intervalle  entre  la  ponte 
de  chacun  de  ces  œufs,  d'où  résulterait  nécessairement  un 
intervalle  proportionnel  entre  leur  éclosion. 

La  ponte  de  la  femelle  n'était  pas  encore  terminée,  car, 
immédiatement  séparée  du  mâle  et  des  jeunes  après  l'éclo- 
sion, comme  l'année  dernière,  elle  a  encore  pondu  un  œuf 
mercredi  dernier. 

Une  des  difficultés  qu'oftre  l'éducation  du  Nandou  me 
semble  donc  résulter  de  l'habitude  qu'aie  mâle  de  commenn^r 
l'incubation  avant  que  la  ponte  de  la  femelle  soit  complcLc. 
Mais  cet  inconvénient  peut  être  diminué  en  donnant  plusieurs 
femelles  à  un  mâle  et  en  ayant  recours  à  l'incubation  artili- 
cielle  pour  les  œufs  en  retard  au  moment  de  l'éclosion. 

Je  désire  que  ces  détails  puissent  être  utiles  à  ceux  de  nos 
collègues  qui  s'occupent  de  l'éducation  du  Nandou,  en  les 
mettant  en  garde  contre  les  inconvénients  que  je  viens  de 
signaler. 

Veuillez,  etc. 

0.  Camille  Dérenger. 


LE   NANDOU   EN    FRANCE. 


Toulouse,  le  27  août  1882. 

A  la  date  du  24  novembre  dernier,  j'avais  l'honneur  de  vous 
informer  de  l'insuccès  des  nombreux  moyens  employés  pour 
élever  déjeunes  Nandous,  nés  vers  la  fin  d'octobre  au  Jardin 
des  plantes  de  Toulouse  (voy.  le  Bulletin  de  1881,  p.  76^). 
Je  crois  devoir  vous  annoncer  qu'une  seconde  couvée  a- par- 
faitement réussi,  en  l'absence  de  tous  soins  spéciaux.  La 
ponte  a  été  de  dix  œufs,  couvés  cette  fois,  comme  la  précé- 
dente, par  le  mâle  seul  pendant  quarante-cinq  jours  environ. 
Le  5  juin  dernier,  on  voyait  éclore  six  petits,  et  les  quatre 
autres  œufs  étaient  abandonnés  par  le  mâle.  Ces  animaux 
n'ont  pas  touché  à  la  pâtée  qu'on  leur  avait  préparée,  se  bor- 
nant à  manger  de  la  mie  de  pain,  de  l'herbe  coupée  menu, 
et  adoptant  bientôt  la  nourriture  des  deux  adultes,  consistant 
principalement  en  débris  de  jardinage;  comme  ceux-ci,  ils 
n'entrent  jamais  dans  la  cabane  ;  ils  grossissent  et  se  portent 
à  merveille. 

Si  une  nouvelle  éclosion  a  lieu  en  automne,  je  n'hésiterai 
pas  à  laisser  les  petits  avec  leurs  parents,  dans  le  parc  que 
ceux-ci  occupent. 

Veuillez,  etc. 

D'  Clos,  directeur. 

La  Pataudière  (Indre-et-Loire),  21  juillet  1882. 

Je  vous  écrivais  que  je  possédais  ici  trois  belles  femelles 
et  un  superbe  mâle  de  Nandous. 

Le  samedi  G  mai,  ce  mâle  Nandou  s'est  mis  sur  son  nid  et  a 
commencé  à  couver;  il  y  avait  alors  douze  œufs. 

Depuis  ce  jour,  plusieurs  autres  œufs  ont  été  pondus,  et 
les  femelles  les  déposaient  toujours  auprès  du  mâle,  qui,  sans 
se  lever,  rapprochait  les  œufs  avec  son  bec  et  les  faisait  couler 
doucement  sous  lui. 

Dans  la  nuit  du  29  au  30  mai  (^il  éfait  onze  heures  et  demie), 
un  orage  épouvantable,  accompagné  d'une  pluie  torreuliellc, 
a  éclaté  tout  à  coup  sur  la  Pataudière. 


4  SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

Au  lever  du  jour,  la  pluie  tombait  encore,  et  nous  trouvions 
le  Nandou  ayant  quitté  son  nid  submergé  ;  vite  nous  assé- 
chons ce  nid  avec  du  sable  bien  sec;  il  était  trois  heures 
et  demie  du  matin  et  les  œufs  étaient  refroidis,  mais  l'oiseau 
se  remit  à  couver. 

Le  9  juin,  une  forte  pluie  recommence  le  soir  et  continue, 
sans  relâcher  un  seul  instant,  jusqu'au  lendemain  matin  huit 
heures. 

Cette  lois,  il  n'y  avait  plus  rien  à  espérer,  tous  les  parcs  de 
mes  animaux  étaient  remplis  d'eau,  et  le  Nandou  avait  dû 
fuir  encore  cette  inondation  ;  ses  œufs  étaient  absolument 
noyés. 

Malgré  notre  peu  d'espoir,  nous  refîmes  cependant  le  nid 
et  nous  remîmes  les  œufs  sur  un  fond  de  sable  sec  ;  mais  l'oi- 
seau, découragé  sans  doute,  n'y  voulut  plus  revenir. 

Nous  avions  bien  essayé  de  faire  un  abri  sur  son  nid  après 
le  premier  orage  du  30  mai  ;  le  Nandou  avait  alors  quitté  ses 
œufs  aussitôt  et  paraissait  inquiet;  nous  dûmes  donc  enlever 
l'abri  et  laisser  le  nid  à  son  malheureux  sort  et  à  sa  mauvaise 
étoile.  C'était  d'ailleurs  l'avis  de  M.  Cornély,  de  Beaujardin, 
que  j'avais  consulté. 

Le  11  juin,  ne  conservant  donc  plus  aucune  espérance, 
puisque  le  Nandou  ne  retournait  plus  sur  son  nid,  je  voulus 
en  avoir  le  cœur  net,  et  n'ayant  pas  de  couveuse  artificielle, 
je  fis  vider  les  œufs. 

Jugez  de  mon  immense  contrariété,  sur  15  œufs  que  je 
trouvai  dans  le  nid  (j'eus  la  connaissance  de  3  cassés  au  plus), 
il  y  en  avait  12  bons;  les  petits  étaient  complètement  formés 
et  encore  tous  vermeils. 

Le  refroidissement  des  œufs  dans  la  nuit  du  30  mai  n'avait 
donc  pas  été  assez  long  pour  les  perdre,  et  je  ne  devais  ce 
désastre  qu'à  la  pluie  diluvienne  et  continue  du  9  juin  ! 

Depuis  cette  époque,  le  mâle  Nandou  est  redevenu  en  rui, 
et  dès  le  17  juin  je  voyais  un  œuf  déposé  dans  un  nouveau 
trou  fait  dans  le  sable.  Le  23,  j'avais  4  œufs. 

Puis  la  ponte  s'est  arrêtée,  et  le  mille  ne  se  décidait  point 
à  couver;  le  30  juin,  if  avait  cassé  3  anifs. 


LE   NANDOU    EN   FRANCE.  5 

Le  S  juillet,  une  seconde  femelle  pond  de  nouveau,  et  le  8 
celte  ponte  est  encore  terminée  avec  4  œufs. 

Celte  fois,  j'avais  enlevé  le  premier  œuf  du  3  juillet,  et  le 
1-2,  ne  voyant  point  de  nouveaux  œufs,  je  mis  les  quatre  der- 
niers, que  j'avais  conservés,  avec  le  cinquième  qui  me  restait 
de  la  ponte  du  17  juin. 

Je  vis  le  Nandou  les  rouler  sans  cesse  avec  son  bec  dans 
plusieurs  trous  qu'il  s'amusait  à  faire,  sans  vouloir  s'attacher 
à  aucun,  et  il  a  fini  par  casser  encore  ^2  œufs  sans  jamais 
essayer  de  couver. 

Aujourd'hui,  il  est  toujours  en  rut  et  fait  entendre  son  fort 
rugissement  en  poursuivant  sans  relâche  ses  femelles;  mais 
la  saison  est  trop  avancée,  je  n'ai  plus  aucune  chance  pour 
cette  année. 

Agréez,  etc.  G.  Pays-Mellier. 

27  juillet  1882. 

Dans  une  lettre  précédente,  je  vous  adressais  quelques  notes 
sur  mes  Nandous....  Si  ces  notes  ont  pu  vous  intéresser,  je 
m'empresse  de  vous  dire  que  ces  oiseaux  pondent  encore  une 
fois  en  ce  moment. 

Aujourd'hui,  j'ai  trois  nouveaux  œufs,  dont  deux  pondus 
hier,  ce  qui  indique  le  travail  de  deux  femelles. 

Le  maie,  toujours  en  rut  et  très  ardent,  ne  semble  pas  dis- 
posé à  couver;  il  serait  bon,  je  pense,  de  lui  enlever  ses  trois 
femelles. 

J'ai  envie  d'essayer. 

Agréez,  etc.  Pays-Mellier. 

Beaurouve,  par  Illiors  (Eure-ot-Loir),  22  juin  1882. 

Je  crois  devoir  vous  informer  que  je  viens  d'obtenir  des 
jeunes  Nandous  dans  les  conditions  suivantes  : 

Mon  Nandou,  qui  était  l'année  dernière  très  agressif,  s'est 
beaucoup  calmé  lorsqu'il  a  été  mis  en  présence  de  la  femelle 
que  vous  m'avez  procurée  au  mois  de  mars  dernier. 

Nous  avons  donné  au  couple  de  .Nandous  une  entière  liberté  ; 


6  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

ils  vivaient  dans  un  enclos,  partie  bois  et  partie  prairie,  d'une 
étendue  de  40  hectares.  Pendant  le  mois  d'avril,  M'"  Rous- 
seau, qui  est  chargée  chez' moi  du  soin  des  oiseaux  grands  et 
petits,  a  vu  le  mâle  à  plusieurs  reprise."''  s'approcher  de  la 
femelle. 

Le  couple  ne  -s'éloignait  guère  des  ouvrier."  qui  travaillent 
au  jardin,  quand  dans  les  premiers  jours  de  mai  on  a  cessé 
de  voir  d'une  manière  assidue  le  mâle  Nandou,  qui  faisait  de 
fréquentes  absences. 

Le  9  mai,  ne  l'ayant  pas  vu  de  la  journée,  tout  le  monde 
s'est  mis  à  sa  recherche,  et  le  10,  M'"'  Rousseau  l'a  trouvé  sous 
bois,  dans  un  endroit  très  touffu,  où  il  avait  nettoyé  une  sur- 
face de  5  à  0  mètres  carrés,  au  milieu  de  laquelle  il  avait 
amoncelé  des  brindilles  de  bois  et  des  herbes  pour  se  faire  un 
nid  sur  lequel  il  s'était  établi. 

M""  Rousseau,  sans  tenir  compte  du  bec  qu'il  ouvrait  tout 
grand,  ayant  tout  l'air  de  vouloir  la  mordre,  l'a  contraint  de 
se  lever;  il  s'est  alors,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi,  assis  sur 
ses  genoux,  et  lui  a  laissé  voir  six  œufs  qu'il  était  en  train 
de  couver. 

A  partir  de  ce  moment,  on  ne  l'a  plus  dérangé,  et  elle  ve- 
nait chaque  jour  lui  apporter  sa  nourriture  au  bas  de  son  nid. 
Le  9  juin,  le  Nandou  était  absent  de  son  nid  lorsqu'elle  est 
venue  lui  apporter  à  manger  ;  elle  a  compté  neuf  œufs  parfai- 
tement rangés  dans  le  nid. 

Le  20,  on  a  trouvé  un  dernier  œuf  de  la  femelle  Nandou, 
qu'elle  avait  été  pondre  dans  le  verger;  ce  dernier  était  beau- 
coup plus  petit  que  les  autres  ;  on  l'a  mis  sous  une  dinde. 

Le  19  juin,  M""  Rousseau  s'est  aperçue  qu'il  y  avait  sous  le 
Nandou  des  jeunes  qui  soulevaient  ses  plumes.  Je  crois  que 
c'est  ce  jour-là  que  les  petits  sont  sortis  de  l'œuf. 

Le  lendemain  20,  mardi  dernier,  nous  sommes  allés  voirie 
Nandou,  qui  s'est  alors  levé  et  est  immédiatement  parti,  en- 
traînant à  sa  suite  cinq  enfants  qui  paraissaient  très  vigoureux, 
laissant  dans  le  nid  abandonné  un  petit  mort,  deux  œufs  clairs 
et  deux  a3Uts  fécondés,  que  nous  avons  mis  dans  la  couveuse 
artificielle  qui  se  trouvait  en  état. 


LE    NANDOU    EN    FRANCE.  / 

Le  Nandou,  suivi  de  ses  petits,  a  parcouru  tout  le  parc,  et 
nous  avons  pu,  une  heure  après,  le  faire  entrer  dans  le  verger, 
où  nous  avons  immédiatement  établi  un  barrage,  lui  aban- 
donnant un  terrain  planté  d'arbres  fruitiers  et  en  luzerne 
d'une  contenance  d'environ  5000  mètres,  où  nous  le  laissons 
conduire  et  élever  sa  famille. 

La  femelle  est  entièrement  séparée,  et,  du  reste,  n'a  pas 
l'air  d'en  avoir  le  moindre  souci. 

On  a  installé  une  mue  sous  laquelle  les  petits  peuvent  aller 
manger,  et  fixée  pour  que  le  Nandou  ne  puisse  aller  manger 
la  pâtée  préparée. 

Les  enfants  n'ont  pas  l'air  de  s'occuper  de  cette  nourriture 
préparée,  mais  mangent  beaucoup  d'herbes  qu'ils  trouvent 
sous  la  conduite  du  père,  lequel  les  appelle  en  faisant  un  bruit 
tout  i»articulier  avec  son  bec.  Jusqu'à  ce  moment,  tout  ce 
monde  parait  en  parfaite  santé. 

J'aurai  l'honneur  de  vous  informer  plus  tard  des  événe- 
ments qui  se  seront  produits,  soit  en  bien,  soit  en  mal,  ainsi 
que  du  résultat  obtenu  sur  les  deux  œufs  délaissés  qui  ont  été 
mis  dans  la  couveuse. 

Veuillez,  etc. 

L.  Mercier. 

Beaurouve,  le  1 1  oclobre  1882. 

....  Je  veux  aussi  vous  faire  savoir  qu'il  me  reste  deux  jeunes 
Nandous  de  la  couvée  que  j'ai  obtenue.  Par  suite  du  mauvais 
temps  qu'il  a  fait  après  leur  naissance,  il  ne  m'en  était  resté 
qu'un,  mais  j'en  ai  obtenu  un  autre  d'un  œuf  que  la  femelle 
avait  pondu  dans  le  nid  vers  la  fin  de  l'incubation.  J'ai  mis 
cet  œuf  dans  ma  couveuse  artificielle,  et  il  est  né  un  petit 
quatre  semaines  après  son  aîné.  Après  quelques  jours  de  soins 
particuliers  et  avec  une  dinde  couveuse  pour  le  tenir  chau- 
dement, je  l'ai  donné  au  père,  qui  l'a  parfaitement  accueilli. 

Ils  sont  tous  deux  très  bien  constitués. 

L.  Mercier. 


LA  VIANDE  D'AUTRUCHE 

AU  POINT  DE  VUE   ALIMENTAIRE 
CHALEUR  DÉVELOPPÉE  PAR  L'EMBRYON  PENDANT   L'INCUBATION 

Par  m.    Lucien  ÎHERLjITO 

Sous-directeur  de  la  Société  anonyme  pour  l'élevage  de  l'Autruche  en  Egypte. 


J'avais  déjà  eu  roccasion  de  man,uer  et  faire  manger  de  la 
viande  d'Autruche,  et  elle  avait,  été  trouvée  comparable  à  celle 
de  Bœuf,  supérieure  à  celle  de  Cheval,  Buffle  et  Chameau, 
par  plus  de  quinze  personnes  qui  en  goûtèrent.  Deux  de  ces 
personnes  étaient  tout  à  fait  ignorantes  de  ce  qu'elles  man- 
geaient, et  ne  se  firent  pas  prier  pour  en  demander  plusieurs 
fois. 

Toutefois,  cette  expérience  n'ayant  pas  été  conduite  avec  le 
soin  nécessaire,  je  saisis  avec  empressement  une  occasion  qui 
se  présenta  dernièrement  pour  faire  un  nouvel  essai,  que  je 
regarde  comme  définitif.  Je  m'abstiens  de  citer  des  dates,  car 
elles  ne  sont  d'aucune  utilité  et  pourraient  éveiller  la  suscep- 
tibilité des  personnes  qui,  à  leur  insu,  ont  concouru  à  juger 
le  produit. 

La  bête  a  été  abattue  à  la  suite  d'une  fracture  à  la  jambe 
gauche.  C'était  un  jeune  mâle  Somali,  né  à  Matarieh  et  âgé  de 
treize  mois;  les  bonnes  plumes  comm.encaient  à  paraître.  On 
en  retira  50  kilogrammes  de  viande  de  boucherie,  os  compris. 

M.  P.  Gauthier,  notre  voisin,  propriétaire  du  restaurant  de 
l'Arbre  de  la  Vierge,  voulut  bien  se  charger  de  la  préparation 
des  mets  et  dressa  un  menu  ainsi  composé  : 

1°  Bouillon;  2"  bouilli;  3°  rôti;  4"  viande  en  daube. 

Le  tout  accommodé  de  la  manière  la  plus  simple,  comme 
en  ménage,  en  évitant  avec  soin,  sauf  dans  la  daube,  toute  es- 
pèce d'aromates,  drogues,  herbes,  etc.,  capables  de  déna- 
turer le  goût  naturel  de  la  viande.  Les  mets  devaient  être 
jugés  tant  par  nous-même  et  d'autres  personnes  prévenues 


LA    VIANDE    d'autruche,  9 

que  par  des  personnes  complètemenl  ignorantes  de  ce  qu'on 
leur  servait. 

J'aurais  voulu  joindre  à  cet  essai  le  cœur  et  le  foie  ;  mal- 
heureusement mon  gros  chien  de  garde  me  prévint,  et  do 
quelques  coups  de  dents  épargna  à  M.  Gauthier  la  peine  de 
s'en  occuper. 

La  viande  crue  présente  toute  l'apparence  du  jeune  Bœuf, 
avec  cet  avantage  qu'elle  est  excessivement  facile  à  découper 
dans  tous  les  sens,  ce  qui  la  rend  très  propre  à  la  préparation 
de  plats  de  fantaisie. 

La  veille  du  jour  de  l'expérience,  je  dînais  (comme  d'ordi- 
naire) chez  M.  Gauthier.  On  nous  servit  un  consommé  au 
vermicelle  tellement  bon  que  j'en  repris,  ce  qui  ne  m'arrive 
presque  jamais.  Je  venais  à  mon  insu  de  constater  délinilive- 
ment  la  parfaite  comestibilité  de  la  viande  d'Autruche.  M.  Gau- 
thier avait  anticipé  l'expérience  pour  la  rendre  plus  décisive. 
C'était  un  consommé  d'Autruche.  11  avait  été  préparé  avec  un 
morceau  de  viande  de  l'arrière-corps  et  un  petit  morceau  de 
jarret.  La  complète  cuisson  avait  exigé  moins  de  cinq  heures. 
Le  bouillon  a  un  goût  déjeune  Bœ,uf;  le  morceau  de  jarret 
l'avait  rendu  très  légèrement  gélatineux,  comme  on  l'obtient 
par  l'addition  d'un  pied  de  veau  ;  il  n'est  ni  trop  gras  ni  trop 
maigre,  couleur  et  odeur  irréprochables.  Froid,  il  conserve 
les  mêmes  bonnes  qualités. 

Le  bouilli  ne  diffère  en  rien  de  celui  de  bonne  viande  de 
Bœuf,  couleur,  odeur  et  saveur,  ayant  l'avantage  d'être  ex- 
cessivement tendre.  La  viande  est  d'une  cuisson  très  facile. 
Elle  a  été  mangée  simplement  au  sel,  sans  autre  apprêt.  La 
peau,  quoique  épaisse,  devient  très  tendre  et  n'est  pas  plus 
dure  que  celle  d'une  bonne  Dinde, 

Le  filet  rôti  et  très  peu  cuit  a  donné  les  mêmes  bons  résul- 
tats. 

La  viande  est  très  juteuse,  tendre,  couleur  de  Bœuf  légè- 
rement foncé  et  supérieure  au  filet  de  Cheval. 

Il  est  presque  inutile  de  dire  que  la  viande  préparée  en 
daube  est  exactement  ce  qu'est  la  bonne  viande  de  boucherie. 
Impossible  d'y  trouver  une  différence. 


10  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aCCLIMATATION. 

Enfin,  toutes  les  personnes  prévenues  qui  en  ont  mangé 
l'ont  trouvée  en  tout  pareille,  sinon  supérieure,  au  bon  Bœuf 
jeune. 

Quant  aux  personnes  qui  n'étaient  pas  prévenues,  elles  en 
ont  fait  des  éloges  au  restaurateur,  et  j'ajouterai  même  qu'une 
d'entre  elles  s'en  est  nourrie  exclusivement  pendant  deux 
jours  (quatre  repas)  sans  se  douter  le  moins  du  monde  de  ce 
qu'elle  mangeait. 

Quant  aux  œufs  de  cet  oiseau,  je  ne  saurais  me  prononcer 
d'une  manière  aussi  décisive,  n'ayant  jamais  eu  l'occasion 
d'en  manger  de  très  frais.  Les  seuls  que  j'aie  goûtés  étaient 
des  œufs  clairs  qui  sortaient  des  incubateurs,  où  ils  avaient 
passé  de  cinq  à  six  jours. 

En  omelette,  je  les  ai  trouvés  mangeables,  mais  pas  excel- 
lents. Cuits  à  l'eau,  le  blanc  (albumine)  est  mauvais.  Il  se  re- 
commande déjà  fort  peu  par  sa  couleur  de  gélatine  foncée, 
presque  couleur  de  la  colle  à  bouche  ;  il  a  en  outre  une  odeur 
très  prononcée,  que  je  ne  saurais  pas  bien  définir,  mais  qui 
n'est  pas  du  tout  engageante.  Pourtant,  je  le  répète,  cela  peut 
être  un  effet  de  la  température  d'incubation.  Le  jaune  seul, 
au  contraire,  est  exquis  et  d'une  saveur  plus  délicate  que  le 
jaune  d'œuf  de  Poule.  Je  crois  que  ce  n'est  que  cette  supério- 
rité de  goût  du  jaune  qui  rend  l'omelefte  mangeable.  Le  jour 
où  la  production  permettra  la  vente  en  gros  d'œufs  frais  d'Au- 
truche, je  pense  qu'on  emploiera  avec  avantage  le  jaune  pour 
la  pâtisserie,  etc.  ;  mais  le  blanc  devra  être  livré  aux  fabricants 
d'albumine.  Il  ne  faut  pas  oublier  qu'un  œuf  d'Autruche  de 
bonne  dimension  renferme  350  grammes  de  jaune  et  1000  à 
1100  grammes  d'albumine  liquide. 

Je  crois  qu'il  serait  utile  de  répéter  partout  où  cela  est 
possible  les  essais  sur  la  viande  d'Autruche  comme  produit 
alimentaire.  La  réussite  de  l'incubation  tant  naturelle  qu'ar- 
tificielle, l'excessive  facilité  d'élever  les  poussins  ainsi  éclos, 
et  leur  extrême  rusticité,  qui  les  lait  pour  ainsi  dire  vivre  et 
grandir  malgré  tout,  mettront  tôt  ou  tard  les  parcs  à  Autruches 
dans  la  nécessité  de  consacrer  une  partie  de  leurs  produits  à 
la  boucherie.  L'oiseau  abattu  à  l'âge  de  douze  et  dix-huit  mois 


LA   VIANDE   d'autruche.  11 

donnerait  de  la  viande  très  acceptable  par  le  consommateur 
sous  le  rapport  du  prix,  et  assez  rémunératrice  pour  l'éle- 
veur. Mais,  comme  pour  le  Cheval,  il  faut  détruire  le  préjugé, 
et  ce  n'est  qu'en  multipliant  les  expériences  qu'on  obtiendra 
ce  résultat. 


SUR  LA  CHALEUR  DÉVELOPPÉE  PAR  L'EMDIUON  I>ENDANT 

L'INCUBATION 

/         Caire,  Parc  de  Matarieh,  lo  0  mars  188'2. 

Monsieur  le  Secrétaire  général  , 

Voici  le  résultat  de  quelques  observations  laites  aux  mois 
d'avril  et  de  mai  dernier,  pour  me  rendre  compte,  du  moins 
approximativemenl,  de  la  chaleur  que  chaque  embryon  déve- 
loppe pendant  l'incubation. 

Faute  de  pouvoir  suivre  une  méthode  d'expérimentation 
scientifique,  voici  la  marche  suivie  pour  arriver  au  résidlat  : 

Deux  incubateurs  (hydro-couveuses)  parfaitement  pareils 
furent  installés  dans  des  conditions  tout  à  fait  identiques. 
Je  fis  marcher  les  deux  concurremment  à  vide  pendant  quinze 
jours,  pour  m'assurer  que  leur  déperdition  de  chaleur  était 
la  même.  Ceci  constaté,  l'un  continua  à  marcher  à  vide, 
l'autre  fut  chargé  de  dix  œufs.  A  partir  de  la  mise  en  incuba- 
tion des  œufs  et  jusqu'au  quarantième  jour  (veille  de  l'éclo- 
sion),je  tenais  compte,  à  chaque  renouvellement  d'eau,  et 
pour  les  deux  appareils,  du  produit  de  la  quantité  de  litres 
d'eau  soutirée  par  leur  température,  ainsi  que  du  produit  des 
litres  remis  par  la  température  qu'ils  avaient  en  entrant  dans 
la  citerne.  La  différence  entre  ces  deux  quantités  représentait 
en  calories  la  chaleur  qu'il  fallait  ajouter  chaque  douze  heures 
aux  appareils  pour  maintenir  les  deux  à  la  même  température. 

Pendant  les  quarante  jours,  cette  quantité  a  été  : 
Pour  l'incubateur  n"  -4  marchant  à  vide  58723  calories 

—  5  avec  10  œufs  fécondés  297ÎU        » 


d'où  une  dilTérence  de     28!)29   calories 


i'I 


SOCIÉTÉ    NATIONALE    d'ACCLIMATATION. 


qu'avait  demandées  en  moins  l'appareil  ïf  5,  calories  qui  né- 
cessairement avaient  été  fournies  parla  vie  des  dix  embryons 
pendant  les  quarante  jours  d'incubation. 

Il  faut  remarquer  que  ce  chiffre,  ainsi  que  ceux  qui  sui- 
vent, ne  représente  qu'un  minimum  inférieur  à  la  vérité, 
car  la  chaleur  émise  par  les  œufs  pendant  l'ouverture  des 
tiroirs,  le  mirage,  etc.,  était  perdue  et  n'était  pas  recueillie 
par  la  machine. 

Toutefois,  et  faute  de  mieux,  en  divisant  les  observations  en 
quatre  périodes  de  dix  jours  chaque,  j'ai  dressé  les  tableaux 
suivants  : 

Appareil  n"  -4  marchant  à  vide. 


[lillei'ciice  on  Citlories  :ijoutées| 

PKIÎlDDE 

Litres  d'oau 

Ciilories 

C.'ilories 

—    - 

-— — ■ - 

du 
d(l  jours. 

soutirés 
ot  remis. 

de 
l'caii  soiiliri'e. 

de 
l'caii   ri'nii-o. 

pour 
une    période 
do   10  jours. 

par 
"2i'  heures. 

1 

320 

16  824 

31  080 

1 5  356 

1536 

2 

295 

15  822 

29  205 

13  383 

1338 

3 

314 

16  130 

31  086 

1 4  956 

1 495 

A 

318 

16  454 

41  453 

15  028 

1503 

Totaux. 

1  247 

64  730 

123  453 

58  723 

Apjmreil  n"  5  avec  10  œufs  fécondés 


l'KRlODES 

Litres  d'eau 

Calories 

Calories 

DilTéreiice  ou  t 

aiories  ajouté-es 

de 

soutirés 

de 

de 

pour 

10  jour-;. 

et  remis. 

l'eau  soutirée. 

l'eau  remise. 

une    période 
de  10  jours. 

•2i  heures. 

1 

225 

1 1  936 

22  275 

10339 

1034 

2 

107.5 

8  591 

16  582 

7  991 

799 

o 

1 30 

0  859 

13  461 

6  605 

660 

4 

91.5 

4199 

9058 

4859 

48(; 

Totaux. 

620 

31585 

61379 

29  791 

LA    VIANDE    d'autruche.  13 

Comparaison  entre  les  deux  tableaux  qui  précèdent. 


Calories  ajoutées  toutes  les  24  heui'es 

Ep'iqiic. 

^-^ — — .^- 

-  ^,i^— — 

au  11"   i. 

au  11"  5. 

1 

1536 

1034 

2 

1338 

799 

-3 

1495 

660 

■ï 

1503 

486 

DilTcrcnce  ou  calories   fournies 
cliaque  2i  lieures 

parlOeiiibryoïis.  |iar  clia(|uc  embryon. 


502 

539 

835 

1017 


50 

54 

83 

102 


Ur,  sans  dire  que  la  respiration  soit  une  combustion,  cause 
unique  de  la  chaleur  animale,  je  crois  pouvoir  admettre  une 
certaine  relation  entre  la  chaleur  produite  par  l'œuf  et  l'air 
qu'il  nécessite  pour  sa  respiration,  dans  ce  sens  que  si  d'un 
côté  la  chaleur  produite  aua;mente  en  raison  du  développe- 
ment de  l'embryon,  ce  dernier  demande  plus  d'air  au  fur  et 
à  mesure  qu'il  grandit.  En  représentant  donc  par  ic  un  volume 
d'air  déterminé,  un  œuf  d'Autruche  nécessitera  : 

50  X  par  jour  du  J  ■■  au  10^  jour  d'incubalioii  ; 
54  a;  »        .  1  i'        20'    »  » 

83  X  î  21»        30*^     »  » 

40"    »  » 


102  X 


21» 
31* 


J'espère  un  jour  me  renseigner  complètement  sur  la  valeur 
exacte  de  x. 

Pour  le  moment,  l'analyse  de  l'air  puisé  dans  un  incuba- 
teur (qui  en  contenait  100  litres)  deux  heures  après  sa  ferme- 
ture, m'a  donné 

Oxygène.   .  .  .     13.60 
AuU'es  gaz.  .  .     86.40 


100 


Soit,  en  chilfres  ronds,  la  moitié  de  Toxygène  avait  été  ab- 
sorbée. Ui'  cet  incubateur  contenait  12  œufs  au  vingtième 
jour,  qui,  en  conséquence,  ont  nécessité  20  litres  d'air  en  deux 


14  SOCIÉTÉ  NATIONALE   D' ACCLIMATATION. 

heures,  soit  600  litres  en  vingt-quatre  heures,  ou  bien  50 
litres  par  œuf  et  par  vingt-quatre  heures. 

En  divisant  cette  dernière  quantité  par  54-  (coefficient  de  la 
deuxième  période  d'incubation),  on  obtient  0*925  comme 
valeur  de  x. 

Il  faudra  donc  pour  chaque  œuf  et  par  vingt-quatre  heures  : 

Pendant  la  !■■'=  période  50  X  0,925  =  il  litres  d'air  par  jour 

—  2^       —  54  X  0,925  =  50  — 

—  3=   —  83  X  0,925  =  77      — 
_   4e   _  102  X  0,925  =  94      — 

J'aurais  bien  voulu  terminer  ici  ma  lettre;  mais  un  argu- 
ment en  amène  un  autre,  et  je  me  sens  bien  tenté  de  risquer 
quelques  mots  sur  ma  manière  de  considérer  la  respiration 
des  œufs  des  oiseaux.  Je  dis  risquer,  car  je  pouri^ais  parfois 
heurter  des  idées  reçues  et  des  théories  acceptées  sans  pou- 
voir, faute  de  moyens,  appuyer  mes  opinions  par  la  preuve 
indiscutable  de  l'expérience  directe.  Je  vais  donc  me  contenter 
devons  exposer  mes  idées,  qui  sont  ma  conviction  jusqu'à 
preuve  contraire. 

J'ai  à  discuter  deux  points  :  le  rôle  de  la  chambre  à  air  et 
la  manière  dont  s'accomplit  l'échange  de  gaz  à  travers  les 
membranes  coquillières. 

Sur  le  premier,  l'idée  généralement  admise  est  que  la 
chambre  à  air  est  un  réservoir  destiné  à  fournir  les  premières 
quantités  d'oxygène  au  poussin  avant  son  éclosion. 

Pénétré  moi  aussi  de  cette  idée,  quelle  ne  fut  pas  ma  sur- 
prise en  voyant,  pendant  l'hiver  1878-79,  les  Autruchons 
bêcher  leurs  œufs  et  naître  sans  toucher  à  la  chambre  à  air, 
laissant  celle-ci  intacte  et  bêchant  vers  le  milieu  de  l'œuf, 
quelquefois  au  bout  opposé.  Je  crus  d'abord  à  une  anomalie 
dépendant  d'une  mauvaise  incubation  artificielle  ;  mais  les 
soins  minutieux,  les  véritables  volumes  de  notes  et  observa- 
tions recueiUies  pendant  les  hivers  suivants,  1879-80  et 
1880-81,  ne  me  laissèrent  plus  aucun  doute.  Gela  se  répétait 
toujours,  et  s'il  y  avait  anomalie,  c'était  lorsque  le  bêchage 
s'accomplissait  en  brisant  d'abord  la  membrane  interne  tendue 


LA   VIANDE    d'autruche.  15 

qui  limite  la  chambre  à  air.  Plus  que  jamais  intrigué,  je  mis 
en  incubation  60  œufs  de  Poule,  dont  50  et  quelques  vinrent 
a  éclosion.  Ce  ne  fut  qu'une  confirmation.  Le  poussin  pro- 
cède autrement  que  l'Aulruchon,  mais  la  chambre  à  air  de- 
meure intacte. 

L'Aulruchon  frappe  du  bec  sur  un  seul  point  (n'importe 
lequel,  excepté  sur  la  chambre  k  air)  jusqu'à  ce  que  la  coquille 
se  fende,  et  dès  lors,  par  des  mouvements  convulsifs,  et  par- 
ticulièrement en  détendant  ses  pattes  par  secousses,  mais  sans 
changer  de  place,  il  arrive  à  élargir  les  fentes  et  à  faire  sauter 
la  coquille  par  gros  morceaux.  Le  Poulet,  au  contraire,  tourne 
dans  l'œuf  pendant  le  bêchage  et  suit  de  la  pointe  du  bec  le 
cercle  qui  limite  la  chambre  à  air,  mais  en  dedans  de  l'œuf  et 
non  dans  l'espace  occupé  par  celte  dernière.  Il  arrive  ainsi  à 
percer,  par  des  coups  répétés,  une  série  de  trous  très  rap- 
prochés, dont  le  résultat  est  de  détacher  d'une  pièce  toute  la 
calotte  du  gros  bout  de  l'œuf.  La  calotte  amène  avec  elle  la 
membrane  tendue  qui  limitait  la  chambre  à  air  et  l'ensemble 
rappelle  assez  bien  une  timbale.  11  arrive  quelquefois  qu'un 
ou  plusieurs  coups  de  bec  mal  dirigés  déchirent  celte  mem- 
brane, ou  bien  qu'elle  se  déchire  lorsque  le  Poussin  n'a  pas 
bêché  assez  régulièrement;  mais  c'est  rare.  Cinquante  Pou- 
lets sont  nés  sans  avoir  touché  à  la  chambre  à  air,  plus  un 
même  nombre  d'Autruchons  également.  Toutes  ces  éclosions 
étaient-elles  des  anomalies  ou  des  exceptions?  Je  ne  le  pense 
pas.  Ce  n'est  pas  le  poussin  qui  perce  la  membrane  intérieure 
pour  atteindre  l'air.  Du  reste,  rien  ne  prouve  que  cet  espace 
renferme  de  l'air  respirable.  Tout  est  là  plutôt  pour  prouver 
que  le  poussin  ne  respire  par  les  poumons  qu'après  le  bê- 
chage. 

Gela  ne  veut  pas  dire  qu'il  n'inspire  et  n'expire  pas.  En 
effet,  quelque  temps  avant  l'éclosion,  le  sang  est  envoyé  tou- 
jouis  avec  plus  de  force  et  en  plus  grande  quantité  aux  pou- 
mons. Ceux-ci  sont  forcés  de  s'étendre  et  de  se  coniracter,  et 
comme  dans  les  espaces  de  l'œuf  qui  ne  sont  pas  remplis  par 
le  corps  du  poussin  il  y  a  nécessairement  des  gaz,  le  bruit 
d'une  respiration  se  fait  entendre.  Ce  bruit  est  tellement  pro- 


16  SOCIÉTÉ    NATIONALE    d' ACCLIMATATION. 

nonce,  que  par  l'application  du  microphone  à  l'auscullalion 
des  u.'ufs,  il  m'a  été  permis  de  déterminer  assez  exactement 
le  moment  du  bêchage.  Mais  si  on  surprend  un  poussin  à  ce 
moment-là,  il  sera  facile  de  s'apercevoir  que  les  poumons 
n'ont  fonctionné  que  mécaniquement,  non  physiologique- 
ment.  Le  sang  recourt  encore  à  l'allanloïs  pour  s'oxyder.  En 
pratique,  on  recommande  beaucoup  de  ne  pas  aider  le  Poulet 
à  sortir  de  l'oBuf;  sans  quoi,  il  mourrait  d'hémorragie.  Or 
cette  hémorragie  provient  toujours  de  la  déchirure  d'un  des 
nombreux  vaisseaux  sanguins  de  l'allanloïs;  ce  qui  prouve 
qu'après  le  bêchage  le  sang  continue  encore  pour  quelque 
temps  à  s'oxyder  à  l'extérieur  de  l'être. 

Chez  l'Autruche,  cet  état  entre  la  vie  ovarique  et  la  vie  in- 
dividuelle dure  de  trois  à  six  heures.  Au  premier  bêchage,  à 
la  première  inspiration  de  l'air  ambiant,  le  cordon  ombilical 
et  tous  les  vaisseaux  allantoïdiens  sont  encore  en  pleine  fonc- 
tion, et  ce  n'est  que  plus  tard  que  le  sang  qu'ils  contiennent 
reflue  en  grande  partie  à  l'intérieur  du  corps,  que  le  cordon 
ombilical  se  vide,  se  dessèche  et  se  déchire  à  l'ombilic.  Je 
crois  pouvoir  dire  que  la  véritable  respiration  pulmonaire  ne 
peut  être  que  celle  qui  anéantit  la  respiration  allantoïdienne. 
Et  cette  dernière  n'est  supprimée  qu'assez  longtemps  après  le 
bêchage. 

La  chambre  à  air  ne  serait  donc  qu'un  simple  tampon  élas- 
tique destiné  à  maintenir  les  couches  des  différentes  albu- 
mines, ainsi  que  du  vitellus,  dans  le  même  ordre  et  position 
relatives  qu'elles  occupaient  avant  la  formation  de  la  cham- 
bre. En  effet,  l'évaporation  de  l'œuf  détermine  une  diminu- 
tion dans  le  volume  de  son  contenu,  et  si  la  chambre  à  air  ne 
venait  pas  remplacer  ce  vide,  la  cicatricule  ne  se  trouverait 
plus  tenue  contre  sa  coquille,  les  différentes  couches  d'albu- 
mine, devenant  de  plus  en  plus  planes  au  lieu  de  rester  con- 
vexes, se  déplaceraient  relativement  au  vitellus;  la  position 
des  chalazes  en  souffrirait  aussi.  Il  y  aurait  enfin  un  désordre 
complet  et  une  dislance  telle  entre  la  coque  et  la  cicatricule 
que  la  transmission  de  la  chaleur,  pendant  l'incubation, 
serait  rendue  très  problématique.  Si  j'ai  appuyé  sur  l'impor- 


LA   VIANDE   d'autruche.  17 

tance  qu'il  y  a  à  ce  que  les  différentes  couches  d'albumine 
conservent  (relativement  au  vitellus)  la  place  qu'elles  avaient 
.  au  moment  de  la  ponte,  c'est  parce  que  j'ai  lieu  de  croire  que 
chacune  joue,  pendant  l'incubation,  un  rôle  spécial.  J'ai  re- 
marqué, sans  toutefois  avoir  pu  le  constater  définitivement, 
que  certaines  parties  de  l'œuf,  dès  le  début  de  l'incubation, 
deviennent  incoagulables. 

La  nécessité  d'un  certain  équilibre  dans  la  disposition  des 
différentes  couches  d'albumine  pourrait  bien  ne  pas  être  étran- 
gère à  la  remarque  faite  par  M.  G.  Dareste,  c'est-à-dire  que  les 
œufs  qui  ont  subi  des  secousses  de  transport  ne  doivent  pas 
être  mis  en  incubation  immédiatement  après,  mais  seulement 
lorsqu'ils  ont  dem.euré  en  repos  quelque  temps.  Je  considère 
ce  repos  comme  indispensable  pour  rétablir  un  équilibre  qui 
a  été  dérangé  par  le  transport. 

Une  autre  idée  généralement  admise  est  que  la  respiration 
allantoïdienne  s'accomplit  par  simple  filtration  de  l'air  cà  tra- 
vers la  coque  et  ses  membranes,  ces  dernières  ne  jouant  dans 
ce  cas  qu'un  rôle  bien  passif.  Je  me  permets  de  penser  diffé- 
remment, et  voici  pourquoi  : 

Les  membranes coquillières,  par  leurnature,  laissent  d'au- 
tant mieux  passerles  gaz  qu'elles  sont  plus  sèches.  Une  preuve 
grossière,  mais  concluante,  est  fournie  par  les  œufs  pourris, 
qui  incommodent  d'autant  plus  l'odorat  qu'ils  se  trouvent 
dans  un  milieu  plus  sec.  Les  gaz  intérieurs  s'échappent  alors 
plus  facilement,  et  à  tel  point  que  dans  une  atmosphère  sèche 
la  pression  intérieure  de  ces  œufs  n'arrive  jamais  à  les  faire 
éclater,  tandis  qu'ils  éclatent  souvent  dans  les  climats  humi- 
des. C'est  que  dans  ces  derniers  les  membranes  s'opposent 
tellement  à  la  sortie  des  produits  de  la  décomposition,  que 
ceux-ci  acquièrent  bientôt  une  tension  énorme.  Du  reste,  on 
ne  saurait  se  rendre  compte  de  la  pression  intérieure  qui 
existe  toujours  dans  les  œufs  pourris  sans  admettre  la  presque 
imperméabilité  des  membranes. 

Mais,  d'un  autre  côté,  il  est  prouvé  qu'une  condition  indis- 
pensable à  la  bonne  incubation  est  que  les  œufs  plongent  dans 
une  atmosphère  humide. 

3*  SÉRIE,  T.  X.  —  Janvier  1883.  2 


18 


SOCIKTÉ    NATIONALE    d'ACCLIMATATIOJN. 


Quelques  praticiens  prétendent  que  cette  humidité  est  né- 
cessaire pour  faciliter  l'éclosion,  car  les  membranes  sèches 
sont  difficilement  déchirées  par  les  poussins,  s'y  collent  et  le 
gênent  dans  ses  mouvements.  Or  rien  de  plus  facile  que  de 
constater  que  la  membrane  coquillière  sèche  est  beaucoup 
plus  cassante,  beaucoup  plus  facile  à  déchirer  que  l'humide, 
qui  est  tenace  et  élastique.  Quant  à  se  coller  au  poussin,  c'est 
toujours  l'effet  du  dessèchement  de  l'allantoïs  et  des  matières 
albuminoïdes  qui  y  adhèrent,  mais  jamais  l'elTel  de  la  mem- 
brane coquillière. 

L'humidité  est  donc  une  des  conditions  de  l'incubation. 
L'œuf  toutefois  n'en  a  pas  besoin,  car,  au  contraire,  il  en  re- 
jette toujours  par  évaporation.  Voici  quelques  chiffres  pris  au 
hasard  dans  mes  notes  : 


A    LA    NAISSANCP;. 

Poids 

à  la  mise 

on 

10  jours 
aprijs. 

20  jours 

après. 

30  jours 
après. 

te   5 

«     c 

1  ^ 

3    .a 

Poussin. 

Coque. 

^ 
wT 

Perle 

iiiciih.ilion 

S 

Sr- 

gr. 

gr. 

gr- 

gr. 

ei-. 

yr- 

gr. 

1630 

1589 

1557 

1521 

1470 

1097 

292 

4(i 

35 

IfiiS 
1504. 

1611 

1468 

1570 
1430 

1533 

1387 

1470 
1330 

1112 
1012 

295 
262 

39 
30 

24 
26 

L'humidité  ambiante  n'est  donc  destinée  qu'à  maintenir  les 
membranes  coquillières  à  un  certain  degré  d'humidité  en 
empêchant  une  évaporation  trop  rapide  par  la  coquille,  éva- 
poration qui  ne  manquerait  pas  de  se  produire  trop  rapide- 
ment dans  une  atmosphère  sèche. 

Mais  si  la  vie  embryonnaire  n'est  possible  qu'en  tenant  les 
membranes  coquillières  dans  un  état  qui  empêche  or.  du 
moins  ralentisse  beaucoup  le  passage  libre  des  gaz,  c'est  que 
ces  gaz  sont  très  probablement  conduits  à  travers  les  mem- 
branes en  solution  dan.s  ic  liquide  qui  les  humecte.  Le  rôle 


LA    VIANDE   d'AUTUUCHE.  19 

des  membranes  serait  donc  plus  compliqué  qu'il  ne  paraît  au 
premier  abord. 

On  s'imagine  souvent  que  l'œuf  des  oiseaux  (et  d'autres 
organismes  aussi)  nécessite  une  certaine  quantité  de  chaleur 
pour  son  développement,  quantité  qu'on  a  définie  sous  le  nom 
de  somme  de  chaleur.  Je  ne  comprends  pas,  ou  du  moins 
j'ignore  quelles  sont  et  comment  ont  été  conduites  les  expé- 
riences par  lesquelles  on  a  pu  constater  cette  assimilation  de 
chaleur  de  la  part  des  organismes,  principe  qui  conduit  à 
considérer  l'être  vivant  comme  une  machine  à  vapeur  trans- 
formant la  chaleur  en  vie  plutôt  qu'en  force. 

Ce  qui  .est  sûr,  c'est  que  l'animal  adulte  est  producteur  et 
non  consommateur  de  chaleur.  Je  ne  connais  pas  d'oiseaux 
(puisque  je  cause  Autruches)  qui  fassent  baisser  la  tempéra- 
ture du  local  dans  lequel  ils  sont  enfermés.  C'est  le  contraire 
qui  a  lieu.  L'analogie  déjà  ferait  admettre  le  même  principe 
pour  l'œuf  en  incubation,  qui  devrait  rationnellement  suivre 
les  mêmes  lois  que  l'organisme  plus  complet  dont  il  provient 
et  qu'il  deviendra  lui  même.  Mais  il  y  a  plus  que  l'analogie, 
il  y  a  l'expérience.  Dans  un  incubateur  industriel,  c'est-cà-dire 
grossièrement  façonné  et  peu  sensible,  mis  en  pratique  dans 
des  conditions  excellentes,  mais  contraires  à  des  recherches 
exactes,  la  production  de  chaleur  par  les  œufs,  lorsqu'il  y  en 
a  vingt-quatre  d'Autruche  dans  l'appareil,  est  sensible  du 
cinquième  au  sixième  jour  d'incubation.  Or,  si  avec  de  tels 
appareils  et  dans  de  telles  conditions  la  chaleur  produite  par 
les  œufs  se  révèle  au  cinquième  jour,  peut-on  croire  autre 
chose,  sinon  que  l'œuf  produit  de  la  chaleur  dès  le  commen- 
cement de  son  développement?  Des  instruments  scientifiques 
le  constateraient  sans  doute. 

L'œuf  ne  consomme  pas  une  seule  calorie  pendant  toute 
l'incubation  ;  au  contraire,  la  formation  de  l'être  futur  ne  se 
fait  qu'avec  production  de  chaleur.  Il  y  a,  il  est  vrai,  aux  pre- 
miers instants  d'incubation  une  certaine  quantité  de  cha- 
leur qui  disparaît  temporairement  :  mais  cette  chaleur  n'est 
autre  que  celle  nécessaire  à  porter  la  masse  de  l'œuf  à  la 
température  d'incubation  ;  en  d'autres  termes,  c'est  la  resti- 


20  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

tution  delà  chaleur  que  l'œuf  a  perdue  au  moment  de  la  ponte 
par  le  refroidissement  qu'il  a  subi,  chaleur  dont  l'origine  est 
dans  les  fonctions  vitales  de  la  Poule.  Pas  un  atome  de  cha- 
leur étranger  à  la  vie  animale  ne  serait  absorbé  si  l'œuf  était 
mis  en  incubation  aussitôt  pondu. 

L'organisme  (l'œuf  compris)  n'est  pas  un  consommateur, 
mais  un  producteur  de  chaleur;  seulement  cette  production, 
qui  est  une  des  manifestations  de  la  vie,  n'est  possible  que 
dans  un  milieu  dont  la  température  ne  varie  pas  au  delà  de 
certaines  limites.  Ces  températures  extrêmes,  au  delà  des- 
quelles les  organismes  cessent  de  vivre,  sont  d'autant  plus 
éloignées,  elles  embrassent  d'autant  plus  de  degrés  de  nos 
échelles  thermomélriques,  que  l'animal  est  plus  développé, 
que  ses  organes  sont  plus  parfaits  ;  40  degrés  d'écart  ne  sus- 
pendent pas  la  vitalité  de  l'adulte,  mais  5  à  G  degrés  suffisent 
à  suspendre  celle  de  l'œuf.  Si  pour  l'incubation  on  est  obligé 
de  recourir  à  une  source  de  chaleur,  ce  n'est  pas  certaine- 
ment pour  fournir  du  calorique  à  l'œuf,  qui  n'en  a  pas  be- 
soin ;  c'est  simplement  pour  le  tenir  dans  un  milieu  d'une 
température  telle  qu'elle  est  nécessaire  pour  que  ses  parties 
constituantes,  mues  par  une  vie  propre,  puissent  l'exercer. 

Je  me  permettrai  de  dire,  en  concluant,  que  l'œuf  des 
oiseaux  porte  en  lui  tous  les  éléments  nécessaires  à  le  changer 
en  animal  parfait,  sauf  l'oxygène  qu'il  est  obligé  de  prendre 
à  l'air,  et  qui  est  la  seule  chose  qu'il  consomme,  qu'il  s'assi- 
mile. Seulement,  cette  assimilation  n'est  possible  qu'à  une 
température  donnée  et  dans  une  atmosphère  humide.  Chaleur 
et  humidité  sont  des  éléments  qui  ne  contribuent  que  d'une 
manière  tout  à  fait  passive  au  développement  de  l'œuf;  ce  ne 
sont  que  des  conditions  de  vie  de  l'embryon,  et  non  des  élé- 
ments qui  prennent  part  à  sa  formation. 


CULTURE  KXPÉPJMt:NTALE  DE  PLANTES 

CHLNOISES 


Par    n.    PAILLIEL'X 


Messieurs, 

Dans  notre  Bulletin  d'octobre  vous  avez  pu  lire  une  lettre 
très  intéressante  de  M.  le  D'  E.  Bretsrhneider,  botaniste  dis- 
tiniïué  et  médecin  de  la  légation  russe  à  Pékin. 

Cette  lettre  était  suivie  d'une  liste  des  graines  et  des  tuber- 
cules de  cent  douze  plantes  dont  elle  avisait  Tenvoi. 

M.  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire  ayant  bien  voulu  me  confier  la 
culture  expérimentale  d'un  certain  nombre  de  ces  plantes,  je 
vais  avoir  l'honneur  de  vous  en  rendre  compte;  mais  je  vous 
demande  la  permission  de  vous  présenter  quelques  observa- 
tions en  réponse  à  celles  que  contient  la  lettre  du  docteur. 

Dans  l'appendice  au  dictionnaire  français-latin-chinois  de 
M.  l'abbé  Perny,  je  lis  :  AraliK  edulis,  en  chinois  Tou  hô,  et 
l'auteur  du  dictionnaire  a  bien  voulu  m'écrire  le  nom  de  la 
plante  en  caractères  chinois  que  je  mets  sous  vos  yeux. 

Le  Japon  et  la  Chine  ont  une  flore  alimentaire  commune,  à 
peu  près  en  tous  points,  et,  lorsque  j'ai  dressé  la  liste  de  nos 
desiderata,  j'ai  dû  croire  que  l'Aralia  comestible  mentionnée 
par  M.  l'abbé  Perny  n'était  pas  seulement  cultivée  en  Chine 
comme  plante  médicinale,  mais  aussi  comme  plante  pota- 
gère. 

Siebold  ne  fait  pas  de  distinction  entre  VAralia  edulis  de 
Chine  et  celui  du  Japon.  Selon  lui,  on  cultive  cette  plante  en 
Chine  comme  sudoritique,  tandis  qu'au  Japon  on  la  cultive 
essentiellement  pour  sa  racine,  qui  est  d'un  goût  agréable,  et 
pour  ses  jeunes  tiges,  qui  sont  uh  délicieux  légume.  Le  compte 
rendu  japonais  de  l'Exposition  de  1878  s'exprime  ainsi:  «  Udo, 
Aralia  cordata{\)es\.  une  plante  dont  on  recouvre  les  racines 

(1)  Synonyme  de  A.  edulis. 


22  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACGLIMATATION. 

en  hiver  d'une  couche  de  détritus  de  végétaux  et  dont  on 
mange  les  pousses  à  mesure  qu'elles  apparaissent.  Les  bour- 
geons de  ces  pousses  sont  employés  comme  épices.  »  Mon  excel- 
lent correspondant,  M.  le  D'  Hénon,  m'écrivait,  le  20  avril 
1879  :  «  La  seule  plante  potagère  que  je  regrette  de  n'avoir 
pas  apportée,  à  présent  que  vous  m'avez  envoyé  le  Gingembre, 
est  une  Araliacée  appelée  au  Japon  Udo.  Je  crois  que  c'est 
VAralia  cordata  de  Thunberg.  On  en  récolte  les  jeunes  pous- 
ses au  printemps  à  l'étal  sauvage  et  on  les  mange  cuites, 
comme  nous  mangeons  les  céleris  et  les  cardons.  C'est  très 
tort  et  très  mauvais,  comme  l'est  du  reste  le  céleri  non  blanchi  ; 
mais  VUdo,  cultivé  et  blanchi  sous  des  feuilles  ou  delà  litière, 
est  très  bon  et  il  s'en  fait  au  printemps  une  assez  grande  con- 
sommation. » 

Je  regrette  infiniment  que  M.  E.  Bretschneiderne  nous  ait 
pas  envoyé  la  plante  médicinale  chinoise,  disposé  que  je  suis 
à  croire  qu'elle  n'est  autre  que  l'f/do  japonais,  rendu  comes- 
tible par  l'étiolement.  Vous  savez,  en  effet,  que  les  plantes 
acres,  amères  ou  aromatiques  à  l'excès  peuvent  souvent  être 
admises  sur  nos  tables  lorsqu'on  les  a  t'ait  végéter  dans  l'ob- 
scurité. 

M.  Bretschneider  nous  a  envoyé  des  tubercules  d'Eleo- 
charis  tuberosa,  avec  cette  note  :  «  Je  vous  envoie  quelques 
échantillons  de  ces  tubercules  qu'on  cultive  beaucoup  dans 
les  marais  et  aux  environs  de  Pékin.  La  plante  ici  ne  fleurit 
jamais;  on  plante  toujours  les  tubercules.  Je  doute  fort  que 
mes  échantillons  arrivent  en  bon  état  à  Paris.  » 

Ils  sont  arrivés,  en  effet,  dans  un  état  de  complète  décom- 
position. La  plante  se  cultive  dans  l'eau  comme  le  riz  et  n'au- 
rait peut-être  prospéré  chez  nous  que  dans  les  terrains  des- 
salés de  la  Camargue. 

J'aborde  maintenant  le  compte  rendu  que  je  vous  ai  an- 
noncé de  mes  cultures  expérimentales.  J'ai  cultivé  les  Cucur- 
bitacées  qui  portent  sur  la  liste  les  n'''  49,  50,  51,  52,  53,  54, 
55,50,59,60,01,  02  et  03. 


PLANTES   CHINOISES.  2S 


COURGES. 

N"  49.  Courge  meloniforme,  de  moyenne  grosseur  et  d'assez 
Donne  qualité. 

N"  50.  Bénincasa  cérifère.  Excellent  fruit  que  nous  possé- 
dons déjà  depuis  longlemps. 

N°  51.  Courge  blanche,  de  moyenne  grosseur,  farineuse  et, 
selon  moi,  de  qualité  tout  à  fait  supérieure. 

N"  52.  Courge,  petite  pomme  rouge,  non  dégustée. 

N"  53.  Courge  toupie  rouge;  me  semble  purement  orne- 
mentale. 

N"  54.  Courge  rouge,  moyenne,  d'excellente  qualité. 

N"  55.  Courge  demi-longue,  à  rubans  noirs  sur  fond  jaune  ; 
non  dégustée. 

N°  56.  Courge  demi-longue  à  rubans  blancs  sur  fond  rou- 
geatre  ;  non  dégustée. 

MELONS. 

Sous  les  n°'  61,  62,  63  j'ai  trouvé  trois  Melons  extrême- 
ment intéressants,  auxquels  j'ai  donné  des  noms  en  rapport 
avec  leurs  caractères  extérieurs. 

N"  61.  Melon  Chayote.  Fruit  petit,  pyi-iforme,  à  écorce 
lisse,  couleur  vert-pomme;  divisé  en  1(1  côtes  à  peine  indi- 
quées par  des  lignes  d'un  vert  plus  foncé  que  l'écorce.  Lon- 
gueur, 16  centimètres;  circonférence  du  côté  du  pédon- 
cule, 20  centimètres;  circonférence  du  côté  de  l'ombilic, 
27  centimètres;  poids,  370 grammes. 

Ecorce  très  mince,  chair  épaisse,  blanche,  parfumée,  très 
juteuse  et  très  fondante.  Sa  forme  rappelle  un  peu  celle  du 
Sechium  edule  et  justifie  le  nom  que  je  lui  donne. 

Ce  Melon  est  l'un  des  meilleurs  que  j'aie  reçus  de  l'extrême 
Orient.  Cultivé  sous  châssis,  il  m'a  donné  successivement  une 
dizaine  de  fruits  que  je  vais  apprécier. 

Les  Melons  de  la  Chine  et  du  Japon  ont  une  saveur  spéciale 
qui  ne  peut  en  aucune  façon  être  assimilée  à  celle  des  Melons 


24  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

cultivés  en  Europe.  On  ne  les  accepterait  pas  en  France  après 
le  potage,  comme  les  Cantaloups,  les  Sucrins,  etc.  On  ne  peut, 
selon  moi,  les  manger  qu'au  dessert. 

Il  faut  cueillir  le  Melon  Chayote  très  mûr  et  ne  le  manger 
que  lorsqu'il  est  un  peu  amolli  par  la  maturité  et  cède  sous  la 
pression  du  doigt.  C'est  alors  qu'au  dessert,  après  l'avoir  pelé 
comme  une  poire  et  coupé  en  deux  ou  en  quatre  parties,  on 
le  mange,  abondamment  saupoudré  de  sucre. 

Ainsi  présenté,  il  paraît  bon  à  beaucoup  de  personnes, 
mais  on  doit  le  considérer  comme  un  fruit  à  part,  oublier 
qu'il  se  nomme  Melon  et  ne  pas  vouloir,  à  tout  prix,  comme 
on  le  fait  communément,  qu'il  ressemble  à  ce  que  nous  pos- 
sédons déjà. 

N°  62.  Melon  Belle- Angevine.  Fruit  pyriforme,  de  cou- 
.eur  verte,  pointillée  de  jaune  ;  marqué  de  raies  longitudi- 
nales d'un  vert  plus  foncé  que  l'écorce. 
Longueur,  15  centimètres. 

Circonférence  au  point  le  plus  développé,  29  centimètres. 
Ce  Melon  a  la  forme  et  la  couleur  d'une  grosse  poire  et 
ressemble  un  peu  au  fruit  dont  je  lui  donne  le  nom.  Son 
écorce  est  très  mince;  sa  chair  est  verte,  épaisse,  juteuse,  fon- 
dante et  parfumée,  mais  il  a  le  défaut  de  tous  ses  congénères; 
il  n'est  pas  sucré.  11  faut  donc  le  cueillir  bien  mûr,  le  servir 
au  dessert  et  ne  le  manger  qu'avec  beaucoup  de  sucre. 

Le  Melon  Belle- Angevine  est  une  plante  d'amateur,  cu- 
rieuse, estimable,  mais  inférieure  aux  variétés  que  nous  cul- 
tivons. 

N"  63.  Melon  Zèbre.  Fruit  de  la  forme  et  du  volume  d'une 
grosse  orange  ;  écorce  lisse,  zébrée  de  dix  raies  d'un  vert  foncé 
tranchant  sur  un  fond  jaune  orange  et  descendant  du  pédon- 
cule à  l'ombilic. 

Hauteur  du  fruit,  environ  8  centimètres;  circonférence, 
28  centimètres  ;  largeur  des  raies  variant  de  1  et  1/2  à  2  cen- 
timètres; poids,  310  grammes. 

Le  petit  volume  du  fruit  le  ferait  ranger  parmi  ces  Melons 
portatifs,  auxquels  on  a  donné  le  nom  de  Melons  de  poche  ou 
Melons-chasseur,  s'il  pouvait  avoir  le  même  emploi,  mais  il 


PLANTES   CHINOISES.  25 

manque  de  sucre  comme  les  précédents  et  ne  peut  être  mangé 
qu'au  dessert. 

Le  Melon  Zèbre  est  d'un  aspect  séduisant  ;  sa  chair  est 
épaisse  et  blanclie,  juteuse,  fondante,  très  parfumée  lorsqu'il 
est  bien  mûr.  Je  propose  d'en  faire  l'usage  que  voici  : 

Pour  une  table  de  vingt  personnes  on  étagera  en  pyramide 
ou  l'on  disposera  dans  une  corbeille  douze  ou  quinze  fruits 
qui  formeront  un  très  beau  plat  de  milieu  et  charmeront  les 
regards  des  invités. 

Au  dessert,  le  maître  d'hôtel  enlèvera  le  plat,  coupera  les 
fruits  en  deux,  remplacera  rapidement  les  graines  par  du 
sucre  en  poudre  et  servira  à  chaque  convive  un  demi-fruit,  en 
forme  de  coupe,  qui  sera  mangé  à  la  cuillère  comme  une 
glace.  Ce  dessert  sera  très  élégant  et  très  bon.  Je  m'en  suis 
assuré. 

Le  Melon  Zèbre  ne  produit  que  douze  à  quinze  fruits  par 
panneau.  Le  prix  en  sera  donc  assez  élevé  jusqu'au  jour  où 
les  horticulteurs  du  Midi  consentiront  à  le  cultiver. 

La  chair  épaisse  et  relativement  ferme  des  Melons  d'Oiient 
se  prête  à  la  confiserie  mieux  que  celle  des  nôtres,  qui  est  trop 
aqueuse  et  ne  résiste  à  aucun  degré  de  cuisson.  Je  n'ai  pas 
fait  confire  les  variétés  dont  je  viens  de  vous  parler,  mais 
j'aurais,  je  crois,  réussi  avec  elles  comme  j'ai  réussi  avec 
d'autres  de  même  origine. 
Permettez-moi,  Messieurs,  une  digression. 
Je  vous  ai  distribué  l'an  dernier  des  graines  du  Melon  blanc 
japonais  {Shiro  uri)  dont  j'ai  fait  faire  de  bons  beignets  et  une 
agréable  confiserie.  Autorisé  par  ces  premiers  résultats,  j'ai 
conseillé  au  célèbre  confiseur,  Piobineau-Boissier,  d'employer 
le  Shiro  uri  et  je  lui  ai  présenté  un  horticulteur  distingué, 
M.  Millet,  de  Bourg-la-Reine,  qui  a  accepté,  pour  essai,  une 
commande  de  deux  cents  fruits  qui  ont  été  exactement  livrés. 
Vous  dégusterez  tout  à  l'heui'e  les  échantillons,  que  M.  Ro- 
bineau  m'a  gracieusement  offerts,  de  ces  fruits  confits  dans  ■ 
sa  maison. 

Les  Melons  de  l'extrême  Orient,  et  le  Shiro  uri  mieux  que 
tout  autre,  pourront  être  avantageusement  cultivés  dans  le 


20  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

Miili  et  vendus  aux  confiseurs;  mais,  pour  la  région  de  Paris, 
ce  sont  des  plantes  d'amateur  qui  exigent  autant  de  soins  que 
les  plus  beaux  Cantaloups  et  qui  ne  seront  pas  généralement 
cultivés.  Ils  provoqueront  toutefois  des  essais  d'hybridation 
dont  on  peut  attendre  d'heureux  résultats. 

CONCOMBRES. 

N°  59.  Gros  Concombre. 

N"  60.  Long  Concombre. 

Leurs  fruits  sont  de  bonne  qualité  et  j'en  ai  fait  usage, 
comme  hors-d'œuvre,  pendant  l'été  dernier,  mais  ils  ne  se 
distinguent  en  rien  des  variétés  que  nous  possédons  déjà. 

SOYA. 

N"'  73,  74-,  75,  76.  Ces  variétés  n'ont  pas  fleuri  ou  n'ont 
jias  formé  de  gousses.  Elles  prospéreraient  à  coup  sûr  dans  le 
midi  de  la  France. 

Haricot  radié  {Phaseolus  radiatus  L.). 

Les  graines  du  Haricot  radié  étaient  accompagnées  de  cette 
note  :  «  Beaucoup  cultivé.  Aliment  très  important.  Avec  la 
farine  des  graines  on  fabrique  des  vermicelles  dont  j'envoie 
quelques  échantillons.  »  Ces  échantillons  n'ont  pas  été  trouvés 
dans  la  caisse. 

J'appelle  toute  l'attention  de  la  section  des  végétaux  sur 
celte  plante  qui  n'est  pas  moins  cultivée  au  Japon  qu'en  Chine. 
L'espèce  comprend  un  grand  nombre  de  variétés.  Mes  essais 
ont  échoué  avec  toutes,  à  la  seule  exception  de  celle  qui  se 
nomme  au  Japon  Natsu  azuki,  c'est-à-dire  Azuki  d'été,  que 
je  cultive  depuis  1878. 

J'en  ai  mangé  les  graines  à  l'état  sec  ;  c'est  un  bon  légume 
dont  la  saveur  tient  à  la  fois  du  Haricot  et  de  la  Lentille. 

M.  E.  Bretschneider  nous  apprend  qu'on  en  fait  en  Chine 
du  vermicelle.  Le  compte  rendu  japonais  de  l'Exposition  de 


PLANTES   CHINOISES.  27 

1878  nous  dit  que  \eAn,  matière  sucrée,  se  fait  avec  VAznki 
et  du  sucre  ;  que  le  gâteau  Yo-kan,  ainsi  que  plusieurs 
autres,  se  fait  avec  VAzuki.  On  se  sert  aussi  de  la  farine  de 
l'Azuki  pour  dégraisser  les  étoffes. 

Grâce  à  l'inépuisable  obligeance  de  M.  le  D^  Hénon,  j'ai  pu 
déguster  la  préparation  nommée  Yo-kan,  pâte  ou  confiture, 
faite  avec  des  Azuki,  du  sucre  et  une  sorte  de  gélatine  extraite 
d'Algues  marines.  Cette  gélatine,  absolument  sans  goût,  est 
connue  au  Japon  sous  le  nom  de  Kan-ten.  Les  Japonais  en 
font  un  grand  emploi  culinaire  et  en  exportent  une  grande 
quantité  pour  l'Europe  (4). 

J'ai  eu  un  instant  la  pensée  de  fabriquer  avec  l'Azuki  un 
article  de  confiserie  populaire,  à  très  bas  prix;  mais  le  sucre 
est  trop  cher  en  France  et  j'ai  renoncé,  non  sans  regret,  à  mon 

projet. 

Toutes  les  variétés  du  Haricot  radié  pourront  certainement 
être  cultivées  dans  le  Midi.  Il  est  très  productif.  On  doit  le 
semer  très  espacé,  au  moins  à  50  ou  60  centimètres  et  ne 
mettre  que  deux  graines  à  la  touffe,  qui  devient  très  forte. 

En  1862,  M^'  Guillemin,  évêque  de  Canton,  envoyait  à  la 
Société,  parmi  un  grand  nombre  d'autres  semences,  des  grai- 
nes d'une  légumineuse  nommée  Lou  téou,  dont  les  Chinois, 
disait  le  donateur,  font  un  verniicelle  fin  ou  Lou-téou-szé  et 
un  vin  très  estimé,  Lou-téou-tsiéou ;  puis  les  graines  d'une 
autre  légumineuse  servant  à  la  confection  des  pâtes,  vermi- 
celles, etc.,  connus  sous  le  nom  de  Pe-teou-szé. 

Ces  semences  étaient  probablement  celles  de  deux  variétés 
de  Phaseolus  radlatus.  Il  est  vraiment  bien  regrettable  que 
la  magnifique  collection  de  graines,  reçue  en  1862,  ait  laissé 
si  peu  de  traces,  si  tant  est  qu'elle  en  ait  laissé  aucune. 

Les  usages  du  Ph.  radlatus  que  j'ai  déjà  indiqués  ne  sont 
pas  les  seuls  pratiqués  en  Chine  et  au  Japon.  M.  Eugène  Si- 
mon, M.  l'abbé  David,  M.  le  docteur  Hénon  m'ont  signalé 
celui-ci  qui  n'est  assurément  pas  sans  intérêt:  on  fait  tremper 
dans  l'eau  les  graines  de  l'Azuki,  puis  on  les  fait  germer  au 

(1)  Colle  (Ui  Jupon,  du  commorce. 


28  SOCIÉTÉ    NATIONALE    D  ACCLIMATATION. 

chaud  et  dans  l'obscurité  dans  des  vases  de  terre;  puis,  on 
les  lave  à  grande  eau  pour  enlever  les  peaux  et  on  mange  les 
planlules  sous  le  nom  (japonais)  de  Moyaschi  (œil  et  jambes). 
Il  va  sans  dire  qu'on  les  fait  cuire  d'abord  dans  l'eau  salée, 
puis  dans  le  Shoyu.  C'est  assez  bon  et  c'est  un  moyen  iacile  de 
se  procurer  un  légume  frais  en  hiver.  Si  ma  mémoire  est 
fidèle,  c'est  en  salade  que  M.  l'abbé  David  mangeait  en  Chine, 
avec  grand  plaisir,  les  jeunes  pousses  étiolées  du  Phaseolus 
radia  tus. 

La  section  des  végélaux  sera  peut-être  d'avis  qu'il  y*a  lieu 
de  demander  qu'un  prix  soit  accordé  à  la  personne  qui  aura 
cultivé  avec  succès  le  Haricot  radié  dans  un  champ  d'un  derni- 
heclare. 

S'il  se  présentait  plusieurs  concurrents,  la  préférence  serait 
assurée  à  celui  qui  produirait  les  plus  beaux  spécimens  de 
préparations  alimentaires,  obtenues  avec  les  graines  du  Pha- 
seolus radialns. 

La  Société  se  mettrait  en  mesure  de  fournir  ces  gi'aines, 
variété  Natsa  azuki,  aux  personnes  qui  promettraient  de  con- 
courir pour  le  prix  proposé. 

Je  me  placerais  personnellement  hors  concours  et  je  m'ef- 
forcerais de  mettre  à  la  disposition  de  la  Société  la  plus  grande 
quantité  possible  de  semences; 

Kuzu  {Pueraria  Thunbergiana). 

Sous  le  n"  39  de  la  liste,  M.  Bretschneider  nous  a  envoyé 
des  graines  du  Pueraria  Thunbergiana  ,  sans  observation 
aucune.  Je  n'ai  pas  reçu  ma  part  de  ces  graines,  parce  que 
je  possédais  la  plante  depuis  plusieurs  années.  M.  Naudin  en 
a  reçu  tout  ou  partie,  et  je  dirai  plus  loin  ce  qu'il  en  pense. 

La  plante  se  nommait  autrefois  Dolichos  bulbosus,  plus 
iixvdPachyrhisus  Thunbergianus.  Klle  se  nomme  aujourd'hui 
Pueraria  Thunbergiana.  M.  le  D'  Jlénon  m'écrivait  le 20  dé- 
cembre 1878  :  «  Le  Kuzu  sert  à  faire  une  fécule  très  fine, 
K'uzu-no-ko,  farine  de  Kuzu,  qui  s'emploie  comme  matière 
alimentaire  et  fait  un  empois  excellent,  bien  préférable  à  celui 


PLANTES    CHINOISES.  29 

du  riz,  La  plante  n'est  pas  cultivée  ;  on  en  recueille  les  racines 
dans  les  bois,  où  elle  existe  partout  très  abondamment...  » 

M.  le  comte  de  Castillon  {Eev.  hort.,  1875,  p.  181)  s'ex- 
prime ainsi  :  «  Cette  plante  est  celle  que  Von  Siebold  men- 
tionne, page  20  de  sa  brochure  sur  l'état  de  l'horticulture  au 
Japon,  comme  produisant  une  fécule  qui  se  recommande  par 
une  qualité  supérieure  et  un  bouquet  agréable.  Les  Japonais 
nomment  cette  fécule  Kuzu-ko.  Le  Dotichos  bulbosus,  qui 
tire  son  nom  de  la  grosseur  de  ses  racines,  est  une  plante 
grimpante  fort  commune  au  Japon,  et  qu'on  pourrait,  je  crois, 
acclimater  en  France.  » 

M.  E.-A.  Carrière  fait  suivre  la  note  qui  précède  des  obser- 
vations que  voici  :  «  En  même  temps  qu'il  nous  donnait  ces 
détails,  M.  le  comte  de  Castillon  poussait  la  complaisance 
jusqu'à  nous  adresser  un  petit  sachet  de  fécule,  et  nous  faisait 
connaître  différents  procédés  [tar  lesquels  il  convient  de  la 
préparer  et  de  la  transformer  en  aliment  aussi  sain  qu'a- 
gréable   y> 

On  lit  dans  le  livre  intitulé  :  Le  Japon  à  V Exposition  uni- 
verselle de  1878  :  «  Le  Kuzu  {Pueraria  Thunbergiana)  est 
une  plante  sauvage  dont  les  racines  donnent  de  l'amidon.  Ses 
feuilles  servent  à  nourrir  les  bestiaux  et  ses  fibres  à  faire  des 
étoffes.  » 

En  1879,  j'ai  semé  contre  un  mur  exposé  au  midi  les  graines 
que  j'avais  reçues.  Elles  m'ont  donné  des  tiges  vigoureuses, 
qui  atteignaient  bientôt  le  chaperon  du  mur.  Elles  n'ont  pas 
fleuri,  et,  l'hiver  venu,  elles  ont  été  gelées.  La  souche  n'a  pas 
souffert. 

En  1880,  les  tiges  ont  été  plus  fortes  que  celles  que  le  semis 
avait  produites,  et  30  degrés  de  froid  n'ont  gelé  que  les  par- 
ties qui  excédaient  en  hauteur  1™,50.  Les  parties  inférieures, 
devenues  ligneuses,  ont  donc  résisté  au  grand  hiver.  Elles 
n'avaient  pas  fleuri. 

En  1881,  les  tiges,  dans  toute  leur  hauteur,  ont  bien  passé 
l'hiver.  La  plante  n'a  pas  fleuri.  J'ai  donc  constaté  chez  les 
Kuzu  une  rusticité  relative,  une  végétation  luxuriante;  mais 
en  même  temps,  sous  le  climat  de  Paris,  une  complète  stéri- 


30  SOCIÉTÉ   NATIONALE    d'ACCLIMATATION. 

lité.  Celte  stérilité  cause  un  double  dommage;  d'une  pari, 
on  ne  récolte  pas  de  graines  à  employer  comme  aliment  ; 
d'autre  part,  on  ne  peut  pas  multiplier  la  plante  par  des 
semis. 

Au  Muséum,  où  il  existe  quelques  pieds  de  Kuzu,  les  plantes 
ont,  comme  les  miennes,  résisté  aux  hivers,  mais  n^ont  pas 
fleuri.  On  a  essayé  de  faire  des  boutures,  on  a  échoué.  Le 
couchage  des  tiges  a  donné  un  meilleur  résultat  ;  on  a  ob- 
tenu par  ce  procédé  un  ou  deux  pieds  nouveaux. 

De  mon  côté,  j'ai  obtenu  d'abord  un  pied  par  le  même 
moyen  ;  mais  la  plante  ayant  acquis  une  vigueur  et  un  déve- 
loppement  extraordinaires,  j'ai  pu  cette  année  coucher  une 
vingtaine  de  tiges,  qui  me  donneront  autant  de  plantes  nou- 
velles. 

Les  tiges  de  Kuzu  émettent  des  jets  si  nombreux,  si  longs, 
si  fibreux,  qu'on  ne  peut  douter  du  profit  que  l'on  tirerait  de 
cette  plante,  considérée  comme  textile,  si  l'on  pouvait  la  na- 
turaliser dans  nos  bois  ou  en  obtenir  par  la  culture  d'abon- 
dantes récoltes. 

On  n'oubliera  pas  non  plus  que,  si  la  souche  fournit  une 
précieuse  fécule,  ses  feuilles  sont  recherchées  par  le  bétail, 
et  que  ses  graines  sont  alimentaires  comme  le  haricot.  Ces 
produits  sont  d'ailleurs  secondaires,  et  c'est,  avant  tout, 
comme  plante  textile  qu'il  faut  considérer  le  Kuzu. 

M.  Gh.  Naudin  a  reçu  de  notre  Société  les  graines  arrivées 
de  Chine.  11  possédait  déjà  la  plante.  On  lira  dans  notre  Bul- 
letin, avec  l'attention  qui  lui  est  due,  le  jugement  que  porte 
sur  elle  le  savant  dn-ecteur  de  la  Villa  Thuret. 

«  Si  le  Kuzu,  dit-il,  peut  fournir  des  fibres  textiles,  il  est 
très  inférieur  sous  ce  rapport  au  chanvre  et  au  lin,  dont  la 
culture  est  relativement  très  facile,  et  qui  donneront  toujours 
un  produit  beaucoup  plus  élevé  et  à  bien  moindres  frais. 

»  Pour  que  le  Kuzu  fût  accepté  par  l'agriculture  en  France, 
il  faudrait  qu'on  lui  découvrît  quelque  propriété  que  ne  pos- 
sèdent pas  nos  plantes  d'introduction  plus  ancienne;  or  jus- 
qu'ici je  ne  lui  en  reconnais  aucune.  Ce  n'est  pas  cependant 
une  raison  pour  l'abandonner.  Il  se  peut  que  de  nouvelles 


PLANTES  CHINOISES.  31 

reciierches  nous  le  montrent  sous  un  aspect  plus  favorable. 
Jusque-là  attendons.  » 

Je  dis  à  mon  tour  :  attendons,  mais  expérimentons.  N'at- 
tendons pas  les  bras  croisés.  J'ai  confiance  dans  les  renseigne- 
ments que  j'ai  recueillis,  et  qui  présentent  comme  remarqua- 
blement belle  la  toile  de  Kuzu. 

Cette  toile  ne  ressemble  peut-être  pas  plus  à  celle  de 
chanvre  ou  de  lin  que  ne  lui  ressemble  celle  de  la  ramie.  Si 
la  plante  possède  des  propriétés  particulières,  n'attendons  pas 
paresseusement  qu'on  nous  les  fasse  connaître  ;  nous  atten- 
drions en  vain. 

Faisons  venir  les  graines  pour  semence,  et,  comme  échan- 
tillons, les  fibres,  le  filé  et  la  toile  de  Kuzu.  Instituons  un 
prix  pour  la  culture  d'un  demi-hectare,  et  la  lumière  sera 
faite. 

MOUTARDES. 

Sous  lesn"'  85,  86,  87,  j'ai  reçu  trois  variétés  de  Sinapis. 

Le  n°85  est  désigné  sur  la  liste  comme  étant  cultivé  pour 
ses  racines  globuleuses,  napiformes  ;  le  n°  80,  comme  étant 
cultivé  pour  ses  graines  (Moutarde  chinoise). 

Le  n"  87  est  inscrit  sans  indication  de  ses  usages. 

Ces  trois  Moutardes,  semées  au  printemps,  ont  monté  si 
vite  à  graine,  que  je  n'ai  pu  saisir,  durant  cette  première 
culture,  le  moment  où  il  m'aurait  été  possible  de  les  déguster  ; 
mais,  le  1"  août,  j'ai  semé  de  nouveau  le  n"  85,  auquel  j'at- 
tachais une  importance  particulière,  et  j'ai  obtenu  en  quel- 
ques semaines  de  belles  plantes,  munies  de  ces  racines  globu- 
leuses qui  m'étaient  promises,  et  dont  je  place  des  spécimens 
sous  vos  yeux. 

La  Moutarde  tubéreuse  était  jusqu'ici  absolument  inconnue 
en  France.  C'est  une  acquisition  intéressante,  dont  je  ne  puis 
aujourd'hui  apprécier  le  mérite,  mais  que  nous  ne  devons 
pas  laisser  tomber  dans  l'oubli.  La  plante  est-elle  destinée  à 
l'alimentation  de  l'homme  ou  à  la  nourriture  des  animaux,  je 
ne  sais;  ce  que  j'ai  constaté  dans  un  premier  essai,  c'est  que. 


32  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

dans  l'espace  de  deux  mois  et  demi,  elle  donne  une  récolte 
abondante  de  feuilles  et  de  racines.  Il  semble  donc  qu'elle 
puisse  être  immédialemeni  classée  parmi  les  cultures  déro- 
bées les  plus  faciles  et  les  plus  productives.  J'appelle  sur  elle 
toute  l'attention  de  la  5'  section. 


staciiys  affinis. 

Sous  le  n"  46,  j'ai  reçu  ce  Stachys,  désigné  sur  la  liste 
comme  étant  beaucoup  cultivé  pour  ses  tubercules  que  man- 
gent les  Chinois. 

Les  tubercules  sont  arrivés  en  bon  état  pour  la  plupart,  et 
ont  végété  passablement  en  plein  air.  Les  plantes  n'ont  pas 
fleuri.  Elles  ont  formé  des  touffes  basses,  pourvues  d'une 
multitude  de  racines  tuberculeuses,  de  petit  volume  et  de 
toutes  formes,  extrêmement  fragiles,  d'un  lavage  difficile  à 
cause  de  leur  difformité  et  de  leur  fragilité.  Je  vous  présente 
un  flacon  de  ces  tubercules  conservés  dans  le  vinaigre.  La 
plante  était  jusqu'ici  tout  à  fait  inconnue  en  France.  On  ne 
nous  dit  pas  comment  les  Cliinois  la  préparent  pour  la  table  ; 
mais  le  Stachys  affinis,  comme  son  nom  paraît  l'indiquer,  a 
beaucoup  de  rapports  avec  le  Stachys  Sieboldii,  que  l'on 
rencontre  au  Japon  sous  le  nom  de  Choro-fji.  Ses  racines  tu- 
berculeuses, dit  le  compte  rendu  japonais  déjà  cité,  ressem- 
blent à  des  chenilles.  Pour  les  manger,  on  les  conserve  dans 
du  vinaigre  de  prunes. 

J'ai  donc  mis  dans  le  vinaigre  quelques-uns  des  tubercules 
récoltés  cette  année.  Je  les  ferai  peut-être  entrer  dans  des 
PicA;^es  de  composition  nouvelle,  que  j'ai  l'intention  de  vous 
présenter  prochainement. 

J'espère  que  le  Stachys  affinis,  couvert  d'un  peu  de  litière, 
n'aura  pas  souffert  de  l'hiver  si  clément  que  nous  traversons. 
Par  précaution,  j'ai  conservé  dans  des  pots  mis  en  serre  un 
certain  nombre  de  tubercules. 

Le  temps  m'a  manqué  pour  préparer  des  sachets  de  se- 
mences d'une  partie  des  plantes  dont  je  viens  de  vous  parler. 
J'en  ferai  une  distribution  le  6  mars  prochain  aux  membres 


PLANTES   CHINOISES.  83 

présents  à  la  réunion  de  la  5'  section.  Chaque  sachet  ne  con- 
tiendra qu'un  très  petit  nombre  de  graines,  ce  qu'on  me  par- 
donnera, j'espère. 

Je  ne  terminerai  pas  ce  compte  rendu  sans  adresser  à  M.  le 
docteur  Bretschneider  l'expression  de  notre  vive  gratitude 
pour  la  précieuse  collection  qu'il  a  bien  voulu  adresser  à 
notre  Société. 

PÉ-TSAÏ   DE   MONGOLIE. 

Il  y  a  quelque  dix  ans,  le  Muséum  reçut  une  caisse  d'ar- 
bustes de  Mongolie,  et  la  terre  qu'elle  contenait  fut  jetée  au 
hasard  dans  un  coin  de  l'École  des  Poiriers. 

A  quelque  temps  de  là,  cependant,  on  s'aperçut  que  dans 
cette  terre  poussaient  de  jeunes  plantes,  lesquelles  prospé- 
rèrent, fleurirent,  furent  présentées  à  M.  Decaisne,  et  déter- 
minées par  lui  sous  le  nom  de  Pé-tsaï  de  Mongolie. 

Un  peu  plus  tard,  j'en  reçus  des  graines,  et,  depuis  sept  à 
huit  ans,  je  n'ai  pas  cessé  de  cultiver  la  plante.  Je  la  consi- 
dérais alors  comme  potagère,  et  je  la  présentais  comme 
telle,  le  27  février  1879,  à  la  Société  d'horticulture.  J'ai  re- 
connu mon  erreur,  et  c'est  comme  plante  fourragère  que  je 
vous  l'apporte  aujourd'hui. 

Le  Pé-tsaï  de  Mongolie  est  extrêmement  hâtif.  Semé  au 
commencement  d'août,  il  fournit  dès  le  mois  d'octobre  une 
abondante  récolte  de  feuilles  que  le  bétail  mange  avec  avi- 
dité. 

Les  spécimens  que  je  vous  présente  sont  le  produit  d'un 
semis  fait  à  la  volée,  en  plein  champ,  le  il  août  dernier. 
L'hiver  est  tellement  doux  que  les  plantes  montent  déjà  à 
graine  ;  mais  on  peut  compter  sur  une  récolte  de  feuilles 
fraîches  pendant  tout  l'hiver. 

Le  Pé-tsaï  ne  semble  pas  souiïrir  de  la  gelée.  Il  a  supporté 
sans  dommage  les  30  degrés  de  froid  de  1880,  et  ne  s'est  ja- 
mais montré  plus  vert  ni  mieux  portant  que  le  jour  où  a  dis- 
paru le  manteau  de  neige  qui  le  protégeait. 

Voici  en  quels  termes  un  concours  a  été  ouvert  par  la 

3»  SÉIUK,  T.  X.  —  Janvier  188J.  3 


34  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

Société,  en1866,  pour  l'introduction  d'une  plante  fourragère  : 
Introduction  en  France  et  mise  en  grande  culture  d'une 
plante  nouvelle  pouvant  être  utilisée  pour  la  nourriture  des 
bestiaux.  Concours  ouvert  jusqu'au  l""  décembre  1885. 

J'ai  longtemps  hésité  à  vous  parler  du  Pé-tsaï  de  Mongolie, 
Si  je  le  mets  aujourd'hui  sous  vos  yeux,  ce  n'est  pas  que  je 
prétende  au  prix  qui  est  ofïert.  Je  me  borne,  pour  le  moment, 
à  demander  acte  de  la  présentation  d'une  plante  fourragère 
nouvelle.  Je  crains  bien,  d'ailleurs,  qu'une  des  conditions  du 
concours  ne  m'en  interdise  l'accès.  En  effet,  je  ne  suis  pas 
agriculteur  et  je  ne  puis  mettre,  comme  on  l'exigerait,  le 
Pé-tsaï  en  grande  culture. 


TRAVAUX  ADRESSÉS  ET  COMMUNICATIONS  FAITES  A  LA  SOCIÉTÉ. 


LE  PHYLLOXÉRA  EN  AUSTRALIE 

MOYENS    EMPLOYÉS   POUR   LE   COMBATTRE 
Par  n.   Louis  BOUTAI\I 


On  s'est  beaucoup  occupé,  dans  ces  derniers  temps,  de 
rechercher  les  moyens  les  plus  efficaces  pour  préserver  notre 
colonie  algérienne  de  l'invasion  du  Phylloxéra, 

Je  crois  qu'il  est  bon  de  donner,  à  ce  sujet,  quelques  indi- 
cations sur  la  manière  dont  les  Australiens  ont  combattu  la 
propagation  de  l'insecte  dans  les  vignobles  de  la  province  de 
Victoria. 

Je  me  trouvais  à  Melbourne  en  1881,  délégué  par  le  minis- 
tère de  l'Instruction  publique,  à  l'occasion  de  l'Exposition 
internationale  qui  avait  lieu  dans  cette  ville,  lorsque  la  ques- 
tion du  Phylloxéra  fut  agitée,  pour  la  première  fois,  en  Aus- 
tralie. 

Le  parlement  de  Victoria  reçut  une  adresse  alarmée  des 
viticulteurs  de  la  province  qui  se  plaignaient  du  dépérisse- 
ment de  leurs  vignes  et  demandaient  l'intervention  du  gouver- 
nement pour  rechercher  et  combattre  la  cause  du  mal.  Une 
commission  fut  nommée  à  cet  effet  et  les  renseignements  qu'elle 
recueillit  lui  firent  soupçonner  qu'elle  se  trouvait  en  présence 
de  l'ennemi  qui  ravageait  les  vignobles  d'Europe,  du  Phyl- 
loxéra. 

Aucun  des  députés  qui  composaient  cette  commission  n'a- 
vait été  à  même  d'étudier  cet  insecte,  dont  on  n'avait  pas 
jusque-là,  constaté  la  présence  en  Australie. 

Le  gouverneur  s'adressa  à  M.  de  Montmahou,  inspectcui 
général,  délégué  du  gouvernement  français,  sous  les  ordres 
duquel  je  me  trouvais  et  le  pria  de  désigner  un  naturaliste 


36  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

qui  voulut  bien  s'occuper  de  la  question.  Je  fus  choisi  et 
adjoint  à  la  commission  dont  j'ai  parlé. 

Les  renseignements  les  plus  contradictoires  nous  parve- 
naient. 

Certains  propriétaires  prétendaient  que  leurs  vignes  dépé- 
rissaient sans  cause  apparente  et  niaient  la  présence  d'aucun 
insecte  sur  les  racines.  D'autres  affirmaient  que  la  maladie 
était  causée  par  un  puceron  qui  dévorait  les  tiges. 

D'autres  enfin  attribuaient  le  mal  au  Phylloxéra,  mais  le 
définissaient  de  la  manière  la  plus  fantaisiste.  L'un  d'eux,  à 
qui  l'on  demandait  quelle  était  la  forme  extérieure  de  l'in- 
secte, répondit  : 

«  Ceux  que  j'ai  vus  ressemblaient  à  un  petit  ver  blanc,  avec 
une  tête  noire  comme  une  mouche  et  de  longues  pattes  comme 
une  araignée.  » 

Dans  ces  conditions,  je  ne  pouvais  évidemment  me  pro- 
noncer avant  d'avoir  vu  de  mes  propres  yeux. 

La  commission  tout  entière  se  transporta  à  Geelong,  ville 
située  sur  la  baie  de  Porl-Philip  à  une  soixantaine  de  kilo- 
mètres de  Melbourne.  Tout  autour  de  ce  point  se  trouvaient  en 
eliet  d'importants  vignobles  dans  lesquels  on  signalait  l'exis- 
tence de  plusieurs  centres  d'infection. 

Dans  tout  ce  district,  la  vigne  est  devenue  une  source  im- 
portante de  revenus  et  couvre  une  grande  étendue  de  terres. 
Elle  est  cultivée  avec  beaucoup  de  soin  par  des  vignerons 
suisses.  Ceux-ci  ont  introduit  de  toutes  pièces  les  pratiques 
de  culture  en  usage  dans  les  cantons. 

Malgré  le  bon  marché  des  terrains,  les  ceps  sont  plantés 
très  près  les  uns  des  autres;  et  la  terre  est  remuée  à  la  main 
à  l'aide  de  bêches  ou  d'instruments  analogues. 

Des  voitures  mises  gracieusement  à  notre  disposition  par  la 
municipalité  de  Geelong  nous  emportèrent  rapidement  à  tra- 
vers les  vignobles  qui  bordent  les  deux  côtés  de  la  route.  En 
plusieurs  endroits  on  apercevait  les  taches  caractéristiques 
que  l'on  a  comparées  avec  raison  à  des  taches  d'huile,  ce  qui 
me  portait  déjà  à  penser  que  c'était  bien  au  Phylloxéra  que 
nous  avions  affaire . 


LE    PHYLLOXÉRA   EN    AUSTRALIE.  37 

On  s'arrêta  bientôt;  l'endroit  clioisi  était  situé  au  fond  d'un 
vallon,  et  la  vigne  qui  s'y  trouvait  offrait  des  traces  manifestes 
de  faiblesse  et  d'appauvrissement.  On  arracha  un  certain 
nombre  de  souches  et,  à  mon  grand  étonnement,  il  ne  fut 
pas  possible  d'y  découvrir  un  seul  Phylloxéra. 

Cet  insuccès  nous  fut  expliqué  un  peu  plus  tard  par  les  vi- 
ticulteurs de  la  contrée  qui  nous  apprirent  que,  lors  de  la 
saison  des  pluies,  le  vignoble  en  question  avait  été  submergé. 
J'avais  ainsi  sous  les  yeux,  et  sans  l'avoir  cherché,  les  bons 
effets  incontestables  du  traitement  par  submersion. 

La  commission  se  transporta  alors  sur  les  coteaux  voisins 
et  là  mes  derniers  doutes  furent  dissipés. 

Les  recherches  furent,  en  effet,  aussi  concluantes  que  pos- 
sible :  les  radicelles  offraient  çà  et  là  les  boursouflures  carac- 
téristiques en  forme  de  chapelets.  En  plusieurs  points,  on 
apercevait  une  poussière  jaunâtre  qui,  examinée  à  la  loupe, 
permettait  de  reconnaître  de  jeunes  Phylloxéras  parfaitement 
vivants. 

Je  m'étais  muni  de  mon  microscope,  et,  grâce  à  lui,  je  pus 
montrer  facilement  et  sous  un  faible  grossissement  aux  mem- 
bres de  la  commission  les  petits  insectes  que  l'on  voyait  re- 
muer sur  le  porte-objet. 

Il  restait  cependant  une  question  à  résoudre. 

Se  trouvait-on  bien  en  face  du  Phylloxéra  vastatrix  ou 
avait-on  aftaire  à  une  espèce  différente,  indigène? 

Cette  question  ne  pouvait  guère  être  résolue  sur  place.  Je  la 
réservai  pour  une  étude  ultérieure  et  je  rentrai  à  Melbourne 
après  m'être  muni  d'un  assez  grand  nombre  de  spécimens  qui 
allaient  me  permettre  d'étudier  ce  sujet  à  loisir. 

Après  les  avoir  dessinés  soigneusement  sous  divers  grossis- 
sements, je  comparai  les  figures  obtenues  à  celles  qu'adonnées 
M.  Maurice  Girard  dans  son  intéressante  brochure  que  j'avais 
précisément  entre  les  mains.  Je  constatai  une  identité  parfaite. 

Aucun  doute  n'était  plus  possible.  C'était  bien  le  Phylloxéra 
vastatrix  qui  ravageait  les  vignobles  de  Geelong.  J'appris  en 
outre  que  ce  ne  sont  pas  des  vignes  américaines,  mais  des 
vignes  françaises  déjà  phylloxérées,  notamment  des  aramons 


6q  SOCIETE   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

de  l'Hérault  qui  ont  introduit  le  Phylloxéra  dans  le  district  de 
Geelong, 

A  la  suite  de  cette  excursion,  le  gouvernement  de  Victoria 
me  demanda  de  rédiger  une  note  sur  les  divers  modes  de 
traitements  employés  en  France  pour  combattre  l'insecte  des- 
tructeur et  me  pria  d'y  joindre  mon  opinion  personnelle,  pour 
le  cas  présent.  , 

Après  avoir  indiqué  les  traitements  par  arrachage,  par  sub- 
mersion, par  les  sulfocarbonates,  par  le  sulfate  de  carbone, 
je  préconisai  la  formation  de  syndicats,  essayant  d'établir  que, 
si  l'on  n'agissait  pas  avec  ensemble,  le  résultat  serait  néces- 
sairement nul  ou  incomplet.  Je  signalai,  en  outre,  la  façon 
dont  le  gouvernement  français  subventionnait,  dans  certaines 
occasions,  les  syndicats  constitués,  en  ajoutant  une  somme 
égale  à  la  somme  versée  par  chacun  d'eux.  Je  terminai,  en 
faisant  ressortir  l'utilité  d'une  intervention  administrative 
pour  vaincre  les  résistances  que  l'ignorance  ne  manque  jamais 
de  susciter  dans  des  circonstances  analogues. 

Les  Australiens  sont  des  gens  fort  pratiques  et  l'idée  des 
syndicats  et  de  l'action  directe  du  gouvernement  les  séduisit 
beaucoup. 

Un  rapport  rédigé  dans  ce  sens  par  le  président,  L.  Smith 
esq.,  fut  adopté  par  la  commission;  le  parlement  en  fut  saisi 
et  une  loi  fut  bien  vite  édictée. 

Les  trois  provinces  de  Victoria,  de  Nouvelle-Galles  du  Sud, 
d'Adélaïde,  constituées  en  association,  devaient  fournir  cha- 
cune 4000  livres  (100 000  francs)  pour  subvenir  aux  frais 
qu'allait  nécessiter  la  destruction  du  Phylloxéra. 

Tous  les  viticulteurs  des  districts  envahis  étaient  tenus  de 
fournir  5  schellings  (6  fr.  25)  par  acre  de  terre  plantée  en 
vignes. 

Ceux  qui  refuseraient  d'enlrer  dans  les  syndicats  et  dont 
les  vignes  deviendraient  des  foyers  d'infection  seraient  con- 
traints d'arracher  à  leurs  frais  et  ne  recevraient  aucune  in- 
demnité. Ceux  qui  feraient  partie  des  syndicats  recevraient  le 
prix  de  deux  années  de  récolte  et  les  frais  de  l'arrachage 
seraient  supportés  par  la  caisse  du  syndicat. 


LE  PHYLLOXÉRA  EN  AUSTRALIE.  39 

L'arrachnge,  dans  tous  les  cas,  serait  étendu  à  un  mille  de 
distance  autour  de  la  tache  et  toute  replantation  était  inter- 
dite, pendant  une  année  au  moins,  après  l'arrachage. 

Ces  moyens  ont-ils  réussi?  Je  n'ai,  à  ce  sujet,  aucun  ren- 
seignement précis. 

Tout  énergiques  et  tout  draconiens  qu'ils  paraissent,  peut- 
être  n'étaient-ils  pas  encore  assez  radicaux. 

Peut-être  la  zone  protectrice  d'un  mille  n'était-elle  pas  suf- 
fisante, et,  pour  être  sûr  de  réussir,  il  eût  fallu  l'étendre 
encore  davantage. 

Enfin  la  limite  de  temps  fixée  pour  une  replantalion  pos- 
sible n'était  pas  assez  éloignée,  car  j'ai  pu  constater,  de  mes 
propres  yeux,  que  le  Phylloxéra  vivait  encore  sur  des  racines 
laissées  dans  le  sol,  après  un  arrachage  qui  remontait  à  deux 
ans. 

Ce  fait  a  été  établi  dans  une  seconde  excursion  que  j'ai 
effectuée  à  Geelong  en  partie  dans  ce  but. 

Quoi  qu'il  en  soit,  cet  essai  de  destruction  par  arrachage  et 
cette  action  coercitive  d'un  gouvernement  plus  démocratique 
que  le  nôtre  méritaient  d'être  signalés  aux  viticulteurs  fran- 
çais. 


III.  EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  5  JANVIER  1883. 
Présidence  de  M.  Henri  BOULEY,  Président. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté. 
—  M.  le  Président  proclame  les  noms  des  membres  nouvellement 
admis  par  le  Conseil,  savoir  : 


MM. 

Rertoni  (Moïse),  rédacteur  de  la  Revue  scien- 
tifique suisse,  docteur  es  sciences,  à  Lotti- 
gna,  canton  du  Tessin  (Suisse). 

Rravard  (Philippe-Jean-Alfred),  maire  et  pro- 
priétaire, à  Grandrif,  canton  de  Saint-An- 
thème  (Puy-de-Dôme). 

BuHLER  (A.  J.),  30,  rue  Vignon,  à  Paris. 

COURTEILLE  (François-Auguste),  rue  Charles- 
Laffitte,  37,  à  Neuilly  (Seine). 

Delaquys  (E,),  rue  Favart,  A,  à  Paris. 

Rault  (Jules),  rentier,  14,  rue  Demours,  à 
Paris. 

RiHOUET  (Amédée),  conseiller  référendaire  à  ( 
la  cour  des  Comptes,  55,  rue  Jouffroy,  à  | 
Paris.  ( 


PRESENTATEURS. 

H.  Bouley. 

A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Saint-Yves  Ménard. 

H.  Bouley. 

J.  Grisard. 

Saint-Yves  Ménard. 

A.  Barbey. 

H.  Bouley. 

E.  Roger, 

A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Morin. 

Saint-Yves  Ménard. 

H.  Bouley. 

Saint-Yves  Ménard. 

J.  Grisard. 

H.  Bouley. 

Chesnel. 

J.  Grisard. 

H.  Bouley. 

Saint- Yves  Ménard. 

E.  Roger. 


Romain  (le  commandant  Léon-Paul),  commis-  ,  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

saire  du  gouvernement,  avenue  de  Madrid,  ]  Saint-Yves  Ménard. 

11,  à  Neuilly  (Seine).  (  A.  Porte. 

La  Ligue  du  reboisement  d'Algérie,  rue    Babazoun,   à  Alger  (Al- 
gérie) a  en  outre  été  admise  au  nombre  des  Sociétés  agrégées. 

—  M.  le  Secrétaire  procède  au  dépouillement  de  la  correspondance. 

—  La  Société  d'horticulture  d'acclimatation  et  des  sciences  du  Cantal 
adresse  des  remerciements  pour  sa  récente  affiliation  à  la  Société  natio- 
nale d'Acclimatation. 


PROCÈS-VERUAUX.  M 

—  M.  F.  Zeiik,  Directeur  de  l'Association  de  Pisciculture  de  la  Basse- 
Franconie,  adresse  ses  remerciements  au  sujet  de  sa  récente  admission. 

—  M.  le  Gouverneur  de  la  Cochinchine  écrit  à  M.  le  Président  :  «  En 
réponse  à  votre  dépèche,  en  date  du  10  août,  par  laquelle  vous  me  de- 
mandez des  renseignements  sur  les  personnes  qui  ont  rendu  en  Cochin- 
chine des  services  à  l'acclimatation,  je  ne  puis  mieux  faire  que  de  vous 
transmettre  le  rapport  qui  m'a  été  adressé  à  ce  sujet  par  M.  Moquin- 
Tandon,  Directeur  du  Jardin  Botanique. 

»  Colombier,  qui  vous  est  signalé,  est  certainement  un  des  hommes 
qui  ont  le  plus  contribué  à  l'amélioration  de  la  santé  des  Européens  par 
l'introduction  des  plantes  maraîchères  presque  indispensables  à  notre 
alimentation.  Grâce  à  lui,  Saigon  est  devenu  un  pays  de  production,  et 
nous  envoyons  maintenant  des  légumes  à  Singapore  et  même  en  Chine. 

»  Mais  Colombier  est  un  travailleur  modeste,  vivant  de  peu,  ne  s'oc- 
cupant  que  de  son  jardin,  sa  véritable  passion,  ne  demandant  jamais  rien, 
et  il  n'est  pas  surprenant  que  ses  services  aient  été  vite  oubliés  dans  un 
pays  oîi  la  population  blanche  se  renouvelle  tous  les  trois  ou  quatre  ans. 

»  Bien  peu  d'Européens  aujourd'hui  savent  que  s'ils  mangent  des 
haricots  verts,  des  petits  pois,  des  asperges,  etc.,  c'est  exclusivement  à 
Colombier  qu'ils  le  doivent. 

»  La  Société  d'Acclimatation  ne  peut  accorder  à  cet  homme  une  ré- 
compense d'un  ordre  trop  élevé,  et  je  considère  comme  un  honneur  et 
un  devoir  pour  moi  de  contribuer  à  la  lui  faire  obtenir.  » 

—  M.  le  Président  de  la  Ligue  de  reboisement  de  l'Algérie  adresse  à 
i\l.  le  Secrétaire  général  la  lettre  suivante  : 

«  Je  viens  de  prendre  connaissance  des  statuts  et  règlements  de  la 
Société  nationale  d'Acclimatation  que  vous  avez  eu  l'obligeance  de  m'a- 
dresser. 

>  Je  vois  figurer,  au  n°  2  des  prix  extraordinaires  à  décerner,  le  para- 
graphe suivant  : 

«  §  1 La  Société  voudrait  voir  étudier  particulièrement  les  causes 

»  qui  peuvent  s'opposer  à  l'acclimatation  et  les  moyens  qui  peuvent  servir 
»  à  combattre  ou  prévenir  leurs  effets.  » 

»  Je  pense  que  les  travaux  de  la  Ligue  répondent  au  but  indiqué, 
puisque  nous  avons  étudié  particulièrement  les  causes  qui  s'opposent  en 
Algérie  à  l'acclimatation,  non  seulement  des  animaux  et  des  végétaux, 
mais  encore  de  l'homme. 

»  Notre  climat,  jadis  magnifique,  et  qui  pouvait  admettre  toutes  les 
cultures,  est  transformé  aujourd'hui  au  point  que  l'on  doit  craindre 
inèine  pour  l'existence  de  la  vigne,  notre  dernière  ressource.  Les  races 
d'animaux  dégénèrent,  les  cultures  se  limitent  de  jour  en  jour,  et  il  ne 
faut  plus  songer  à  l'introduction  d'aucune  espèce  exotique. 

î  La  cause  de  tous  nos  malheurs  a  été  nettement  spécifiée  par  nous  : 
a'est  la  dévastation  insensée  de  nos  forêts  ! 


42  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

»  Tous  nos  efforts  tendent  à  obtenir  de  l'État  et  des  particuliers  que 
ces  ravages  soient  arrêtés  et  que  l'on  repeuple  les  sommets  dénudés  de 
nos  montagnes. 

î  J'espère  donc  que  nous  aurons  l'honneur  de  voir  admis  au  bienveil- 
lant examen  de  notre  Société  les  travaux  de  la  Ligue,  qui  n'ont,  en  défi- 
nitive, pour  but  que  de  rendre  possibles  en  Algérie  l'habitabilité  de 
l'homme  et  l'acclimatation  des  animaux  et  des  végétaux.  » 

—  M.  le  Président  du  Comité  central  d'Exposition  de  l'île  de  la  Réu- 
nion écrit  à  M.  le  Président  : 

«  M.  le  Gouverneur  m'a  transmis,  pour  y  être  répondu  par  le  Comité 
central  d'Exposition,  la  lettre  en  date  du  10  août  dernier  par  laquelle 
vous  avez  bien  voulu  lui  demander  de  vous  faire  connaître  quelles  sont, 
en  ce  moment,  les  questions  se  rattachant  à  vos  travaux,  qui  intéressent 
la  Colonie,  et  les  services  rendus  à  l'acclimatation,  dans  le  pays,  pen- 
dant ces  dernières  années. 

j  Le  Comité,  réuni  à  cet  effet,  s'est  empressé,  dans  sa  séance  du 
J8  courant,  de  préparer  les  notes  que  j'ai  l'honneur  de  vous  adresser 
sous  ce  pli. 

»  En  vous  les  transmettant,  permettez-moi  de  me  faire  l'interprète 
des  sentiments  de  gratitude  qu'éprouve  le  Comité  pour  l'attention  dont 
l'île  de  la  Réunion  a  été  l'objet,  de  la  part  de  la  Société  d'Acclimatation 
de  Paris. 

»  La  démarche  toute  bienveillante  dont  elle  vient  de  prendre  l'initia- 
tive a  produit  une  excellente  impression  dans,  la  Colonie  qui  en  a  été 
informée  par  la  voie  des  journaux  ;  elle  ne  peut  manquer  d'y  avoir  aussi 
de  très  bons  résultats,  .le  me  joins  à  mes  collègues  pour  vous  prier  d'en 
recevoir  nos  bien  sincères  remerciements  et  d'en  témoigner  toute  notre 
reconnaissance  à  la  savante  Société  que  vous  présidez.  » 

—  M.  le  marquis  de  Pruns,  Secrétaire  général  de  la  Société  d'horti- 
culture d'Acclimatation  et  des  sciences  du  Cantal,  écrit  du  château  de 
Brassac  : 

«  Mon  éloignement  de  Paris  ne  me  permettant  pas  d'assister  aux  inté- 
ressantes réunions  de  la  Société  d'Acclimatation ,  permettez-moi  d'en- 
voyer à  nouveau  un  vœu,  que  j'avais  déjà  émis,  et  que  je  regarde  comme 
extrêmement  utile  pour  l'avenir. 

»  Il  faut  que  les  animaux  élevés  par  l'homme  pour  l'agriculture  se  con- 
forment comme  taille,  à  un  moment  donné,  avec  l'émiettement  et  la  dispa- 
rition de  la  grande  propriété.  Dans  nos  départements  du  Centre,  les  ani- 
maux de  petite  taille,  et  d'une  nourriture  facile  et  peu  coûteuse,  doivent 
être  propagés. 

»  J'ai  donc  l'honneur  de  demander  à  la  Société  d'Acclimatation  de 
Paris,  dont  les  avis  ont  une  si  grande  autorité  :  1°  que,  par  l'intermé- 
diaire de  son  Bureau,  elle  demande  au  ministère  de  l'Agriculture  que 
dorénavant  la  Chèvre  soit  admise,  soit  comme  laitière,  soit  comme  lai- 


PROCÈS-VERBAUX.  43 

nage,  aux  Concours  régionaux,  parce  qu'elle  répond  à  un  besoin  de 
l'époque,  qu'elle  est,  par  excellence,  la  vache  du  pauvre,  parce  que  les 
belles  espèces  à  soie  de  l'Orient  peuvent  enrichir  l'industrie  de  laines 
fines  et  donnent  des  pelleteries  d'une  grande  solidité;  2"  que  l'État,  afin 
d'encourager  l'élevage,  leur  accorde  des  primes.  11  en  donne  à  des  ani- 
maux infiniment  moins  utiles. 

»  Je  demande  que  mon  vœu  soit  transmis  à  qui  de  droit  et  formulé 
dans  une  des  prochaines  réunions.  Je  demanderai  également  que  la  So- 
ciété encourage,  dans  nos  provinces  du  Midi,  les  variétés  très  naines  de 
Chèvres  comme  chasse.  » 

—  M.  Naudin  adresse  la  note  qui  lui  a  été  demandée  en  vue  de  fournir 
à  M.  Le  Châtelier,  officier  aux  affaires  indigènes,  en  mission  à  Ouargla, 
les  instructions  qu'il  désire  pour  les  cultures  à  entreprendre  dans  cette 
oasis  : 

«  Je  serai  enchanté,  écrit  notre  savant  confrère,  d'entrer  dans  les 
vues  de  M.  Le  Châtelier,  autant  que  mes  faibles  moyens  me  le  per- 
mettront. Ouargla,  à  la  latitude  de  32  degrés,  presque  celle  de  la  basse 
Egypte,  serait  un  magnifique  endroit  pour  faire  de  l'acclimatation  de 
plantes  et  d'animaux,  si  l'on  peut  y  avoir  de  l'eau  (condition  première) 
et  si  l'accès  en  est  facilité  par  une  bonne  route,  et  mieux  encore  par  un 
mauvais  chemin  de  fer,  à  une  seule  voie,  en  attendant  qu'on  puisse  faire 
mieux. 

»  Je  ne  connais  pas  personnellement  la  localité;  mais,  dès  qu'il  y  a 
des  habitants,  on  peut  augurer  qu'elle  peut  devenir  importante,  comme 
point  d'appel,  pour  les  caravanes  qui  vont  trafiquer  avec  le  Soudan. 

»  Ce  qu'il  faut,  avant  tout,  c'est  de  l'eau,  qu'elle  vienne  de  puits  arté- 
siens ou  d'étangs  et  de  lacs  créés  artificiellement  par  des  barrages,  peu 
importe.  Avec  l'eau,  on  fera  tout  ce  qu'on  voudra.  Si  on  veut  y  établir 
des  cultures,  et  il  faudra  qu'on  en  vienne  là,  la  première  chose  à  faire, 
selon  moi,  serait  de  faire  d'épaisses  plantations  d'arbres  autour  des 
centres  de  culture,  pour  arrêter,  au  moins  dans  une  certaine  mesure,  le 
vent  du  désert  et  l'envahissement  du  sable  apporté  par  ce  vent  ;  fixer  les 
dunes  par  des  plantations  de  plantes  à  racines  traçantes  et  d'arbustes 
rustiques  appropriés  au  sol  et  au  climat.  On  les  ti:ouverait  probable- 
ment dans  le  pays  même. 

»  Pour  qui  ne  connaît  l'endroit  que  par  ouï-dire,  il  n'est  pas  facile 
d'indiquer  le  choix  à  faire.  On  peut  cependant  l'essayer,  sauf  à  corriger 
les  erreurs  au  fur  et  à  mesure  que  l'expérience  les  ferait  reconnaître. 
A  première  vue,  les  arbres,  arbrisseaux  et  plantes  drageonnantcs  des 
parties  les  plus  arides  de  l'Australie  (qui  peuvent,  sous  plus  d'un  rapport, 
rivaliser  de  sécheresse  et  de  chaleur  torridc  avec  le  Sahara  algérien), 
semblent  devoir  être  recommandés  en  première  ligne.  Ce  sont,  par 
exemple,  les  Eucalyptus  buissonnants,  les  Mélaleucas,  les  Calothammis, 
les  Acacias  phyllodaires,  en  un  mot  toute   cette  broussaille  dure  qui 


M  SOCIÉTÉ  NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

constitue,  en  Australie,  ce  qu'on  appelle  les  Mallee  scriibs.  C'est  avec 
cette  végétation  exercée  à  endurer  la  plus  extrême  sécheresse  qu'on  for- 
merait la  ligne  de  défense  contre  le  sable  et  le  vent  du  désert. 

»  En  dedans  de  ce  rempart,  s'établiraient  les  cultures  productives 
(toujours  à  condition  qu'il  y  aurait  de  l'eau),  Dattiers,  céréales  appro- 
priées au  sol  et  au  climat,  arbres  fruitiers  (Pruniers,  Abricotiers,  Vignes, 
Kakis  de  la  Chine  et  du  Japon,  Orangers,  Mandariniers,  Citronniers), 
aux(]uels  on  pourrait  essayer  d'ajouter  le  Manguier  {Mangifera  indica), 
qui  fructifie  très  bien  à  Madère  et  aux  Canaries,  l'Avocatier,  le  Maniméa 
ou  Abricotier  d'Amérique,  etc.  Les  plantes  fourragères  ne  devraient 
pas  être  oubliées,  et  ou  pourrait  essayer  d'abord  celles  qui  sont  indi- 
quées dans  le  pays,  sauf  à  les  améliorer  par  la  culture,  puis  les  fourra 
gères  exotiques,  dont  le  nombre  est  grand.  Comme  arbres  à  produire 
rapidement  du  bois,  je  n'en  vois  pas  qui  conviennent  mieux  que  les 
Eucalyptus,  mais  il  faudrait  choisir,  dans  le  grand  nombre  des  espèces 
du  genre,  celles  qui  i)Ourraient  s'accommoder  du  terrain.  Si  le  terrain 
est  humide  ou  marécageux,  ce  sont  les  Swamp  gums  qu'il  faudrait 
choisir;  si  le  terrain  est  sec  pendant  la  plus  grande  partie  de  l'année,  il 
faudrait  y  mettre  les  espèces  qui  craignent  l'humidité  stagnante  dans  le 
sol.  Tout  ceci,  bien  entendu,  est  purement  théorique;  il  faudrait  avoir 
séjourné  quelque  temps  sur  les  lieux  pour  savoir  à  peu  près  à  quoi  s'en 
tenir  sur  les  succès  à  attendre  de  ces  diverses  plantations. 

»  Si  elles  réussissaient,  Ouargla  serait  le  lieu  oîi  la  Struthioculture 
aurait  toute  chance  de  prospérer.  On  serait  là  dans  le  climat  de  l'Au- 
truche. Toutes  les  bêtes  curieuses  de  la  Nouvelle-Hollande,  mammifères, 
oiseaux,  reptiles,  mollusques  terrestres  (comestibles),  animaux  à  domes- 
tiquei'  [)Our  la  table  ou  le  plaisir  des  yeux,  seraient  là  comme  dans  leur 
paradis  terrestre.  Mais  je  répète  qu'il  faut  de  l'eau,  encore  de  l'eau,  et 
toujours  de  l'eau,  et  si  M.  Le  Chàtelier  est  assez  heureux  pour  perforer 
le  sol  aux  bons  endroits,  il  aura  rendu  un  service  immense  au  pays,  à  la 
science  et  à  l'industrie.  » 

—  Des  demandes  de  cheptels  sont  adressées  par  MM.  Laniol  et  G.  Lar- 
rieu.  —  Renvoi  à  la  Conunission  spéciale. 

—  M.  Garnot  communique  deux  lettres  par  lesquelles  MM.  Géré  et 
Maurice  de  Muizon  lui  rendent  compte  de  l'élevage  des  Canards  du 
Labrador  qu'ils  ont  reçus.  M.  Géré  a  obtenu  trois  couvées  du  couple  qu'il 
tenait  directement  de  M.  Garnot;  une  couvée  de  8  Canetons,  et  deux  de 
7  chacune. 

M.  Maurice  de  Muizon  a  reçu  de  M.  Jacquemart  (de  Reims)  un  Canard 
et  une  Cane.  «  Le  mâle,  écrit  M.  de  Muizon,  était  beau;  mais  la  Cane 
était  petite  et  tachée  de  blanc.  En  fort  peu  de  temps,  les  Canetons  sont 
devenus  plus  gros  que  leur  mère,  leur  plumage  est  magnifique;  trois  ou 
quatre  d'entre  eux  avaient  quelques  petites  plumes  blanches;  ceux-là  ont 
tous  été  mangés  et  trouvés  fort  bons. 


PROCÈS-VERBAUX.  45 

)  Goniine  j'avais  beaucoup  de  femelles,  j'ai  pu  donner  un  mâle  et 
deux  femelles  au  père  Prieur  de  la  Trappe  d'Egiiey  (membre  de  la 
Société  d'Acclimatation)  qui  m'avait  été  indiqué  pour  recevoir  le  lot 
que  je  devais,  selon  vos  instructions,  donner  à  un  membre  de  notre 
Société. 

>  En  résumé,  la  race  du  Labrador  a  fort  bien  réussi  chez  moi  et  j'es- 
père, l'année  prochaine,  en  avoir  encore  de  meilleurs  résultats.  > 

—  M.  Nelson-Pautier  écrit  de  Lisie  (Uordogue)  :  «  J'ai  l'honneur  de 
vous  envoyer  la  relation  d'une  remar(iue  fortuite  que  j'ai  eu  l'occasion  de 
faire  sur  la  somme  extraordinaire  de  résistance  vitale  présentée  par  le 
Lapin. 

»  Quelle  que  soit  l'invraisemblance  apparente  de  mon  récit,  je  l'assure 
exact,  et  vous  pouvez  y  ajouter  foi.  Je  tiens  d'ailleurs  à  la  disposition  des 
incrédules,  les  témoignages  affirnialifs  des  personnes,  parfaitement  hono- 
rables, qui  ont,  en  même  temps  que  moi,  constaté  le  fait: 

»  Le  mardi  31  octobre  dernier,  je  prêtais  un  superbe  Lapin  étalon, 
de  race  commune  mais  pesant  néanmoins,  alors,  4*"' ,500,  à  un  de  mes 
amis  chez  lequel  je  devais  le  reprendre  le  mercredi  8  novembre.  Ce 
jour-là,  en  ell'et,  au  moment  de  mon  départ  (neuf  heures  du  matin),  le 
Lapin  a  été  placé  dans  le  colfre  de  ma  voiture,  et  ramené  chez  moi.  Ce 
coffre,  très  étroit  et  élevé  de  G'" ,25  seulement,  ne  contenait  absolument 
rien,  et  ne  permettait  à  l'animal  presque  aucun  mouvement. 

î  En  rentrant, j'ai  trouvé  chez  moi  une  lettre  qui  exigeait,  de  ma 
part,  un  voyage  immédiat,  et  je  suis  parti  par  le  premier  train,  oubliant 
de  faire  délivrer  la  malheureuse  bête.  Mon  absence  a  duré  jusqu'au 
13  novembre. 

»  A  mon  retour,  j'avais  quelques  affaires  à  mettre  au  courant,  et  je  n'ai 
point  songé  au  Lapin.  Le  samedi  18  novembre  seulement,  à  deux  heures 
du  soir,  c'est-à-dire  un  peu  plus  de  dix  jours  après  son  incarcération,  je 
me  suis  souvenu  de  la  pauvre  bête,  et,  la  supposant  morte  depuis  plu- 
sieurs jours,  j'ai  donné  l'ordre,  à  mon  domestique,  de  l'extraire  du 
coffre,  et  de  l'enfouir. 

»  Je  supposais  mal.  Le  Lapin  n'était  point  mort,  mais  d'une  maigreur 
telle  qu'il  ne  pesait  plus  que  l'"',380.  11  a  dû  se  nourrir  de  sa  fiente, 
puisqu'il  ne  s'en  est  pas  trouvé  un  atome  dans  le  coffre. 

»  J'ai  placé  aussitôt  ce  Lapin  dans  une  boite,  et  je  lui  ai  présenté  une 
tige  de  carotte  qu'il  a  mangée  très  lentement.  Le  soir,  je  lui  ai  donné 
deux  ou  trois  grammes  de  son.  Le  lendemain  et  les  jours  suivants,  il  a 
reçu,  progressivement,  une  nourriture  plus  abondante,  et,  cinq  jours 
après  sa  délivrance,  il  se  portait  à  merveille. 

»  Aujourd'hui,  il  a  reconquis  sa  vigueur  habituelle,  il  pèse  3'''',900,  et 
a  repris,  depuis  huit  jours,  son  service  d'étalon,  ne  paraissant  conserver 
aucune  trace  de  son  jeune  prolongé.  » 

—  A  l'occasion  de  cette  lettre,  M.  le  Président  rappelle  les  expériences 


46  SOCIÉTÉ  NATIONALE  d'aCCLIMATATION. 

faites  par  M.  Morot,  aujourd'hui  vétérinaire  inspecteur  de  la  Bou- 
cherie de  Paris.  On  doit  à  M.  Morot,  qui  exerçait  précédemment  à 
Semur,  de  curieuses  observations  sur  l'habitude  singulière  qu'a  le  Lapin, 
placé  dans  certaines  conditions,  de  faire  disparaître  ses  excréments, 
qu'on  retrouve  dans  son  estomac  à  l'état  de  pelottes  stercoraires.  L'exis- 
tence de  ces  pelottes  avait  déjà  été  signalée  par  Aristote;  mais  on  en 
ignorait  l'origine.  Le  fait  a  été  soumis  au  contrôle  d'un  vétérinaire  de 
l'École  d'Aï  fort,  qui  en  a  reconnu  la  parfaite  exactitude.  Il  a  été  constaté 
en  outre  que  l'animal  ne  reprend  ses  déjections  qu'au  moment  même  de 
leur  expulsion,  et  avant  qu'elles  ne  soient  tombées  à  terre. 

M.  le  Président  ajoute  que  les  Lapines  mères  nettoient  de  la  même 
façon  leur  nid;  on  a  observé  qu'une  femelle  peut  ainsi  contracter  la 
tuberculose  en  prenant  les  excréments  de  ses  petits  auxquels  on  avait 
inoculé  la  maladie. 

—  M.  le  Président  de  la  Société  Linnéenne  du  nord  de  la  France  trans- 
met le  rapport  suivant,  présenté  à  cette  société  par  M.  Léon  Carpentier 
sur  l'établissement  de  pisciculture  de  M.  Alphonse  Lefebvre  à  Amiens  : 
«  Les  expériences  de  M.  Lefebvre  peuvent  se  diviser  en  deux  catégories  : 
1"  l'élevage  des  poissons  comestibles  indigènes  et  des  espèces  étrangères 
susceptibles  d'être  acclimatées  dans  notre  région  et  dont  la  reproduction 
en  liberté  serait  un  véritable  bienfait  pour  l'alimentation  publique; 
2°  l'élevage  des  poissons  d'ornement,  qui  n'offre  qu'un  intérêt  de  curio- 
sité. 

»  Toute  cette  ménagerie  aquatique  consomme  de  la  chair  de  bœuf  ou 
de  cheval  finement  hachée;  mais  les  alevins  sont  nourris  de  proies  vi- 
vantes, consistant  en  larves  de  tipules,  nais,  cntomostracés  d'eau  douce 
et  autres  petits  animaux  aquatiques. 

))  Les  appareils  d'éclosion  sont  disposés  dans  un  local  spécial  oîi  se 
trouvent  aussi  plusieurs  grands  aquariums  dans  lesquels  l'eau  se  renou- 
velle incessamment,  et  où  les  jeunes  poissons  acquièrent,  sous  l'œil  de 
l'observateur,  une  taille  suffisante  pour  pouvoir  être  lâchés  dans  la  ri- 
vière qui  arrose  la  propriété. 

»  Ombles-Chevaliers.  —  Ce  beau  poisson  croît  assez  rapidement;  mais 
il  est  assez  difficile  à  élever  jusqu'à  la  résorption  de  la  vésicule  ombi- 
licale. Beaucoup  d'alevins  périssent  par  suite  d'un  gonflement  anormal 
de  cette  vésicule  qui  se  trouve  alors  entourée  d'une  seconde  enveloppe 
renfermant  une  quantité  relativement  considérable  d'eau  albuminée. 

j)  M.  Lefebvre  a  réussi  à  sauver  d'une  mort  certaine  une  cinquantaine 
d'alevins  malades,  en  crevant  avec  précaution  l'enveloppe  extérieure  de 
la  vésicule,  d'où  s'échappait  un  liquide  séreux. 

»  Cette  petite  opération  chirurgicale  mérite  d'être  portée  à  la  connais- 
sance des  pisciculteurs  qui  ont  dû  observer  cette  maladie  dans  leurs 
élevages  d'Ombles-Chevaliers. 

j»  Vn  certain  nombre  de  ces  poissons,  nés  du  10  au  20  février  1881, 


PROCÈS-VERBAUX.  47 

J'œufs  reçus  d'Huningue,  mesurent  aujourd'hui  de  12  à  22  centimètres 
de  longueur. 

»  Truites.  —  M.  Lefebvre  a  obtenu  de  nombreuses  éclosions  de  cet 
excellent  poisson.  Dans  un  compartiment  de  la  rivière,  on  voit  18  Truites 
de  25  à  30  centimètres  de  longueur.  Elles  proviennent  d'œufs  fécondés 
artificiellement  le  15  novembre  1879,  éclos  en  février  1880.  Le  reste  de 
cette  édosion  a  été  lâché  dans  le  bassin  de  la  Hotoie. 

»  D'autres  individus,  hybrides  de  la  Truite  commune  et  de  la  Truite 
des  lacs,  longs  de  15  à  20  centimètres,  proviennent  d'œufs  fécondés  le 
15  novembre  et  éclos  au  commencement  de  janvier  1881. 

»  Plusieurs  sujets  ont  atteint,  dans  la  petite  rivière,  une  taille  de  35  à 
45  centimètres  de  longueur,  et  un  poids  de  600  grammes  à  1  kilo- 
gramme. 

»  Sahno  fontinalis.  —  Environ  200  individus  de  cette  espèce  pro- 
viennent d'œufs  envoyés  par  la  Société  d'Acclimatation.  Tous  ces  pois- 
sons, malgré  leur  différence  de  taille  (5  à  16  centimètres  de  longueur), 
sont  de  la  même  éclosion  (février  1882).  L'envoi  se  composait  de  1611  œufs 
dont  6  ne  sont  pas  éclos,  17  jeunes  sont  morts  avant  la  résorption  de  la 
vésicule  ombilicale,  et  1588  sont  arrivés  à  l'état  d'alevins,  et  ont  été 
placés  dans  un  grand  aquarium,  le  17  mars,  puis  dans  la  rivière,  le 
20  juillet.  11  en  restait  alors  1185. 

»  Éperlaus.  —  M.  Lefebvre  a  aussi  tenté  d'élever  l'Éperlan  de  Seine; 
mais  cette  espèce,  localisée  dans  les  larges  estuaires,  ne  pouvait  trouver 
en  captivité  les  conditions  nécessaires  à  son  existence.  7  individus  reçus 
le  7  novembre  1881,  ont  vécu  5  mois  dans  un  bassin.  Au  commencement 
d'avril,  la  laitance  des  mâles  s'échappait  facilement;  c'est  alors  qu'ils 
furent  attaqués  par  le  byssus  qui  les  fit  périr  avant  que  les  œufs  de  la 
femelle  fussent  tout  à  fait  mûrs;  celle-ci  ne  tarda  pas  à  éprouver  le 
même  sort.  11  est  douteux  que  ce  petit  salmonide  puisse  s'acclimater 
dans  nos  eaux. 

»  Macropodes.  —  Un  grand  nombre  de  ces  jolis  poissons  provenant  de 
plusieurs  générations,  sont  logés  dans  un  large  aquarium.  La  fécondité 
de  cette  curieuse  espèce  est  remarquable,  et  sa  croissance  est  très  rapide. 
Un  couple  de  Macropodes  nés  le  14  mars  1876,  et  mis  à  part  le  14  août 
suivant,  avait  des  .jeunes  cinq  jours  après.  Malheureusement  la  tempéra- 
ture assez  élevée  qu'exige  ce  poisson,  nuira  à  sa  propagation  dans  les 
aquariums.  Les  amateurs  lui  préfèrent  les  espèces  rustiques  pouvant  se 
passer  de  bassins  chauffés... 

))  Un  des  aquariums  offre  un  spectacle  des  plus  intéressants  :  c'est  la 
réunion  des  métis  de  Cyprins  dorés  de  la  Chine  avec  sa  variété  mons- 
trueuse, connue  sous  le  nom  de  Télescope.  Les  individus  obtenus  par  ce 
croisement,  au  nombre  d'environ  trois  cents,  présentent  une  infinie  va- 
riété de  formes,  rappelant  un  ou  plusieurs  des  caractères  du  type  téles- 
cope :  ventre  ballonné,  yeux  saillants,  queue  double. 


48  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aCCLIMATATION. 

»  M.  Lefebvre  a  compris  le  haut  intérêt  du  repeuplement  de  nos  rivières, 
et  si  les  effets  n'ont  pu  s'en  faire  sentir  jusqu'à  présent  qu'en  de  rares  en- 
droits, il  faut  en  attribuer  la  cause  à  la  mauvaise  qualité  d'une  grande 
partie  de  nos  eaux  courantes,  empoisonnées  par  les  égouts  d'usines  dans 
les  environs  d'Amiens. 

»  Nous  avons  cependant  la  conviction  que  M.  Lefebvre  trouvera  un 
champ  d'expériences  assez  vaste  pour  acclimater  dans  noire  pays  les 
belles  espèces  de  Salmonidés  et  en  repeupler  nos  cours  d'eau. 

ï  La  Société  d'Acclimatation,  qui  a  déjà  fait  participer  notre  collègue 
aux  distributions  d'œufs  de  poissons  qu'elle  envoie  généreusement  aux 
pisciculteurs,  au  moment  du  frai,  continuera,  nous  l'espérons,  à  lui 
mettre  en  mains  de  nouveaux  sujets  d'étude,  qu'il  saura  utiliser  avec 
intelligence.  » 

—  M.  Von  Behr,  président  de  la  Société  allemande  de  pisciculture, 
écrit,  à  M.  le  Secrétaire  des  séances  :  «  Le  lac  de  Garde  possède  deux 
espèces  délicieuses  de  Truite  :  d'abord  la  vraie  Trutta  lacustris,  qui  fraye 
très  tard,  et  puis  le  Carpione  {Farlo  Carpio),  curieuse  espèce  qui  fraye 
soit  en  juillet,  soit  en  décembre. 

î  J'en  ai  commandé  des  œufs,  et  je  vous  enverrai,  probablement  en 
janvier,  2000  Trutta  lacustris  et  3000  Carpioni. 

»  Vous  recevrez  aussi  des  œufs  de  petite  3Iaraene  [Coregonus  al- 
bula).  î 

—  M.  Zenk,  directeur  de  l'Association  de  pisciculture  de  la  Basse- 
Franconie,  annonce  l'envoi  qu'il  a  l'intention  de  faire  à  la  Société  d'ale- 
vins de  Sandre  [Lucioperea  aandra). 

—  M.  Raveret-Wattel  fait  ressortir  l'intérêt  qui  s'attacherait  à  l'intro- 
duction du  Sandre  dans  certaines  eaux  closes,  oîi  cette  belle  et  bonne 
espèce  de  Percoïde,  du  centre  et  du  nord  de  l'Europe,  réussirait  proba- 
blement fort  bien,  pourvu  qu'elle  y  trouve  une  eau  pure,  autant  que 
possible  un  fond  de  sable,  et  surtout  une  nourriture  abondante,  car  elle  est 
extrêmement  vorace.  «  Le  Sandre  ou  Brochet-Perche,  ajoute  M.  Raveret- 
Wattel,  rappelle,  comme  son  nom  l'indique,  d'un  côté  le  Brochet  par 
ses  formes  élancées,  par  sa  tête  allongée  et  par  ses  grandes  dents  ;  de 
l'autre,  la  Perche  par  ses  écailles  rugueuses,  par  la  forme  et  la  disposition 
de  ses  nageoires  dorsales  et  par  les  taches  de  ses  flancs.  Puissamment 
armé,  atteignant  rapidement  une  forte  taille,  et  toujours  poussé  par  un 
appétit  insatiable,  le  Sandre  exerce  continuellement  autour  de  lui  de 
terribles  ravages.  11  est  aisé  de  comprendre  quelle  énoi'me  destruction 
de  poissons  doit  faire  un  Carnivore  qui  atteint,  en  peu  de  temps,  une  lon- 
gueur de  3  à  4-  pieds,  avec  un  poids  de  i25  à  30  livres.  Évidemment  on  ne 
saurait  songer,  à  cause  de  sa  voracité,  à  introduire  une  pareille  espèce 
dans  nos  rivières  déjà  si  dépeuplées;  mais  elle  aurait  sa  place  indiquée 
dans  des  eaux  closes,  riches  en  poisson  blanc.  » 

—  A  cette  occasion,  M.  Raveret-Wattel  signale  un  nouveau  règlement 


PROCÈS-VERBAUX.  49 

sur  la  pêche,  récemment  mis  en  vigueur  en  Italie  (i),  règlement  qui  in- 
terdit d'introduire  toute  nouvelle  espèce  de  poisson  dans  un  cours  d'eau 
sans  avoir  obtenu  la  permission  du  Préfet,  lequel  doit,  avant  de  l'accor- 
der, prendre  l'avis  du  Conseil  provincial  et  de  la  Chambre  de  commerce. 

—  M.  Sanford,  de  Washington,  met  à  la  disposition  de  la  Société  des 
noix  de  Pacanier  provenant  de  ses  propriétés.  «Le  Pacanier,  écrit 
M.  Sanford,  est  très  répandu  dans  les  forêts  du  Texas  et  on  en  exporte 
beaucoup  de  noix  vers  le  Nord,  où  elles  sont  très  goûtées  comme  fruits 
de  dessert.  Mais  les  meilleures  sont  celles  qui  viennent  des  arbres  cul- 
tivés; elles  sont  plus  grosses,  les  arbres  sont  aussi  plus  grands.  J'en  ai 
une  douzaine;  ils  sont  superbes.  .)e  serai  très  heureux  d'avoir  été  utile 
à  l'introduction  de  cet  arbre  en  France. 

»  J'avais  d'abord  supposé  qu'il  était  impossible  de  le  faire  végéter 
dans  un  pays  aussi  froid  que  la  Belgique.  Mais  les  amis  auxquels,  il  y  a 
une  douzaine  d'années,  j'ai  donné  de  ces  noix  ont  obtenu  des  arbres 
très  beaux. 

»  Chez  nous  ils  croissent  très  vite,  et  en  Flandre  il  y  en  a  qui  ont  pro- 
duit des  fruits  dès  l'âge  de  huit  ans.  Je  suis  persuadé  qu'au  sud  de  la 
France,  le  Pacanier  deviendra  un  grand  et  bel  arbre. 

»  Je  vous  adresserai  prochainement  des  noix  pour  semis.  » 

—  M.  Charles  iNicolas,  professeur  d'agriculture  à  Oran,  demande  à 
prendre  part  aux  concours  de  la  Société,  et  transmet  un  catalogue  des 
végétaux  cultivés  au  champ  d'études  de  la  Lunette  de  la  Gampana. 

—  M.  Humbert,  instituteur  à  Baddou  (Haute-Saône),  adresse  un  rap- 
port détaillé  sur  les  essais  de  culture  en  1881-1882. 

—  M.  Raoul  de  Cazenove  écrit  de  Bal  mont  (Rhône)  :  «  J'ai  l'honneur  de 
vous  adresser  le  tiers  de  ma  récolte  de  Soja,  provenant  du  cheptel  de 
graines  qui  m'avait  été  confié,  il  y  a  deux  ans,  par  la  Société.  J'espère 
étendre  davantage  cette  culture  l'an  prochain.  Le  second  semis  a  été 
fait  fin  mars,  à  l'exposition  du  sud-sud-ouest,  sur  une  terre  de  7  pour  100 
de  déclivité,  sous-sol  granitique,  terre  argilo-calcaire,  anciennement 
fumée  et  contenant  assez  d'humus.  La  récolte  de  chaque  pied  a  été 
de  15  à  25  gousses,  le  plus  ordinairement  contenant  deux  pois,  très 
rarement  quatre. 

»  Une  terre  plus  légère  que  celle  dont  je  dispose,  par  exemple  le 
terrain  sablouneux,  dit  siz,  dans  les  Cévennes,  provenant  de  la  désagré- 
gation du  granit,  convient  beaucoup  mieux  au  Soja,  ainsi  que  je  m'en 
suis  assuré  par  un  essai. 

»  En  règle  générale,  la  terre  bonne  pour  l'asperge  est  bonne  pour  le 
Soja.  Mes  graines  de  Rhubarbe  du  Thibet  n'ont  pas  réussi;  quant  aux 

(l)  Ri'glcment  du  13  juin  1880  concernant  la  pêche  maritime  et  nuriale 
(voy.  Annuaire  de  législalion  étramjàre,  1881,  p.  311,  312,  et  bulletin  des  Ira- 
vaux  publics,  août  1882,  p.  148). 

3"  SÉltiE,  T.  X.  —  Janvier  1883.  4 


50  SOCIÉTÉ  NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

fèves  Agua-Dulce,  elles  ont  réussi  partiellement,  mais  les  plantes  ont  été 
attaquées  par  les  limaces  et  nia  récolte  a  été  infime  ;  mon  terrain  est 
peut-être  trop  sec  pour  cette  légumitieuse  des  plaines  marécageuses  de 
la  Lombard ie.  d 

—  M.  Charlfes  Baltet  écrit  de  Troyes  :  «Je  tiens  à  la  disposition  de  la 
Société  un  lot  de  graines  (baies)  de  Lo-za  {Rkamnus  utilis),  arbrisseau 
rustique  qui  produit  le  vert  de  Chine.  » 

—  M.  le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  dans  laquelle  M.  Vavin 
signale  un  remède  contre  la  rage,  dont  l'indication  aurait  été  donnée  à 
l'Académie  des  sciences  il  y  a  déjà  plusieurs  années.  M.  le  Président  veut 
bien  se  charger  de  faire  recherther  cette  communication  dans  les 
archives  de  l'Académie. 

—  M.  Raveret-Watlel  appelle  l'attention  de  la  Société  sur  les  diffi- 
cultés que  présente  le  repeuplement  des  cours  d'eau  dans  l'état  actuel 
des  choses,  et  il  fait  ressortir  la  nécessité,  pour  la  pisciculture,  d'entrer 
dans  une  voie  franchement  industrielle  par  l'exploitation  des  eaux  closes. 
Il  entre,  à  ce  sujet,  dans  quelques  détails  descriptifs  sur  plusieurs  éta- 
blissements de  pisciculture,  qui,  de  création  relativement  récente,  à 
l'étranger,  donnent  des  produits  très  rémunérateurs.  Il  mentionne  éga- 
lement l'établissement  créé  dans  le  département  de  l'Ain,  par  ftl.  Lu- 
grin,  de  Genève,  établissement  où  se  trouve  mis  en  usage  un  procédé 
très  ingénieux  pour  fournir  au  poisson  une  nourriture  animale  à  bon 
marché.  (Voy.  au  Bulletin.) 

—  M.  Saint-Yves  Ménard  signale  un  fait  curieux  de  lactation  prolongée 
observée  au  Jardin  d'Acclimatation,  chez  une  Vache  de  race  Schwitz, 
castrée  d'après  le  procédé  de  M.  Charlier.  Cette  Vache  a  donné  en  quatre 
ans  12  594  litres  d'un  lait  beaucoup  plus  riche  que  celui  de  certaines 
Vaches  normandes  considérées  comme  très  bonnes  laitières. 

M.  Saint-Yves  Ménard  ajoute  que  la  castration  facilite  en  outre  l'en- 
'gfaissement.  Un  embonpoint  considérable  se  manifeste  dès  que  s'arrête 
la  lactation,  et  il  est  probable  que  la  viande  gagne  aussi  en  qualité. 

SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  19  JANVIER  1883. 
Présidence  de  À.  Henri  BoULEY,  Président. 

Le  \)rocès-verbal  de  la  précédente  séance  est  lu  et  adopté. 
—  M.  le  Président  proclame  les  noms  des  membres  nouvellement  ad- 
mis par  le  Conseil,  savoir  : 

M.  PRÉSENTATEURS. 

,     ,  .     iwA   /  L.  Binder. 

Benoit  (Constant^,  avoue,  4,  avenue  de  W-  \  ^  ^^^^^^^^  Saint-Hila.re. 

pera,  à  Pans.  (  Saint- Yves  Ménard. 


PROCÈS-VERBAUX.  51 

MM.  PRÉSKNTATEUKS. 

Blancherais   (Henry    de   la),    propriétaire,  /  A.  Berthoule. 

membre   du  Conseil  municipal,  à  Cannes  }  J.  Cornély. 

(Alpes-Maritimes).  '  Raveret-Wattel. 

,.,     .  ,  . ,,  .       ,  „  .    l  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Cantrelle  (Alexis),  propriétaire,  a  beauvais  )   .    n    f 

\  A.  t  orte. 

^        ^'  (  Saint- Yves  Ménard. 

Desmatte    (Alexandre-Auguste),    professeur  (  ,   ^     „      c  •  .  n-i  • 

.     ^  ,,    ®        ,     ,     ,-,,     ,      l  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

des  sciences  naturelles    au  lycée  tnarle-  i  ^,    ,       ,. 

.0,1         1    ..  •      r.         •       '  (  Cn.  Leno-lier. 

magne,    13,   boulevard    Saint-Germain,   a/  q  •   .  v       m'      .1 

^^     ,  ,  f  oaiut~\ves  Menarcl. 

Pans.  V 

,,  /,^     .     V  ■■,  ■       A"  I    (  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

DUBUISSON  (Eugène),  propriétaire,  1/,  rue  de  \  •' 

•w^  1  <     r\        •  S     J  0  U  îl  II  11  0 . 

Presbourg,  a  Pans.  /    a    r>     ■ 

^'  [  A.  Porte. 

■^     •  .V  ./.Il         110,         /  L.  Binder. 

Lamy  (David),  avoue,  6,  boulevard  de  blras-  (|  .    ^     ^      ,.  -  ,  ,,.,  . 

,  ^    .  <  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

bourg,  a  Pans.  I  c  ■  ,  v       m  ■      a 

^'  \  baint-Yves  Menard. 

,r  ,     s  • .    •        t  K. .  {H.  Bouley. 

Leudet  (Léon),  propriétaire,  4,  rue  Menars,  \    .    ^     <«-      c      „  tii  ■ 

.^        />  r    r  >    »  '  )  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

(  Saint- Yves  Ménard. 

,    ^     ,„^  r.  •     T       .   A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Maisonneuve  (Charles),  13"2,  rue  Saint-Lu-  •»   »    p   .• 

zare,  à  Paris,  et  à  Nantes  (Loire-Inférieure).  )  ^  •  .  v       ai-      j 
'  '  ^  \  Saint-Yves  Menard. 

Mahieux  (E.  j.  a.),  caissier  de  la  Société  des  ^  A.  Dieu. 

ï)épôts  et  Comptes-courants,  63,   avenue  j  Gaudinot. 

de  Neuilly,  à  Neuilly.        "  (  Jouenne. 

»r  .,.•       .  •.    ■      .or>  1    Lesesne. 

Mallassagne  (Pierre),  propriétaire,  139,  ave- ^   . 

nue  de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine).  f  o  •  *  a-       a«  -       j 

■"  J  V         /  ^  Saint-\ves  Menard. 

,.,,,,      ,       .        r-   ,     ,        J  /  A.  Berthoule. 
Maquaire  (Amedee),  négociant,  o,  boulevard  \  ,.      •      n-       1 
,"  ,  •  L    ■  l  Maurice  Girard, 

de  Strasbourg,  a  Pans.  /  c  •  »  v       m  -       j 

°'  V  Saint- Yves  Menard. 

,„        ,  ...        ,a^-,  i  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

MoussET  (Pierre),  propriétaire,  127,  avenue  \   .    p         ' 

de  Neuilly,  à  Neuilly  (Seine).  ^  Saint-Yves  Ménard. 

RotViÈRE   (Jacques-Albert),  ingénieur  civil,  /  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

lauréat  de  la  prime  d'honneur  du  Tarn,  à  .  Maurice  Girard. 

Mazamet  (Tarn).  '  A.  Porte. 

SnARLAND  (Hubert-Henry),  propriétaire,  à  la  /  A.Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Fontaine-SaintrCyr,  près  Tours  (Indre-el-  |  A.  Porte. 

Loire).  (  Saint-Yves  Ménard. 

r.  ,^.  .  «  »T        f  A.  Berthoule. 

SOLLER  (Charles),  explorateur,  7,  rue  Nou-  \  ^^^^^  Grisard 

^^"^'  ^  P^"^-  Ravcret-Waltel. 


M.  PRÉSENTATEURS 

A.  Blot. 
Gleize. 


52  SOCIÉTÉ  NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

M. 

VioT  (Antoine-Eugène),  ancien   notaire,  62, 

rue  Charles-Lalitte,  à  Neuillv  (Seine).  i  "'T"""'         ,, ,       , 

■>  ^         ^  \  Saint- Yves  Menard. 

—  M.  le  docteur  Bertoni  adresse  des  remerciements  au  sujet  de  sa 
récente  admission. 

—  M.  le  Ministre  de  la  Marine  annonce  qu'il  vient  d'attribuer  à  la 
Société  un  exemplaire  de  la  Flore  de  la  Cochinchine,  par  M.  Pierre.  — 
Remerciements. 

—  Des  demandes  de  cheptels  sont  adressées  par  MM.  le  vicomte  de 
Bruce,  Dodemont-Delloye,  Fabre,  Desroches,  Le  Pelletier,  Léon  Menant, 
Nelsou-Pautier  et  le  marquis  de  Pruns. 

—  M.  Jourdan  écrit  de  Voiron  (Isère):  «  Le  17  juillet  dernier,  dans 
une  éclosion  de  poussins  de  la  race  pure  de  Langshan,  j'ai  obtenu  un 
jeune  Coq  revêtu  de  soies  au  lieu  de  plumes. 

»  Si  j'avais  eu  chez  moi  la  race  nègre,  j'aurais  pu  croire  à  un  rappro- 
chement entre  les  deux  espèces;  mais,  depuis  cinq  ans,  je  n'ai  plus  de 
volailles  nègres.  Les  parquets  où  sont  les  Langshan  leur  sont  spéciale- 
ment affectés;  d'ailleurs,  c'est  à  ce  jour  la  seule  espèce  à  laquelle  j'ai 
accordé  toute  ma  préférence. 

»  Sans  que  j'aie  l'espoir  que  le  Coq  dont  je  parle  obtienne  la  taille  et 
le  poids  de  son  père  (5''"300  au  18  mars),  il  est  d'une  jolie  force,  très 
fier:  il  porte  bien  la  tête,  qui  est  ornée  d'une  jolie  crête  et  d'oreillons 
qui  sont  d'un  rouge  des  plus  intenses  ;  tout  le  corps  est  bien  fourni  de 
soies,  qui  sont  d'un  noir  de  charbon;  les  tarses  et  les  pieds  sont  bien 
garnis  de  ces  mêmes  soies, 

•»  Je  crois  qu'avec  ce  Coq,  qui  est  très  ardent,  il  serait  facile  de  créer 
et  au  besoin  de  fixer  une  race  par  des  sélections  bien  comprises.  Reste  à 
savoir  s'il  n'y  a  pas  là  simplement  une  bizarrerie.  » 

—  M.  Croq  écrit  de  la  Grande-Métairie  (Vienne)  :  «  Depuis  deux  ans, 
je  m'occupe  de  l'élevage  de  Perdrix  rouges,  surtout  de  la  Perdrix  rouge 
Bartavelle.  Deux  couples  de  deux  ans  ont  pondu  cette  année  ;  la  fe- 
melle de  l'un  a  pondu  vingt-sept  œufs  et  l'autre  neuf.  C'est  assez  rare 
à  l'état  domestique,  tous  les  œufs  étaient  bons;  j'en  ai  élevé  vingt  et 
un,  qui  sont  tous  bien  portants,  et  que  je  lâcherai  après  la  clôture  de 
la  chasse.  » 

—  M.  de  Behr,  Président  de  la  Société  allemande  de  pisciculture, 
annonce  les  envois  qu'il  compte  faire  faire  prochainement  à  la  Société 
d'œufs  embryonnés  d'Omblc-Chevalier  {Salmo  salveliniis)  et  de  deux 
espèces  de  Truite  :  Salmo  lacustris  et  Salmo  carpio,  provenant  du  lac 
de  Garde. 

—  M.  le  Secrétaire  des  séances  fait  connaître  que  les  œufs  annoncés 
par  M.  de  Behr  sont  déjà  arrivés;  ils  étaient  en  parfait  état,   et  ont  été 


FROCÈS-VERBAUX.  53 

distribués  sans  retard.  M.  Raveret-Wattel  donne  à  cette  occasion  les 
renseignements  ci-après  : 

«  La  Truite,  connue  eu  Italie  sous  le  nom  de  Carpione,  est  une  belle 
et  bonne  espèce,  dont  la  réputation  était  déjà  établie  du  temps  de  Linné 
et  de  Block,  qui  la  désignent  sous  les  noms  de  Salmo  carpio  et  de 
Fario  carpo.  Heckel  est  également  d'avis  que  c'est  bien  une  espèce 
distincte  (et  non  une  simple  variété  locale),  très  voisine,  d'ailleurs,  delà 
Truite  des  lacs  [Salmo  lacustrls).  On  la  trouve  presque  dans  tous  les  lacs 
du  Tyrol  et  de  la  Haute-Italie,  avec  une  autre  espèce  spéciale,  elle  aussi, 
à  la  même  région  :  la  Truite  à  joues  rayées  {Salmo  genivittatus).  Les 
Carpioni  du  lac  de  Garde  sont  particulièrement  estimés;  la  chair  en ^ 
est  très  saumonée.  Cette  espèce,  qui  n'atteint  pas  une  très  forte  taille, 
a  les  écailles  assez  grandes  et  le  corps  maculé  de  petites  taches  noirâ- 
tres. Elle  se  plait  surtout  dans  les  eaux  très  profondes. 

»  D'après  M.  Ganevari,  Président  de  la  Société  de  pisciculture  du  lac  de 
Garde,  elle  fraye  dans  le  lac  même,  au  lieu  de  remonter  dans  les  cours 
d'eau,  comme  le  fait  la  Truite  des  lacs,  au  moment  de  la  reproduction. 
Des  essais  d'acclimatation  de  ce  poisson  vont  être  faits  dans  les  lacs  de 
l'Allemagne  du  Nord  où  le  Salmo  lacustris  n'a  pas  donné  jusqu'à  présent 
des  résultats  très  satisfaisants,  malgré  la  nature  des  fonds,  composés  de 
sable  et  de  gravier. 

»  L'Omble-Chevalier  {Salmo  umbla,  S.  salvelinus),  souvent  désigné 
en  Allemagne  sous  le  nom  de  Truite  rouge  {Rothforolle),  est  un  poisson 
moins  actif,  moins  carnassier  que  la  Truite.  Gomme  il  varie  beaucoup  sui- 
vant l'âge,  le  sexe  et  les  localités,  on  a  cru  souvent  devoir  en  distinguer 
plusieurs  espèces.  On  le  trouve  dans  beaucoup  de  lacs  aux  eaux  claires 
de  la  Haute.-Autriche  et  du  Tyrol,  en  Bavière  et  en  Suisse.  11  se  montre 
aussi  dans  les  lacs  des  monts  Carpathes,  jusqu'à  une  hauteur  de  "2000 
mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  Sa  croissance  est  assez  rapide, 
bien  qu'elle  n'égale  pas  toutefois  celle  de  la  Truite  des  lacs.  La  chair 
est  plus  ou  moins  saumonée,  parfois  tout  à  fait  blanche,  selon  la  saison, 
la  région,  et  surtout  la  nature  de  l'eau;  mais  elle  est  toujours  d'excel- 
lente qualité.  Les  Salvelais  du  lac  Fuschler,  aussi  bien  que  ceux  du  lac 
Hinter,  près  de  Berchtesgaden,  se  distinguent  par  leur  rapide  développe- 
ment; parfois  on  en  pêche  qui  atteignent  jusqu'à  10  ou  12  kilogrammes. 
La  pêche  se  fait  avec  de  grandes  seines,  manœuvrées  par  deux  bateaux. 
Beaucoup  d'établissements  de  pisciculture  de  l'Allemagne  élèvent  des 
métis  d'Omble-Chevalier  et  de  Truite,  qui  donnent  des  résultats  très 
satisfaisants  sous  le  rapport  de  la  rapidité  de  croissance. 

»  Dans  la  Haute-Aulriche,  on  ne  féconde  guère  artificiellement  les 
œufs  d'Omble-Ghevalier  qu'avec  de  la  laitance  de  Truite  de  ruisseau 
{Salmo  fario).  » 

—  M.  Louis,  maire  de  Saint-Germain-sous-Cailly,  régisseur  du  domaine 
de  Gouville  (Seine-Inférieure),  adresse  le  rapport  suivant  :  «  L'établis- 


54.  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

sèment  de  pisciculture  de  Gouviile,  toujours  eu  voie  de  développement, 
est  arrivé  cette  année  à  faire  reproduire  des  alevins  de  vingt  mois,  ap- 
partenant à  diverses  espèces. 

))  Des  Salmo  fontinalis,  reçus  d'Amérique  il  y  a  deux  ans,  ont  repro- 
duit cette  année  ;  six  femelles  ont  donné  oOUO  œufs,  dont  2750  sont  par- 
faitement éclos  et  ont  donné  des  alevins  très  vigoureux. 

»  Il  y  a  aussi  à  l'établissement  des  Truites  de  différentes  espèces,  dont 
on  recueille  les  œufs  en  ce  moment. 

»  Nous  avons  obtenu,  en  poissons  de  vingt  mois,  plusieurs  spécimens 
mesurant,  de  l'œil  à  la  naissance  delà  queue,  de  33  à  38  centimètres 
de  longueur,  et  d'un  poids  variant  de  300  à  500  grammes. 

»  Les  espèces  qui  ont  le  mieux  réussi  sont  :  la  Truite  ordinaire,  laTruite 
dite  d'Ecosse  et  le  S.  fontinalis.  Ces  derniers  sont  les  plus  forts  sujets. 

»  Quant  aux  Saumons,  Truites  des  lacs,  métis  de  Saumons  et  de 
Truites,  les  sujets  qui  nous  restent  sont  beaux,  mais  plus  petits  que  les 
précédents,  et  ils  ont  éprouvé  une  mortalité  de  80  pour  iOO  depuis  l'é- 
closion  jusqu'à  l'âge  d'un  an.  L'Omble-Chevalier  est  à  peu  près  impos- 
sible à  élever;  au  bout  d'un  an,  sur  cent  sujets,  quatre  ou  cinq  à  peine 
subsistent  encore. 

î  Nous  avons  remarqué  que  la  grande  quantité  de  nourriture,  dès  le 
premier  âge,  peut,  en  viciant  l'eau,  faire  un  grand  tort  aux  jeunes  pois- 
sons ;  la  nourriture  doit  donc  être  très  limitée  dans  les  trois  premiers 


mois. 


»  Nous  commencerons  l'année  prochaine  la  vente  des  poissons  éclos 
en  1880  et  en  janvier  et  février  1881.  » 

—  M.  des  Vallières  accuse  réception  et  remercie  de  l'envoi  d'œufs  de 
Truites  des  lacs  qui  lui  a  été  fait. 

—  M.  Ch.  Bureau,  d'Arras,  sollicite  un  lot  de  graines  de  Ver  à  soie  du 
miirier,  de  la  variété  Verdolina  Casati. 

—  M.  Hignet  écrit  de  Varsovie  :  «  Je  viens  rendre  compte  à  la  Société 
d'une  expérience  intéressante  que  j'ai  faite  cette  année  à  Sieltze,  dans 
ma  magnanerie  d'essai.  Vous  savez  que  depuis  quelques  années  je  me 
livre  à  l'éducation  de  Vers  à  soie  sauvages,  notamment  du  Cynthia,  du 
Yama-mài  et  du  Permji.  Le  Cynthia  est  complètement  acclimaté  en 
Pologne  par  sa  transformation  debivoltin  en  univoltin.  Je  viens  d'obtenir 
le  mime  résultat  avec  le  Peniyi,  qui  jusqu'à  présent  avait  résisté  aux 
essais  tentés  pour  empêcher  la  sortie  du  papillon  à  la  fin  de  l'été.  Celte 
année,  une  partie  de  ma  récolte  a  été  soustraite  à  la  loi  du  bivoltisme 
et  attend  à  la  cave  le  retour  de  la  belle  saison.  Les  cocons  que  j'ai  ou- 
verts avaient  leur  chrysalide  vivante  et  bien  vivante,  si  bien  que  je  puis 
espérer  d'avoir  au  printemps  mes  propres  reproducteurs.  Je  ne  vous  en 
serais  pas  moins  très  reconnaissant  de  vouloir  bien,  s'il  est  possible, 
disposer  de  quelques  œufs  en  ma  faveur.  11  faut  prévoir  les  mécomptes, 
car  le  printemps  est  encore  loin.  Si  vous  pouviez  m' envoyer  aussi  quel- 


PROCÈS-VERDAUX.  55 

ques  œufs  d'aulrcs  espèces  sauvages,  je  vous  en  serais  fort  obligé.  J'ai 
disposé  quelques  haies  do  pruniers,  de  noyers,  etc.  ;  j'ai  donc  tous  les 
éléments  nécessaires  pour  tenter  d'aulrcs  acclimatations.  La  graine  du 
Cijntliia  s'est  perdue  chez  moi,  car  j'en  ai  abandonné  l'éducation;  mais 
on  m'en  demande,  et  je  voudrais  pouvoir  répondre  à  ces  demandes  en 
reprenant  mes  éducations  de  ce  Ver. 

))  Vous  ai-je  déjà  parlé  de  la  manière  dont  je  conduis  mes  éducations 
en  plein  air?  Je  place  mes  Vers  sur  des  haies  qui  n'ont  pas  plus  de  six 
pieds  de  hauteur,  et  je  les  protège  avec  des  cadres  mobiles  munis  de 
filets.  Cinq  cadres  font  une  maisonnette  à  claire-voie  :  quatre  pour  les 
parois  et  un  pour  le  toit.  A  ce  premier  abri  s'en  ajoute  un  second, 
lorsque  la  feuille  est  à  peu  près  mangée;  on  enlève  la  paroi  du  milieu 
pour  ne  pas  gêner  la  communication.  Vingt  cadres  peuvent  suffire  à  une 
étendue  considérable  de  haies,  car  ils  se  transportent  au  fur  et  à  mesure 
qu'ils  se  trouvent  ne  plus  rien  avoir  à  protéger.  Les  haies  peuvent  se 
disposer  en  labyrinthe,  pour  en  établir  le  plus  grand  nombre  possible 
sur  un  terrain  donné  et  faciliter  la  surveillance.  C'est  un  mode  d'exploi- 
tation facile  et  peu  coûteux,  et  je  me  demande  si  la  culture  des  Vers  à  soie 
sauvages  n'est  pas  la  sériciculture  de  l'avenir.  Les  Vers  à  soie  du  chêne, 
qui  sont  les  plus  intéressants  de  celle  famille  de  séricigènes,  donnent  une 
soie  plus  abondante  que  le  Ver  à  soie  du  mûrier  et  sont  exposés  à  moins 
de  chances  contraires.  La  soie  en  est  brillante,  nerveuse,  et,  soumise  à 
une  bonne  préparation,  lutterait  avantageusement  avec  celle  du  mûrier. 
Quant  à  moi,  je  renoncerai  sans  doute  au  Ver  du  mûrier  (qui  ne  prend 
pas  en  Pologne  à  cause  des  soins  minutieux  qu'il  exige),  pour  pousser  à 
la  culture  du  Yama-maï  et  du  Permfi,  —  du  Pernjji  surtout,  car  le 
Yama-mni  éclôt  trop  tôt  pour  notre  climat  et  ne  pourrait  s'élever  qu'à 
la  condition  de  commencer  l'éducation  dans  une  espèce  de  serre  froide 
où  l'on  jtlanterait  des  taillis  de  chênes  pour  en  hâter  la  végétation.  Du 
reste,  cette  condition  est  facile  à  remplir;  il  en  coûterait  moins  pour  éta- 
blir une  serre  de  ce  geiu'e  que  pour  construire  une  magnanerie  avec  tous 
ses  accessoires. 

»  J'appelle  l'attention  de  la  Société  sur  un  travail  très  intéressant  d'un 
sériciculteur  du  midi  de  la  France,  M-  Victor  UoHat,  de  Collioure  f  Py- 
rénées-Orientales), qui,  lui  aussi,  se  préoccupe  de  la  guérison  des  ma- 
ladies (lu  Ver  à  soie,  et  la  trouve  dans  le  traitement  qu'il  fait  subir  à  la 
graine  immédiatement  à  partir  du  moment  delà  ponte.  Les  théories  de 
^.  Piollat  sont  exposées  dans  d^tix  brochures  qui  ont  paru  à  Perpignan 
e^  1875  et  1881,  sous  le  litre  :  Mdtkode  pratique  contre  les  maladies 
lies  V(^i'S  à  soie  —  et  Embryologie.  La  méthode  de  M.  Ilollat  consiste  à 
donnera  l'œuf  la  |»lns  gi'ande  somme  de  chaleur  atmosp|iéri([iie  possibb; 
pendant  les  mois  de  juin,  juillet,  et  août;  à  abaisser  cette  température 
jusqu'4  15  degrés  centigrades  (température  de  l'œuf)  jusqu'au  mois  de 
décembre,   puis  arriver  à  la  température  de  5  à  6  degrés,  qui  réveille 


56  SOCIÉTÉ    NATIONALE    D  ACCLIMATATION. 

l'activité  embryonnaire  dans  l'œuf.  Je  ne  puis  vous  indiquer  que  très 
succinctement  le  procédé:  il  faut  lire  la  brochure.  M.  Rollat  m'a  envoyé 
de  sa  graine,  qui  a  bonne  apparence  et  me  paraît  être  supérieure  à  la 
mienne.  Pour  M.  Rollat,  le  corpuscule  de  M.  Pasteur  a  peu  d'impor- 
tance. Une  graine  traitée  d'après  sa  méthode  donnera  des  Vers  sains  et 
robustes  et  bons  fdeurs.  » 

—  MM.  le  comte  de  la  Villebrune,  P.  Mathey,  E.  Vavin,  Guillin,  Guil- 
laume et  R.  de  Cazenove  demandent  à  prendre  part  à  la  distribution  des 
graines  annoncées  dans  la  Chronique. 

—  M.  Latour  Marliac  écrit  du  Temple  :  «  Le  rapport  que  je  compte 
vous  adresser  sur  mes  cultures  de  Rambous  traitera  de  nombreuses  es- 
pèces ou  variétés  nouvelles  et  inédites,  dont  le  tempérament  n'est  pas 
assez  dessiné  et  les  caractères  suflisamment  révélés  pour  les  classer  sans 
équivoque  parmi  les  Rambous  vrais  cespiteux,  les  Phyllostachys  ou  les 
Arundinarias. 

»  Afin  de  vous  donner  un  petit  aperçu  du  cadre  que  j'aurai  à  remplir, 
je  vous  transmets  la  liste  de  ma  collection  actuelle  de  Rambusacées  : 

>  1.  Arundinacea.  —  2.  aurea.  —  3.  Cago-zasa  (inédit).  —  4.  fal- 
cata.  —  5-  flexuosa.  —  6.  Fortunei  foins  argentés  variegatis.  — 
7.  gracilis.  —  8.  Ha-tsikou  (inédit).  —  9.  Hobi-tsikou  (inédit).  — 
10.  Himalayensis.  —  H.  Japonùa.  —  12.  metake.  —  13.  mitis.  — 
14,  Mà-sà. — 15.  nana.  —  16.  nigra.  —  17.  quadrangularls.  — 18.  Qui- 
IIqI,  —  19.  Ragamowlskii.  —  20.  Rô-tsikou  (inédit).  —  21.  scriptoria. 

22.  Simoni.  — 23.  spinosa.  — 24.  sulphurea.  —  25.  Thamnocalamus 

spathiflorus.  —  26.  Thouarsi.  —  27.  violacea.  —  28.  violasccns.  — 
29.  verticMata.  —  30.  viridi-glaucescens.  —  31.  viridi-striata.  — 
32.  vittata  argentea. 

»  Enfin,  outre  un  assortiment  d'autres  nouveautés  que  j'attends  direc- 
tement du  Japon  au  mois  de  mars,  j'ajouterai  très  prochainement  à  ma 
collection  les  B.  macrosperma  —  Murasaki  dake  (inédit) — et  Thamno- 
calamus Falconeri. 

»  Vous  voyez,  d'après  cette  énumération  sommaire,  que  j'ai  déjà  groupé 
un  assez  grand  nombre  de  Rambusacées,  dont  plusieurs  sont  appelées, 
par  leur  mérite  ornemental,  ligneux  ou  comestible,  à  prendre  une  place 
importante  dans  l'horticulture  et  l'agriculture,  et  que  je  contribue  avec 
zèle  à  la  propagation  de  leur  culture,  que  favorise  et  préconise  à  si  juste 
titre  la  Société  d'Acclimatation.  » 

—  M.  le  Directeur  du  Jardin  zoologique  de  Marseille  rend  compte  du 
résultat  obtenu  des  semences  de  Soya  hispida  et  de  Riz  sec  qui  lui  ont 
été  adressées.  «  J'ai  reçu  le  11  mai  environ  un  litre  de  chaque  graine. 
Ayant  fait  préparer  deux  planches  de  terrain  (bonne  terre  de  jardin)  de 
la  superficie  d'environ  17  mètres  carrés,  l'une,  consacrée  au  Soya,  fut 
tracée  comme  pour  du  Pois,  c'est-à-dire  à  quatre  rangs.  J'y  fis  semer  le 
25  mai  environ  un  demi-litre  de  ces  graines,  qui  levèrent  le  l'^'"  juin, 


PROCES-VERBAUX.  57 

après  avoir  subi  une  première  irrigation  le  28  mai.  Reconnaissant  que 
le  semis  était  trop  épais,  mais  voulant  voir  le  résultat,  je  ne  le  fis  pas 
éclaircir.  j\laturité  complète  fin  septembre;  hauteur,  0"',60  à  0'",70; 
:i  litres  i/2  environ.  Quant  au  Riz,  semé  le  17  mai,  il  a  levé  le  26  mai. 
J'ai  été  obligé  de  l'arracher  le  23  septembre,  sans  qu'il  ait  donné  d'épis.  » 

—  M.  le  Secrétaire  général  dépose  sur  le  bureau  : 

1°  Un  mémoire  adressé  à  la  Société  par  M.  le  baron  de  Sélys-Long- 
cbamps,  président  du  Sénat  belge  et  membre  de  l'Académie  royale  de 
Relgique,  sur  l'état  actuel  de  la  pisciculture  en  Relgiciue  ; 

2°  Un  exemplaire  des  nouvelles  instructions  publiées  par  M.  Odile 
Martin  sur  la  conduite  des  couveuses  artificielles  ; 

3"  Une  lettre  par  laquelle  M.  Tischomiroff,  Président  de  la  section  d'or- 
nithologie de  la  Société  impériale  russe  d'acclimatation,  transmet  un 
rapport  sur  les  travaux  de  M.  Ratacheff,  de  Toula,  qui  s'occupe  avec  le 
plus  grand  succès  d'élevages  d'oiseaux  exoti(jues  et  autres. 

—  M.  Raveret-Wattel  dépose  sur  le  bureau  : 

1°  De  la  part  de  M.  Lonquéty  aîné.  Président  de  la  Chambre  de  com- 
merce de  Roulogne-sur-Mer,  un  exemplaire  du  procès-verbal  de  la 
séance  tenue  pour  la  distribution  solennelle  des  primes  instituées  avec 
le  concours  du  Ministre  de  la  Marine,  en  vue  d'encourager  la  bonne 
préparation  en  mer  du  hareng  de  la  première  pèche  au  Dogger-Rank  ; 

2"  De  la  part  de  M.  le  baron  Von  Mueller,  botaniste  du  gouvernement 
à  Melbourne,  un  sachet  de  graines  à' Eucalyptus  Berkianœ ; 

3°  De  la  part  de  M.  le  comte  Louis  Torelli,  sénateur  du  royaume  d'Italie, 
un  exemplaire  de  l'ouvrage  que  notre  honorable  confrère  vient  de  publier 
sous  le  titre  :  la  Malaria  d'Italia,  et  dans  lequel  il  étudie  les  causes 
du  fléau  et  les  moyens  de  le  combattre.  Comme  moyen  d'assainissement, 
M.  le  comte  Torelli  recommande  particulièrement  les  plantations  d'ar- 
bres, et  surtout  les  plantations  d'Eucalyptus.  Ce  très  intéressant  travail 
est  accompagné  d'une  carte  faisant  connaître  la  distribution  géographique 
de  la  malaria  et  indiquant  par  des  teintes  plus  ou  moins  foncées  le  degré 
d'intensilé  du  fléau. 

M.  Raveret-Waltel  appelle  ensuite  l'attention  de  la  Société  sur  une 
note  récemment  publiée  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'insectologie, 
concernant  VEucali/ptus  rostrata,  qui  y  est  signalé  comme  portant  des 
fleurs  nuisibles  aux  Abeilles.  L'empoisonnement  d'un  grand  nombre  de 
ces  insectes  aurait  été  constaté.  Il  paraîtrait  utile  de  charger  la  cinquième 
section  de  recueillir  des  renseignements  sur  ce  fait,  qui  est  en  contra- 
diction avec  l'opinion  généralement  admise,  que  les  fleurs  des  Eucalyptus 
sont  très  favorables  aux  insectes  mellifères.  Tout  récenunenl  encore, 
M.  Ch.  Naudin  (1)  citait  précisément  VEucalijptiis  rustrala  comme  pa- 
raissant appelé,  eu  raison  de  son  abondante  floraison,  à  rendre  des  ser- 

(I)  Voy.  UullelinSoe.  Acd.  1882.,  p.  Cie. 


58  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

vices  aux  éleveurs  d'abeilles.  Peut-être,  ajoute  M.  Raveret-Wattel,  Jes 
observations  n'auront-elles  pas  porté  sur  des  sujets  de  même  espèce,  et 
aura-t-on  confondu  entre  eux  des  arbres  différents.  Il  y  a  lieu  de  remar- 
quer, en  effet,  qu'on  est  assez  peu  d'accord  sur  les  noms  des  Eucalyptus 
déjà  introduits  en  Europe,  et  il  importerait  grandement  que  la  cinquième 
section  s'occupât  de  mettre  de  l'ordre  dans  la  détermination  de  ces 

espèces. 

Tout  en  reconnaissant  l'utilité  d'un  semblable  travail,  et  en  faisant 

des  vœux  pour  qu'il  soit  mené  à  bonne  lin,  M.  Geoffroy  Saint-IIilaire  ex- 
prime la  crainte  qu'on  ne  rencontre  dans  l'exécution  de  cette  tâche  des 
difficultés  fort  sérieuses,  par  suite  du  nombre  considérable  des  espèces 
d'Eucalyptus,  des  ressemblances  très  grandes  qui  existent  entre  beaucoup 
de  ces  espèces,  enfin  des  nombreux  croisements  qui  se  sont  produits  et 
qui  ont  donné  naissance  à  des  types  métis,  lesquels  viennent  encore 
compliquer  la  question. 

—  M.  Raveret-Wattel  signale  à  l'assemblée  l'intérêt  qui  s'attacherait 
îi  l'introduction  de  la  culture  des  Quinquinas  dans  plusieurs  de  nos  colo- 
nies. On  a  longtemps  cru,  dit-il,  qu'en  dehors  de  la  question  du  climat, 
certaines  conditions  d'altitude  étaient  absolument  nécessaires  à  la  végé- 
tation des  Cinchonas.  Or  les  heureux  essais  de  culture  entrepris  à  l'île 
de  la  Réunion  par  M.  Morin,  lauréat  de  la  Société,  et  plus  récemment 
les  importantes  plantations  créées  à  Java  par  les  Hollandais  et  dans  l'In- 
doustan  par  les  Anglais,  ont  prouvé  que  les  Quinquinas  peuvent  être 
cultivés  dans  une  zone  assez  étendue.  Des  milliers  de  balles  d'écorce 
sont  importés  chaque  année  en  Europe  des  Indes  anglaises  et  néerlan- 
daises. D'un  autre  côté,  on  sait  que  dans  l'Amérique  du  Sud,  dans  les 
Andes,  les  Quinquinas  tendent  à  disparaître  rapidement,  par  suite  de 
l'exploitation  abusive  faite  par  les  casmr///ero,s  ou  chercheurs  d'écorce, 
qui  détruisent  tout,  les  arbres  jeunes  comme  les  arbres  vieux.  Il  inipor- 
terait  donc  de  rechercher ,  dans  nos  possessions  hors  d'Europe  ,  les 
stations  oîi  des  plantations  de  Quinquinas  pourraient  être  faites  à  l'instar 
de  celles  des  Anglais  et  des  Hollandais. 

—  M.  Camille  Dareste  donne  lecture  d'qne  note  faisant  connaîtra  le 
résultat  de  ses  études  expérimentales  surl'incubation  (voy.  an  Bulletin). 

—  4  l'occasion  de  cette  note,  dans  laquelle  se  trouvent  mentionnées 
des  observations  faisant  ressortir  quelques-unes  des  causes  qui  peuvent 
contribuer  à  la  fornîation  des  monstruosités  chez  les  oiseaux,  ftl.  Millet 
rappelle  que  des  observations  analogues  ont  été  faites  en  ce  qui  concerne 
les  poissons.  Depuis  (ju'on  s'occupe  de  l'incubation  artificielle  çjes  œufs 
de  poissons,  dit-i|,on  a  remarqué  que,  dans  les  élevages,  le  nombre  des 
monstres  est  parfois  assez  considérable,  et  l'on  a  généralement  attribué 
ce  fait  à  la  fécondation  artificielle.  En  réalité,  il  tient  surtout  aux  se- 
cousses que  les  œufs  ont  eu  à  subir,  soit  pour  leur  transport,  soit  pour 
leur  manipulation.  D'oii  l'utilité  d'un  emballage  très  soigné   pour  les 


PROCÈS-VERBAUX.  59 

expéditions  à'de'grandes  distances,  et  la  nécessité  de  ne  faire  voyager  les 
œufs  que  quand  ils  sont  déjà  embryonnés,  parce  qu'à  celte  époque  de  leur 
développement  ils  supportent  mieux  les  secousses  inévitables  du  trans- 
port. 

—  M.  Fornet  fait  remarquer  que  quand  un  œuf  reste  plusieurs  jours 
ou  plusieurs  semaines  sans  être  remué,  il  perd  assez  rapidement  sa  vi- 
talité ;  mais  que  si  cet  œuf  est  remué  soit  tous  les  jours,  soit  tous  les 
deux  ou  trois  jours,  il  peut  être  conservé  pendant  deux  et  trois  mois,  et 
être  mis  ensuite  en  incubation.  Les  Poules  ont  bien  soin  de  remuer  leurs 
œufs  de  temps  en  temps,  et  c'est  ainsi  qu'elles- amènent  à  éclosion  la 
presque  totalité  des  œufs  qu'elles  couvent.  Lorsque  l'on  conserve  des 
œufs  dans  de  l'eau  de  chaux,  si  les  œufs  restent  sans  être  remués,  un 
certain  nombre  d'entre  eux  deviennent  impropres  à  l'alimentation,  parce 
que  le  jaune  se  colle  à  la  paroi  interne  de  la  coquille.  Aussi  les  mar- 
chands ont-ils  souvent  l'ecours  à  l'emploi  de  cuves  où,  presque  journel- 
lement, un  appareil  à  aubes  remue  les  œufs  dans  l'eau  de  chaux. 

—  Au  sujet  des  monstruosités  observées  chez  les  Poissons  et  attribuées 
à  la  fécondation  artificielle,  M.  Dareste  rappelle  que  le  terme  monstruo- 
sité comprend  deux  genres  bien  différents  :  la  monstruosité  simple  et  la 
monstruosité  double.  Les  monstres  simples  sont  ceux  chez  lesquels  il  n'y 
a  qu'un  seul  corps  embryonnaire.  Les  monstres  doubles,  beaucoup  plus 
rares,  sont  dus  probablement  à  un  état  particulier  du  germe.  Les  mons- 
truosités simples  peuvent  être  produites  par  des  causes  inhérentes  à 
l'incubation;  les  monstruosités  doubles  sont  vraisemblablement  déter- 
minées antérieurement  à  l'incubation,  et  pourraient  bien  tenir,  comme 
tendent  à  je  faire  admettre  les  observations  récentes  de  M.  Hermann 
Faure,  à  un  mode  particulier  de  fécondation.  Contrairement  à  ce  qui  a 
été  longtemps  admis  par  les  physiologistes,  pour  que  le  germe  soit 
fécondé,  il  suffit  qu'un  seul  spermatozoïde  pénètre  dans  l'œuf;  dans  les 
conditions  ordinaires,  dès  qu'il  a  pénétré,  le  chemin  est  barré  aux  autres. 
Toutefois,  il  peut  arriver  que  la  modification  de  l'ovule  qui  ferme  ainsi 
l'entrée,  ne  se  produisant  pas  assez  rapidement,  deux  ou  trois  sperma- 
tozoïdes s'introduisent  dans  l'ovule,  et  il  se  pourrait  qu'il  y  eût  là  une 
cause  modifiant  la  constitution  du  germe  et  le  rendant  apte  à  produire 
des  monstres  doubles.  Peu|-être  les  monstruosités  doubles  constatées  en 
grand  nombre  chez  les  poissons  produits  artificiellement  ne  tiennent-elles 
qu'à  un  procédé  de  fécondation  artificielle  qui  ne  réalise  pas  ce  qui  se 
produit  dans  la  fécondation  naturelle. 

—  M.  Fornet  estime  que  les  monstruosités  par  arrêt  de  développeirient 
proviennent  surtout  des  variations  de  la  température,  et  surtout  des  va- 
riations en  plus.  Dans  l'incubation  naturelle,  la  température  varie  extrê- 
mement comme  température  en  moins,  mais  jamais  en  plus.  Dans  les 
appareils  d'incubation,  elle  varie  sensiblement  en  plus,  et  ces  variations 
ont  été  une  grande  cause  d'insuccès  pendant  de  longues  années.  Les 


60  SOCIÉTÉ   NATIONALE    D'ACCLIMATATION. 

courants  d'aii"  chaud  qui  se  produisent  dans  des  incubateurs  mal  établi 
ou  mal  dirigés  amènent  parfois  la  production  de  monstres  par  atrophie  ou 
par  développement  exagéré  de  certaines  parties. 

—  M.  Dareste  dit  qu'il  n'attache  aucune  importance  à  savoir  si  ces 
phénomènes  sont  des  monstruosités  ou  des  arrêts  de  développement. 
L'emploi  d'une  chaleur  trop  forte  lui  a  servi  à  produire  un  grand  nombre 
de  monstruosités;  mais  il  en  a  obtenu  par  beaucoup  d'autres  procédés, 
'foules  les  fois,  du  reste,  que  les  conditions  de  la  production  sont  modi- 
fiées, on  arrive  à  produire  des  monstres. 

—  M.  Latasle  donne  lecture  d'une  note  sur  le  Dipodillus  Simoni  et 
sur  l'élevage  de  ce  rongeur  (voy.  au  Bulletin). 

—  M.  le  Président  fait  remarquer  que  l'acdiniation  de  cette  espèce 
en  dehors  de  la  captivité  pourrait  avoir  des  inconvénients,  mais  qu'en 
captivité  elle  sera  avantageuse  pour  un  grand  nombre  d'expériences. 

--  Il  est  offert  à  la  bibliothèque  de  la  Société  : 

1"  Observations  aur  le  règne  végétal  au  Maroc,  par  P.  K.  A.  Sehous- 
boe,  édition  française-latine  avec  planches,  par  le  docteur  Bertherand. 
Paris,  imp.  liaillière  et  fils,  1  vol.  (L'Auteur.) 

2"  Dus  ressources  que  la  matière  médicale  arabe  peut  offrir  aux 
pharni'icopées  françaises  en  Algérie,  \)av\e  docteur  Bertherand  (Extrait 
de  la  Gazette  médicale  de  l'Algérie)  Alger,  1879,  imp.  A.  Bourget,  1 
broch.  (L'Auteur.) 

3°  L'Eucalyptus  au  point  de  vue  de  l'Hygiène  en  Algérie,  par  le 
docteur    Bertherand.    Alger,    1876,    typ.    V.    Aillaud   et   C'«,  1  broch. 

(L'Auteur.) 

i"  Le  noyau  de  Dattes  au  point  de  vue  des  propriétés  alimentaires, 
thérapeutiques  et  industrielles,  de  la  falsification  du  café.  Alger,  1882, 
imp.  Fontana  et  C'*",  1    broch.  avec  planche.  (L'Auteur.) 

5°  Le  musc  de  Gazelle  au  point  de  vue  des  applications  thérapeuti- 
ques, par  le  docteur  Bertherand.  Alger,  1878,  imp.  V.  Aillaud  et  C'% 
1   broch.  (L'Auteur.) 

6»  L'Arenaria  rubra  dans  la  gravelle  et  le  catarrhe  vésical,  par  le 
docteur  Berlherand.  Alger,  1878,  imp.  Victor  Aillaud  et  G'",  1  broch. 

(L'Auteur.) 

1"  Conseils  aux  Arabes  sur  les  végétaux  dangereux  de  l'Algérie, 
parle  docteur  Bertherand.  Alger,  1879,  imp.  Victor  .\illaudet  C'%  1  broch.) 

(L'Auteur.) 

8°  L'Aceras  Anthropophora,  par  le  docteur  Bertherand.  Alger,  1806, 
imp.  Paysan  et  C'%  1  broch.  (L'Auteur.) 

9"  Le  Bambou  au  point  de  vue  des  dessèchements,  par  le  docteur 
Bertherand.  Alger,  imp.  Lavagne,  1  broch.  (L'Auteur.) 

Le  secrétaire  des  séances 

C.  Baver  ET- Wattel. 


IV.  FAITS  DIVERS  ET  EXTRAITS  DE  CORRESPONDANCE 


Le  Colin  de  Virginie. 

Le  Colin  Ho-oui  ou  de  Virginie  (Ortyx  Virginianus)  est  originaire 
de  l'Amérique  méridionale;  son  aire  de  dispersion  est  comprise  entre 
le  Canada,  les  montagnes  Rocheuses  et  le  Mexique,  mais  on  le  rencontre 
surtout  dans  le  centre  et  le  sud  des  États-Unis. 

Cette  espèce  tire  son  nom  du  cri  que  le  mâle  fait  entendre  au  moment 
des  amours,  cri  que  les  Nalchez  ont  traduit  par  Ho-oui,  et  les  habitants 
du  Massachussett  par  Bob-AVhite. 

Sédentaire  dans  le  sud,  le  Colin  Ho-oui  est  voyageur  dans  le  nord, 
d'oïl  il  émigré  à  l'automne. 

Florent  Prévost,  ((ui,  le  premier  en  France,  a  tenté  son  acclimatation, 
dit  que  le  (]oliii  Ho-oui  est  d'un  tiers  environ  plus  petit  que  la  Perdrix; 
il  est,  sous  ce  rapport,  intermédiaire  entre  elle  et  la  Caille. 

La  femelle,  toujours  un  peu  plus  petite  que  le  mâle,  en  diffère  en  ce 
que  toutes  les  parties  noires  chez  celui-ci  sont  rousses  chez  elle  ;  la  gorge 
est  aussi  de  cette  couleur,  mais  beaucoup  plus  paie. 

Le  Colin  Ho-oui  vit  ordinairement  dans  les  champs  entourés  de  buis- 
sons, de  haies  épaisses,  oîi  il  peut  facilement  se  cacher  lorsqu'il  est 
inquiété,  et  ne  fréquente  guère  les  terres  cultivées,  si  ce  n'est  après  la 
récolte. 

D'un  naturel  peu  farouche,  il  se  prête  facilement  à  toules  les  tentatives 
de  domestication  et  d'acclimatation;  il  ne  craint  pas  les  grandes  chaleurs 
ni  les  froids  même  rigoureux. 

n  s'éloigne  peu  du  lieu  où  il  s'est  fixé,  à  moins  qu'il  n'y  soit  contraint 
par  la  faim;  il  arrive  alors  jusque  dans  les  cours  des  fermes,  se  mêle  aux 
poules  et  partage  leurs  repas.  «  Si  alors  l'homme  le  reçoit  avec  hospi- 
talité, dit  Brehm,  il  passe  toute  la  saison  au  voisinage  de  sa  demeure; 
il  prend  plus  de  confiance  et  arrive  même  parfois  à  devenir  un  animal 
à  moitié  domestique.  » 

Le  Colin  Ho-oui  est  monogame.  L'accouplement  a  lieu  en  avril,  et 
au  commencement  de  mai,  la  femelle  construit  son  nid  sous  un  épais 
buisson.  Après  avoir  creusé  en  terre  une  dépression  hémisphérique, 
elle  garnit  ce  trou  de  feuilles  et  d'herbes  sèches,  puis  le  recouvre  en 
ramenant  en  dôme  les  plantes  qui  croissent  naturellement  autour  et  en 
ne  laissant  qu'une  seule  ouverture  de  côté. 

Elle  y  pond  de  15  à  !2i  œufs  d'un  blanc  pur,  qui  éclosent  au  bout  do 
vingt-trois  jours. 

Les  petits  quittent  le  nid  presque  aussitôt  après  l'éclosion. 

Une  nouvelle  ponte  a  lieu  en  juillet;  la  seconde  couvée  ^e  réunit  alors 
à  la  première,  et  la  famille  ne  se  disperse  (|u'au  printemps  suivant. 


0:2  SOCIÉTÉ   NATIONALK   D'AGCLIMATATION. 

•Le  màle  est  très  attaché  à  sa  femelle  et  veille  sur  ses  jeunes  avec  la 
plus  vive  sollicitude. 

Le  Colin  Ho-oui  se  nourrit  de  toutes  sortes  de  graines,  de  baies  et 
de  jeunes  pousses  de  végétaux  herbacés  ;  pendant  la  belle  saison,  il  re- 
cherche avec  avidité  les  insectes,  surtout  les  coléoptères. 

En  septembre  et  octobre,  il  se  répand  en  grand  nombre  dans  le  voisi- 
nage des  plantations  pour  y  chercher  des  semences. 

En  captivité,  on  lui  donne  du  blé,  du  millet,  de  l'avoine  ;  il  est  très 
friand  de  chènevis  et  mange  beaucoup  de  verdure. 

C'est  un  des  gibiers  les  plus  recherchés  et  les  plus  répandus  aux  États- 
Unis.  Cet  oiseau  se  prend  au  filet  et  le  plus  souvent  est  apporté  vivant 
sur  les  marchés. 

La  chasse  de  ces  Colins  exige  un  tireur  adroit,  car  ils  ont  le  vol  plsn 
vif  et  plus  inégal  que  celui  de  nos  Perdrix  grises  ;  la  compagnie  surprise  ' 
s'élève  perpendiculairement  à  quinze  ou  vingt  pieds  de  haut,  puis  se  dis- 
perse de  tous  côtés;  les  oiseaux  qui  réussissent  à  gagner  les  arbres  s'y 
rasent  et  échappent  ainsi  aux  regards,  car  ils  ne  font  aucun  mouvement 
et  on  pourrait  les  tuer  les  uns  après  les  autres  sans  que  ceux  qui  restent 
abandonnent  la  place. 

Un  couple  de  ces  oiseaux  remis  par  M.  Florent-Prévost  à  M.  Lory  de 
Fontenelle  (Seine-et-Marne)  s'est  reproduit  en  1816,  Chez  cet  amateur, 
ils  avaient  construit  leur  nid  dans  une  luzerne  sur  la  lisière  d'un  bois;  une 
compagnie  de  quatorze  petits  en  naquit,  mais  ils  disparurent  et  au  prin- 
temps suivant  on  n'en  retrouva  plus. 

En  1828,  deux  couples  lâchés  par  M.  Florent-Prévost  dans  l'ancien 
clos  de  Chalais  (haras  de  Meudon)  ne  donnèrent  aucun  résultat. 

Mais  en  1837,  deux  couples  remis  par  lui  à  M.  deCossette,  multiplièrent 
tellement  en  Bretagne  que  pendant  plusieurs  années  on  put  chasser  le 
Colin  sur  quelques  terres  de  cette  province. 

Après  les  résultats  si  concluants  acquis  par  M.  Florent-Prévost  nous 
ne  devons  pas  nous  étonner  des  succès  obtenus  en  1853  et  années  sui- 
vantes chez  M.  Coeffier  à  Versailles  ;  le  rapport  qu'il  a  présenté  à  la  So- 
ciété d'Acclimatation  à  ce  sujet  est  plein  d'intérêt  (1). 

C'est,  du  reste,  une  acclimatation  accomplie  depuis  longtemps  en  An- 
gleterre, surtout  dans  les  comtés  de  Norfolk  et  Suffolk. 

Au  moment  où  on  se  plaint  de  la  disparition  de  la  Perdrix,  il  serait  à 
désirer  que  les  essais  de  repeuplement  se  portassent  sur  cette  espèce 
qui  se  reproduit  facilement,  ne  quitte  guère  ses  cantonnements  et  assu- 
rerait au  propriétaire  une  chasse  productive. 

Jules  Grisaud. 


(i)  Voy.  Bull,  mensuel  delà  Soc.  imp.  d'Acclimat.,ï8ho,  p.  143. 


FAITS   DIVERS   ET   EXTRAITS   DE   CORRESt^bisbÀNCE.  Go 

La  Balsamiue  géante  couinie  plante  niellifèi*e. 

Lettre  adressée  par  M.  de  Behr,  Président  de  l'Association  allemande 
de  pisciculture,  à  M.  Raveret-Wattel,  secrétaire  des  séances. 

«  Berlin,  "Il  novembre  1882. 

»  Cher  Monsieur, 

»  La  Société  d'Acclimalation  s'intéressant  à  la  propagation  des  végétaux 
utiles,  peut-être  croira-t-elle  devoir  s'occuper  d'une  plante  qui  nie  paraît 
appelée  à  rendre  des  services  aux  apiculteurs  par  sa  belle  et  abondante 
floraison.  Cette  plante,  c'est  la  Balsamine  géante  {Impatiens  glandidi- 
gera  lioyle),  concernant  laquelle  vous  trouverez  ci-joint  une  petite  note, 
et  dont  je  vous  expédierai  prochainement  de  la  graine. 

»  Sincèrement  à  vous, 

»  De  Behr.  » 

Note.  —  «  La  Balsamine  géante  (Impatiens  glanduligera,  Royle,  s.  Imp . 
Botjcli  VValp.),  bien  que  connue  déjà  dans  les  jardins  botaniques,  ne  fut 
signalée  pour  la  première  fois,  comme  plante  utile  pour  les  Abeilles, 
qu'à  l'Exposition  apicole  de  Potsdam,  en  septembre  1881. 

«  D'aspect  assez  grêle,  l'échantillon  présenté  laissait  quelque  doute  sur 
l'authenticité  de  l'espèce  qu'on  savait  être  de  taille  géante,  d'après  les 
indications  données  à  l'Académie  royale  par  Walper.  Les  renseignements 
très  favorables  fournis  sur  le  compte  de  cette  plante  engagèrent  M.  de 
Behr  à  en  essayer  la  culture.  11  en  remit  de  la  graine  à  son  jardinier, 
M.  Donau,  qui  sema  en  septembre  dans  des  sillons  de  4  à  5  centimètres 
de  profondeur,  et  distants  d'environ  9  centimètres.  Bien  que  peu  abritée, 
la  graine  résista  bien  à  l'hiver  et  germa  vigoureusement  au  printemps. 
Quand  le  semis  eut  3  ou  4  centimètres  de  hauteur  et  que  les  gelées  de 
la  nuit  ne  furent  plus  à  craindre,  quelques  pieds  furent  repiqués  à  peu 
de  distance  d'un  rucher.  Vers  le  milieu  de  juillet,  les  Balsamines  avaient 
■i",50  de  hauteur;  c'étaient  de  belles  plantes,  vigoureuses,  bien  dévelop- 
pées, couvertes  de  jolies  fleurs  rouges.  De  nouvelles  branches  se  déve- 
loppaient constamment,  et,  dès  le  commencement  de  septembre,  les  tiges 
atteignaient  de  2  mètres  à  2"',50  de  hauteur;  les  rameaux  étaient  longs 
et  forts  à  l'avenant.   Pendant  le  jour,  ces  plantes  étaient  littéralement 
couvertes  d'Abeilles.  Les  fleurs  se  comptaient  par  milliers,  et,  néanmoins, 
à  certaines  heures,  il  n'y  avait  pas  une  de  ces  fleurs  qui  n'eût  un  insecte. 
Très  ornementale,  d'un  superbe  effet  décoratif,  la  Balsamine  géante  peut 
aussi  devenir  une  ressource  précieuse  pour  les  Abeilles,  à  une  époque 
de  l'année  où  ces  insectes  n'ont  guèfe  à  leur  disposition  que  le  Chanvre, 
car,  en  septembre,  le  Trèfle  blanc  n'a  que  peu  de  miel.  » 


04  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

Vignes  de  Perse. 

Extrait  d'une  lettre  adressée  à  M.  le  Directeur  du  J:irdin  zoologiquc  d'Acclimatation. 

Tauris,  le  19  décembre  1882. 

...  J'ai  confié  au  courrier  de  notre  légalion,  parti  de  Tauris  le  12  de 
ce  mois,  une  quarantaine  de  plants  et  un  certain  noiubre  de  boutures  de 
Vignes  de  Perse,  le  tout  en  un  paquet  bien  conditionné,  qui  a  dii  être 
remis  à  Poti,  à  l'agence  des  bateaux-paquets  de  Marseille.  Mon  envoi  est 
composé  de  cinq  espèces  de  Vignes  :  1"  Le  «  Cliabany  »  (royal),  qui  pro- 
duit un  raisin  à  gros  grains  dont  on  fait  spécialeinent  le  vin  rouge  dans 
cette  province; 

2"  Le  «  Piiclie-Baba  »  (barbe  de  papa)  blanc,  dont  le  grain  est  long  et 
gros  comme  le  pouce  ; 

3"  Le  «  Askéry  »  (des  troupes),  raisin  blanc  sans  pépins  (invisibles  à 
l'œil  nu);  la  peau  en  est  si  mince  qu'il  est  difficile  de  l'égrener  sans 
l'écraser; 

4."  Le  Kicbmicb,  raisin  blanc  à  petit  grain  sucré  et  très  alcoolique  ; 
5»  Le  Sâhéby  (du  iriaître),  raisin  rouge  foncé,  plus  délicat  que  le 
Cbabany  pour  la  table.  D'après  ces  indications,  il  sera  aisé  de  recon- 
naître ces  différentes  espèces  de  raisins  dès  que  les  plants  produiront. 
J'ai  joint  à  mon  envoi  un  certificat  établissant  que  la  Perse  est  indemne 
du  l'iiylloxéra.  Je  serai  très  heureux.  Monsieur  le  Directeur,  si  je  par- 
viens à  introduire  en  France  la  Vigne  de  Perse,  car  elle  produit  Les 
meilleurs  raisins  connus. 

Je  n'ai  pu  vous  envoyer  cette  fois  des  Pêchers,  notre  courrier  était 
trop  chargé;  dès  que  les  froids  auront  cessé,  je  vous  en  expédierai. 
Quant  aux  animaux  que  vous  désirez,  ils  ne  sont  pas  difficiles  à  trouver, 
excepté  la  Perdrix  royale  (Tétraogalle).  qui  est  plus  rare  ici  qu'à  Téhéran  ; 
mais  je  cherche  en  vain  le  moyen  de  vous  les  envoyer;  nos  courriers 
vont  trop  vite,  ils  les  tueraient  :  il  s'agirait  de  découvrir  un  voyageur 
complaisant  qui  voulût  bien  prendre  une  pareille  peine. 
Veuillez,  etc. 

Bernay. 
Consul  de  France. 


Le  gérant  :  Jui.es  Grisard. 


MoTTEr.oz,  Adm.-Dirccl.  des  Imprimeries  rcunies,  A,  rue  Mignon,  2.  Paris 


I.    TRAVAUX  DES  MEMBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ 


NOTES  SUR  LE  CANARD  GASARKA 

(ANAS  CASARKA,  DE  Linné;  TADORNA  GASARKA,  de  Macgillivray; 
GASARKA  RUTILA,  de  Ch.  Bonaparte) 

Par  M.  le  comte   De   MOIVTLEZUIVI 


D'après  Brehm  le  Canard  Gasarka  est  originaire  de  l'Asie 
centrale,  qui  doit  être  regardée  comme  le  foyer  de  l'aire  de 
dispersion  de  ce  palmipède.  On  le  rencontre  en  Grèce  et  dans 
le  sud  de  l'Italie.  On  le  remarque  encore  sur  les  lacs  de 
l'Egypte,  dans  la  Tunisie,  en  Algérie  et  au  Maroc.  Gertaines 
années  il  paraît  qu'il  est  commun  dans  les  Indes. 

Le  Ganard  Gasarka  a  le  bec,  les  pieds  et  les  tarses  noirs  ; 
la  tête  et  le  cou  roux  jaunâtre  ;  la  base  du  cou,  le  dessus  et  le 
dessous  du  corps  roux  rougeâtre  avec  couleur  plus  accentuée 
et  plus  foncée  sur  la  poitrine.  Ses  ailes  sont  blancbes  et  noi- 
res, presque  entièrement  recouvertes  par  les  plumes  du 
manteau  et  des  flancs  qui  ne  laissent  paraître  que  les  grandes 
l'émiges  qui  sont  d'un  beau  noir  et  partie  des  rémiges  secon- 
daires qui  sont  aussi  noires,  mais  à  reflet  vert  foncé  ;  ces 
dernières  forment  ce  que  l'on  appelle  le  miroir  de  l'aile.  Le 
croupion  et  la  queue  sont  noirs. 

La  femelle  est  presque  semblable  au  mâle,  mais  son  plu- 
mage est  moins  coloré,  le  dessus  de  sa  tête  est  légèrement 
gris  et  elle  a  la  face  blanche. 

J'ai  depuis  l'an  dernier  un  couple  de  Canards  Gasarka  qui 
vivent  dans  une  prairie  bordée  d'une  pièce  d'eau;  la  pièce 
d'eau  et  la  prairie  sont  entourées  d'une  clôture  de  la  mon- 
tagne noire. 

Dès  leur  arrivée,  ces  oiseaux  se  trouvèrent  en  compagnie 
d'un  couple  d'Oies  du  Canada  et  d'un  couple  de  Canards  de 
la  Caroline  avec  lesquels  ils  ne  purent  jamais  sympathiser. 

Lan  dernier  la  femelle  ne  pondit  pas  ;  je  crus  comprendre 

3'  SÉuiE,  T.  X.  —  Février  1883.  5 


66  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'AGCLIMATATION. 

que  le  déplacement  et  les  fatigues  d'un  long  voyage  étaient 
la  cause  de  mon  insuccès. 

Mes  Gasarka  passèrent  l'hiver  en  bonne  santé,  ils  ne  paru- 
rent pas  plus  contrariés  par  les  jours  froids  que  par  les  cha- 
leurs de  l'été. 

En  1882,  dès  le  mois  de  janvier,  j'avais  remarqué  quelques 
accouplements;  toutefois,  je  ne  comptais  guère  sur  des 
résultats  plus  heureux  que  ceux  de  l'an  dernier.  Le  mâle  était 
tellement  rageur  que  je  doutais  de  sa  fécondité.  Sa  jalousie 
était  si  grande  qu'il  ne  pouvait  supporter  ni  ses  compagnons 
de  captivité  ni  les  poules  qui  se  hasardaient  à  franchir  la 
clôture  de  son  parc. 

Les  Oies  du  Canada,  à  cause  de  leur  grande  taille,  étaient 
les  seules  respectées.  Cependant  on  les  voyait  se  hérisser 
à  leur  approche  et  il  ne  leur  manquait  que  la  force  pour  oser 
les  attaquer. 

J'ai  dû,  pour  éviter  une  guerre  continuelle  et  calmer  la 
mauvaise  humeur  du  mâle,  établir  une  division  dans  le  parc, 
pour  les  séparer  entièrement  de  ses  congénères. 

Dès  les  premiers  jours  de  mars,  ayant  remarqué  que  le  foin 
dont  j'avais  garni  la  niche  était  remué,  je  surveillai  de  près 
mes  oiseaux  et  ne  tardai  pas  à  m'apercevoir  que  la  femelle 
Gasarka  y  était  entrée. 

Le  26  mars,  je  trouvai  dans  la  niche  un  œuf  à  peu 
près  semblable  à  celui  d'un  Canard  ordinaire,  peut-être  un 
peu  plus  gros.  11  était  blanc,  à  coquille  lisse,  très  légèrement 
teintée  de  couleur  paille.  La  ponte  avait  commencé;  elle 
continua  à  jour  passé  et  dura  jusqu'au  11  avril.  Dès  le  pre- 
mier jour  de  la  ponte  la  femelle  arracha  son  duvet  pour 
recouvrir  ses  œufs.  11  me  fut  facile  de  constater  que  la  quan- 
tité de  duvet  augmentait  en  raison  directe  du  nombre  d'œufs 

pondus. 

Le  41  avril,  tous  les  œufs  étaient  entièrement  recouverts 
de  duvet  ou  de  plumes.  A  partir  de  ce  moment,  la  couveuse 
ne  quitta  plus  son  nid  que  pour  aller  manger.  Elle  se  levait 
deux  et  trois  fois  par  jour  et  restait  hors  du  nid  une  heure 
environ,  quelquefois  plus.  Un  jour  elle  ne  renira  dans  sa 


LE    CANARD    CASAHKA.  67 

niche  que  deux  heures  après  en  être  sortie,  ce  qui  me  faisait 
craindre  qu'elle  ne  menât  pas  à  bien  sa  couvée.  Cependant  je 
pus  reconnaître  que  le  duvet  empêchait  le  refroidissement  des 
œufs. 

L'incubation  a  duré  trente  jours.  Le  vingt-neuvième  jour 
tous  les  œufs  étaient  piqués  et  le  trentième  jour  les  neuf 
petits  étaient  sortis  de  la  coquille.  La  couveuse  les  tenait  soi- 
gneusement recouverts  de  ses  ailes,  elle  les  a  gardés  dans  la 
niche  pendant  vingt-quatre  heures,  après  quoi  elle  les  a  con- 
duits à  l'eau. 

C'était  plaisir  de  voir  ces  petits  Canards  recouverts  de 
duvet  brun  et  blanc  plonger  et  s'ébattre  sur  l'eau  à  la  suite 
de  leur  mère;  on  n'aurait  jamais  cru  les  voyant  si  alertes 
qu'ils  étaient  nés  de  la  veille.  Pendant  les  quatre  ou  cinq 
premiers  jours  les  nouveau-nés  se  sont  contentés  de  picoter 
quelques  petits  insectes  qui  se  trouvaient  parmi  les  lentilles 
d'eau  :  depuis  ils  se  sont  insensiblement  accoutumés  à  manger 
quelques  mies  de  pain,  quelques  grains  de  petit  millet  ou  de 
panis.  Je  les  ai  nourris  pendant  quatre  semaines  avec  de  la 
mie  de  pain,  du  petit  millet,  du  panis  et  des  lentilles  d'eau. 
Je  ne  leur  ai  donné  ni  œufs  de  fourmis,  ni  pâtées,  ni  produits 
alimentaires;  cependant  le  développement  s'est  effectué  dans 
les  meilleures  conditions  et  un  mois  après  leur  naissance  les 
plumes  ont  commencé  à  remplacer  le  duvet. 

A  l'âge  de  quarante  jours,  mes  Casarka  étaient  entièrement 
recouverts  de  plumes  rougeâtres  et  teintées  de  gris  dans  la 
région  des  ailes  et  du  dos. 

A  partir  de  ce  moment,  je  leur  ai  donné  de  l'avoine,  du 
blé,  des  graines  de  sorgho  à  balai. 

Les  ailes  des  Casarka  se  développent  rapidement.  Ils  peu- 
vent parfaitement  voler  à  l'âge  de  soixante  jours  ;  dix  jours 
plus  tard  ils  ont  leurs  ailes  entièrement  développées. 

On  ne  peut  bien  distinguer  le  sexe  de  ces  oiseaux  que 
lorsqu'ils  ont  leur  plumage  d'adulte,  c'est-à-dire  avant  la  fin 
de  l'automne  qui  suit  leur  naissance. 


DES  PRODUCTIONS  VEGETALES  DU  JAPON 

Par    le  docteur     Edouard    îflÈIVE 

{Suite) 


En  dehors  de  ces  Lis  qui  étaient  au  jardin  du  Trocadéro, 
les  autres  Lis  japonais  sont  : 

Le  Lillum  concolor  de  Salisbury  (1),  que  les  Japonais  nom- 
ment Hime-yuri  comme  le  L.  callosum,  indiqué  par  Mi- 
quel  (2),  par  Franchet  et  Savatier  (3).  On  le  trouve  cultivé 
dans  les  jardins  japonais  de  l'île  de  Nippon,  principalement 
dans  les  villes  de  Tokio  et  de  Yokosi^a. 

Le  L.  concolor  est  haut  de  0"',cJ5àO"\50  ;  sa  tige  est  ronde, 
grêle,  glabre;  ses  feuilles  alternes,  lancéolées,  sont  plus  larges 
dans  la  partie  supérieure  de  la  plante;  ses  fleurs  sont  réunies 
par  2-5  en  ombelle  terminale.  Suivant  M.  Duchartrc  (4),  il 
existe  une  variété  à  une  seule  tleur,  que  Link  regardait  comme 
le  type  de  l'espèce.  Les  fleurs  dressées  sont  petites,  campa- 
nulées,  largement  ouvertes,  nonrévolutées,  de  couleur  rouge 
minium,  ou  rouge  clair  uniforme,  suivant  M.  Duchartre. 
D'après  MM.  Franchet  et  Savatier  (5),  ces  fleurs  sont  de  cou- 
leur jaune  rougeâtre,  marquées  de  points  bruns  à  la  base. 

Le  L.  concolor  a  été  apporté  de  Chine  en  Angleterre,  en 
1806,  par  Gréville.  M.  Leichtlin  dans  sa  collection  l'indique 
comme  une  espèce  distincte. 

Le  Lilium  pulchellum  de  Fischer  (6),  joli  petit  Lis  à  fleur 
solitaire  dans  la  plante  spontanée.  Les  folioles  du  périanthe 
sont  rapprochées  en  cloche  et  non  roulées  en  dehors  ;  elles 
sont  de  couleur  rouge-tomate,  parsemées  intérieurement  de 
petits  points  foncés.  Ces  fleurs  sont  remarquables  par  la  briè- 
veté du  style  (7). 

(1)  Salisbury,  Par«d.,  tabl.  il. 

(2)  Miquel  (F.  A.  W.),  Proliisio  florœ  Japonicœ,  p.  320. 

(3)  Franchet  et  Savatier,  Enum.,  vol.  II,  pars  1,  p.  65,  n°  1895. 

(4.)  Duchartre,  Jour,  de  la  Soc.  centrale  d'hortic.  de  France,  t.  IV,  p.  342-343. 

(5)  Franchet  et  Savatier,  vol.  11,  pars  1,  p.  65,  n°  1895. 

(6)  Hort.  berol.,  1834  et  Animadv.  botan,,  tiécembrc  1839,  p.  14. 

(7)  Duchartre,  Jour,  de  la  Soc.  centrale  d'hortic.  de  France,  l.  IV, p.  282, 4870. 


"   PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.  69 

MM.  Franchct  et  Savatier,  sur  l'autorité  de  M.  Maximowicz, 
font  du  L.  pulchellum  une  variété  du  L.  concolor  Salisb.  (i). 
MM.  Koch  (2)  et  Baker  (3)  le  désignent  comme  une  espèce 
distincte. 

Le  L.  pulchellum,  qu'on  trouve  aussi  dans  la  Chine  sep- 
tentrionale et  en  Sibérie,  a  été  introduit  en  Russie,  en  1834-, 
par  Raddi  et  y  est  cultivé  depuis  cette  époque. 

Le  Lilium  coridion  de  Siebold  (4),  mentionné  par  Franchet 
et  Savatier  (5),  noté  dans  le  Phonzo-Zoufou  (G)  sous  le  nom 
Kihime  yuri. 

Le  Kihime  yuri  croît  dans  le  Japon  septentrional,  d'où  il  a 
été  rapporté  en  Europe  par  Siebold  en  1856.  C'est  une  plante 
haute  de  0'",33,  sa  tige  grêle,  unie,  glabre  est  garnie  de  nom- 
breuses feuilles  linéaires,  de  couleur  verl-émeraude  en  des- 
sus, blanchâtres  en  dessous  ;  une  seule  tleur  terminale,  petite, 
deO'",04.  au  plus,  dressée,  campanulée,  sans  odeur,  decouleur 
jaune-citron  en  dedans,  jaune  plus  clair  en  dehors.  Etamines 
courtes. 

Avec  une  yoxiîiiQ  parthenion  Sieb.  et  de  Vr.,  qui  a  été 
introduite  par  Siebold  en  1870  ;  désignée  dans  le  Phonzo-Zou- 
fou il)  sous  le  nom  de  Akal  hime  yuri  (Lis  des  vierges). 

Suivant  le  D'  Savatier,  la  fleur  de  VAkai  hime-yuri  est  rose 
extérieurement  et  intérieurement  à  la  base,  et  rouge  vif  su- 
périeurement, sans  macules. 

D'après  M.  Duchartre  (8)  la  fleur  du  L.  parthenion  est  ter- 
minale, solitaire;  les  folioles  du  périanthe  longues  de  0"',03, 
larges  de  O^jOl,  sont  rouges  avec  la  nervure  médiane  verte  en 
dehors,  maculées  çà  et  là  de  rouge  sombre  à  l'intérieur. 

(1)  Franchet  et  Savatier,  vol.  II,  pars  I,  p.  65,  n"  1895. 

(2)  Karl  Koch,  Das  Geschieht   der  LiLien  {Wochenschrift  fur  Gœrtnerei  und 
Pflan^.enkunde,  V,  1862,  p.  301). 

(3)  Baker  (J.  G.),  A  neiv synopsis  of  ail  ihe  knoivn  Lilies  {GardenefsChronide, 
12  août  1871,  p.  1034). 

(4)  Siebold  et  de  Vriese,   Tuinbouw  Flora,  2*  partie,  p.  341,  avec  pi.  color., 
1855. 

(5)  Franchet  et  Savatier,  vol.  H,  pars  1,  p.  64,  n"  1892. 
(G)  Phonzo-Zoufou,  vol.  51 ,  fol.  23  recto. 

(7)  Ihid.,  vol.  51,  fol.  23  verso. 

(8)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  472-473. 


70  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aCCLIMATATION. 

M.  Duchartre,  de  même  que  Siebold,  que  MM.  Leichllin, 
Franchet  et  Savatier,  considère  le  L.  coridion  comme  une 
espèce  distincte  et  indique  le  L.  parthenion  comme  une  va- ' 
riété  du  L.  coridion. 

M.  Baker  (1)  regarde  le  L.  coridion  Qi]e  L.  parthenion 
comme  deux  variétés  du  L.  concolor  Salisb. 

Le  Lilium  avenaceuni  de  Fischer,  espèce  décrite  par 
M.  Maximowicz  (2),  marqué  par  M.  Leichtlin  dans  sa  collec- 
tion comme  espèce  distincte  et  remarquable,  qu'on  rencontre 
au  Japon  de  même  que  dans  les  îles  Kuriles  et  Sachalin,  dans 
la  Mandchourie  et  le  Kamtschatka. 

Le  L.  avenaceum  a  des  feuilles  assez  larges,  lancéolées, 
disposées  en  verticilles.  Suivant  M.  Duchartre  (3),  la  fleur,  de 
grandeur  moyenne,  a  les  folioles  du  périanthe  peu  révolutées 
et  plutôt  réfléchies  dans  leur  partie  supérieure,  elle  est  de 
couleur  rouge-ponceau,  quelquefois  orangée,  elle  est  parse- 
mée de  macules  foncées. 

Le  Lilium  medeoloides  d'Asa  Gray  (4),  de  Miquel  (5),  de 
Franchet  et  Savatier  (0)  ;  Kuruma-yuri,  suivant  le  Somoku- 
Dusets  il)  elle  Phonzo-Z  ou  fou  (8), 

Le  Kuruma-yuri  croît  dans  les  champs  des  régions  mon- 
tagneuses du  Japon,  et  il  tleurit  en  août.  On  le  trouve  dans 
les  parties  centrale  et  septentrionale  de  l'île  de  Nippon  et  dans 
l'île  de  Yeso  où  il  a  été  observé,  près  de  la  ville  d'Hakodate, 
par  Ch.  Wright. 

Avec  une  variété  obovata,  qui,  suivant  le  D' Savatier  (9), 
fleurit  de  juillet  à  août  et  est  cultivée  dans  les  jardins  ja- 
ponais- 

(1)  Baker  {i.G.],  A  new  synopsis  ofaLl  the  Knoivn  Lilies  {Gardener's  Chronicle, 
i2  août  1871,  p.  1034). 

(2)  Garlenflora,  p.  290-292,  pi.  485,  1865. 

(3;  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  282. 

(4)  Gray  (Asa),  On  the  Botany  of  Japan  {Mémoires  de  l'Académie  améri- 
caine des  arts  et  sciences,  nouvelle  série,  t.  VI,  p.  415,  1857). 

(5)  Miquel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p."  320. 

(6)  Franchet  et  Savatier,  vol.  Il,  pars  1,  p.  C3,  n"  1891. 

(7)  Somoku-Diisets,  vol.  V,  p.  51,  n"  77. 

(8)  Phonzo-Zoufou,  vol  51,  fol.  18. 

(9)  Franchet  et  Savatier,  vol.  II,  pars  1,  p.  63,  n"  1891. 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.         71 

La  tige  du  Kuriima-yuri  est  glabre,  nue  inférieurement, 
garnie  supérieurement  de  feuilles  réunies  en  faux  verlicille, 
lancéolées,  étroites;  la  fleur  est  souvent  solitaire;  quelque- 
fois, il  y  en  a  2  ou  "3;  elles  sont  petites,  d'un  rouge-brique 
ou  rouge-orange,  avec  des  macules  foncées. 

Dans  la  variété  obovata,  les  feuilles  sont  obovales  et  les 
fleurs  identiques. 

M.  le  D'  Savatiei-  dit  que  le  L.  medeoloides  d'Asa  Gray,  qui 
croît  dans  l'île  de  Yeso,  est  semblable  au  L.ai'ewaceitm  Fischer, 
recueilli  par  lui  et  par  M.  Maximowicz  dans  les  Alpes  de 
Niko. 

D'après  M.  Duchartre  (1),  le  L.  medeoloides  est  considéré 
par  M.  Kocli  comme  identique  au  L.  maculalum. 

Le  Lilium  alternans,  importé  du  Japon  par  Siebold,  en 
1869,  que  M.  Max  Liechtlin  indique  dans  sa  collection  comme 
espèce  distincte, 

M.  Duchartre  (2)  ne  considère  pas  les  caractères  indiqués 
par  Siebold  comme  suffisants  pour  donner  une  certitude  d'es- 
pèce ou  de  variété.  11  décrit  ce  lis  comme  ayant  des  feuilles 
nombreuses,  linéaires,  lancéolées.  Les  fleurs  qui  se  montrent 
dans  le  courant  de  juillet,  sont  nombreuses  (une  quinzaine 
environ),  dressées,  non  révolutées,  de  couleur  orange  foncé, 
avec  des  taches  jaunes  et  des  stries  brunes  vers  la  base  des 
folioles  du  périanlhe  (3). 

Le  Lilium  testaceum  de  Lindiey  (A),  de  Franchet  et  Sava- 
tier  (5),  ou  L.  habellinum  de  Kunze  (6). 

Pour  M.  le  D'  Savatier,  son  origine  est  douteuse  et  il  n'est 
peut-être  qu'une  des  nombreuses  formes  horticoles  du  L. 
speciosum. 

M.  le  D'  Regel  (7),  directeur  du  Jardin  botanique  de  Saint- 
Pétersbourg,  le  regarde  comme  originaire  du  Japon.  11  en  est 

(1)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  lïhorticuUure  de  France,  t.  V, 
p.  273. 
{■!)  Ibid.,  t.  IV,  p.  474. 

(3)  Ibid.,  t.  IV,  p.  473. 

(4)  Lindiey,  IM.  reg.,  1842,  n»  7  ;  Mise,  n"  51,  1843,  tabl.  II. 

(5)  Franchet  et  Savatier,  voL  II,  p.  08,  ii"  VMO. 

(6j  Kuiizo  (('•■),  Botanische  Zeitunij,  1843,  l,  p.  GUO. 
(7)  Gartenflora,  XI,  18G2,  p.  2-3. 


72  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

de  même  de  M.  Ducharlre(1)et  deM.  Leichtlin,  qui  l'indiquent 
comme  Lis  japonais  et  comme  espèce  bien  distincte. 

Il  est  difficile  d'affirmer  s'il  vient  spontanément  au  Japon, 
mais  il  y  est  certainement  cultivé  dans  les  jardins. 

Le  Lilium  testaceum  a  une  hauteur  de  1  à  "S  mètres,  sa  tige 
est  arrondie,  glabre,  nuancée  de  rouge  et  de  vert  ;  ses  feuilles 
nombreuses,  alternes,  sessiles,  petites,  sont  bordées  de  poils 
blanchâtres;  plusieurs  fleurs  (3  à  6),  grandes,  pendantes  à 
l'extrémité  d'un  long  pédoncule,  non  revolutées,  de  couleur 
nankin,  plus  foncées  en  dedans,  plus  claires  en  dehors,  ponc- 
tuées; pollen  rouge  orangé. 

Le  Lilium  Fortunei  de  Lindley  (2),  mentionné  par  Mi- 
quel  (3),  par  Franchet  et  Savatier  (4),  nommé  au  .lapon  Ské- 
yuri  d'après  le  Phonzo-Zoufoui^). 

Suivant  M.  Duchartre  (6),  ce  lis  est  haut  de  0'",50;  ses 
feuilles  sont  alternes,  linéaires,  étroites  ;  la  fleur  solitaire  est 
de  couleur  rouge  orangé  jaune,  elle  est  maculée  de  brun 
foncé. 

D'après  M.  Koch  (7),  cette  espèce  est  voisine  du  L.  pul- 
chellum  Fischer,  sinon  identique  avec  lui. 

Le  Lilium  Thimbergianum  de  Rœmer  et  Schultes  (8),  de 
Miquel  (9),  de  Franchet  et  Savatier  (10),  nommé  d'abord  par 
Thunberg  L.  Philadeljjhicim{H),  puis  L.  bulbiferum  (12), 

(I)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  478,  1870. 

(-2)  Lindley,  Gardener's  Chronicle,  1862,  p.  212. 

(3)  Miquel.  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  321. 

(4)  Franchet  et  Savatier,  vol.  II,  pars  1,  p.  65,  n"   1894. 

(5)  Phonzo-Zoufou,  vol.  Ll,  fol.  2,  verso. 

(fi)  ])ucharlTc,  Journal  delà  Société  centrale  d'Jiorticulturede  Fra7ïceM\  ,ïi.i80. 

(7)  C.  Koch,  Wochenschrifl  fàr  Gœrtnerei  und  Pflanzenkimde  {Bulletin 
hebdomadaire  d'horticulture  et  de  hotayiique),  V,  1862,  p.  301. 

(8)  Rœmer  et  Schultes,  Syst.  Vil,  p.  415. 

(9)  Miquel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  319. 

(10)  Franchet  et  Savatier,  vol.  11,  pars  1,  p.  69,  n°  1902. 

(II)  Thunberg,  Flor.  Jap.,  p.  133. 

(12)  Thunberg,  Transactions  of  Linnean  Society,  II,  p.  33. 

M.  Baker,  dans  son  ouvrage  sur  les  Lis  {A  neiv  Synopsis  of  ail  the  known 
Lilies),  publié  dans  le  Gardener's  Chronicle,  12  août  1871,  p.  1034,  fait  du  L. 
Thunberg ianum,  une  sous-espèce  du  L.  bulbiferum,  sous  le  nom  de  L.  bulbi- 
ferum Thunbergianum,  avec  les  nombreux  synonymes  et  les  formes  indiquées, 
par  M.  Duchartre  {Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  353). 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.  73 

ensuite  L.  eleqans{\)  désigné  dans  le  Sàmoku-Dusets  {^)  sous 
les  noms  de  Natsu-sukashi-yuri,  de  Haru-sukashi-yuri  et  de 
Hiratori-ynri,  marqué  dans  le  Phonzo-Zoufon  (3)  sous  les 
noms  de  Skachi  (forme  des  jardins,  variant  de  couleur)  et  de 
Hogaku  (à  fleurs  semi-doubles). 

Le  L.  Thunhergianum  a  une  tige  simple,  de  0"',30  de  haut, 
de  nombreuses  i'euilles  alternes,  lancéolées,  sessiles,  n'ayant 
pas  de  bulbilles  à  leur  aisselle  ;  il  donne  en  juillet  une  seule 
fleur,  dressée,  campanulée,  jaune  rougeâlre  orangé,  sans  ma- 
cules ou  à  macules  peu  apparentes.  On  le  rencontre  dans  les 
champs,  principalement  dans  l'île  Parry.  11  existe  aussi  dans 
l'île  de  Nippon  et  est  commun  aux  environs  de  la  ville  de  Yoko- 
hama, où  ses  bulbes  comestibles  sont  employés  dans  la  nour- 
riture japonaise. 

M.  Maximowicz  a  décrit  une  forme  plus  robuste  :  leL.  Thun- 
hergianum venustum  ou  L.  venustum  de  Kunth,  qui  porte  au 
sommet  de  la  tige  S-A  fleurs  en  ombelle.  Ces  fleurs  sont  de 
couleur  abricot  avec  des  macules  noires. 

Cette  forme  fleurit  en  juillet  sur  les  collines  de  l'île  Parry, 
où  elle  spontanée,  ainsi  que  dans  la  partie  septentrionale  de 
Tîle  de  Nippon  et  dans  l'île  de  Yeso. 

M.  Duchartre  (4),  à  l'exemple  de  Siebold  qui  a  introduit  le 
L.  venustum  de  Kunth  au  Jardin  botanique  de  Gand,  regarde 
le  L.  venustum  comme  une  variété  du  L.  Thunhergianum . 

Le  Lilium  Thunhergianum  est  fréquemment  cultivé  dans 
les  jardins  d'Europe,  et  on  en  a  fait  un  certain  nombre  de  va- 
riétés, de  couleur  rouge,  pourpre,  rouge  vif,  jaune,  jaune 
d'or.  Parmi  ces  variétés  sont  : 

Le  L.  fulgens  (5)  de  Gh.  Morren,  formé  par  plusieurs  va- 
riétés que  Siebold  avait  désignées  sous  les  noms  deL.  Thunh. 
atro-sanguineum  et  L.  Thunh.  atro-sanguineum-macula- 


(1)  Thunberg,  Mémoires    de  V Académie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg, 
1811,  p.  -202,  iig.  2. 

(2j  Sàmokii-Dusets,  vol.  V,  p.  49,  n"  66,  67,  68. 

(3)  l'honzo-Zoïifoti,  vol.  LI,  fol.  14  verso  et  fol.  16  recto. 

(4)  Duchnrtrn,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  351-352,  1870. 

(5)  Ch.  Morren,  Note  sur  les  Lis  du  Japon. 


74  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

tum,  noms  sous  lesquels  ils  sont  désignés  dans  les  catalogues 
de  M.  Van-Houtte. 

LeL.  aurantiaciim  (1). 

Le  L.  forniosiim  (2). 

Le  L.  sanguineum  (S). 

Le  L.  fulgens  var.  staminosum  (4-)  à  fleurs  de  couleur 
orangé  rouge,  à  points  brun  noir  et  plus  ou  moins  semi- 
doubles.  M.Max  Leiclitlin  a  obtenu  une  variété  à  fleurs  doubles 
{L.  Th.  flore  pleno)  qui  est  plus  belle  et  plus  double  que  le 
L.  fulgens  var.  staminosum. 

M.  Duchartre  (5),  à  l'exemple  de  Siebold  et  de  M.  Koch  (6), 
considère  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de  les  regarder  comme  des  es- 
pèces distinctes,  mais  seulement  comme  des  variétés  du  L. 
Thunbergianum.  Siebold,  dans  ses  catalogues,  indiquait 
46  variétés  du  L.  Thunbergianum.  Suivant  M.  Duchartre, 
M.  Max  Leichtlin  en  a  ajouté  A. 

On  doit  aussi,  d'après  M.  Duchartre  (7),  considérer  comme 
des  variétés  du  L.  Thunbergiamim,  les  lis  répandus  dans  le 
commerce  par  M.  Grœnewegen,  d'Amsterdam,  et  par  M.  Kre- 
lage,  de  Harlem,  sous  les  noms  de  Kikak,  de  Kimi-gaya,  de 
la-Ethal,  de  Sy-yets,  de  Fiu-kwama  et  de  Fekinata. 

Le  Lilium  Wilsoni  Ilort.,  belle  plante  japonaise,  connue 
sous  le  nom  de  L.  Thunbergianum  par dinum^  qui,  d'après 
M.  Koch (8),  a  été  trouvé  chez  un  amateur  anglais,  M.  Wilson. 
M.  Leichtlin,  dans  sa  collection,  l'indique  comme  espèce 
distincte  et  remarquable.  D'après  cet  amateur  distingué  et 
d'après  M.  Duchartre  (9),  IcL.  Wi^.som  atteint  1  mètre  à  1™, 33 

(1)  Paxt,  Magaz.  of  bot..  VI,  1839,  p.  l27-l!28. 

(2)  Versch,  Illust.  Iiort.,  1865,  pi.  459. 

(3)  Lindley,  Bot.  reg.,  1846,  pi.  56. 

(4)  Ch.  Lemaire,  lllustr.  hort.,  1864,  pi.  422. 

(5)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  350. 

(6)  Karl  Kocli,  Woclienschrift  fur  Gœrtnerei  und  Pflanzenkunde  {Bulletin 
hebdomadaire  d'horticulture  et  de  botanique),  1865,  p.  99. 

(7)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  353. 

(8)  Koch,  Wochenschrift  fïtr  Gœrtnerei  und  Pflamenkunde,  n"  18,  1870, 
p.  144. 

(9)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  486. 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.  75 

de  liant;  ses  feuilles  sont  elliptiques  ;  ses  fleurs  nombreuses, 
qui  peuvent  aller  jusqu'à  20,  forment  une  ombelle;  elles  sont 
grandes  et  larges  de  O'^^  à  0™,14,  dressées,  campanulées, 
de  couleur  rouge  orangé,  ou  rouge  brique,  avec  des  points 
brun  noirâtre,  très  nombreux  ;  chaque  foliole  du  périanthe 
offre  sur  sa  partie  médiane  une  bande  jaune. 

Le  Lilium  tigriîium  Gawler  (1),  qu'on  trouve  désigné  par 
Kaempfer  (2),  par  Miquel  (3),  par  Franchet  et  Savatier  (4), 
classé  dans  le  Sdnioku-Dusets{5)  et  dans  le  Phonzo-Zoufou  (6) 
sous  le  nom  de  Oni-ijuri;  très  commun  dans  les  îles  de  Nip- 
pon et  de  Yeso.  Il  est  difficile  de  préciser  s'il  y  est  spontané. 
D'après  \eSàmoku-Dusets,  on  le  rencontre  dans  les  montagnes. 
M.  le  D"^  Savatier  ne  l'a  trouvé  que  cultivé  dans  les  jardins 
japonais,  où  il  a  des  variétés  horticoles  assez  nombreuses  ;  le 
Phonzo-Zotifou  n'en  donne  qu'une,  à  fleurs  doubles,  qu'il 
donne  sous  le  nom  de  Yaï  e  tenko  (7). 

Le  Oni-yuri  est  très  rustique  ;  il  a  1  à  2  mètres  de  haut  ; 
sa  tige  est  arrondie,  brunâtre,  poilue  ;  les  feuilles  sont  garnies 
de  bulbillcs  noirâtres  à  leur  aisselle  vers  le  haut  de  la  tige.  Ces 
feuilles  sont  alternes,  sessiles,  assez  larges,  lancéolées,  elles 
ont  5-7  nervures  médianes.  M.  Duchartre  (8)  décrit  les  fleurs  de 
ce  beau  lis  ;  elles  sont  nombreuses,  jusqu'à  15,  en  grappe  ter- 
minale, larges,  révolutées,  pendantes,  sans  odeur,  de  couleur 
jaune  ou  d'un  rouge  orangé,  maculées  de  brun  rouge  noirâtre. 

Les  bulbes  comestibles  du  Lis  tigré  sont  mangés  par  les 
Japonais,  cuits,  bouillis  et  confits. 

Le  Oni-yuri  est  recherché  pour  l'ornement  des  jardins  et 
des  habitations.  11  est  fréquemment  représenté  sur  les  pein- 
tures, les  porcelaines,  les  émaux  cloisonnés,  les  laques  et  les 
broderies  en  soie. 

(1)  Gawler,  Botanical  Magazine,  tabl.  1237. 

(2)  Kaempfer,  Amœnilales  exoticœ,  5e  fasc,  p.  871,  1712. 
(3j  Miquel  (F.  A.  W.),  Proludo  florœ  Japonicœ,  p.  320. 

(4)  Franchet  et  Savatier,  vol.  II,  pars  1,  p.  60,  n°  1898. 
(5j  Sàmohi-Dusels,  vol.  V,  p.  49,  n°»  03  et  64. 

(6)  Pliomo-Zoufou,  vol.  Ll,  fol.  10  recto. 

(7)  Ibid.,  vol.  Ll,  11  recto. 

(8)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  france,  i.  IV, 
p.  476. 


76  SOCIÉTÉ  NATIONALE   D' ACCLIMATATION. 

Le  Lilium  tigrinum  Gawl.  a  été  introduit  en  Europe, 
en  1804,  par  le  capitaine  anglais  Kirckpatrick. 

Depuis  cette  époque,  on  en  a  obtenu  un  certain  nombre  de 
variétés.  M.  Leichtlin,  en  1870,  possédait  dans  sa  collection: 

Le  L.  tigrinum  Gawler  et  ses  variétés  suivantes  : 

LU.  tigr.  Fortunei. 

LU.  tigr.  erectum. 

LU.  tigr.  foliis  variegatis. 

LU.  tigr.  flore pleno,  dont  les  fleurs  doubles  sont  remar- 
quables. 

Lit.  tigr.  splendens  Leichtlin,  plus  robuste,  plus  florifère 
que  le  type,  à  fleurs  plus  amples  et  à  nuances  plus  vives  (1). 

A  l'exposition  de  Nancy  (2),  M.  Galle  avait  exposé  plusieurs 
sujets  de  L.  tigrinum  Gawl.,  ayant  passé  l'hiver  à  l'air  libre. 
Le  Jardin  d'Acclimatation  du  Bois  de  Boulogne  possède  le  LiL 
tigriîium  Gawl.  et  le  LU.  tigr.  flore  -pleno. 

Le  Japon  produit  aussi  une  espèce  voisine,  le  Lilium pseu- 
do-tigrinum  de  Carrière  (3),  qui  a  été  envoyé  de  Chine  au 
Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris. 

D'après  M.  Max  Leichtlin,  ce  lis  est  originaire  des  îles  Liu- 
Kiu.  Il  a  1  mètre  de  haut,  ressemble  au  L.  tigrinum  Gawl.  ; 
sa  tige  est  verte,  légèrement  tigrée,  garnie  de  poils  blancs.  Il 
ne  produit  pas  de  bulbillesà  l'aissefle  des  feuilles.  Ces  feuilles 
sont  alternes,  nombreuses,  rapprochées.  Les  fleurs  sont  hori- 
zontales à  l'extrémité  d'un  pédoncule  garni  d'une  longue 
bractée;  elles  sont  bien  ouvertes,  révolutées,  d'un  rouge  mat 
avec  des  points  et  des  macules  de  couleur  foncée  à  l'intérieur. 

C'est  une  plante  très  rustique. 

Le  lis  désigné  dans  le  Sàmoku-Dusets  (4)  sous  le  nom  de 
Ko  oni  yuri  est  le  L.  Maximowiczii  de  Regel  (5),  espèce  voi- 
sine de  L.  tigrinum.  Suivant  MM.  Franchet  et  Savatier  (G),  il 

(1)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  t.  IV, 
p.  4-76. 

(2)  Catalogue  de  l'exposition  de  Nancy,  p.  61,  n"  1658,  1880. 

(3)  Revue  horticole,  I,  novembre,  p.  411-412,  1867. 

(4)  Sàmoku-Dusets,  vol.  V,  p.  49,  n»  64. 

(5)  Supplem.  ad  ind.  sem.  hort.  Petrop.,  1866-1867,  p.  26.  Gartenflora,  1868, 
p.  322,  pi.  596. 

(6)  Franchet  et  Savatier,  vol.  Il,  pars  1,  p.  65-66,  n°  1896, 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.  77 

s'en  distingue  par  ses  feuilles  plus  étroites,  dépourvues  de 
bulbilles  à  leur  aisselle.  D'après  M.  Duchartre  (1),  ses  fleurs 
sont  grandes,  révolutées,  ondulées,  colorées  en  beau  rouge 
écarlate  ou  orangé,  marquées  dans  leur  partie  inférieure  de 
points  ovales  de  couleur  pourpre  noir. 

Le  Ko  ont  yuri,  à  l'état  spontané,  est  uniflore  ;  la  forme 
cultivée  dans  les  jardins  est  plus  robuste  et  pluriflore.  Il  fleurit 
en  août  dans  les  parties  herbagées  des  montagnes.  M.  Maxi- 
mowicz  l'a  trouvé  dans  l'ile  de  Kiusiu,  aux  environs  de  la  ville 
de  Nagasaki.  M.  le  D'  Savatier  l'a  rencontré  dans  l'île  de  Nip- 
pon, sur  les  montagnes  d'Hakone  et  dans  la  province  de  Sa- 
gami.  Le  Ko  oni  yuri  a  été  introduit  en  Europe  par  M.  Maxi- 
mowicz  au  Jardin  botanique  de  Saint-Pétersbourg. 

Quant  au  Lilium  Leichtlini  de  Hooker  (2),  mentionné  par 
MM.  P'ranchet  et  Savatier  (3)  comme  une  espèce  très  voisine 
des  LU.  tigrinum  et  Maximowiczii,  il  est  indiqué  dans  le 
Phonzo-Zoufou  (4)  sous  le  nom  de  Hirato-yuri. 

On  le  trouve  sur  les  collines  herbagées  de  l'île  de  Nippon, 
principalement  au  pied  du  volcan  Fudzi-yama. 

Le  Hirato-yuri^  qui  a  été  dédié  par  DallonHookeràM.  Lei- 
chtlin,  a  1  mètre  de  haut  ;  sa  tige  est  glabre,  ses  feuilles 
alternes,  sessiles,  linéaires,  lancéolées,  un  peu  velues  à  la 
base  (5).  La  fleur  est  solitaire,  il  y  en  a  quelquefois  cependant 
2  ou  3,  pendantes,  révolutées,  de  couleur  jaune-citron,  par- 
semées à  l'intérieur  de  nombreuses  mouchetures  pourpres  ou 
noirâtres. 

Le  Lilium  tenuifolium  de  Fischer  (6),  qui  croît  au  Japon, 
de  même  que  dans  la  Sibérie  méridionale. 

Ses  feuilles  sont  linéaires,  ses  fleurs  sont  réfléchies,  révo- 
lutées, de  couleur  rouge,  non  ponctuées. 


(1)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  l.  IV, 
p.  4S4-485. 

(2)  Bolanical  Magazine,  novembre  1867,  pi.  5673. 

(3)  Fr.incliet  et  Savatier,  vol.  U,  pars.  1,  p.  65,  n"  1807. 

(4)  Phonzo-Zoufou,  vol.  LI,  fig.  10  verso. 

^5)  Durliartre,  Journal  de  la  Société  centrale  dlio  ticuUure  de  France,  t.  IV, 
p.  484-485. 
(6)  Fischer,  Ind.  pi.  hort.  Gorenk,  p.  8, 1812. 


78  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

M.  Leichllin  le  marque  dans  sa  collection  comme  une  es- 
pèce très  nette.  îH 

M.  Duchartre  (1),  de  même  que  M.  Leichllin,  regarde  comme 
une  variété  de  cette  espèce  le  Lis  introduit  du  Japon  par 
Siebold,  en  1856,  sous  le  nom  de  L.  punicetim,  cédé  par  lui 
à  M.  Krelage  (2)  à  Harmle.  Ce  lis  est  plus  fort  et  ses  fleurs,  qui 
se  montrent  en  mai,  sont  plus  nombreuses  et  peuvent  aller 

jusqu'à  15.  !    ■'■.■n  'siii.i)  i, 

Le  Lilium  callosum  :  Hime-yuri  (S)  de  Siebold' et  Zucca- 
rini  (4),  mentionné  par  Miquel  (5),  par  Franchet  et  Savatier  (6), 
ou  L.  pomponium  de  Thunberg  (7). 

D'après  Kaempfer(8)  et  Siebold,  \e H ime-yuri  est  fréquent, 
à  l'état  sauvage,  dans  les  régions  montagneuses,  peu  boisées 
du  Japon,  à  une  altitude  de  165  à  650  mètres.  M.  Maximo- 
wicz  dit  qu'il  est  communément  cultivé  dans  l'île  de  Kiusiu, 
aux  environs  de  la  ville  de  Nagasaki. 

Les  Japonais  utilisent  dans  leur  nourriture  les  bulbes  co- 
mestibles du  L.  callosmn  et  les  mangent  cuits,  bouillis  et 
confits.  Ils  retirent  de  ces  bulbes  une  fécule  blanche  qui  était 
représentée  dans  l'Exposition  par  des  bocaux  remplis  de  cette 
fécule  en  morceaux  (classe  69,  céréales,  produits  farineux  et 
leurs  dérivés)  du  département  d'Iwaté,  province  de  Rikuchiu. 

Le  Hime-yuri  (Lis  mignon)  que  les  Japonais  nomment 
souvent  Yama-yuri  (Lis  de  montagne)  vient  aussi  en  Chine, 
où  il  est  connu  sous  le  nom  de  Santan.  Il  est  fréquemment 
cultivé  dans  les  jardins  japonais  et  il  est  alors  plus  vigoureux 
qu'à  l'état  sauvage. 

Sa  tige  simple,  arrondie,  s'élève  jusqu'à  1  mètre;  sesfeuilles 
sont  alternes,  étroites,  aiguës,  de  couleur  vert  clair. 


(1)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'horticulture  de  France,  1. 1\', 
p.  282. 

(2)  Annales  d'horticulture  et   de  botanique  ou  Flore  des   Pays-Bas,   p.  23, 
1861. 

(3)  Sômoku-Dusets,  vol.  V,  p.  49,  n"  65. 

(4)  Siebold  et  Zuccarini,   Flora   /a/^onica,  p..  86,  tabl.  41,  1835. 

(5)  Miquel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  320. 

(6)  Franchet  et  Savatier,  vol.  II,  pars.  1,  p.  65,  n°  1893. 

(7)  Thunberg,  Flora  Japonica,  p.  134. 

(8)  Kaempfer,  Amœnitates  exoticœ,  fasc,  5,  p.  871,  1712. 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.  79 

Ses  fleurs,  au  nombre  de  six  à  dix,  sont  disposées  en  grappe 
terminale;  elles  sont  légèrement  pendantes,  leur  pédoncule 
sort  de  l'aisselle  de  deux  bractées  inégales  s'épaississantàleur 
sommet  en  une  callosité  qui  a  fait  donner  à  ce  lis  le  nom  de 
Callosum  (1).  Elles  sont  d'un  rouge  vif,  parsemées  de 
points  d'un  rouge  foncé. 

M.  Geoffroy  Saint-Hilaire  a  reçu  directement  du  Japon  pour 
le  Jardin  d'Acclimatation  du  Bois  de  Boulogne,  dans  le  cou- 
rant de  l'année  1882,  un  album  représentant  les  fleurs  admi- 
rablement peintes  de  vingt-quatre  lis  japonais,  en  même 
temps  qu'une  collection  des  bulbes  de  ces  lis,  se  rapportant 
comme  numéros,  aux  numéros  identiques  de  l'album. 
M.  Geoffroy  Saint-Hilaire  les  a  fait  planter  par  M.  Palry,  jar- 
dinier en  chef  du  Jardin.  D'après  les  renseignements  qui 
m'ont  été  donnés  par  M.  Patry,  très  peu  de  ces  lis  ont  réussi 
en  1882. 

Len"2a  fleuri  régulièrement  et  a  donné,  en  juillet,  une 
belle  fleur,  terminale,  de  10  centimètres  de  large,  dressée, 
campanulée,  à  divisions  du  périanthe  plutôt  pliées  que  révo- 
lutées,  d'un  beau  rouge  pourpre  uniforme,  sans  macules  en 
dedans,  d'un  rouge  clair  à  l'extérieur. 

Le  n"  4  a  donné  une  petite  fleur  campanulée,  à  extrémités 
des  folioles  du  périanthe  pliées,  d'un  beau  jaune  à  l'inté- 
rieur, avec  des  points  rouges  disséminés,  de  couleur  jaune 
clair  en  dehors. 

Le  n"  9  a  produit,  en  juillet,  un  grand  lis  blanc,  lavé  de 
vert  clair  à  l'extérieur  dans  la  partie  s'attachant  au  pédon- 
cule, tubulé,  médiocrement  ouvert,  non  ré  volute. 

Le  n"  15  a  fourni  une  belle  fleur  de  10  cenlimètres  de  large, 
campanulée,  largement  épanouie,  révolutée,  jaune,  avec  des 
macules  rouge  foncé  en  dedans,  de  couleur  jaune  clair  sur 
la  face  externe. 

Len°24  a  avorté. 

Les  autres  lis  n'ont  pas  réussi. 

Les  vingt-quatre  lis  figurés  dans  l'album  japonais  envoyé 

(1)  Duchartre,  Journal  de  la  Société  centrale  d'Iiorticullure  de  France,  t.  IV, 
p.  349. 


80  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION, 

au  Jardin  d'Acclimatalion  du  Bois  de  Boulogne,  peints,  dans 
leur  grandeur  normale  et  avec  leurs  véritables  nuances,  sont 
les  suivants  (1): 

N"  1.  Lis  à  tige  ronde,  glabre,  de  couleur  verte,  à  feuilles 
sessiles,  alternes,  allongées,  d'un  vert  clair  en  dessus,  d'un 
vert  jaunâtre  en  dessous.  Pleur  de  18  centimètres  de  large, 
portée  sur  un  pédoncule  assez  long,  horizontal,  largement 
ouverte,  ondulée,  révolutée,  d'un  blanc  légèrement  rosé, 
parsemée  en  dedans  de  gros  et  nombreux  points  pourpres, 
avec  une  large  bande  médiane  d'un  jaune  uniforme;  étamines 
à  grosses  anthères  de  couleur  rouge  brique ,  large  pistil 
vert  clair.  Le  bouton  de  la  fleur,  gros,  long,  renflé  à  sa  partie 
moyenne,  d'un  blanc  rosé  dans  le  milieu  et  vers  la  pointe, 
blanc  lavé  de  vert  près  du  pédoncule. 

N°  2.  Lis  à  tige  ronde,  glabre,  vert  jaunâtre;  à  feuilles 
sessiles,  disposées  supérieurement  en  verticille,  linéaires, 
d'un  beau  vert  en  dessus,  vert  jaunâtre  en  dessous;  fleur 
terminale,  dressée  sur  un  pédoncule  assez  gros  et  assez  court, 
de  13  centimètres  de  large,  campanulée,  à  divisions  du 
périanthe  plutôt  pliées  que  révolutées  dans  leur  tiers  supé- 
rieur, d'un  beau  rouge  pourpre  foncé,  en  dedans  avec  une 
nervure  médiane  d'un  rouge  plus  clair,  d'un  rouge  moins 
foncé  à  l'extérieur.  Étamines  rougeâtres  ;  gros  pistil  dépas- 
sant peu  les  étamines. 

N"  3.  Lis  à  tige  ronde,  glabre  ;  à  feuilles  sessiles,  alternes, 
étroites,  linéaires,  vert  clair  en  dessus,  vert  jaunâtre  en  des- 
sous; deux  fleurs  à  l'extrémité  supérieure  de  ia  tige,  dressées, 
portées  par  un  pédoncule  de  grosseur  moyenne,  campanu- 
lées,  révolutées,  de  12  centimètres  de  large,  de  couleur  rouge 
orange  ou  rouge  tomate,  uniforme  en  dedans  et  en  dehors, 
un  peu  plus  foncé  au  centre,  sans  macules.  Anthères  de  cou- 
leur rouge  pourpre  ;  pistil  rougeâtre. 

Le  bouton  de  la  fleur,  ovale,  de  couleur  rouge  clair. 
N°  4.  Petit  lis  à  tige  ronde,  glabre  ;  feuilles  sessiles,  verti- 
cillées  supérieurement,  linéaires,  étroites,  peu  longues;  fleur 

(1)  J'ai  suivi  dansTénumération  l'ordre  des  numéros  indiqué  dans  l'album. 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.  81 

terminale  de  6  centimètres  de  large,  dressée,  campanulée, 
légèrement  pliée  à  l'extrémité  de  chaque  foliole  du  périantlie, 
d'un  jaune  clair  uniforme  à  l'extérieur,  d'un  jaune  plus  foncé 
en  dedans,  avec  des  points  nombreux,  disséminés,  de  cou- 
leur rouge  brique  ;  étamincs  à  anthères  rougeâtres  assez 
longues. 

N°  5.  Beau  lis  à  tige  jaune  verdâtre,  ronde,  glabre,  à  feuilles 
sessiles,  alternes,  linéaires,  peu  nombreuses;  fleur  de  13 cen- 
timètres de  long  sur  15  centimètres  de  large,  horizontale,  sur 
un  pédoncule  de  9  centimètres  de  long,  campanulée,  pliée  à 
l'extrémité  des  folioles  du  périanthe,  d'une  belle  couleur  rose 
carmin,  uniforme,  sans  macules,  plus  foncée  en  dedans  qu'en 
dehors;  étamines courtes,  rapprochées,  à  anthères  de  couleur 
rouge  brique. 

N"  6.  Magnifique  lis,  à  tige  ronde,  glabre,  ta  feuilles  ses- 
siles, alternes,  nombreuses,  assez  larges,  obovales,  réguliè- 
rement espacées  dans  la  hauteur  de  la  tige,  d'un  beau  vert 
foncé  en  dessus,  jaunâtres  en  dessous;  à  fleurs  de  il  centi- 
mètres de  large,  obliques  sur  im  pédoncule  de  6  centimètres 
de  long,  largement  ouvertes,  révolutées,  ondulées,  d'un  blanc 
rose  extérieurement,  blanc  en  dedans,  carminé  vers  le 
milieu,  parsemées  de  gros  points  nombreux  de  couleur  car- 
min foncé;  longues  étamines  à  anthères  de  couleur  rouge 
brique;  long  style  verdâtre.  Le  bouton  de  la  fleur,  de  couleur 
blanc  verdâtre,  lavé  de  rose  vers  la  partie  médiane. 

N"  7.  Joli  lis  cà  tige  assez  grosse,  ronde,  glabre;  à  feuilles 
sessiles,  alternes,  obovales;  fleurs  terminales  de  12  centimè- 
tres de  large,  obliques  sur  un  pédoncule  grêle  de  7  à  8  cen- 
timètres de  long,  largement  ouvertes,  ondulées,  révolutées, 
d'un  blanc  pur,  parsemé  en  dedans  de  gros  points  blancs 
plus  foncés  ;  longues  étamines  à  anthères,  de  couleur  rouge 
brique;  style  dépassant  de  beaucoup  les  étamines. 

Le  bouton  de  la  fleur  est  blanc  lavé  de  vert  clair. 

'N"  8.  Lis  à  lige  ronde,  glabre,  à  feuilles  alternes,  sessiles, 
linéaires,  allongées,  les  inférieures  plus  larges  que  les  supé- 
rieures ;  à  fleurs  terminales,  dressées,  de  12  centimètres  de 
large,  doubles,  très  largement  épanouies,  révolutées,  de  cou- 

3'  SÉRIE,  T.  X.  — Février  1883.  0 


82  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

leur  jaune   orangé,  ou  rouge  tomate,  parsemées  en  dedans 
de  nombreux  et  gros  points  rouge  brun. 

Le  bouton  de  la  fleur,  presque  rond,  de  couleur  rouge 
abricot,  maculé  de  rouge  brun. 

N"  9.  Lis  à  ti^e  ronde  glabre,  feuilles  peu  nombreuses, 
alternes,  pétiolées  (les  pétioles  plus  courts  dans  les  feuilles 
supérieures  que  dans  les  inférieures),  en  forme  de  cœur,  de 
couleur  vert  clair  en  dessus,  vert  jaunâtre  en  dessous  ;  deux 
fleurs  terminales,  allant  en  sens  opposé,  horizontales,  tubu- 
lées,  les  extrémités  des  folioles  du  périanthe  légèrement 
repliées  sans  être  révolutées,  médiocrement  ouvertes,  de 
couleur  blanche,  légèrement  lavée  de  vert  extérieurement 
dans  le  quart  de  la  longueur,  près  du  pédoncule. 

N°  40.  Petit  lis,  à  feuilles  sessiles  étroites,  linéaires,  nom- 
breuses, rapprochées,  d'un  beau  vert  en  dessus,  vert  jaunâtre 
en  dessous,  fleur  terminale,  dressée,  de  8  centimètres  de 
large,  campanulée,  non  révolutée,  simplement  pliée  à  chaque 
extrémité  des  folioles  du  périanthe,  assez  largement  ouverte, 
de  couleur  rouge  clair  en  dehors,  de  couleur  rouge  lie  de  vin 
à  l'intérieur,  parsemée  de  points  noirâtres. 

NMl.  Beau  lis  à  tige  ronde,  glabre;  à  feuilles  sessiles, 
nombreuses,  verticillées,  assez  longues,  vert  clair  en  dessus, 
vert  jaunâtre  en  dessous  ;  fleurs  terminales  semi-doubles,  de 
14  centimètres  de  large,  dressées,  campanulées,  non  révolu- 
tées, pliées  aux  extrémités  des  folioles  du  périanthe,  de  cou- 
leur rouge  clair  à  l'extérieur,  d'un  beau  rouge  pourpre 
uniforme  en  dedans,  sans  macules,  ayant  au  milieu  seize  à 
dix-huit  prolongements  rougeâtres  bordés  de  blanc,  et  treize 
filaments  blancs  grêles  ;  long  style  verdâtre. 

N°  15.  Large  et  beau  lis  à  grosse  tige  ronde,  glabre  ;  à 
feuilles  sessiles,  assez  nombreuses,  verticillées  dans  la  partie 
supérieure  de  la  tige  ;  fleur  terminale  de  14  centimètres  de 
large,  dressée,  campanulée,  non  révolutée,  ayant  les  extré- 
mités des  folioles  du  périanthe  repliées,  d'une  belle  couleur 
pourpre  velouté,  uniforme  en  dedans,  sans  macules,  rouge 
clair  à  l'extérieur  ;  étamines  à  grosses  anthères  de  couleur 
chocolat  ;  fort  style  rougeâtre. 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.  83 

N"  13.  Beau  lis  à  tige  arrondie,  glabre;  à  feuilles  nom- 
breuses, sessiles,  petites,  linéaires,  de  couleur  vert  clair  en 
dessus,  vert  jaunâtre  en  dessous;  fleurs  de  10  à  12  centimè- 
tres de  large,  obliques  sur  de  longs  pédoncules  grêles,  large- 
ment ouvertes,  révolutées,  ondulées,  d'une  jolie  couleur 
abricot  foncé  ou  jaune  orangé,  avec  une  nervure  médiane 
orangée,  parsemées  de  gros  points  rouge  pourpre,  très  nom- 
breux, de  couleur  rouge  orangé  clair  à  l'extérieur;  étamines 
à  grosses  anthères  de  couleur  rouge  brique  ;  long  style  dépas- 
sant de  beaucoup  les  étamines. 

Le  bouton  de  la  fleur  ovale  allongé,  de  couleur  rouge 
orangé,  lavé  de  vert. 

N"  14.  Lis  cà  grosse  tige  ronde,  glabre,  vert  jaunâtre,  à 
nombreuses  feuilles  alternes,  sessiles,  assez  larges,  obovales  ; 
fleurs  de  14-  à  15  centimètres  de  large,  bien  ouvertes,  peu 
révolutées,  plutôt  pliées,  de  couleur  blanche  avec  une  bande 
jaune  clair  de  1  centimètre  de  large  sur  le  milieu  de  la  face 
interne  de  chaque  foliole  du  périanthe  qui  est  parsemée  de 
gros  et  nombreux  points  jaunes  de  la  môme  nuance  que  la 
bande  ;  étamines  courtes,  à  grosses  anthères  de  couleur 
rouge  brique;  large  style  verdâtre. 

Le  bouton  de  la  fleur  blanc  lavé  de  jaune  dans  la  moitié  dé 
sa  longueur  près  du  pédoncule. 

NMô.  Lis  à  tige  assez  grosse,  à  feuilles  alternes,  sessiles, 
nombreuses,  étroites,  allongées;  à  fleurs  de  0,10  à 0,1  !2  de 
large,  obliques  sur  le  pédoncule,  campanulées,  légèrement 
ouvertes,  d'un  jaune  clair  à  l'extérieur,  d'un  jaune  plus  foncé 
sur  la  face  interne  des  folioles  du  périanthe,  qui  sont  parse- 
mées de  nombreux  et  gros  points,  de  couleur  rouge  brique  ; 
longues  étamines  avec  anthères  rougeâlres  ;  style  jaunâtre.  Le 
bouton  de  la  fleur,  ovale  allongé,  jaunâtre,  est  légèrement 
lavé  de  vert  près  de  son  attache  au  pédoncule. 

NMô.  Lis  à  grosse  tige  vert  jaunâtre,  ronde,  glabre,  à 
jolies  feuilles  alternes,  sessiles,  nombreuses,  assez  étroites, 
allongées,  d'un  beau  vert  en  dessus,  bordées  de  blanc,  veri 
jaunâtre  en  dessous  ;  grandes  fleurs  terminales,  horizontales, 
campanulées,  légèrement  révolutées,  un  peu  ondulées,  blan- 


8-4  SOCIÉTÉ   NATIONALE    d' ACCLIMATATION. 

che?,  lavées  de  vert  clair  près  du  pédoncule  et  à  la  partie 
movenne  de  la  face  inlerne  des  folioles  du  périanlhe  :  étamine* 
cour'ips,  à  larges  anlhères;  style  assez  gros. 

L^'.  bouton  de  la  ileur  ovale  allongé,  blanc  lavé  de  vert. 

N°  17.  Lis  à  tige  grêle,  jaunâtre,  à  feuilles  sessiles,  verti- 
cillées,  linéaires,  allongées;  trois  tleurs  terminales,  obliques, 
petites,  de  G  centimètres,  bien  ouvertes,  étalées,  révolutées,, 
d'tin  jaune  clair  à  l'extérieur,  d'un  jaune  plus  foncé  en  de- 
dans, parsemées  de  nombreux  points  de  couleur  rouge  bri-^ 
«jue  ;  étamines  assez  longues,  à  anthères  rougeâtres  ;  long- 
style  j.'iunâtre. 

Le  bouton  de  la  fleur  ovale  arrondi,  jaunâtre,  lavé  de  verh 
vers  le  pédoncule. 

,  N"  18.  Lis  à  grosse  tige  verdàtre,  ronde,  glabre,  à  feuilles- 
sessiles,  nombreuses,  étroites,  allongées,  verl  clair  en  dessus,, 
bordées  de  jaune  rosé,  de  couleur  vert  jaune  en  dessous;; 
fleur  terminale,  presque  horizontale, tubulée  de0™,15  de  long. 
surO%li  de  large,  légèrement  révolutée,  bien  ouverte,  d'un 
beau  blanc  lavé  de  verl  clair  dans  le  tiers  de  sa  longueur  près^ 
du  pédoncule,  sans  macules;  étamines  courtes,  dépassant 
peu  le  tube  du  périanthe,  à  grosses  anthères,  droites,  jaunâ- 
tres ;  style  assez  fort. 

N"  10.  Lis  à  grosse  tige  verte,  arrondie,  glabre  ;  à  feuilles- 
alternes,  sessiles,  nombreuses,  allongées,  de  couleur  vert 
foncé  en  dessus,  vert  clair  en  dessous  ;  magnifique  fleur  ter- 
minale, oblique  sur  le  pédoncule,  de  0'",15  de  large,  campa- 
nulée,  largement  ouverte,  révolutée,  ondulée,  d'un  blanc  lavé 
de  vert  à  l'extérieur,  d'un  beau  blanc  en  dedans,  parsemée- 
de  gros  et  nombreux  points  de  couleur  rouge  cramoisi,  avec 
une  large  bande  d'un  rouge  cramoisi  sur  le  milieu  de  la  lace 
interne  de  chaque  foliole  du  périanlhe;  longues  élamiues  ver- 
dâtres  à  grosses  anlhères  obliques,  de  couleur  rouge  brique;, 
long  el  gros  style  verdàtre. 

N°  20.  Charmant  lis  à  lige  mince,  d'un  vert  jaunâtre,  à. 
fe\ii.les  verticillées,  étroites,  linéaires,  d'un  beau  vert;  petite 
fleur  tcrmhiale,  horizontale,  de0™,06  de  large,  campnnulée, 
largement  ouverte,  non  révolulée,  pliée  à  l'extrémité  des. 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.         85 

folioles  du  périanlhe,  d'un  beau  violet  foncé  uniforme,  sans 
macules,  intérieurement  et  extérieurement  ;  six  minces  et  lon- 
gues étamines  à  petites  anthères,  rondes,  jaunâtres  ;  long  et 
mince  style. 

N"  41 .  Lis  à  grosse  tige  arrondie,  glabre  ;  à  feuilles  sessilos, 
alternes;  deux  fleurs  terminales,  tubulées,  médiocrement 
ouvertes,  horizontales  sur  un  petit  pédoncule,  l'extrémité  des 
folioles  du  périanthe  plutôt  pliée  que  révolutée,  d'un  blanc 
uniforme  en  dedans,  sans  macules,  d'un  blanc  légèrement 
lavé  de  vert  à  l'extérieur;  grosses  étamines  à  anthères,  droites, 
d'un  beau  jaune  ;  long  et  gros  style. 

Bouton  de  la  fleur  renflé  dans  son  milieu,  de  couleur 
blanche  lavée  de  vert  v(!rs  le  pédoncule. 

N"  2:2,  Magnifique  lis  à  grosse  tige  arrondie,  glabre,  à 
feuilles  sessiles,  alternes,  linéaires,  allongées,  d'un  beau  vert 
en  dessus,  d'un  vert  jaunâtre  en  dessous;  fleurs  de  0'",17  de 
large,  largement  ouvertes,  ondulées,  révolutées,  d'un  blanc 
uniforme,  sans  macules,  avec  une  large  bande  médiane  d'un 
beau  jaune  sur  le  milieu  de  la  face  interne  de  chaque  foliole 
du  périanthe;  grosses  étamines  de  couleur  chocolat;  pistil 
gros  et  long  de  couleur  vert  clair. 

N°23.  Beau  lis  à  tige  de  grosseur  moyenne,  ronde,  vcrdàtre  ; 
feuilles  nombreuses,  sessiles,  allongées,  d'un  beau  vert  en 
dessus,  de  couleur  vert  jaunati'e  en  dessous;  fleur  terminale, 
grande,  horizontale,  tubulée,  médiocrement  ouverte,  non 
révolutée,  de  couleur  blanc  jaunâtre,  maculée  extérieurement 
de  rouge  et  de  brun,  en  plaques  et  en  bandes  allongées,  d'un 
blanc  jaunâtre  uniforme  en  dedans,  sans  macules;  grosses 
étamines  droites,  de  couleur  rouge  brique  ;  gros  et  long  style 
verdàtre. 

iV  24.  Petit  lis  à  tige  mince,  jaune  clair,  à  feuilles  verti- 
cillées,  sessiles,  linéaires,  d'un  beau  vert  en  dessus,  vert  jau- 
nâtre en  dessous,  les  feuilles  inférieures  plus  longues  que  les 
•feuilles  supérieures;  fleuis  horizontales  sur  un  long  |)édon- 
cule,  largement  ouvertes,  de  5  centimètres  1/2,  ondulées, 
révolutées,  de  couleur  abricot,  parsemées  de  nombreux  points 
pourpres  ;  longues  étamines  à  petites  anthères  obliques,  de 


86  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

couleur  rouge  brique;  long  style  rose.  Le  bouton  de  la  fleur 
ovale,  presque   rond,   de   couleur  abricot. 

Erythronium  grandiflorum.  Katakuri.  —  Parmi  les 
autres  plantes  utiles  de  la  famille  des  Liliacées,  le  Sàmoku- 
Dusets  (1)  et  le  Phonzo-Zoufou  (2)  indiquent  VErythro- 
nixim  grandiflorum  sous  les  noms  de  Katakuri  et  de  Ka- 
tako-yuri. 

V Erythronium  grandiflorum,  qu'on  trouve  marqué  dans 
Miquel  (3),  dans  Francliet  et  Savalier  (4),  fleurit  en  mai. 
D'après  le  Phonzo-Zoufou,  les  fleurs  sont  de  couleur  pourpre 
violet  clair  ;  la  tige  porte  deux  feuilles  en  général  dissembla- 
bles, l'une  plus  grande,  plus  large,  plus  arrondie  cà  la  base, 
presque  toujours  contractée  en  pétiole;  l'autre  lancéolée, 
plus  petite,  atténuée  inférieurement;  la  capsule  est  obovale, 
arrondie  au  sommet  (5).  Suivant  MM.  Franchet  et  Savatier,  la 
plante  du  Japon  pourrait  bien  n'être  qu'une  forme  k  grande 
ileur  de  VEryt.  dens  canis.  Le  docteur  Vidal  (6)  a  commu- 
niqué au  docteur  Savatier  ununlve Erythronium,  qui  rappelle 
VEryt.  albidum  Nutt.  Il  l'a  recueilli  aux  environs  de  Niigata, 
dans  la  partie  occidentale  de  l'île  de  Nippon. 

Le  Katakuri  se  rencontre  sur  les  coflines  boisées  des 
provinces  septentrionales  de  l'île  de  Nippon,  d'après  le  doc- 
teur Kramer  et  le  docteur  Savalier.  Le  botaniste  japonais 
Keiske  l'a  marqué  comme  existant  dans  l'île  de  Yeso. 

C'est  une  plante  qu'on  rencontre  à  l'état  sauvage,  et  dont 
les  bulbes  contiennent  une  fécule  qui  est  employée  dans  l'ali- 
mentation japonaise.  On  remarquait  dans  la  classe  09  (céréales, 
produits  farineux  avec  leurs  dérivés)  des  flacons  de  fécule 
iDlanche  en  poudre  et  en  morceaux  à'Erythronium  grandi- 
florum sous  le  nom  de  Katakuri-ko  du  département  d'Iwaté 
(province  de  Rikuchiu). 

(1)  Sàmoku-Dusetz,  vol.  V,  p.  51,  n"  84.  1856. 

(-2)  Phonzo-Zoufou,  vol.  VU,  fol.  3-2.  Yedo,  1828. 

(3)  Miquel  (F.  A.  W.),   Proliisio  florœ  Japonicœ,  p.   322.   Amsterdam,   1866- 
1867. 

(4)  Franchet  et  Savatier,   Enumeratio,\o\.  Il,  pars  1,  p.  ô'J,  n"  1883. 

(5)  Ibid.,  vol.  Il,  pars  1,  p.  60. 

(6)  Ibid.,  vol.  11,  pars  2,  p.  525,  n"  2725. 


PRODUCTIONS   VÉGÉTALES   DU   JAPON.  87 

VOrithya  ediilis  de  Miquel  (1),  de  Franchet  et  Savatier  (2), 
Amana  et  Mugi-giitvai,  d'après  le  Sàmoku-Dasets  (3),  le 
Phonzo-Zoufou  (A)  et  le  Kwa-wi  (5),  qui  est  commun  dans  les 
champs,  le  long  des  routes,  près  des  endroits  boisés,  dans  les 
parties  humides  des  montagnes,  et  qui  donne,  de  mars  à 
avril,  des  fleurs  rosées  à  veines  violettes.  Il  y  a  des  variétés  à 
fleurs  blanches  et  rougeàtres. 

LOrithya  edulis  se  rencontre,  d'après  Oldham,  dans 
l'île  de  Kiusiu;  suivant  Siebold,  il  est  fréquent  dans 
toutes  les  parties  de  l'île  de  Nippon,  et  d'après  le  doc- 
teur Savatier,  principalement  aux  environs  de  la  ville  de 

Yokoska ; 

Ainsi  qu'une  autre  espèce,  l'Or,  oxypetala  de  Kunth  (6)  et 
d'Asa  Gray  (7).  Hiroha  Amana  et  Hiroha-miigi-guwaï,  d'a- 
près le  Sdmoku-Dusels  (8),  dont  les  feuilles  sont  plus  larges 
et  dont  les  fleurs  sont  blanches  cà  l'intérieur  et  lavées  de  rose 
en  dehors  (9). 

La  famille  des  Liliacées  fournit  aussi  plusieurs  espèces 
d'HemerocalHs. 

VHemerocallis  fulva,  Lin.,  indiqué  par  Miquel  (10),  Fran- 
chet et  Savatier  (ii),  marqué  dans  le  Sômoku-Dusets  (1^) 
sous  les  noms  de  Yahu-Kuiuanzo  et  de  Oni-Kuwanzo  et  sous- 
celui  de  Wasuregusa  (1o)  (forme  des  jardins  à  fleurs  doubles)  ^ 
avec  une  \ariéié angustifolia  de  Baker(14-), désignée  par  Miquel 
sous  le  nom  d'Hemer  longituha  et  classée  dans  le  Sàmoku- 
Dusets{[b)  sous  le  nom  de  Zentel  Kuiva,  remarquable  suivant 

(1)  Miquel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florce  Japonicœ,  p.  322. 

(2)  Franchet  et  Savatier,  vol.  11,  pars  1,  p.  60,  n"  1884. 

(3)  Somoku-Dusets,  vol.  V,  p.  51,  n»  82, 

(i)  Pliouw-Zoufou,  vol.  VII,  foi.  30,  verso,  fig.  dexlr. 

(5)  Kwa-wL  Herb.  I,  p.  19,  n°  22. 

(6)  Kunth,  Enmnerat.,  4,  p.  227. 

(7)  Asa-Gray,  Plant.  Jap.,  p.  322. 

(8)  Sômoku-Dusets,  vol  V,  p.  51,  n»  83. 

(9)  Phonzo-Zoufou,  vol.  VII,  fol.  30  verso,  fig.  sinist. 

(10)  Miquel  (F.  A.  \V.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  316. 

(11)  Franchet  et  Savatier,  vol.  H,  pars  1,  p.  80,  n°  1930. 

(12)  Sômoku-Dusets,  vol.  VI,  p.  55,  n"  14. 

(13)  Ibid.,\o\.  VI,  p.  55,  n°  13. 

(14)  Baker,  On  Liliac  in  the  Journ.  of  Ihe  Linnean  Society,  XI,  p.  358. 
.   (15)  Sômoku-Dusets,  vol.  VI,  p.  55,  n.  17. 


88  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

MM.  Franche!  et  Savatier  par  la  longueur  de  son  tube  péri- 
gonal  qui  atteint  jusqu'à  4  centimètres. 

Cette  variété  qui  est  peut-être  spontanée  au  Japon,  y  est 
cultivée  comme  plante  ornementale. 

VHemerocallis  Dumortieri  (1)  ou  Hemer.  graminea,  var. 
humilior  de  Maximowicz  (2),  et  de  Miquel  (;:]),  Yu-usuge  et 
Yosinho-Kisuge,  d'après  le  Sdmoku-Dusets  (4).  Celle  espèce 
qui  est  cultivée  dans  les  jardins  de  l'ile  de  Yeso,  aux  envi- 
rons de  la  ville  d'Hakodate,  sans  qu'on  puisse  préciser  si  elle 
y  est  spontanée,  est  remarquable  d'après  le  docteur  Savatier  (5) 
par  ses  fleurs  presque  sessiles  et  la  brièveté  de  son  tube  péri- 
gonal  qui  n'atteint  pas  un  centimètre. 

Le  Sômoku-Dusets  (6)  et  le  Phonzo-Zoufou  (7)  indiquent 

de  plus  : 

L'Hime-Kuwanzo,  Hemer .  Middenfordii  qui  esi  cultivé  dans 
les  jardins  et  dont  le  tube  périgonal  est  de  10  à  15  milli- 
mètres. 

On  trouve  aussi  au  Japon  VHemerocallis  flava,Kwandzoo, 
qui  y  est  cultivé  dans  les  jardins  et  qui  y  est  peut-être  spon- 
tané, ainsi  que  VHemerocallis  minor  ou  Hemer.  graminea  (8) 
qui  sont  synonymes  suivant  Baker  (9)  et  que  le  Sàmoku- 
Dusels  relate  sous  la  dénomination  do  Deni-Kuwandzo  (10). 

Les  fleurs  de  VHemerocallis  graminea  séchées  sont  usi- 
tées quelquefois  dans  l'alimentation  japonaise,  mais  c'est  prin- 
cipalement en  Chine  qu'elles  sont  employées  dans  la  nourri- 
ture et  elles  consliluent  un  plat  favori  des  Chinois.  On  en 
remarquait  des  échantillons  dans  l'exposition  chinoise  n"  8098 
provenant  des  douanes  chinoises  de  Chinkiang  et  au  n"  2608, 
des   tiges  (ÏHemerocallis  recommandées  dans  la  médecine 

(1)  Moir,  Hort.  Behj.,  II,  p.  195.  tabl.  43. 

(2)  Maximowicz,  Primiliœ   florœ    Amurensis  (  Mémoires  présentés  à  l'Aca- 
démie impériale  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg,  t.  IX,  p.  28"),  185U). 

(3)  Miquel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  31(5. 

(4)  Sànwku-Dmets,  vol.  VI,  p.  55,  n"  18. 

(5;  Fraiicliot  et  Savatier,  vol.  U,  p.  79,  n"  1929. 
(6j  Sômoliu-Dusels,  vol.  Vi,  p.  55,  n°  15. 

(7)  Phomo-Zoufou,  vol.  XVll,  fol.  U  verso. 

(8)  Miquel,  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  316. 

(9)  Baker,  On  Liliac.  in  the  Jour»,  ofllie  Linnean  Socieltj,  XI,  p.  358. 

(10)  Sômoliu-Dusels,  vol.  VI,  p.  55,  n"  16. 


PRODUCTIONS    VÉGÉTALES   DU    JAPON.  89 

chinoise  comme  médicament  stimulant  et  venant  des  douanes 
chinoises  de  Canton. 

La  province  du  Shantung  exporte  une  quantité  considé- 
rable de  fleurs  séchées  de  VHeniewcallls  graminea. 

On  trouve  au  Japon  plusieurs  espèces  de  Funkia:  le  Fiin- 
kiacordata,  de  Spreng  (l),  de  Miquel  (-2),  de  Franchet  et 
Savatier  (3)  :  Funkia  grandi flora,  de  Siebold  (4),  que  le 
Sànwku-Dusels  désigne  sous  le  nom  do  Tô-giboski  (5)  et  sous 
celui  de  Tamano-Kandsaki  (G),  qui  est  celui  qu'on  trouve 
marqué  dans  le  Phonzo-Zoufou  (7). 

Le  Funkia  cordata  a  une  tige  de  0'",30  à  0'",35  de  haut,  des 
feuilles  radicales  en  forme  de  cœur;  des  fleurs  nombreuses, 
odorantes,  blanches,  rayées  légèrement  de  rouge,  en  grappes 
«lunies  de  deux  bractées  dont  Tune  caduque  et  l'autre  persis- 
lanle,  ovale  et  blanchâtre. 

C'est  une  espèce  élégante  cultivée  par  les  Japonais  pour 
l'ornement  de  leurs  jardins  ainsi  qu'une  autre  espèce  : 

Le  Funkia  Sicboldiana,  de  Ilooker  (8),  relaté  dans  Mi- 
quel  (9),  dans  Franchet  et  Savatier  (10),  Hemerocallis  cordata 
de  Thunberg  (11). 

Kuro-giho>ihi,  suivant  le  Sdmoku-Dusets  (12),  qu'on  ren- 
contre aussi  à  l'état  sauvage  diins  les  bois  des  montagnes  de 
i'île  de  Nippon  où  il  fleurit  en  août.  Ses  fleurs  nombreuses 
sont  quelquefois  réunies  en  verticilles;  quant  à  ses  feuilles, 
elles  sont  ovales  et  plus  petites  de  moitié,  de  même  que  les 
fleurs,  que  dans  le  Funkia  subcordata. 

Le  Funkia  Sieboldiana  était  représenté  à  l'Exposition  de 
Nancy  (13),  exposé  par  M.  Gerbeaux. 

(1)  Spren?y  Sust.  2,  p.  41. 

(2)  MiqiiPl  'F.  A.  W.),  Prnlusin  florœ  Japonicœ.  Amsterdam,  1865-1867 

(3)  Franchet  et  Savalier,  Enuineralin,  voi.  II,  pars  1,  p.  80,  a°  i931. 

(4)  Siel>olil,  FI.  des  Serr.  labl.  158-159  (foiine  des  jardins). 

(5)  Sàmnkii-Dmits,  vol.  VI,  p.  56,  n"  21. 

(6)  Ibll.,  vol.  VI,  p.  56,  n»25. 

(7)  Phonzo-Znufnu,\o\.\\\\\Ji\\.   13  recto. 

(8)  Ilooker,  Hnlanical  magminc,  tiilil.  3  i63.  1867. 

(9)  Mi((iiel  (F.  A.  W.),  Proluxin  flonr.  Jaiionicœ,  p.  317. 

(10)  Fran.het  et  Savati-r.  Rnuineratio,  vol.  II,  parsl,  p.  81.  n"  1932. 

(11)  Thnnliert?,  Flora  Jiipnmca,  j».  143. 

(12)  Sônvilm-'lJusel^,  vol.  VI,  p.  57,  n°  27. 

(13y  Catalogue  de  r Exposition  de  Nancy,  p.  61,  n"  1650.  1880. 


00  SOCIÉTÉ    NATIONALE    d' ACCLIMATATION. 

Les. Japonais  ciiltivenl  aussi  dans  les  jardins  comme  plantes 
d'ornement  ;  le  Funkia  ovata  de  Spreng  (i),  relaté  dans 
Franchet  et  Savatier(2)  ou  Hemerocallis  cœrulea  de  An- 
drews (3),  dénommé  dans  le  Sàmoku-Dusets  ('4),  Gibo  et 
Giboshi,  c'est  VHemerocalle  bleue,  à  tige  de  0™,50  de  haut, 
à  feuilles  ovales,  à  fleurs  d'un  bleu  violacé,  qui  fleurit  au 
Japon  de  juillet  à  août. 

Le  Phonzo-Zoufou  (5)  en  indique  une  forme  dont  les 
feuilles  sont  bordées  de  blanc;  cette  forme  est  notée  dans  le 
Sànioku-Diisels  ((5)  sous  le  nom  de  Oba-Giboshi.  C'est  le 
Funkia  cœruJca  albo-marginata. 

Le  Sômokii-Diisels  en  marque  une  autre  forme  sous  le  nom 
deKobaGiboshi{l),qm  est  le  Funkia  ovata  forma  lancifolia. 

Le  Funkia  cœrulea  et  le  Funkia  cœrulea  albo-marginata 
étaient  exposés  à  Nancy  par  M.  Gerbeaux  en  1880  (8). 

Le  Funkia  lancifolia  de  Spreng  (9),  de  Franchetet  Sava- 
tier  (10),  Hemerocallis  lancifolia  de  Thunberg  (H),  Midzu 
(jibosld  et  Sagi  gibosJti  d'après  le  Sàmoku-Dusets  (12)  qui 
fleurit  en  juillet  et  août  et  qui  vient  à  l'état  sauvage  dans  les 
montagnes  boisées  de  toute  l'étendue  du  Japon. 

Le  Phonzo-Zoufou  (13),  suivant  MM.  Franchet  et  Sava- 
tier  (14),  en  relate  plusieurs  formes. 

Fol.  15.  Sous  le  nom  de  Gibosi  :  Funkia  à  feuilles  large- 
ment lancéolées  et  bordées  de  blanc,  à  fleurs  violettes. 

Fol.  16  recto.  Sous  le  nom  de  Kinran:  Funkia  à  feuilles 
lancéolées,  glauques  en  dessous,  à  fleurs  d'un  violet  foncé  à 
l'intérieur,  et  d'un  violet  clair  en  dehors. 

(1)  Spreng,  S>ist.  \\,  p.  210. 

(2)  Franchet  et  Savatier,  Enumeratio,  vol.  II,  pars  1,  p.  80.  n°  1933. 

(3)  Andrews,  Dot.  rep.,  t.  VI. 

(4)  Sàmoku-Dusets,  vol.  VI,  p.  56,  n"  19. 

(5)  Phonzo-Zoufou.  yo\.   XXUI,  fol.  15  recto. 

(6)  Sômoku-Dusels,  vol.  VI,  p.  56,  n"  20. 

(7)  md.,  vol.  VI,  p.  56,  n»  21. 

(8)  Catalogue  de  l'exposition  de  Nanoj,  p.  61,  n°  1656,  1880. 

(9)  Spreng.  Sijst.  2,  p.  241. 

(10)  Franchet  et  Savatier,  Enumeratio,  vol.  H,  pars  1,  p.  80,  n"  1934. 

(11)  Thunberg,  Transactions  of  the  Linnean  Society...  11,  p.  335. 

(12)  Sàmoku-Dusets,  vol.  VI,  p.  51,  n"  23. 

(13)  Plwn:-o-Zoiifou,  vol.  XXIll,  fol.  16  et  17. 

(14)  Franchet  et  Savatier,  Enumeratio,  vol.  Il,   pars  1,  p.  82,  n"  1934- 


PRODUCTIONS  VÉGÉTALES  DU  JAPON.         91 

Fol.  16  verso,  avec  la  dénomination  de  Guimrau  :  Funkia 
à  feuilles  lancéolées,  d'un  vert  foncé,  à  fleurs  blanches  lisérées 
de  vert. 

Fol.  17  recto.  Kahim-Ooshi:  Funkia  à  feuilles  lancéolées, 
à  teinte  jaunâtre  avec  les  bords  du  limbe  verts,  à  fleurs  vio- 
lettes. 

Fol.  17  verso.  Miclzu-gibosi  à  feuilles  lancéolées,  li- 
néaires, à  fleurs  violacées  et  blanches  lavées  de  vert  en 
dehors. 

MM.  Franchet  et  Savatier  (1)  indiquent,  en  outre,  le  Funkia 
longipe.'i,  espèce  nouvelle  marquée  dans  le  Somoku-Dusetsi^l), 
sous  le  nom  à'Iwa  Giboshi,  qui  fleurit  en  juillet  dans  les  par- 
ties boisées  des  montagnes  de  l'île  de  Nippon,  principalement 
sur  les  montagnes  d'ilakone. 

On  rencontre  au  Japon  :  VAnthericum  Yedoensis,  Keibi- 
ran  (8),  relaté  par  Maximowicz  et  qui,  d'après  le  docteur 
Savatier  (4),  est  cultivé,  mais  rarement,  dans  les  jardins  de 
la  ville  de  Tokio. 

Les  Japonais  cultivent  aussi  comme  plante  d'ornement, 
VOphiopogon  spicatus  de  Gawlcr  (5),  de  Franchet  et  Sava- 
tier (6),  Convallaria  spicata  de  Thunberg  (7),  marqué  dans 
le  Somoku-Dusels  (8)  sous  le  nom  de  Yaburan,  qui, d'après 
M.  Maximowicz,  a  trois  variétés  :  var.  communis  (9)  ;  var. 
gracilis  (10)  et  var.  minor  (11).  Cette  dernière  porte  le  nom 
de  Hamani-ran. 

Le  Yaburan  est  cultivé  dans  les  jardins;  il  croît  aussi  à 
l'état  sauvage  dans  les  lieux  incultes,  arides,  le  long  des  che- 
mins dans  presque  toutes  les  provinces  du  Japon,  principale- 

(1)  Franchet  et  Savatier.  Enumeralio,  vol.  II,  pars  1,  p.  82,  n"  1935. 

(2)  Somoku-Dusels,  vol.  Vi,  p.  56,  n"  22. 

(3)  Ihid.,  vol.  VI,  p.  59,  n"  46. 

(4)  Franchet  et  Savatier,  vol.  H,  pars  I.p.  83,  n"  1937. 

(5)  Gawlcr,  Botanical  magazine,  \.nh\.  \063. 

(fi)  iM-aiicliet  cl  Savatier,  vol.  II,  pars  1,  p.  83,  n°  1938. 

(7)  Thunberg,  Flora  Japonica,  p.  lit. 

(8)  Sômoliu-Dusets,  vol.  VI,  p.  50,  n°  44.  .... 

(9)  Maximowicz,  Mélanges  biologiques  tirés  du  Bulletin  de  l'Académie  impé- 
riale des  Sciences  de  Saint-Pétersbourg,  t.  VU,  p.  303 

(10)  IbUL,  t.  VII,  p.  323. 
(H)  Ibid.,  t.  Vil,  p.  324. 


92  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

meut  dans  l'île  de  Kiusiu  et  dans  la  partie  septentrionale  de 
l'île  de  Nippon.  Il  est  commun  en  Chine. 

LOphiopogon  spncatus  était  représenté  à  l'Exposition  de 
Nancy,  en  1880,  exposé  par  M.  Lemoine  (1). 

Quant  au  Muguet  de  mai,  Convallaria  maïalis,  il  se  ren- 
contre au  Japon,  dans  les  bois  humides  des  îles  de  Nippon  et 
de  Yeso  et  se  nomme  Kimi-Kakeso  et  Sudzuran,  d'après  le 
Sàmoku-Dusets  (2). 

On  rencontre  au  Japon  plusieurs  espèces  de  Fritillana. 
Le  FritiUaria  Thunbergii  décrit  par  Miquel  (3),  par  Fran- 
chet  et  Savatier  (4),  Uvularia  cirrhosa  de  Thunberg  (5), 
désigné  dans  le  Sàmoku-Dusets  (6),  sous  le  nom  de  Baimo  et 
dans  le  Kwa-wi  (7),  sous  celui  de  Hawakuri  ;  à  tige  ronde, 
bleuâtre,  qui  donne  en  juin  des  fleurs  d'un  jaune  clair,  quel- 
quefois blanchâtres. 

Le  FritiUaria  Thunbergii  est  fréquemment  cultivé  dans 
les  jardins,  mais,  d'après  le  botaniste  japonais  Keiske  et 
d'après  Siebold,  il  croît  à  l'état  sauvage,  dans  plusieurs  îles  du 
Japon,  notamment  dans  l'île  de  Nippon. 

ML  Franchet  et  Savatier  (8)  pensent  que  le  FritiUaria 
verticillata  de  Wildenow,  cité  par  Miquel  (9),  est  identique 
avec  le  FritiUaria  Thunbergii. 

Quixnl  a.\i  FritiUaria  riUhenica,  cité  par  Miquel,  dont  les 
fleurs  sont  plus  petites  et  plus  nettement  campanulées  que 
celles  du  FritUlaria  Thunbergii,  c'est,  suivant  le  D'"  Savatier, 
une  espèce  peu  connue  et  sur  laquelle  il  est  difficile  de  se  pro- 
noncer. 

Le  Sàmoku-Dusets  mentionne  aussi  :  le  FritiUaria  Kamts- 
chalcensis  (10)  de  Gawler,  sous  le  nom  de  Kure  Ywî'o,  qui 

(1)  Catalogue  de  V Exposition  de  Nancy,  p.  89,  n"  1828,  1880. 

(2)  Sàmoku-Dusets,  vol.  VI,  p.  53,  n°  1. 

(3)  Miquel  (F.  A.W.),  Prolusio  (lorœ  Japonicœ,  p.  321.  Amsterdam,  1865-1867. 
(A)  Franchet  et  Savatier,  Enumeralio,  vol.  Il,  pars  1,  p.  61,  n"  1888. 

(5)  Thiiiibern;,  Flora  Japonica,  p.  136. 

(6)  Sàmoku-Dusets,  vol.  V,  p.  51,  n"  79. 

(7)  Kwa-iviJIerb.,  I,  p.  10,  n"  2. 

(8)  Franchet  et  Savatier,  Enumeralio,  vol.  H,  pars  1,  p    62. 

(9;  Miquel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  360.  Amsterdam,  1865-1867  . 
(lOj  SomokU-Dusets,  vol.  V,  p.  51,  n"  78. 


PRODUCTIONS  VEGETALES  DU  JAPON.  yà 

donne  en  juillet,  des  fleurs  d'un  rouge  brun  avec  des  ponc- 
tuations ibncées  ;  on  le  trouve  dans  les  montagnes  de  la  partie 
septentrionale  de  l'île  de  Nippon  et  dans  l'île  de  Yeso. 

Le  Frilillaria  japonica  (1)  de  Miquel  (^1),  sous  les  dé- 
nominations de  Ko  baimo  et  de  Tengai  Ywi,  qui  croît 
dans  la  province  d'Owari.  D'après  le  D'  Savalier  (8),  celte 
espèce  est  indiquée  dans  l'ouvrage  du  botaniste  japonais 
Keiske  (4). 

De  la  famille  des  Liliacôes,  on  cultive  aussi  au  Japon:  La 
Tubéreuse  des  jardins  {Polyanthes  iuberosa)  :  Gekkako, 
d'après  le  Somoku-Dusets  (5),  à  fleurs  blanches,  lavées  de 
rose)  odorantes,  avec  variétés  doubles  ou  semi-doubles. 

La  Sansevière  carnée  {Reinekia  carnea)  de  Kunth  :  Kichi- 
joso,  5m\i\nl\e  Sàmokii-Diisets  (6),  le  PJionzo-Zoufou  (7)  et  le 
Kwa-wi  (8),  qui  pousse  dans  les  herbages,  dans  les  massifs 
de  bambous,  dans  les  bois,  que  les  Japonais  et  les  Chinois 
plantent  dans  les  interstices  des  rochers  artificiels  de  leurs 
jardins. 

Le  Kichijoso  à  rhizome  tubéreux  a  une  tige  pourpre  violacé, 
lisse  ;  il  donne  en  septembre  de  nombreuses  fleurs  en  épis, 
d'un  blanc  violacé  ou  rosé  en  dehors,  blanches  en  dedans, 
odorantes. 

Le  Reineckia  carnea  Kunth  était  représenté  à  l'Exposition 
de  Nancy  (9),  en  1880,  exposé  par  M.  Galle. 

Le  Rhodea  japonica  de  Rothler(10),que  le  Sômoku-DuseU 
désigne  sous  le  nom  de  Omoto  (il),  qui  fleurit  en  septembre, 
dans  les  lieux  bas  et  humides  des  îles  de  Nippon,  de  Kiusiu 
et  Jokasima. 

(I)  Sùmoku-Dusets,  vol.  V,  p.  5i,  80. 

('2j  Mniiiel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœ  Japonicœ,  p.  3-22. 
(3j  Fraiicliet  cl  Savatier,  vol.  11,  pars  1,  p.  61,  n"  1889. 

(4)  Kf'iske,  Nihon  nan  bouto  shi  (Ouvrage  sur  les  produclioiis  naturelles  du 
Japon),  vol    11,  fol.  17. 

(5)  Sùmohi-Diisets,  vol.  V,  p.  47-4.8,  n"  55. 

(6)  Ibid.,  vol.  vil,  p.  6-2,  11"  11. 

(7j  Plioiizo-Zoïifon,  vol.  39,  fol.  7  recto. 

(8)  Kiva-wi,  vol.   IV,  p.  53,  ii"  1. 

(9;  C'Ualogue  df.  rF.xposUion  de  Nanci/,  p.  89,  u"  1829,  1880. 

(10)  Rollilcr,  Nov.  sp.,  197. 

(II)  Somuliu-Dusets,  vol.  Vil,  p.  6:!,  n"  16. 


94-  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

Le  Sugerokia  japonica  de  Miquel  (1),  Scilla  japonica  de 
Thunberg  (2),  Shojo-Bakama,  suivant  le  Sdmoku-Dusets  (3), 
qui  fleurit  en  août  dans  les  parties  humides  et  boisées  des 
montagnes  de  l'île  de  Nippon  et  que  le  D'  Savatier  a  rencon- 
tré dans  les  environs  de  la  ville  de  Yokoska  (4). 

(1)  Miquel  (F.  A.  W.),  Prolusio  florœJaponicœ,\).209.  Amsterdam,  1865-1867. 

(2)  Thunberg,  Flora  Japonica,  p.  137. 

(3)  Sàmoku-Dusets,  vol.  VI,  p.  60,  n"  48.    - 

(4)  Franchet  et  Savatier,  vol.  H,  pars  1,  p.  88,  n"  1947  {Melanthaceœ). 

{A  suivre.) 


Il-  TRAVAUX  ADRESSÉS  ET  COMMUNICATIONS  FAITES  A  LA  SOCIÉTÉ. 


NOTE 

SUR  LES  NAISSANCES,   DONS  ET  ACQUISITIONS 

DE  LA  MÉNAGERIE  DU  MUSÉUM  D'HISTOIRE  NATURELLE 
Pendant  les  mois  d'octobre,  novembre  et  décembre  1882 

Par   m.    HUET 

Aide  naturaliste  chargé  de  la  ménagerie. 


Dans  une  précédente  notice,  j'avais  annoncé  la  naissance 
d'une  femelle  de  Gnou,  et  j'avais  ajouté  que  c'était  la  pre- 
mière fois  que  cette  antilope  se  reproduisait  dans  les  jardins 
aoologiques;  je  dois  ajouter  que  peut-être  un  pareil  fait  a  déjà 
été  observé  à  la  ménagerie  de  lord  Derby  ;  cardans  l'ouvrage 
descriptif  qui  a  été  publié  sur  les  animaux  du  parc  de  Knows- 
iey,  se  trouvent  représentés  les  jeunes  de  Gnou  et  de  Gor- 
gone. Cependant  il  n'est  pas  dit  dans  le  texte  que  ces  anti- 
lopes soient  nées  en  Angleterre,  et  il  est  possible  qu'elles  aient 
été  figurées  d'après  des  dépouilles  rapportées  d'Afrique;  je 
serais  tenté  de  le  croire,  car  les  dessins  ne  donnent  en  aucune 
façon  une  idée  exacte  du  port  et  des  allures  de  ces  petits 
animaux. 

(juoi  qu'il  en  soit,  notre  jeune  femelle  de  Gnou  née  le 
8  août  et  qui  a  maintenant  cinq  mois,  s'est  développée  très 
rapidement,  elle  est  presque  aussi  grande  que  sa  mère,  toutes 
deux  vivent  à  l'air  libre,  au  moins  pendant  le  jour,  car 
depuis  que  la  femelle  a  mis  bas,  nous  avons  pu  la  renfermer 
dans  la  cabane,  ce  qui  était  impossible  auparavant;  il  semble 
que  cette  bête  ait  compris  qu'il  fallait  un  abri  pour  son  jeune, 
qu'il  était  trop  faible  pour  supporter  la  température  des 
nuits  ;  chose  remarquable,  quand  la  ration  du  soir  est  servie 
et  que  la  mère  hésite  à  rentrer,  le  jeune  la  pousse  doucement 
avec  les  cornes,  la  forçant  à  se  faire  renfermer,  et  il  la  suit* 
alors  on  baisse  la  coulisse  et  chacune  d'elles  va  trouver  la 
ration  qui  lui  est  destinée. 

Cette  jeune  femelle  de  Gnou,  en  se  développant,  a  com- 


96  SOCIÉTÉ    NATIONALE    d'aCCLIMATATION. 

plèlement  changé  couleur  de  robe,  qui,  de  grise  qu'elle 
était,  est  devenue  marron  foncé  ;  les  cornes,  au  lieu  d'être 
contournées  comme  chez  l'adulle,  où  elles  se  dirigent  en 
avant  et  forment  un  crochet  vers  le  bas,  ont  chez  le  jeune  une 
direction  verticale  formant  un  angle  presque  droit  avec  la 
Ijo-ne  du  nez.  Ces  prolongements  frontaux  se  modifieront  sans 
doute  plus  tard  et  reproduiront  ce  caractère  si  singulier  dans 
cette  espèce.  Quant  au  pelage,  il  est  exactement  semblable 
comme  disposition  à  celui  des  parents,  on  trouve  ces  longs 
poils  sur  le  nez,  sous  le  menton  et  la  gorge,  ainsi  que  ceux 
de  la  crinière  et  de  la  queue,  enfin  maintenant  c'est  bien  un 
véritable  Gnou,  que  nous  considérons  comme  élevé,  car  il  est 
assez  fort  pour  supporter  les  froids  que  nous  pouvons  avoir. 

Nous  avons  pour  terminer  l'année,  quelques  naissances  à 
indiquer,  ce  sont  : 

2  mâles  d'Antilope  Isabelle  {Eleolragus  reduncm); 

2  mâles  et  4  femelle  de  Cerf  cochon  {Cervu^s  porcinus); 

4  Agouih  {Dasyproda  acutl); 

i  Guib  femelle  {Tra(jela}ihus  scriptus)  ; 

1  Bison  (Bos  A  mericamis)  ; 

i  Muntjac  hybride  de  Cervukis  lacrymans  et  de  C.  Reevesii; 

l  Kob  mâle  {Kobus  uncluosus)  ; 

4  Perdrix  brunes  {Perdix  fusca). 

Le  jeune  mâle  de  Kob  est  né  le  \"  novembie;  nous  crai- 
gnions pour  lui  les  froids,  mais  jusqu'à  ce  jour  il  n'en  paraît 
pas  souffrir,  il  grandit  très  rapidement  ;  nous  prenons  seule- 
ment le  soin  de  ne  pas  le  laisser  sortir  trop  tôt  le  matin,  quand 
il  fait  mauvais  temps,  et  nous  le  renfermons  de  bonne  heure 
dans  l'après-midi  quand  la  température  est  basse. 

C'est  le  troisième  jeune  de  cette  belle  espèce  que  nous 
avons  obtenu  en  deux  ans,  du  mâle  et  des  deux  femelles  qui 
ont  été  offerts  au  Muséum,  par  M.  Brière  de  l'isle,  lorsqu'il 
était  gouverneur  du  Sénégal. 

Nous  avons  reçu  en  cadeau  : 

1  Macaque  {Macaciis  cynomolgus),  don  de  M,  Cochet; 

2  Macaques  bonnet  chinois  [Macaciis  siniciis),  don  de  M. 

Morgan  ; 


NAISSANCES,    DONS   ET   ACQUISITIONS   DU    MUSÉUM.  97 

2  Callitriches  {Cercopithecus  griseo-viridis),  don  de  M. 
Livio  ; 

1  Sajou  à  gorge  blanche  {Cebus  hypoleucus),  don  de  M. 
Birr  ; 

1  Mangouste  grise  {Herpestes  griseus),  don  de  M.  le  comte 
deTurgot; 

i  Vison  {Mus lela  vison),  don  de  M.  Trouëssart; 

1  Ocelot  {Felis  pardalis),  don  de  M.  Nantouson; 

1  Gazelle  {Gazella  subgutlurosa),  don  de  M.  Grespin,  capi- 
taine de  frégate; 

1  Ghèvre  de  Madagascar,  don  de  M.  Grespin,  capitaine  de 
frégate; 

1  Aigle  fauve  (Aquila  fulva),  don  de  M.  Lefevre; 

1  Busard  de  marais  (Circus  œriiginosus) ,  don  de  M.  Moi- 
neau; 

1  Aigle    Jean    le    Blanc    (Circaelus    gallicus),    don   de 
MM.  Agard  et  Porthé  ; 

i  Goéland  bourgeimestre  {Larus  glaucus) ,  don  de  M. 
Rabot  ; 

1  Goéland  jeune  {Larus  argen talus),  don  de  M.  Morin  ; 

2  Gerbilles  Simon  {Gerhillus  Simoni)  ; 

3  Papions  {Cynocephalus  sphinx)  ; 
3  Sajous  {Cebus  flavus)  ; 

\  Otarie  {Otaria  califurniana); 

1   Lion  {Felis  leo); 

1   Bles-Block  femelle  {Alcelaphus  albifrons). 

1   Biche  Milou  {Elaplmrus  Davidiunus); 

J'ajouterai  que  des  expériences  sur  l'hybridation  de  divers 
Ruminants  et  sur  la  formation  des  races  chez  les  mammifères 
et  les  oiseaux,  se  poursuivent  depuis  plusieurs  années  à  la 
ménagerie  du  Muséum,  elles  ont  déjà  fourni  des  résultats 
intéressants,  mais  avant  de  pouvoir  en  rendre  compte,  il  est 
nécessaire  de  laisser  les  faits  s'accumuler;  il  faudra  encore 
de  nombreuses  observations  avant  d'arriver  à  la  solution  des 
problèmes  biologiques  dont  nous  poursuivons  l'étude. 


3e  SÉHIE,  T.  X.  —  Février  1883. 


ACTION  BIOLOGIQUE 
DES  SELS   DE  L'EAU  DE   MER 

AU  POINT  DE  VUE  DE  L'ENTRETIEN  DES  ANIMAUX  MARINS 

Par  H.    A.   COUTANCE 

Professeur  aux  écoles  de  médecine  navale 

F'Iiarmacien  en  chef  de  la  marine 
Président  de  la  Société  académique  de  Brest. 


Les  animaux  marins  sont  des  organismes  d'une  excessive 
sensibilité  et  qui  subissent  les  influences  variées  du  milieu 
dans  lequel  ils  vivent.  La  répartition  des  faunes  de  la  mer  a 
pour  facteurs  la  composition  de  l'eau  salée,  la  nature  et  la 
quantité  des  gaz  dissous,  la  température,  les  pressions,  et 
l'action  des  courants.  La  succession  des  espèces  de  la  mer 
dans  les  couches  géologiques  peu  différentes  les  unes  des 
autres  au  point  de  vue  de  la  nature  des  sédiments,  indique 
bien  que  des  influences  qui  nous  semblent  de  peu  d'impor- 
tance, ont  régi  cette  succession  même. 

J'ai  voulu  constater  l'action  que  des  modifications  dans  la 
nature  des  sels  dissous  pourraient  exercer  sur  les  animaux 
de  la  mer,  et  j'ai  entrepris  une  série  de  recherches  afin  d'éta- 
blir un  parallèle  biologique  entre  ces  sels.  Mes  expériences 
ont  porté  seulement  sur  les  Mollusques  de  nos  rivages,  et  sur 
ceux  qui  sont  une  ressource  alimentaire  pour  nos  popula- 
tions. 

L'eau  de  mer  contient  en  moyenne  35  pour  1000  de  sels 
divers  en  dissolution,  parmi  lesquels  le  chlorure  de  sodium 
semble  avoir  sur  la  vie  une  action  prépondérante.  Sans  doute 
il  est  permis  de  penser  que  les  autres  substances  ont  un  eftet 
utile  dans  une  certaine  limite,  ils  n'ont  pas  au  moins  d'action 
nuisible  manifeste. 

J'ai  préparé  huit  solutions  renfermant  35  grammes  pour 
1000  d'eau  distillée  des  substances  suivantes  : 


DES   SELS   DE    L  EAU    DE   MER. 


99 


Solution  a" 

1  : 

2 

3 

Chlorure  de  sodium 

Chlorure  de  magnésium.. . 
Sulfate    de  magnésie 

35/1000 
» 

— 

k 

Bromure  de   potassium 

ï 

5 

lodure  de  potassium 

» 

— 

6 
7 
8 

Chlorure  de  potassium 

Sulfate  de  soude 

> 

— 

Sulfate  de  potasse 

» 

Voilà  donc  huit  solutions  l'éduites  à  un  seul  des  éléments 
naturels  de  l'eau  de  mer,  dans  la  pi'oportion  où  elle  contient 
leur  totalité.  Le  sulfate  de  soude  seul  n'appartient  pas  à  pro- 
prement parler  à  l'eau  de  mer,  bien  que  ses  éléments  y  ligu- 
rent. 

Trois  autres  solutions  ont  été  préparées,  dans  lesquelles 
tous  les  éléments  se  trouvent  réunis,  mais  dans  lesquelles  la 
prééminence  quantitative,  qui  dans  l'eau  de  mer  appartient 
au  sel  marin,  se  trouve  donnée  ri"  au  chlorure  de  magné- 
sium, -2"  au  chlorure  de  potassium,  3"  au  sulfate  de  magnésie. 
Voici  la  composition  de  ces  solutions  : 


Solution  n"  9 


Solution  n°  10: 


Solution  n"  H 


Chlorure  de  magnésium.. . 

27,00 

»         de  potassium., . . 

0,75 

»         de    sodium 

3,70 

Sulfate  de  magnésie 

2,30 

Sulfate  de  chaux 

1,50 

Bromure  de   potassium... 

0,02 

Eau  distillée 

.   1000,00 

Chlorure  de  potassium. . . . 

.       27,00 

Chlorure  de  magnésium.. . 

3,70 

Chlorure  de  sodium 

0,75 

Sulfate  de  magnésie 

2,30 

Sulfate  de  chaux 

1,50 
0,02 

Bromure  de  potassium.... 

Eau  distillée 

.   1000,00 

Sulfate  de  magnésie 

.      27,00 

Chlorure  de   magnésium.. 

3,70 

Chlorure  de  potassium.... 

0,75 

Chlorure  de  sodium 

2,30 

Sulfate  de  chaux 

1,50 

Bromure  de  potassium.... 

0,02 

Eau   distillée 

.   1000,00 

100  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLLMâTATION. 

Une  dernière  dissolu  don  fut  enfin  composée  de  la  manière 
suivante  : 

Solution  n'^  12  :     Chlorure  de  sodium 8 

»        de  potassium 8 

»        de  magnésium 8 

»        de  calcium 8 

Outre  ces  solutions,  ou  milieux  d'expérimentation,  furent 
encore  employés  : 

Solution  n°  13  :  Eau  de  Vichy  naturelle  (Gélestins). 

—  U  Eau  commune  (sources  de  Brest). 

—  15  Eau  de  mer  naturelle  (rade  de  Brest). 

—  10  Air  atmosphérique. 

L'eau  de  Vichy  représentait  un  milieu  aqueux  différent  de 
l'eau  de  mer,  mais  riche  en  sels  de  soude.  Il  était  en  outre 
nécessaire  de  comparer  l'action  des  milieux  artificiels  avec 
le  milieu  naturel,  l'eau  de  [mer,  et  de  voir  si  des  Mollusques 
bien  renfermés  dans  leurs  coquilles  ne  pouvaient  pas  vivre 
quelque  temps  dans  l'eau  douce,  ou  même  dans  l'air. 


MODE   D  EXPÉRIMENTATION 

Les  solutions  précédentes  furent  versées  dans  des  capsules 
de  porcelaine,  placées  en  pleine  lumière  à  une  lempéi^ature 
moyenne  de  12  dêgi'és.  Tous  les  deux  jours  l'eau  évaporée 
était  remplacée  par  de  l'eau  distillée  de  façon  à.  maintenir  les 
solutions  au  même  état  de  concentration.  Chaque  jour  ces 
solutions  étaient  fortement  aérées  et  agitées,  pour  les  main- 
tenir dans  des  conditions  analogues  à  celles  de  l'eau  de  mer. 
Les  Mollusques  très  récemment  péchés  furent  placés  sur  le 
fond  des  capsules  à" une  distance  de  20  centimètres  de  la  sur- 
face du  liquide.     . . 


DES   SELS   DE    l'EAU   DE   MER.  101 


SUJETS   D  EXPERIMENTATION. 

Un  très  petit  nombre  d'espèces  ont  été  soumises  à  ces  expé- 
riences physiologiques  (1),  ce  sont  : 

■La  Vénus  réticulée  {Venus  reticulata); 

La  Moule  commune  {Mylilus  edulis)  ; 

La  Palourde  commune  (Venus  decussata)  ; 

La  Littorine  commune  (Littorina  viilgaris)  ; 

Le  Buccin  de  la  Manche  (Tritonium  undalum). 

Ces  Mollusques  ont  donné  en  raison  de  leur  organisation 
des  résultats  fort  diiïérents.  Les  bivalves,  Moules  et  Vénus 
qui  peuvent  se  clore  entre  leurs  valves,  ont  en  général  beau- 
coup mieux  résisté  que  les  enroulés  à  opercules,  Liltorines  et 
Buccins.  Parmi  ces  derniers  même,  les  Liltorines,  dont  l'oper- 
cule peut  clore  complètement  l'animal  retiré  prudemment 
dans  les  derniers  tours  de  spire,  ont  beaucoup  mieux  résisté 
que  les  Buccins  dont  la  porte  ferme  mal,  et  chez  lesquels 
l'eau  peut  s'introduire  par  le  canaliculede  la  bouche  de  la 
coquille. 

Les  bivalves  qui  peuvent  si  bien  résister  aux  influences 
extérieures  entre  leurs  valves  fermées,  les  bivalves  ne  se 
comportent  pas  non  plus  de  la  môme  façon.  La  Moule  résiste 
moins  dans  les  milieux  artificiels  que  les  Vénus,  et  parmi 
celles-ci  la  Vénus  réticulée  ou  Clovisse,  beaucoup  moins  que 
!a  Palourde  (Venus  decussata),  qui  présente  une  résistance 
très  remarquable.  Dans  la  solution  de  sulfiitc  de  magnésie 
par  exemple,  la  Moule  a  succombé  au  bout  de  dix  jours,  la 
Vénus  réticulée  au  bout  de  quinze  jours,  tandis  que  la  Pa- 
lourde y  vivait  encore  au  bout  de  soixante  jours.  Ces  propor- 
tions se  sont  à  peu  près  maintenues  dans  les  autres  solutions, 
relativement  à  la  durée  de  la  vie  dans  ces  milieux. 

Voici  en  ce  qui  concerne  les  Palourdes  (Venus  decussata) 

(1)  Des  Huîtres  soumises  au>:  mêmes  épreuves  ont  manifesté  une  variabilité 
d'impressions  très  grande,  et  ont  i,'éiiéralcment  très  rapidement  succombé 
dans  les  solutions  diverses. 


102  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

le  résultat  de  ces  expériences.  Des  lots  de  cinq  individus  de 
cette  espèce  avaient  été  placés  le  10  janvier  1882  dans  des 
conditions  identiques,  dans  les  solutions  diverses  indiquées 
plus  haut.  Les  mêmes  soins,  la  même  aération  leur  étaient 
donnés  chaque  jour.  En  même  temps  un  certain  nombre  de 
ces  Mollusques  étaient  placés  comme  témoins  près  des  pre- 
miers dans  des  vases  contenant  de  l'eau  de  mer  naturelle. 

10  janvier  L'expérimentalion  commence  pour  les  Palourdes. 

25  —  Elles  ont  succombé  dans  l'iodure  de  potassium. 
10  février  —  le  chlorure  de  potassium. 

15  —  —  dans  l'air. 

18  —  le  sulfate  de  potasse. 

18  —  l'eau  commune. 

20  —  —  la  solution  n"  10. 

20  —  le  bromure  de  potassium. 

20  —  le  chlorure  de  magnésium. 

20  —  —  l'eau  de  Vichy. 

22  —  le  chlorure  de  sodium. 

22  •        —  la  solution  n°  12. 

24  —  —  la  solution  n"  9. 

10  mars  —  le  sulfate  de  magnésie. 

10  —  —  la  solution  nMl. 

15  —  Des  Palourdes  vivent  encore  dans  le  sulfate  de  soude. 

15  —  Les  Palourdes  placées  dans  l'eau  de  mer  sont  vivantes. 


REMARQUES   SUR   CES   FAITS 

Il  résulte  de  ces  expériences  que  malgi^é  la  possibilité  de 
se  clore  entre  leurs  valves,  les  Vénus  subissent  l'action  des 
milieux  puisque  leur  résistance  est  inégale. 

Les  sels  de  potasse  semblent  bien  moins  favorables  que  les 
sels  de  magnésie,  et  surtout  que  les  sels  de  soucie.  La  vie  a 
cessé  d'abord  dans  l'iodure,  le  bromure,  le  chlorure,  le  sul- 
fate de  potassium,  et  dans  la  solution  n°  10,  dont  le  chlorure 
de  potassium  est  l'élément  dominant. 

Les  sels  de  soude  et  de  magnésie  entretiennent  encore  la 
vie  alors  que  les  animaux  ont  succombé  dans  les  sels  de  po- 
tasse. La  solution  n"  9  par  exemple,  dont  le  chlorure  de  ma- 


DES   SELS   DE   l'EÂU    DE   MER.  103 

gnésium  est  l'élément  essentiel,  a  gardé  plus  longtemps  ses 
habitants,  il  en  est  ainsi  du  sulfate  de  magnésie  seul,  et  dans 
la  solution  nMI. 

La  résistance  des  Palourdes  dans  l'eau  de  Vichy  accuse 
l'action  favorable  des  sels  de  soude  sur  l'entretien  de  la  vie 
des  animaux  marins.  Pendant  quarante  jours  les  Palourdes 
ont  vécu  dans  cette  eau  minérale  ! 

C'est  dans  le  sulfate  de  magnésie  et  le  sulfate  de  soude  que 
la  vie  s'est  éteinte  en  dernier  lieu,  et  le  sulfate  de  soude  l'a 
emporté  sur  le  sulfate  de  magnésie.  Le  12  mars,  j'ai  dégusté 
des  Palourdes  gardées  dans  le  sulfate  de  soude  pendant 
soixante  jours  ;  elles  étaient  excellentes  et  sans  amertume. 
Cette  observation  pourra  trouver  son  utilité  dans  l'économie 
alimentaire,  les  Palourdes  étant  un  coquillage  recherché,  et 
le  sulfate  de  soude  une  substance  d'un  bas  prix. 

Un  fait  bien  digne  de  remarque  c'est  que  dans  les  solutions 
de  sulfate  de  soude  et  de  sulfate  de  magnésie,  seules,  des 
algues  vertes  avaient  commencé  à  se  montrer  au  bout  de  ces 
soixante  jours.  Les  conditions  qui  favorisaient  la  vie  animale 
marine  se  sont  donc  trouvées  aptes  à  développer  aussi  la  vie 
végétale.  Ce  parallélisme  n'a  rien  de  surprenant,  mais  il 
trouve  dans  la  circonstance  une  confirmation  originale. 

Une  singularité  :  la  solution  de  chlorure  de  sodium  (sel 
marin  impur)  a  moins  longtemps  entretenu  la  vie  que  les 
solutions  de  sels  de  magnésie  et  de  sulfate  de  soude,  et  ce- 
pendant le  sel  est  l'élément  essentiel  de  l'eau  de  mer.  Cela 
prouve  que  les  Mollusques  sont  adaptés  non  pas  au  sel  pur, 
mais  à  ce  mélange  particulier  qui  constitue  l'eau  de  mer  na- 
turelle ;  et  que  les  éléments  secondaires,  au  point  de  vue  de 
la  quantité,  y  jouent  un  rôle  important.  Nous  voyons  encore 
là  l'occasion  de  penser  que  les  modifications  accidentelles  des 
eaux  de  la  mer  aux  différentes  époques  géologiques,  ont  dû 
avoir  une  action  marquée  sur  les  extinctions  d'espèces. 

Les  Vénus  sont  demeurées  fermées  dans  la  plupart  de  ces 
solutions  dont  elles  avaient  sans  doute  apprécié  la  nature  en 
entrebâillant  très  petitement  leur  coquille.  Cependant  elles 
ont  envoyé  quelquefois  leurs  siphons  au  dehors,  dans  le  sul- 


404  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

fate  de  magnésie  et  dans  le  sulfate  de  soude  par  exemple. 
Dans  la  solution  de  chlorure  de  sodium  et  dans  l'eau  de  mer, 
elles  gardaient  presque  constamment  cette  situation. 

Les  Palourdes  peuvent  vivre  plus  d'un  mois  dans  l'air  dans 
un  endroit  frais.  Pendant  vingt  jours  environ  elles  demeurent 
fermées,  plus  tard  elles  entrebâillent  leurs  valves  et  font 
sortir  leurs  siphons.  Au  moindre  toucher  elles  les  rentrent 
et  se  ferment.  Puis  vient  le  moment  où  les  muscles  striés  qui 
ramènent  les  valves  n'en  ont  plus  la  force,  mais  les  muscles 
lisses  qui  les  retiennent  le  font  encore  quand  on  amène  les 
valves  à  fermeture.  Dans  toutes  les  solutions  où  ces  Mollus- 
ques ont  vécu  il  en  a  été  de  même. 

L'affaiblissement  musculaire  s'est  montré  d'abord  sur  la 
partie  striée  des  muscles  adducteurs  qui  ramène  les  valves, 
puis  enfin  sur  la  partie  lisse  de  ces  mêmes  muscles,  qui  re- 
tenait de  moins  en  moins  longtemps  les  valves  artificielle- 
ment rapprochées  (1). 

Les  Venus  reticulata  ou  Clovisses  ont  présenté  des  faits 
analogues;  l'ordre  d'extinction  de  la  vitalité  dans  les  solu- 
tions a  été  le  même,  mais  ces  Mollusques  ont  bien  moins 
longtemps  vécu  que  les  précédents.  Un  mois  après  leur  mise 
en  expérience  ils  avaient  succombé,  dans  les  sels  de  potasse 
d'abord,  dans  les  sels  de  magnésie  ensuite,  puis  dans  les  sels 
de  soude. 

Les  Littorines  ont  moins  longtemps  résisté  que  les  bivalves, 
et  ont  accusé  aussi  moins  de  répulsion  pour  le  sulfate  de 
soude  dans  lequel  elles  ont  vécu  quarante  jours. 

Le  gros  Buccin  {Trilonium  undatum)  succombe  beaucoup 
plus  rapidement,  ne  pouvant  se  clore  hermétiquement  comme 
les  Littorines.  Au  bout  de  vingt-quatre  heures  il  périt  dans  la 
plupart  des  solutions  employées,  et  surtout  dans  les  sels  de 
potasse.  Sa  vie  se  prolonge  au  delà  de  quarante-huit  heures 
dans  la  solution  n"  12,  dans  le  sulfate  de  magnésie  et  le  sul- 
fate de  soude,  mais  ne  tarde  pas  à  prendre  fin. 

Pendant  toute  la  durée  de  ces  expériences,  du  10  janvier 

(1)  Voy,  De   l'Energie  et  de    la   structure  musculaire   cha  les  Mollusques 
acéphales.  J.-B.  Baillière,  Paris. 


DES    SELS   DE   l'eAU    DE   MER.  105 

^u  15  mars,  les  Palourdes  elles  Litlorines  ontvécu  dans  l'eau 
de  mer  du  laboratoire  ;  les  Venus  reticulata  et  les  Moules 
moins  longtemps,  les  Buccins  quelques  jours  seulement. 

Il  est  un  fait  très  important  que  nous  signalons  d'une  façon 
toute  spéciale,  c'est  que  les  sels  constituant  l'eau  de  mer  et 
les  diverses  solutions  que  nous  avons  employées,  communi- 
quent à  l'eau  la  propriété  de  dissoudre  des  quantités  variables 
d'air  atmosphérique.  Nous  avons  acquis  la  preuve  par  des 
expériences  directes,  que  les  solutions  des  sels  de  soude  re- 
tiennent plus  d'air  quand  elles  sont  agitées  avec  lui  que  les 
solutions  de  sels  de  potasse.  11  en  résulterait  donc  que  la 
toxicité  des  sels  indiqués  dans  nos  expériences,  pourrait  ré- 
sulter, pour  une  part,  de  ce  qu'ils  ne  permettent  pas  à  leurs 
solutions  de  s'aérer  suffisamment  :  ils  agiraient  par  asphyxie. 
€eci  nous  permet  de  comprendre  comment  le  sulfate  de  po- 
tasse et  le  sulfate  de  soude,  sels  neutres  auxquels  les  mollus- 
ques ne  sont  nullement  adaptés,  agissent  si  différemment  sur 
eux,  les  sels  de  potasse  les  tuant  rapidement,  ceux  de  soude 
les  conservant  quelque  temps. 


CONCLUSIONS 

1°  Les  éléments  salins  de  l'eau  de  mer  agissent  très  diver- 
sement chez  les  Mollusques, 

2"  Toute  modification  à  la  constitution  de  l'eau  de  mer  finit 
par  devenir  fatale  à  la  vie  de  ces  animaux. 

3°  Leur  résistance  plus  ou  moins  grande  tient  à  leur  orga- 
nisation. Les  bivalves  résistent  mieux  que  les  enroulés,  et 
dans  ces  deux  groupes  les  résultats  varient  également  suivant 
les  espèces. 

4^"  Les  sels  de  potasse  sont  moins  favorables  à  la  vie  des 
Mollusques  que  les  sels  de  magnésie,  les  sels  de  magnésie 
que  les  sels  de  soude. 

5°  En  dehors  des  sels  dissous  dans  l'eau  de  mer,  le  sulfate 
de  soude  semble  jouir  d'une  neutralité  conservatrice  bien 
accusée. 


106  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

6"  La  mort  des  bivalves  est  due  à  un  affaiblissement  mus- 
culaire général. 

7°  Les  muscles  ne  pouvant  plus  ramener  ni  retenir  les 
valves,  l'animal  est  livré  à  l'action  défavorable  ou  toxique  du 
milieu  (1). 

(1)  Ce  mémoire  a  été  lu  à  la  dix-neuvième  réunion  des  Sociétés    savantes 
de  1882,  en  séance  générale 


EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  2  FEVRIER  1883. 
Présidence  de  M.   Henri  Bouley,  Président. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté. 
—  M.  le  Président  proclame  les  noms  des  membres  nouvellement 
admis  par  le  Conseil,  savoir  : 

MM.  PRÉSENTATEURS. 

,  ,      ^  ,       ,       .         ^^  j       :  Euî?.  Aron. 

Aron  (.lu  es-Lazare),  négociant,  90,  rue  La-  \  t^     .      ^     • 
^  .  *'  .  Eugène  Dupm. 

fayette,  a  Pans.  (  Ra.eret-Waltel. 

Bailly  (Louis-Joseph),  chef  de  bataillon  en  / 
retraite,  commandant  le  2*  bataillon  du  )  .    a    r   .  i 

9*  territorial  d'infanterie,  U,  rue  Charles-  )  ,'  „'  ,,'     , 
.    <>         .  ^T      11     /o  •     X  I    J--E.  Caroiy. 

Lafitte,  à  Neui  y    Seine).  [  ■' 


l  0.  C.  Béren^'er. 

Beauchaine  (Gustave),  propriétaire,  à  Cha-  \  r.'    .'      ^    ^    ' 

,   ,,,.  "  f    r  Eugène  Uupin. 

tellerault  (Vienne).  ^,  r-      a 

^  '  \  Maurice  Girard. 

^  ..     1  .    1  N    1  .1  i   E.  Dupin. 

Bellecombe  (André  de),  homme  de  lettres,  ^  .  .     ^  .       , 

43,  rue  Jacques-Dulud,  à  Neuilly  (Seine).    \  Raveret-Wattel. 

,.._.,         .  .       .        1  0.  C.  Bérenger. 

COLLIN  (Antoine-Fritz),  ancien  notaire,  juge  \  .      ç-       \ 

de  paix,  à  Lussac-les-Châteaux  (Vienne).      /   .^    n  i 
^     '  ^  '       \  \ .  Palyart. 

_,,.,.._„  {  Bourdel. 

COLLINET  (Edmond),  négociant,  53,  avenue  \  .    .,     »      „  •  .u-i  • 

,    ^,     .,,     ,  .,     .,,    ,o  ■        '  \  A.  GeoffroySamt-Hilaire. 

de  Neuilly,  a  Neuilly  (Seine).  j  ^    p^^,^^ 

/  J.  Cornély, 

GÉRARD  (Albert),  rue  Drouot,  8,  à  Paris.         |  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

(  Saint-Yves  3Iénard. 

„  .     .    ,  „,,  l  k.  Dubief. 

Lelubez  (Grégoire),   constructeur,  59,   rue  \  „     .      „     . 
-,           ^      f^    :  \  Eugène  Dupin. 

Condorcet,  a  Pans.  /   i  i"     r  •      a 

'  V  Jules  Gnsard. 

PiMONT  (Georges-Pierre-Laurent),   proprié- (  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

taire,  à  Vilainville  par  Criquetot  d'Esneval  \  A.  Porte. 

(Seine-Inférieure).  '  (  Saint-Yves  Ménard. 

^.     ,    ,        ,      .  ,„  (  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire, 

RoULiNAT     (Charles),     négociant,     49,     rue  ^ 

Charles-Lafitte,  à  Neuilly  (Seine).  (  Saint-Yves  Ménard. 

......  •         r.,  (  Louis  liesèble. 

Vianelli  (Albert),  artiste  peintre,  84,  avenue  )   »    n    .^ 

des  Champs-Elysées,  à  Paris.  /  o  •  .  ^       xi-       i 

V       i        ^  (  baint-Yves  Ménard. 


108  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

—  Des  remerciements  pour  leur  récente  admission  sont  adressés  par 
MM.  A.  de  Bellecombe,  Delaquys  et  Bravard. 

—  MM.  A.  Blanchon,  Baril,  Goil,  Mérat,  Bénardaky,  vicomte  de  Mon- 
dion  et  0.  Massias  font  parvenir  des  demandes  de  cheptels.  —  Renvoi  à 
Ja  Commission  spéciale. 

—  Des  comptes  rendus  sur  la  situation  de  leurs  cheptels  sont  adressés 
par  MM.  Le  Berre,  comte  d'Archiac,  Sénéquier,  Marlel-Houzet  et  Gorry- 
Bouteau. 

—  M.  le  préfet  de  Constantine  transmet  deux  rapports  de  MM.  les 
administrateurs  des  communes  mixtes  d'Oued-Marsaet  de  Takitount  rela- 
tifs aux  encouragements  à  accorder  à  des  cultivateurs  de  leurs  com- 
munes. —  Renvoi  à  la  Commission  des  récompenses. 

—  La  Société  impériale  d'horticulture  de  Russie  annonce  qu'à 
l'occasion  du  25*  anniversaire  de  sa  fondation,  elle  organise,  à  Saint- 
Pétersbourg,  une  Exposition  internationale  d'horticulture  et  un  congrès 
de  botanistes  et  d'horticulteurs.  L'ouverture  en  est  fixée  au  5/17  mai 
prochain. 

—  M.Julien  écrit  de  Chantenay :  «  Les  Canards  du  Labrador  sont 
très  répandus  maintenant  dans  la  Loire-Inférieure  et  dans  les  départe- 
ments voisins  grâce  au  couple  que  j'ai  reçu  de  M.  Garnol.  J'ai  distribué 
à  tous  les  demandeurs  (et  ils  ont  été  nombreux),  tous  les  œufs  pondus 
par  ma  Cane.  N'en  ayant  élevé  que  cinq  ou  six  que  j'ai  également  don- 
nés, il  ne  me  reste  plus  que  les  deux  premiers  oiseaux  qui  m'ont  été 
envoyés.  Je  vais  cette  année  essayer  l'élevage  d'une  couvée  pour  rem- 
placer les  vieux  dont  j'ignore  l'âge,  d 

—  M.  Delgrange  écrit  de  Valenciennes  :  «  Non  seulement  la  femelle 
de  mes  pigeons  {Goura  coronata)  a  pondu  et  couvé  en  juillet  son  œuf 
(car  elle  n'en  pond  qu'un),  mais  elle  a  pondu  de  nouveau  fin  août  et  une 
troisième  fois  fin  septembre.  Malheureusement  ces  œufs  étaient  clairs. 
J'attribue  le  fait  au  mâle  qui  a  eu  le  bout  des  pattes  gelé  et  qui  ne  peut 
pas  bien  cocher  sa  femelle. ^Je  verrai  cette  année  si  je  serai  plus  heureux». 

—  M.  Ad.  Jacquemart  écrit  de  Reims  :  «  Mes  Saumons  de  Californie 
sont  beaux,  mais  d'une  grosseur  inégale.  J'en  ai  de  magnifiques  et 
d'autres  d'une  croissance  lente.  Je  crois  que  la  nourriture  a  dû  être 
insuffisante  pour  ces  grands  voraces,  dont  les  plus  petits  sont  quelquefois 
la  proie  des  gros,  j'en  ai  été  témoin.  » 

—  M.  le  professeur  Spencer  F.  Baird,  commissaire  des  pêcheries  des 
États-Unis,  prie  la  Société  de  vouloir'  bien  lui  procurer  les  documents 
publiés  en  France  sur  l'industrie  ostréicole. 

Par  une  autre  lettre  31.  S[)encer  F.  Baird  fait  connaître  qu'il  vient 
de  donner  des  ordres  pour  que  le  Bulletin  de  la  Commission  des  Pêche- 
ries soit,  à  l'avenir,  adressé  à  la  Société  ;  il  annonce  en  même  temps 
l'envoi  prochain  d'œufs  embryonnés  de  Whitefish  {Coregonus  albus) 
et  de  Truite  des  lacs  d'Amérique  {Salmo  namaycush). 


PROCÈS-VERBAUX.  109 

—  M.  de  Behr,  président  de  l'Associalioii  allemande  de  pisciculture, 
annonce  qu'il  compte  faire  prochainement  à  la  Société  l'envoi  d'œufs 
embryonnés  de  deux  espèces  de  Corégones,  la  grande  et  la  petite  Marène 
(Coregonus  marœna  et  C.  albiila). 

—  M.  le  Secrétaire  des  séances  fait  connaître  que  les  œufs  annoncés 
par  M.  Behr  sont  déjà  arrivés.  Ces  œufs,  qui  étaient  dans  un  état  de 
parfaite  conservation,  malgré  la  longueur  du  voyage,  ont  été  immé- 
diatement distribués.  M.  Raveret-Wattel  donne  à  celte  occasion  les  ren- 
seignements suivants  : 

»  Le  Coregonus  marœna  se  pêche  dans  le  lac  Ladoga  et  le  lac- 
Peipus,  eu  Russie,  et  dans  le  lac  Jladù,  en  Poméranie.  Pendant  la  plus 
grande  partie  de  l'année,  et  surtout  en  été,  ce  poisson  se  tient  à  de 
grandes  profondeurs  (iO  ou  50  mètres),  et  ce  n'est  guère  qu'à  l'époque 
de  la  reproduction  que,  recherchant  les  endroits  moins  profonds,  il  se 
rapproche  des  bords  pour  venir  frayer  dans  des  eaux  tranquilles.  Le 
frai  a  lieu  en  novembre  et  décembre.  Une  femelle  peut  donner  de 
20  à  50  000  œufs,  lesquels  ont  0"',0030  ou  0'",0035  de  diamètre.  Ces 
œufs  soiit  libres,  non  adhérents,  et  un  peu  plus  lourds  que  l'eau.  Le 
C.  marœna  vit  surtout  de  Vers,  d'Lisectes  et  de  petits  Mollusques;  \\ 
atteint  en  moyenne  une  longueur  de  0",60;  mais  des  sujets  de  plus 
forte  taille  ne  sont  pas  rares.  Ce  poisson,  qui  paraît  avoir  existé  autrefois 
dans  un  assez  grand  nombre  de  lacs  du  nord  de  la  Piusse ,  a  été 
propagé,  depuis  peu,  dans  différentes  localités,  grâce  surtout  à  des 
envois  d'œufs  et  d'alevins  faits  de  l'établissement  de  pisciculture  de 
Suwalki,  en  Pologne,  oîi  l'on  s'occupe  particulièrement  de  celte  espèce. 
La  croissance  paraît  rapide,  car  les  alevins  d'un  an,  venus  dans  de  bonnes 
conditions,  mesurent  déjà  0"',20  de  longueur.  La  chair  blanche  et  ferme 
de  ce  poisson  est  très  recherchée,  soit  fraîche,  soit  fumée. 

»  Le  C.  albula  se  pêche  dans  presque  tous  les  lacs  des  pays  qui 
avoisinent  la  Baltique.  Ce  poisson  passe  presque  toute  l'année  dans  les 
eaux  profondes,  où  il  vit  de  iMollusques,  de  Vers  et  de  petits  Crustacés; 
c'est  seulement  pour  frayer  qu'il  gagne  les  endroits  moins  profonds,  où 
l'eau  est  calme.  Le  frai  a  lieu  de  novembre  à  décembre,  à  peu  de  dis- 
tance du  rivage  ;  il  s'y  effectue  avec  de  grands  ébats,  au  milieu  d'évolu- 
tions bruyantes  qui  attirent  l'attention  des  pécheurs.  Les  œufs,  plus 
denses  que  l'eau,  sont  nombreux;  chaque  femelle  en  donne  environ  10  000. 
Le  C.  albula  n'atteint  généralement  qu'une  longueur  de  12  à  15  centi- 
mètres; mais,  dans  certains  lacs,  notamment  le  lac  Dadey,  prés  de 
Bischofsburg,  la  taille  de  ce  poisson  va  jusqu'à  30  ou  35  centimètres. 
C'est  une  excellente  espèce  alimentaire,  dont  la  chair  se  consomme 
aussi  bien  fumée  que  fraîche.  On  la  pêche  à  l'aide  d'immenses  sennes. 
»  L'alevin  de  ces  deux  espèces,  comme  celui  des  autres  Corégones, 
ne  peut  guère  être  nourri  artificiellement;  en  outre,  ce  n'est  qu'avec 
beaucoup  de  peine  qu'on  le  tient  captif  dans  les  appareils  d'incubatiou 


110  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

traversés  par  un  courant  d'eau,  car  il  s'échappe  par  les  plus  petites 
ouvertures.  Mieux  vaut  donc,  très  peu  de  jours  après  l'éclosion,  lorsque 
la  vésicule  vitelline  est  sur  le  point  d'être  résorbée,  le  mettre  en  liberté 
dans  les  eaux  qu'il  est  destiné  à  peupler.  » 

—  Des  remercîments  pour  les  envois  d'œufs  embryonnés  qui  leur  ont 
été  faits  sont  adressés  par  MM.  des  Vallières,  Focet,  Martial  et  Ber- 
thoule,  ainsi  que  par  M.  le  Président  de  la  Société  Linnéenne  du  Nord  de 
la  France,  et  par  la  direction  de  l'Aquarium  du  Trocadéro. 

—  M.  Delgrange  écrit  de  Valenciennes  que  les  œufs  de  Salmo  na- 
maycush  qui  lui  ont  été  adressés  ont  souffert  de  la  gelée  pendant  le 
transport,  mais  qu'il  espère  néanmoins  obtenir  des  éclosions.  Les  œufs 
out  été  mis  en  incubation  sur  une  sorte  de  frayère  artificielle  au  milieu 
d'une  large  panier  à  claire-voie  placé  en  eau  de  source.  (.<  Je  fais  faire 
en  ce  moment,  ajoute  M.  Delgrange,  trois  étangs  qui  auront  chacun  de 
2  à3  hectares;  ils  seront  finis  prochainement.  J'en  ai  déjà  deux  de  plus 
d'un  demi-hectare,  qui  sont  empoissonnés,  et  plusieurs  réservoirs 
alimentés  par  des  sources,  dans  lesquels  j'entretiens  de  la  Truite.  » 

—  En  accusant  réception  de  l'envoi  d'œufs  embryonnés  qui  lui  a  été 
fait,  le  régisseur  de  l'établissement  national  de  pisciculture  de  Bouzey 
écrit  :  «  Nous  avons  obtenu  un  beau  résultat  d'élevage  de  Saumons  de 
Californie;  600  alevins  ont  été  répandus  au  printemps  dernier  dans  la 
Saône.» 

—  En  remerciant  des  œufs  de  Coregonus  albus  qui  lui  ont  été  expé- 
diés, M.  Auguste  Iledde  fait  connaître  en  ces  termes  la  non  réussite  de 
la  presque  totalité  des  œufs  de  Salmo  fontinalis  d'un  précédent  envoi  : 
c  Sur  un  millier  d'œufs,  j'en  ai  choisi  une  soixantaine  qui  m'ont  donné 
cinq  alevins.  Ces  poissons  auront  bientôt  complété  leur  deuxième 
année.  Ils  sont  restés  longtemps  frêles  et  peu  vigoureux,  si  bien  que, 
malgré  mes  soins,  le  choix  de  la  nourriture  et  la  qualité  des  eaux, 
au  bout  d'un  an  ces  poissons  atteignaient  à  peine  la  taille  d'un  Véron. 
Mais  depuis  six  mois  ces  Salmo  fontinalis  prennent  santé  et  vigueur 
ainsi  que  du  développement.  J'espère  l'année  prochaine  en  obtenir  des 
œufs.  Les  Coregonus  albus  de  ce  même  envoi  étaient  'également  si 
endommagés,  qu'à  l'éclosion  j'ai  eu  seulement  deux  sujets,  qui  ont  pris 
un  bon  développement. 

»  Dans  le  lac  du  Bouchet,  qui  appartient  au  département  de  la  Haute- 
Loire,  et  dont  je  me  suis  rendu  fermier,  j'ai  péché  il  y  a  deux  ans  un 
Corégoiie  qui  proportionnellement  est  le  poisson  le  plus  charnu  que  j'aie 
jamais  vu.  La  chair  de  ce  poisson  était  légèrement  parfumée  comme  celle 
de  l'Ombre  commun,  ferme  et  d'une  délicatesse  exquise.  » 

—  M.  Millet  dépose  sur  le  bureau  plusieurs  exemplaires  du  programme 
de  l'Exposition  des  Insectes  qui  doit  avoir  lieu  au  Palais  de  l'Industrie 
du  I"au  22  juillet  1S83,  et  qui  est  organisée  par  la  Société  centrale 
d'apiculture  et  d'insectologie. 


,■/'.)■  PROCÈS -VERyAUX.  lil 

Ms""  Perny,  provicaire  apostolique  de  Chine,  écrit  à  M.  le  Secré- 
taire général  :  «  Au  mois  de  mai  de  l'an  dernier,  la  Société  d'Acclimata- 
tion a  bien  voulu  me  remettre  environ  deux  cents  œufs,  des  graines  des 
Vers  à  soie  du  chêne. 

»  J'en  ai  fait  deux  parts.  L'une  était  destinée  à  M.  le  vicomte  de 
Melun,  qui  possède  à  Brumetz  (Aisne)  une  magnifique  forêt  où  le  chêne 
abonde.  L'autre  était  réservée  pour  une  famille  aisée  et  intelligente  de 
Cerdon,  dans  le  Loiret.  J'avais  donné  des  instructions  détaillées  à  cha- 
•cun  des  éducateurs. 

»  M.  Douchy,  instituteur  de  Brumetz,  apportait  les  plus  grands  soins 
à  l'élevage  des  chenilles.  Tout  marchait  à  souhaits.  Presque  tous  les 
<Bufs  avaient  éclos.  Les  chenilles  paraissaient  se  plaire  beaucoup  dans 
cette  forêt.  Elles  atteignaient  déjà  le  maximum  de  leur  grosseur,  lors- 
•qu'un  jour  il  s'éleva  dans  le  pays  une  tempête  furieuse  qui  dévasta  en 
quelques  instants  toute  la  moisson  du  pays  et  hacha  complètement  le 
feuillage  des  arbres.  Toutes  les  chenilles  furent  broyées  durant  cet 
ourao-an,  sans  qu'on  en  retrouvât  une  seule  survivante.  De  mémoire 
d'homme,  on  n'avait  vu  dans  le  pays  un  ouragan  aussi  terrible.  Sans  ce 
malheur,  tout  faisait  prévoir  un  succès  complet  dans  l'éducation  de  ce 
Ver  à  soie.  Cette  année,  on  fera  un  nouvel  essai. 

»  Quant  aux  œufs  confiés  à  mon  ami  de  Cerdon,  l'éclosion  a  été  plus 
tardive  qu'à  Brumetz.  Elle  a  cependant  réussi.  On  avait  placé  les  œufs 
dans  une  petite  corbeille  en  osier,  comme  le  font  les  Chinois.  On  a 
nourri  là,  pendant  une  dizaine  de  jours,  les  jeunes  chenilles,  puis  on  les 
a  portées  sur  les  chênes.  Elles  prospéraient  admirablement.  Aucune  ne 
paraissait  malade.  On  les  surveillait  avec  un  soin  maternel.  On  avait 
oublié  une  de  mes  recommandations,  celle  de  veiller  au  rapt  par  les 
■oiseaux.  En  un  jour  ou  deux,  les  mésanges  s'abattirent  avec  ardeur  sur 
les  chênes  et  firent  un  grand  ravage.  Mon  ami  était  dans  une  désolation 
d'autant  plus  vive  que  les  chenilles  étaient  à  la  veille  de  faire  leur  pre- 
mier cocon.  On  apporta  les  soins  les  plus  minutieux  à  sauver  la  vie  des 
chenilles  survivantes.  ^Elles  firent  un  premier  cocon  magnifique,  dont 
la  soie  est  fort  belle.  Quinze  jours  après,  environ,  malgré  la  persistance 
«xceptionnelle  du  mauvais  temps,  on  obtint  une  nouvelle  éclosion  et  une 
nouvelle  ponte  d'œufs,  mais,  par  suite  du  mauvais  temps,  cette  deuxième 
éclosion  a  mis  une  lenteur  très  grande  à  accomplir  ses  différentes  phases 
•de  mues,  et  la  chenille  n'a  pu  faire  qu'un   deuxième  cocon  incomplet. 

»  Telle  est  sommairement  l'histoire  de  cette  double  tentative  d'élevage 
de  ce  Ver  à  soie.  L'insuccès  tient  à  des  causes  exceptionnelles.  Nous  espé- 
rons être  plus  heureux  celte  année,  et  nous  sollicitons  d'avance  une 
large  portion  des  graines  que  la  Société  d'Acclimatation  pourra  prochai- 
nement confier  à  ses  membres.  » 

—  M.  Ilignet  écrit  de  Varsovie  :  «  J'ai  reçu  hier  les  20  cocons  de 
Cynthia  que  vous  avez  eu  la  bonté  de  m'envoyer.  Sont-ce  des  cocons 


112  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

de  la  seconde  ponte  ou  une  race  univoltine  comme  celle  que  j'étais  par- 
venu à  produire  ici.  Je  m'attends  à  être  dans  Ja  nécessité  de  recom- 
mencer le  travail  commencé  au  début  de  la  création  de  mon  établisse- 
ment de  Siellze.  Je  regrette  bien  que  la  négligence  de  mon  sériciculteur, 
pendant  un  de  mes  voyages  à  Paris,  ait  laissé  se  perdre  cette  race 
précieuse  pour  notre  pays. 

»  J'attends  le  printemps  avec  impatience  pour  voir  si  mes  Pernyi  du 
printemps  dernier  auront  supporté  jusqu'au  bout  la  prolongation- 
d'existence  à  laquelle  je  les  ai  condamnés.  Les  nymphes  sont  toujours 
vivantes  ;  que  sera-ce  d'ici  au  mois  de  juin?  La  période  à  parcourir  est 
encore  longue.  Quelques  Vers  de  la  seconde  ponte  ont  été  élevés  par  moi 
en  chambre.  J'ai  eu  de  la  feuille  fraîche  jusqu'à  la  fm  d'octobre  et 
même  au  commencement  de  novembre.  Cependant,  un  moment  est 
venu  où  elle  a  manqué,  et  mes  Vers  se  sont  résignés  à  manger  des- 
feuilles sèches.  C'est  sous  l'influence  de  cette  nourriture  qu'ils  ont  iilé. 
Les  cocons  sont  assez  beaux,  moins  fournis  de  soie  cependant  que  ceux 
d'été. 

»  Je  vous  remercie  encore  une  fois  pour  les  Cynthia,  et  me  recom- 
mande à  vous  pour  toutes  espèces  d'œufs  dont  vous  pourriez  disposer 
en  ma  faveur.  J'ai  planté  déjeunes  pruniers,  pommiers,  noyers,  etc., 
pour  répondre  à  toutes  les  exigences  des  espèces  séricigénes  que  je 
pourrais  tenir  de  votre  obligeance. 

»  Le  Mûrier  de  l'Etna,  dont  je  vous  ai  dans  le  temps  envoyé  de  la 
graine,  a  levé  chez  moi  ;  mais  je  n'ai  pas  osé  le  soumettre  à  la  rigueur 
de  nos  hivers,  et  j'en  ai  fait  une  plante  de  serre,  qui  entre  maintenant  en- 
végétation.  —  Si  vous  pouviez  joindre  à  vos  envois  quelques  graines  de 
Mûrier  du  Japon,  je  vous  en  serais  très  reconnaissant.  » 

—  MM.  Carbonnier,  Guillaume,  Laisné,  de  Montrol,  Dumézil,  comte- 
de  Saint-Innocent,  comte  de  Montlezun,  R.  Germain  et  Gorry-Bouteau, 
ainsi  que  la  Société  nantaise  d'horticulture,  demandent  à  prendre  part  à 
la  distribution  de  graines  diverses  annoncée  dans  la  Chronique. 

—  Des  remerciements  pour  les  envois  de  graines  qui  leur  ont  été  faits, 
sont  adressés  par  MM.  de  Gazenove  et  Mathey. 

—  M.  A.  Masson  écrit  du  château  de  Villeblevin  (Yonne)  :  «  De  retour 
d'un  voyage  au  Canada,  je  viens  vous  rendre  compte  de  mes  démarches 
infructueuses  pour  trouver  l'origine  du  Topinambour.  Tous  les  savants 
de  là-bas  s'accordent  à  dire  que  la  plante  n'est  pas  originaire  du 
Canada.  Je  profite  de  cette  occasion  pour  vous  adresser  trois  bien  petits 
paquets  de  graines  de  Melons  du  Canada.  Ces  trois  espèces  sont  les 
meilleures,  et  je  puis  garantir  que  le  Melo'n  brodé  de  Skillman  est  tout 
simplement  délicieux,  supérieur  à  mon  avis  à  tous  les  autres  Melons. 
Voilà  quatre  ans  de  suite  que  j'en  cultive,  et  outre  que  c'est  un  Melou 
prolifique,  hâtif  et  facile  àpousser,  il  est,  de  l'avis  de  tous  ceux  qui  l'ont 
goûté,  excellent. 


PROCÈS-VERBAUX.  H3 

»  Pour  les  deux  autres  espèces,  je  ne  puis  rien  garantir;  mais  au 
Canada  elles  sont  aussi  appréciées  que  les  Skillmaii.  Ces  derniers  se 
forcent  très  bien;  on  doit  les  laisser  bien  mûrir  avant  de  les  cueillir;  la 
chair  en  est  verte;  ils  sont  très  juteux  et  d'un  goût  très  fin. 

3)  Si  les  graines  de  Melons  que  je  vous  envoie  réussissent  et  sont 
appréciées,  je  me  ferai  un  plaisir  de  vous  en  envoyer  d'autres.  » 

—  A  l'occasion  du  procès-verbal,  M.  Raveret-Wattel  revient  sur  la 
question  de  la  formation  des  monstres  dans  la  classe  des  Poissons.  11 
fait  remarquer  que  les  monstruosités,  causées  par  les  manipulations  de 
la  fécondation  artificielle  ou  par  les  secousses  du  transport,  sont  toujours 
des  monstruosités  simples,  unitaires.  3Iais  quand  les  œufs  ont  été 
fécondés  par  la  méthode  sèche,  il  n'est  pas  très  rare  d'obtenir  des 
monstruosités  doubles,  et  cela  peut-être  parce  que  ce  mode  tout  artifi- 
ciel de  fécondation  permet,  plus  qu'un  autre,  la  pénétration  de  plusieurs 
spermatozoïdes  dans  l'ovule. 

—  M.  Millet  fait  connaître  que  les  œufs  récoltés  sur  des  frayères  na- 
turelles ne  lui  ont  jamais  donné  de  monstres,  probablement  parce  que 
la  fécondation  s'est  opérée  dans  des  conditions  régulières,  et  que  chaque 
ovule  n'a  reçu  qu'un  seul  spermatozoïde. 

—  M.  Decroix  fait  une  intéressante  communication  sur  un  procédé  de 
destruction  en  Algérie  des  Criquets  voyageurs ,  procédé  imaginé  par 
M.  Durand,  ex-directeur  de  la  Bergerie  nationale  de  Ben  Cliicao.  Ce 
procédé  consiste  à  barrer  le  passage  aux  larves  des  Criquets,  par  de 
longues  bandes  de  zinc  et  de  toile  qui,  soutenues  sur  des  piquets,  for- 
ment par  leur  surface  lisse  un  obstacle  insurmontable  pour  les  insectes. 
Ceux-ci  vont  tomber  dans  des  fossettes  oîi  il  est  facile  de  les  recueillir. 
On  peut  ensuite  les  utiliser  comme  engrais. 

—  M.  Millet  fait  remarquer  que  le  procédé  imaginé  par  M.  Durand  est 
un  perfectionnement  de  celui  dû  à  l'invention  de  Mehmed  Saïd-Pacha,  o-ou- 
verneur  de  l'île  de  Chypre,  et  décrit  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'Ac- 
climatation (année  1871).  Il  ajoute  que  ce  procédé  paraît  appelé  à  rendre 
d'immenses  services  en  Algérie,  où,  dans  certaines  années,  les  Criquets 
occasionnent  des  dégâts  s'élevant  à  50  ou  55  millions.  Récoltés  et  des- 
séchés avec  les  soins  voulus,  ces  insectes  pourraient  être  utilisés  pour  la 
nourriture  des  Faisans  et  d'une  foule  d'oiseaux  qui  s'en  montrent  très 
friands.  On  pourrait  sans  doute  aussi  en  préparer  un  produit  de  nature 
à  être  substitué  économiquement  à  la  rogue  de  Morue  pour  la  pèche  de 
la  Sardine. 

—  M.  Raveret-Wattel  fait  connaître  que  M.  le  docteur  Morvan,  de 
Douarnenez,a,  depuis  longtemps,  fait,  avec  le  concours  de  l'administra- 
tion de  la  Marine,  des  essais  tendant  à  utiliser  les  Criquets  de  l'Alo-érie 
pour  la  préparation  d'une  rogue  artificielle.  Ces  essais  n'ont  pas  donné 
de  résultats  très  satisfaisants.  Les  préparations  obtenut.'s,  même  au 
moyen  de  mélanges  avec  divers  corps  gras  ou    une  certaine  proportion 

3'  SÈHIB,  T.  X.  —  Février  1883.  g 


114  SOCIÉTÉ  NATIONALE  D'aCCLIMATATION. 

de  ro""ue  naUirolle,  n'avaient  pas  la  densité  ni  surtout  l'onctuosité,  le 
liant  nécessaire.  La  difficulté  de  la  préparation  et  les  frais  de  transport 
auo-mentaient  considérablement  le  prix  de  revient  qui  cessait  d'être 
avantageux. 

M.    Geoffroy  Saint-IIilaire  estime  que  les  Criquets   ne   pourraient 

être  employés  que  dans  une  certaine  mesure  pour  la  nourriture  des 
oiseaux.  On  a  plusieurs  fois  recommandé  l'emploi  de  farine  de  Han- 
neton; or  cette  nourriture,  qui  est  très  stimulante,  réussit  bien  à 
l'époque  de  la  ponte  ;  mais ,  si  l'on  n'en  usait  pas  avec  modération,  elle 
deviendrait  trop  excitante  et  pourrait  occasionner  des  maladies  sé- 
rieuses. C'est  plutôt  un  médicament  qu'un  aliment. 

—  M.  Maurice  Girard  dit  que  l'abondance  des  Criquets  est  hors  de 
toute  proportion  avec  la  consommation  que  pourraient  en  faire  les 
oiseaux.  Notre  confrère  pense  qu'il  importerait  surtout  de  détruire 
les  insectes  arrivés  à  leur  complet  développement,  les  insectes  ailés, 
qui  voyagent  en  légions  innombrables  formant  des  nuages  de  plusieurs 
kilomètres  d'étendue,  et  qui  causent  des  ravages  bien  autrement  graves 
que  ne  le  font  les  larves,  seules  détruites  par  le  procédé  de  M.  Durand. 
M.  Maurice  Girard  ajoute  que  ces  larves  sont  souvent,  mais  à  tort,  seules 
désignées  sous  le  nom  de  Criquets  par  certaines  personnes  qui  donnent 
l'appellation  erronée  de  Sauterelles  à  l'insecte  adulte.  Or  VAcridium 
pcregrinnm,  ou  Criquet  de  l'Algérie,  est  très  différent  des  Locustiens 
ou  véritables  Sauterelles. 

—  M.  Millet  pense  que  par  quelques  recherches  on  arriverait  à  pré- 
parer avec  les  Criquets  desséchés  une  rogue  artificielle  très  satisfai- 
sante, et  qu'il  en  serait  de  même  sans  doute  pour  les  produits  destinés 
à  la  nourriture  des  oiseaux.  Depuis  trois  ans,  M.  Millet  emploie,  pour 
l'élevage  des  Becs-fins,  une  pâtée  composée  de  fécule  de  pommes  de 
terre  et  de  farine  de  chrysalides  de  vers  à  soie,  le  tout  aggloméré  avec 
de  l'huile  d'olive,  et  il  en  obtient  d'excellents  résultats. 

—  M.  le  Président  dit  que  plusieurs  Comices  agricoles  ont  constaté 
l'efficacité  du  procédé  imaginé  par  31.  Durand,  auquel  des  remerciements 
ont  été  volés  par  le  Comité  de  l'Algérie.  La  destruction  des  larves  ne 
peut  avoir  qu'une  très  grande  utilité,  puisqu'elle  prévient  la  transfor- 
mation de  ces  larves  en  insectes  adultes,  ailés. 

—  M.  Decroix  dit  que  les  insectes  ailés  sont  moins  nuisibles  que  les 
larves,  attendu  qu'ils  passent  rapidement.  Les  larves,  au  contraire,  ne 
cheminent  que  lentement,  ravageant  tout  sur  leur  passage,  ne  laissant 
pas,  dans  les  cultures,  un  mètre  de  terrain  intact. 

—  M.  Maurice  Girard  craint  que  les  Criquets  adultes  ne  fassent,  eux 
aussi,  beaucoup  de  mal.  Le  danger  lui  paraît  être  dans  les  migrations 
de  ces  individus  ailés  qui  arrivent  du  désert,  et  qui  viennent  pondre 
dans  les  régions  cultivées.  Il  pense  qu'on  devrait  surtout  s'occuper  de  la 
destruction  des  œufs. 


PROCÈS-VERBAUX.  115 

—  Sur  la  demande  de  MM.  Millet  et  Maurice  Girard,  la  communication 
de  M.  Uecroix  est  renvoyée  aux  2«  et  4'  sections. 

—  M.  Fornet  présente  à  l'assemblée  un  modèle  d'hydro-incubateur  de 
son  invention,  appareil  dont  il  fait  ressortir  les  avantages.  (Voy.  au  Bul- 
letin.) 


SEANCE  DU  16  FÉVRIER  J883. 
Présidence  de  H.  Henri  Bouley,  Président. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté  après  une 
observation  de  M.  Millet. 

—  M.  le  Président  proclame  les  noms  des  membres  nouvellement 
admis  par  le  Conseil,  savoir  : 

MM.  PRÉSENTATEURS. 

Brun     (François-Eugène),   médecin-vétéri- (  ^"J*^"^  J^^P'"* 

n  n    •    ■    n    •       '  n    •  \  ot-ives  Menard. 

naire,  9,  rue  Casunir-Perier,  a  Pans.  )  ...  . 

V  Vigier. 

Massjas  (Gabriel),  négociant,  passage  Mas-     A.  Bouts. 

séna,  i,  à  Neuilly  (Seine),  et  13,  rue  Vi-  ■   Eugène  Dupin. 

vienne,  à  Paris.  (  St-Yves  Ménard. 

Métra     (Claude),     propriétaire,    boulevard  (  f  ",°^"^  ^"P'"* 
d'Inkermann,  22,  à  Neuilly  (Seine).  }  l"^"^  Grisard. 

\  Eugène  vavin. 

ViNCENDON-DuMOULiN,  vice-président    de    la  (  Vicomte  Brenier  de  Mont- 


Société    d'agriculture    de   Saint-Marcellin  {      i^o'<^n  • 
à  Chevrières  (Isère).  ^  ^'^«"^'"'^y  Saint-Hilaire. 

\  Raveret-Wattel. 

—  M.  Beauchaine  adresse  des  remerciements  au  sujet  de  sa  récente 
admission. 

—  M.  Bravard  demande  qu'il  lui  soit  envoyé  un  exemplaire  du  règle- 
ment sur  les  cheptels,  ainsi  que  la  liste  des  animaux  et  des  végétaux  mis 
en  distribution. 

—  Des  remerciements  pour  les  cheptels  qui  viennent  de  leur  être 
accordés  sont  adressés  par  MM.  Bénardaky,  G.  de  Kervénoaël,  Saury, 
de  Fontette,  Delloye-Orban,  Pitard,  0.  Larrieu,  Le  Pelletier,  Chambry 
et  le  comte  de  Montiezun. 

—  M.  Charles  Baltet  écrit  de  Troyes  :  «  M.  Paul  Hariot,  de  Méry- 
sur-Oise  (Aube),  va  rejoindre  la  mission  française  au  Cap  Horn,  à  titre 
de  botaniste  officiel. 

»  Mon  jeune  compatriote,  préparateur  au  Muséum  d'histoire  naturelle. 


.116  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

serait  heureux,  j'en  suis  certain,  de  rencontrer  des  correspondants  de  la 
Société  d'Acclimatation  et  d'avoir  leur  concours  bienveillant.  » 

—  M.  N.  Masson  écrit  à  M.  le  Président  :  «  Je  viens  de  recevoir  de 
M.  Jean  Kiener  fils,  de  la  Forge,  près  Watback  (Haute-Alsace),  une 
réponse  à  la  lettre  que  je  lui  ai  adressée,  relativement  au  croisement  du 
Cochon  d'Inde  avec  le  Rat. 

»  Dans  une  de  nos  premières  séances,  M.  le  Secrétaire  général  a  bien 
voulu  nous  donner  communication  d'un  renseignement  qu'il  avait  reçu 
de  M.  Kiener,  au  sujet  de  ce  croisement.  Notre  Société  n'a  pas  jugé, 
tout  d'abord,  devoir  apporter  une  créance  absolue. 

»  J'ai  voulu  m'iiiformer  directement  auprès  de  ce  collègue  pour  con- 
naître les  sujets  qu'il  avait  obtenus,  et  voici  sa  réponse  : 

«  Monsieur  et  cher  confrère, 

>  Soyez  convaincu  et  tenez  pour  certain,  que,  dans  les  faits  observés 
j  ici  sur  le  Cochon  d'Inde,  il  est  pertinent  : 

»  Que  des  individus  de  celte  espèce  sont  nés  de  mères  de  pure  race, 
»  qui  ont  été  vues  en  compagnie  de  Rais,  avec  des  queues  d'égale  lon- 
»  gueur  à  celle  des  Rats. 

»  La  certitude  d'une  alliance  du  Cochon  d'Inde  avec  le  Rat,  révélée 
»  par  une  ressemblance  de  forme,  de  queue  et  de  caractères  généraux  du 
»  Raf, m'avait  dégoûté  de  ces  animaux.  Le  croisement  a  eu  lieu,  il  peut 
*  se  reproduire. 

»  La  coloration  du  poil,  je  ne  la  considère  que  comme  accessoire. 

>  Tout  à  votre  disposition,  je  reste  votre  dévoué  collègue. 

»  Signé  :  Kiener  fds.  » 

»  Je  crois  qu'il  ne  serait  peut-être  pas  superflu  de  tenir  compte  de  ces 
renseignements,  et  même  d'en  prendre  note,  et  je  vais  m'occuper,  de 
mon  côté,  d'acquérir  quelques  sujets  de  ces  reproductions,  que  j'aurai 
l'honneur  de  soumettre  à  l'examen  de  notre  honorable  Société,  pour  la 
curiosité  du  fait,  dont  il  est  bon  de  s'assurer.  »  —  (Renvoi  à  la  t"  sec- 
lion.) 

—  M.  Rogeron  écrit  du  château  d'Arceau  (Maine-et-Loire)  :  c  Comme 
je  vous  le  disais  dans  ma  dernière  lettre,  je  possède ,  depuis  près  de 
quatre  ans,  un  Cygne  de  Rewik  {Cygniis  minor),  superbe  oiseau,  dont 
j'ai  pu,  par  là  même,  apprécier  à  loisir  tous  les  mérites,  et  parmi  les- 
quels le  principal  est,  sans  contredit,  la  petitesse  de  sa  taille  qui  lui 
assignerait  une  place  dans  bien  des  pièces  d'eau  et  jardins  plus  ou  moins 
restreints,  dont  ses  congénères  sont  exclus  à  cause  de  leurs  grandes 
dimensions.  Il  ne  le  cède  d'ailleurs  en  rien  à  ceux  de  sa  race  par  la 
grâce  et  la  sociabilité;  et  sa  blancheur  est  encore  d'un  plus  grand  éclat 
que  celle  du  Cygne  domestique  et  du  Cygne  sauvage...  d 

—  M.  Deschamps  sollicite  une  récompense  de  la  Société  pour  l'intro- 


FROCÈS-VERDAUX.  117 

duction  du  Colin  de  Californie.  —  Renvoi  à  la  Commission  des  récom- 
penses. 

—  Des  remerciements  pour  les  envois  d'œufs  embryonnés  qui  leur  ont 
été  faits,  sont  adressés  par  MM.  Banmeyer,  Bertlioule,  Carbonnier, 
Louis,  Lugrin,  ainsi  que  par  le  régisseur  de  l'établissement  national  de 
pisciculture  de  Bouzey,  et  par  la  direction  de  l'Aquarium  du  Trocadéro. 

— En  accusant  réception  des  œufs  de  Corégone  qui  lui  ont  été  adressés, 
M.  le  vicomte  de  Causans  ajoute  :  «  Ces  œufs  sont  arrivés  tous  en  parfait 
état;  ils  sont  d'une  transparence  irréprochable.  Je  suis  étonné  que  vous 
arriviez  à  avoir  si  peu  de  perte  pour  des  trajets  aussi  longs.  Le  jour 
même,  ils  ont  été  transportés  à  Saint-Joan-de-Nay,  à  17  kilomètres  du 
Puy,  dans  des  appareils  à  éclosion  construits  avec  beaucoup  de  soins, 
alimentés  par  une  source  abondante  d'une  température  de  9  à  10  de- 
grés. 

»  Aussitôt  après  leur  éclosion,  ils  seront  déposés  à  des  places  choisies 
et  très  favorables,  à  l'embouchure  d'un  ruisseau  d'eau  vive  dans  une 
pièce  d'eau  d'un  demi-hectare  ayant  jusqu'à  5  mètres  de  profondeur,  et 
recevant  les  égouts  du  village,  et  d'une  vaste  prairie  qui  fournissent  une 
abondante  nourriture.  Ils  y  sont  attendus  par  les  With-fish  de  l'année 
dernière,  dont  on  a  pu  constater  le  succès  depuis  leur  éclosion,  au 
printemps  dernier.  Je  vous  aviserai  du  succès  des  éclosions  dès  qu'elles 
auront  lieu.  » 

—  M.  le  professeur  Spencer  F.  Baird,  commissaire  des  pêcheries  des 
Etats-Unis ,  annonce  l'envoi  qu'il  compte  faire  prochainement  à  la 
Société  de  l5  000  œufs  de  Saumon  des  lacs  {Land  locked  Salmon). 

—  M.  le  comte  G.  Casati  adresse  à  la  Société  40  grammes  de  graine 
de  Ver  à  soie  du  mûrier  de  la  race  milanaise  dite  Brianza  Verdolina 
Casati.  Celte  graine,  obtenue  par  le  système  cellulaire,  est  très  saine. 

—  M.  de  Villette  adresse  une  demande  d'œufs  ou  de  cocons  de  diffé- 
rentes espèces  de  Vers  à  soie. 

—  M.  Antonio  Blasco  fait  parvenir  une  demande  de  graines. 

—  M.  Gorry-Bouteau  accuse  réception  et  remercie  de  l'envoi  de 
graines  qui  lui  a  été  fait. 

—  M.  Jules  Leroux  annonce  l'envoi  des  noix  de  Jtiglans  nigra  qu'il  a 
bien  voulu  mettre  à  la  disposition  de  la  Société. 

—  M,  Ch.  Baltet  adresse  des  fruits  et  des  graines  de  Loza  {Rhamnus 
utilis)  employé  pour  la  fabrication  du  vert  de  Chine. 

—  M.  Guillaume  adresse  un  compte  rendu  de  ses  essais  de  culture  de 
Saggina. 

—  M.  Eug.  Vavin  écrit  de  Neuilly  (Seine)  :  «  J'ai  le  plaisir  de  vous 
annoncer  que  je  viens  de  recevoir  de  notre  savant  collègue,  M.  Masson, 
commandant  le  Catinat,  et  gouverneur  du  Gabon,  un  pied  de  Mais,  qui 
a  i'",C)0  de  haut. 

»  Ces  jours-ci,  j'ai  reçu  de  Santiago  de  Cuba,  un  pied  d'Arracac/ja 


118  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aCCLIMATATION. 

csculenta,  en  pleine  végétation.  J'espère  en   recevoir  d'autres  d'ici  à 
peu  de  temps.  » 

—  M.  Sanford,  ancien  ministre  des  États-Unis  en  Belgique,  annonce 
qu'il  va  faire  expédier  de  la  Louisiane  à  la  Société,  une  barrique  de 
Noix  de  Pacanier.  «  Ce  bel  arbre,  ajoute  M.  Sanford,  a  bien  réussi  en 
Belgique;  je  suis  sûr  que,  dans  le  sud  de  la  France,  il  atteindra  de 
grandes  dimensions  et  sera  très  ornemental.  Il  se  fait  chez  nous  un 
grand  commerce  de  noix,  qui  se  vendent  à  un  prix  assez  élevé.  » 

—  M.  Beauchaine  écrit  de  Chàtellerault  :  «  Je  prends  la  liberté  de 
recommander  à  la  bienveillante  attention  de  la  Société,  une  variété  de 
Poire  obtenue  par  M.  d'Iray,  et  par  lui  nommée  Poire  M"''  Solange 
d'iray.  Cette  variété,  issue  de  la  Poire  Citron-des-Carmes,  est  un  peu 
plus  précoce  et  de  qualité  bien  supérieure.  C'est  la  meilleure  Poire  pré- 
coce que  je  connaisse,  et  je  serais  heureux  d'en  offrir  des  greffons  à  ceux 
des  membres  de  la  Société  qui  auraient  désir  d'en  essayer  la  culture.  » 

—  M.  le  Secrétaire  général  dépose  sur  le  bureau  : 

1°  Des  fruits  de  Zapallilo  de  Tronco  de  variété  pure,  offerts  par 
M.  Berson  ; 

2°  Un  sac  de  graines  de  Soja  noir,  provenant  des  cultures  du  Jardin 
d'Acclimatation  d'Hyères  ; 

3°  Une  note  dans  laquelle  M.  Delaurier  aîné,  d'Angoulême,  rend 
compte  de  ses  élevages  d'Oiseaux  exotiques,  et  fait  connaître  la  situation 
satisfaisante  des  Tragopansde  Blyth  qui  lui  ont  été  confiés  par  le  Jardin 
d'.\cclimatation  (voy.  au  Bulletin)  ; 

4°  Un  ouvrage  récemment  publié  par  M.  La  Perre  de  Boo,  et  intitulé: 
Monographie  des  Pigeons  domestiques.  Ce  volume  est  accompagné  de  la 
note  suivante  :  «  Jusqu'ici,  les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  les  Pigeons,  se 
sont  contentés  de  faire  des  descriptions  banales  et  absolument  incom- 
plètes des  caractères  généraux  et  distinctifs  des  types  purs  de  nos 
diverses  races  de  Pigeons  d'utilité  et  d'agrément.  La  raison  en  est  facile 
à  expliquer  :  les  types  purs  avaient  en  quelque  sorte  cessé  d'exister, 
par  suite  des  nombreux  croisements  que  nos  diverses  races  de  Pigeons 
domestiques  avaient  subis  dans  nos  fermes  et  dans  nos  basses-cours. 

»  Or  les  races  pures,  ayant  disparu  de  la  surface  du  globe,  les 
auteurs  français  qui  ont  écrit  avant  moi  sur  les  Pigeons,  ne  possédaient 
aucune  base  qui  pût  les  guider  dans  leurs  descriptions;  car  les  pré- 
tendus types  purs  n'avaient  de  constance  qu'au  gré  de  l'éleveur  ou  du 
caprice  d'un  jury. 

»  Voulant  mettre  de  l'ordre  dans  cette  confusion  des  races  qui,  dans 
les  concours,  exposait  le  jury  à  toute  sorte  de  désagréments,  nos  voisins 
d'outre-Manche,  en  gens  pratiques,  ont  reconstitué  les  races  d'après 
des  bases  convenues  entre  les  principaux  éleveurs  du  pays. 

»  Ils  ont  donc  adopté  pour  chaque  race  un  type  officiel,  reconnu, 
approuvé  et  couramment  admis  par  le  jury  du  Palais  de  Cristal  et  par 


PROCÈS-VERBAUX.  119 

les  exposants  ;  et  c'est  d'après  ces  bases  que  j'ai  fait  la  description  des 
diverses  races  de  Pigeons  domestiques  qui  sont  mentionnées  dans  mon 
ouvrage. 

»  La  vérité  est  que  cet  ouvrage  manquait  en  France;  car  les  Pigeons 
qu'on  nous  met  tous  les  ans  sous  les  yeux  au  Palais  de  l'Industrie  , 
attestent  l'ignorance  des  éleveurs,  et  démontrent  jusqu'à  l'évidence 
qu'ils  ne  connaissent  pas  les  caractères  généraux  des  races  qu'ils  culti- 
vent. A  la  dernière  Exposition,  j'ai  vu  le  même  éleveur  exposer  des 
Pigeons  Boulants  anglais  rouges,  ayant  la  queue  rouge,  et  un  couple  de 
Pigeons  de  la  même  variété  ayant  la  queue  blanche  !  Or  aucun  auteur 
français  ne  dit  dans  son  ouvrage  si  la  queue  du  Boulant  rouge  doit  être 
blanche  ou  rouge  :  c'est  ce  qui  explique  l'ignorance  de  l'éleveur. 

»  Je  crois  donc  avoir  rendu  un  immense  service  aux  amateurs  de 
Pigeons,  en  écrivant  un  livre  dans  lequel  ils  trouveront  un  inventaire 
complet  de  tous  ces  petits  détails  que  les  auteurs  qui  ont  écrit  avant 
moi,  ont  cru  pouvoir  négliger,  au  grand  détriment  du  progrès  et  de  la 
science,  et  sans  lesquels  il  est  impossible  d'étudier  les  races.  » 

—  M.  le  Secrétaire  général  appelle  ensuite  l'attention  de  l'assemblée  sur 
de  nouveaux  faits  de  croisement  observés,  entre  espèces  fort  différentes, 
<lans  la  classe  des  Oiseaux.  11  mentionne  d'abord  le  Faisan  bleu,  de 
€ochinchine  et  de  Siam,  qui  a  été  allié  avec  le  Faisan  argenté,  par 
M.  Mathias,  de  Bourg-la-Reine.  Ce  croisement  présente  d'autant  plus 
d'intérêt  que  les  deux  espèces  sont  assez  éloignées  pour  que  certains 
naturalistes  aient  proposé  de  les  classer  dans  des  genres  distincts. 

Un  autre  croisement  fort  curieux,  récemment  obtenu,  c'est  celui  du 
<]anard  Casarka  et  de  l'Oie  d'Egypte,  c'est-à-dire  de  deux  oiseaux  appar- 
tenant d'une  façon  bien  précise  à  deux  genres  différents. 

A  l'occasion  de  ces  faits,  M.  le  Secrétaire  général  exprime  l'opinion 
que,  plus  les  observations  se  multiplient,  plus  la  notion  de  l'espèce, 
telle  qu'elle  a  été  comprise  autrefois,  se  modifie  et  s'altère. 

«  L'espèce  est  pour  nous,  ajoute  M.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  un  moyen 
de  classement,  mais  elle  n'existe  pas  dans  la  nature,  attendu  que  nous 
voyons,  chaque  jour,  des  faits  nouveaux  venir  nous  démontrer  qu'il  y  a 
des  groupes  naturels  et  qu'il  n'y  a  pas  d'espèces  d'une  façon  absolument 
certaine,  absolument  fixe,  puisque  l'on  passe  de  l'une  à  l'autre  par  des 
variétés  insensibles.  » 

M.  le  Secrétaire  général  met  ensuite  sous  les  yeux  de  l'assemblée 
deux  aquarelles,  représentant,  l'une  un  Mouton  d'une  variété  importée 
pour  la  première  fois  de  l'Inde,  l'autre  une  Corneille  qui  a  été  capturée 
prèsd'Étrépagny,  et  qui,  au  lieu  d'être,  soit  entièrement  noire  comme  la 
Corneille  ordinaire,  soit  complètement  blanche,  comme  le  sont  les  sujets 
albinos,  présentait,  avec  un  plumage  noir,  une  tache  blanche  en  forme 
de  cravate. 

—M.  de  Barrau  de  Muratel  dépose  sur  le  bureau  une  note  de  M.  Vialan, 


120  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

instituteur  à  Blan  (Tarn),  qui  a  fondé  dans  son  école  une  Société  pour  la 
proteclion  des  oiseaux  et  la  destruction  des  animaux  nuisibles. 

L'année  dernière,  cette  Société,  qui  compte  70  enfants,  a  découvert  et 
protéf^é  560  nids  d'oiseaux  divers;  elle  a,  en  outre,  détruit  environ 
16000  insectes  nuisibles.  M.  de  Barrau  de  Muratel  ajoute  que  déjà  plu- 
sieurs instituteurs  ont  suivi  l'exemple  de  M.  Vialan,  et  créé  dans  leurs 
écoles  des  Sociétés  pour  la  protection  des  oiseaux  et  la  destruction  des 

insectes. 

Sur  la  demande  de  M.  de  Barrau  de  Muratel,  le  travail  de  M.  Vialan 

est  renvoyé  à  la  2"  section. 

Tout  en  reconnaissant  les  services  que  peuvent  rendre  de  sembla- 
bles Sociétés,  M.  Maurice  Girard  exprime  la  crainte  qu'elles  ne  détrui- 
sent souvent  beaucoup  d'insectes  utiles. 

—  M.  de  Barrau  de  Muratel  fait  remarquer  qu'il  importerait  que  des 
ouvrat^es  élémentaires,  donnant  la  liste  des  insectes  à  détruire  et  celle 
des  espèces  à  respecter,  fussent  mis  à  la  disposition  des  instituteurs. 

—  M.  Maurice  Girard  donne  lecture  d'une  note  de  M.  Fallou  rendant 
compte  d'une  éducation  de  Ver  à  soie  du  chêne  de  la  Chine  (Attacus 
Pernyi)  faite  en  plein  air,  dans  la  forêt  de  Sénart.  —  (Voy.  au  Bulletin.) 

—  M.  de  Barrau  de  Muratel  fait  connaître  que,  d'après  les  journaux, 
les  Hirondelles  auraient  déjà  fait  leur  apparition  à  Nevers.  «  Le  fait, 
ajoute  notre  confrère,  aurait  besoin  d'être  vériûé,  eu  égard  à  l'époque 
de  l'année;  s'il  est  exact,  c'est  que  l'hiver  touche  à  sa  fin.  » 

—  M.  Paillieux  fait  connaître  le  résultat  de  ses  cultures  expérimen- 
tales de  Plantes  chinoises,  et  donne  lecture  d'une  note  sur  le  Pet-saï  de 
Mongolie.  —  (Voy.  au  Bulletin.) 

Le  travail  de  M.  Paillieux  est  renvoyé  à  la  Commission  des  récompenses 
avec  invitation  d'examiner  s'il  n'y  aurait  pas  lieu  de  créer  quelques  prix 
pour  l'introduction  de  certains  des  Végétaux  chinois  mis  en  essais  par 
notre  confrère. 

M.    Raveret-Watlel    fait   une    communication   sur   les    échelles  à 

Saumons,  et  présente  un  modèle  d'échelle  offert  à  la  Société  par  M.  le 
colonel  Mac-Donald,  inspecteur  des  pêcheries  de  l'État  de  Virginie. 

Le  secrétaire  des  séances, 
C.  Baveret-Wattel. 


IV    EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES  DES  SECTIONS 


PREMIÈRE  SECTION 

SÉANCE  DU  9  JANVIER  1883. 

Présidence  de  M.  DECROix 

Il  est  procédé  au  début  de  la   séance  à   l'élection  du  bureau  pour 
l'année  1883.  Sont  élus  : 
Président:  M.  Decroix; 
Vice- Président:  M.  Ménard; 
Secrétaire:  M.  Gautier; 
Vice-Secrétaire  :  M.  X.  Dybowski; 

Délégué  dans  la  Commission  des  récompenses  :  M.  Ménard. 
11  est  donné  connaissance  à  la  section  d'une  lettre  de  M.  Fauvel,  ofti- 
cier  des  douanes  chinoises,  se  mettant  à  la  disposition  de  la  Société  d'Ac- 
climatation pour  lui  envoyer  des  animaux  ou  des  plantes  du  pays,  et 
demandant  de  vouloir  bien  lui  adresser  une  note  indiquant  les  espèces 
qui  l'intéresseraient  particulièrement.  La  Section  adresse  ses  remercie- 
ments à  M.  Fauvel;  une  note  dans  le  sens  demandé  lui  sera  envoyée. 

M.  le  Président  lit  ensuite  une  lettre  de  M.  le  marquis  de  Pruns 
appelant  à  nouveau  l'attention  de  la  Société  sur  ce  que  les  Chèvres  ne 
sont  pas  comprises  au  nombre  des  animaux  admis  dans  les  concours 
régionaux. 

M.  le  Président  et  après  lui  M.  Dybowski  proposent  d'adresser  à  brei 
délai  une  lettre  à  M.  le  Ministre  du  Commerce,  mais  sur  l'observation 
de  M.  Gautier  et  de  plusieurs  autres  membres,  qu'il  n'y  a  pas  urgence 
puisqne  la  décision  ministérielle  ne  pourrait  produire  effet  pour  le  con- 
cours des  animaux  gras  s'ouvrant  le  28  janvier,  et  qu'il  y  a  intérêt  a 
discuter  la  question  d'une  façon  plus  approfondie,  la  Section  remet  la 
discussion  à  sa  prochaine  séance. 

M.  le  Président  donne  communication  d'une  lettre  de  M.  Jean  Kiener 
informant  la  Société  qu'ayant  mis  en  liberté  dans  une  cour  un  couple  de 
Cobayes,  ces  animaux  se  sont  croisés  avec  des  Rats. 

Il  donne  également  communication  d'une  lettre  de  M.  Reynal,  infor- 
mant la  Société  que  des  Cobayes  ayant  été  envoyés  par  lui  au  pic  du 
Midi,  ont  été  lâchés  dans  la  montagne,  s'y  sont  fait  des  abris,  et  y  ont 
reproduit.  Dans  cette  lettre,  M.  Reynal  informe  également  la  Société  que 
des  Ouistitis  viennent  de  reproduire  en  France  à  côté  de  chez  lui,  à  Péri- 
gueux,  et  que  des  deux  petits  nés,  l'un  est  mort,  mais  l'autre  est  arrivé 
presque  à  grosseur.  Ces  différentes  communications  devant  être  repro- 
duites à  l'Assemblée  générale,  la  Section  se  borne  à  adresser  ses  remer- 
ciements à  leurs  auteurs. 

Le  Secrétaire, 
Jules  Gautier. 


122  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

DEUXIÈME  SECTION 

SÉANCE   DU  9  JANVIER   1883. 
Présidence  de  M.  le  baron  d'AvÈNE,  Vice-Président. 

L'ordre  du  jour  porte  la  nomination  du  bureau. 

Le  dépouillement  du  scrutin  donne  le  résultat  suivant: 

Président:  M.  Millet; 

Vice-Président  :  M.  le  baron  d'Avène; 

Secrétaire:  M.  Gustave  Sturne  ; 

Vice-Secrétaire:  M.  le  vicomte  d'Esterno  ; 

Délégué  dans  la  Commission  des  récompenses:  M.  Millet. 

M.  Grisard  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  Ministre  de  l'Agricul- 
ture, répondant  à  une  demande  faite  par  la  Société  d'ouvrir  un  concours 
pour  les  Couveuses  artificielles  au  moment  du  concours  dit  des  animaux 
gras  à  Paris. 

M.  le  Ministre  ne  peut  accepter  cette  proposition,  par  la  raison  que, 
les  machines  agricoles  ne  sont  admises  que  pour  être  exposées  et  ne 
sont  l'objet  d'aucune  récompense. 

M.  Xavier  Dybowski  trouve  que  cette  réponse  était  inévitable. 

M.  Sturne  pense  qu'il  est  r£grettable,  que  M.  le  Ministre  n'ait  pas 
autorisé  ce  concours,  qui  se  fait  sentir  de  jour  en  jour  plus  nécessaire, 
et  il  rappelle  que  dans  une  de  nos  dernières  séances  générales,  M.  le 
vicomte  d'Esterno  écrivait  une  lettre  dans  le  même  sens.  Non  seulement 
ce  concours  rendrait  un  grand  service  aux  éleveurs  et  à  l'agriculture,  mais 
cette  question  s'étend  encore  à  l'élevage  des  Autruches,  dont  nos  colonies 
peuvent  retirer  de  si  grands  bénélices  ;  et,  comme  M.  Sturne  avait  été  le 
promoteur  de  cette  démarche,  il  demande  que  la  Section  veuille  bien 
émettre  le  nouveau  vœu  d'une  seconde  démarche,  pour  faire  l'expé- 
rience des  Couveuses  artificielles,  une  fois  seulement,  au  concours  de 
1884,  afin  de  reconnaître  celles  qui  sont  les  meilleures. 

M.  le  Président  met  la  motion  aux  voix,  qui  est  adoptée. 

L'ordre  du  jour  appelle  l'attention  de  la  Section  sur  les  instructions 
que  demande  M.  Fauvel,  officier  des  douanes  chinoises,  à  Han-Kéou,  qui 
se  met  à  la  disposition  de  la  Société  d'Acclimatation,  pour  des  questions 
d'histoire  naturelle,  sur  la  faune  si  fiche  du  Céleste-Empire. 

M.  Sturne  demande  si  M.  Fauvel  a  été  l'objet  d'une  récompense  pour 
les  savantes  communications  qu'il  a  faites  à  la  Société,  particulièrement 
lors  de  son  dernier  passage  à  Paris.  En  tous  cas,  M.  Slurne  prie  la 
deuxième  Section  d'émettre  le  vœu  que  les  travaux  de  .M.  Fauvel  soient 
examinés  par  la  Commission  des  récompenses. 

Cette  proposition  est  adoptée. 

M.  Millet  présente  deux  têtes,  pattes  et  ailes  comparatives  d'une  espèce 
de  Perdrix  grise  nouvelle  et  d'une  Perdrix  grise  ordinaire  et  dit  : 


PROCÈS-VERBAUX. 


423 


«  On  ne  connaît  généralement  en  France,  qu'une  espèce  de  Perdrix  grise  ; 
mais  depuis  deux  ans,  vers  la  fin  d'octobre,  dans  la  région  du  nord  de  la 
France,  et  particulièrement  dans  les  départements  de  l'Aisne,  de  l'Oise  et 
du  Nord,  on  voit  des  passages,  pendant  une  huitaine  de  jours  seulement, 
de  cette  petite  espèce,  se  dirigeant  vers  le  midi;  ces  migrations  s'o- 
pèrent par  bandes  de  25  à  35  têtes,  et  toujours  à  la  même  époque. 

»  On  ne  trouve,  dans  les  ouvrages,  que  des  indications  très  incomplètes 
qui  sont  indécises  pour  la  désigner,  soit  en  une  race  ou  une  espèce.  11 
serait  intéressant  de  savoir  si  d'autres  personnes  ont  remarqué  ces 
migrations  de  Perdrix  nouvelles,  tant  au  point  de  vue  de  l'histoire  natu- 
relle, que  de  la  chasse.  » 

M.  Millet  termine  en  promettant  un  rapport  détaillé  à  la  Société. 

Le  Secrétaire, 
Gustave    Sturne. 


TROISIÈME  SECTION 

SÉANCE   DU    16  JANVIER   1883. 

Dès  l'ouverture  de  la  séance,  il  est  procédé  à  l'élection  du  bureau  de 
la  Section  pour  l'exercice  1883.  Sont  élus: 

Président:  M.  Vaillant; 

Vice-Président  :  M.  de  Barrau  de  Muratel  ;     - 

Secrétaire  :  M.  Banmeyer  ; 

Vice-Secrétaire  :  M.  Léon  Vidal  ; 

Délégué  dans  la  Commission  des  récompenses  :  M.  Berthoule. 

M.  Baveret-Wattel  donne  lecture  de  diverses  lettres  adressées  à  la 
Société  et  de  nature  à  intéresser  la  Section. 

Parmi  ces  lettres,  il  en  est  une,  émanant  du  Ministère  de  la  Guerre, 
demandant  des  renseignements  sur  les  échelles  à  Saumons. 

En  réponse  à  cette  lettre,  l'administration  de  la  Société  a  communiqué 
au  Ministère  le  modèle  d'échelles  à  Saumons  imaginé  par  M.  Mac-Donald 
et  employé  avec  un  très  grand  succès  aux  États-Unis  d'Amérique. 

Une  intéressante  discussion  a  lieu  au  sujet  des  échelles  à  Saumons  et 
de  l'importance  que  présente  cette  question,  au  point  de  vue  du  repeu- 
plement des  cours  d'eau. 

Il  est  évident  que  partout  où  il  existe  des  échelles  mal  construites,  les 
Saumons  ne  peuvent  remonter  facilement  le  cours  d'eau;  ils  sont  violents 
dans  leurs  instincts,  d'où  résulte  l'appauvrissement  des  fleuves  et  ri- 
vières. On  ne  saurait  donc  insister  trop  sur  la  nécessité  de  recourir 
pour  la  construction  des  échelles  à  des  types  consacrés,  après  une  longue 
expérience,  par  de  bons  résultats. 

M.  le  Président  annonce  la  satisfaction  qu'il  éprouve  de  voir  le  Minis- 


124  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACGLIMATATION. 

1ère  de  la  Guerre  faire  appel  en  pareil  cas  aux  lumières  des  membres 
de  la  Société  d'Acclimatation. 

A  propos  de  Saumons,  M.  Raveret-Wattel  expose  que  les  Saumons  de 
Californie  se  sont  remarquablement  reproduits  dans  les  bacs  du  Troca- 
déro.  Il  y  a  eu  toutefois  une  très  grande  mortalité  parmi  les  sujets  repro- 
ducteurs, par  suite  sans  doute  de  blessures. 

En  Améri(}ue,  on  a  constaté  une  très  grande  mortalité  des  sujets  qui 
ont  frayé,  ce  qui  prouverait  que  cette  mortalité,  qui  a  surtout  atteint 
les  mâles,  tient  à  une  cause  étrangère  aux  entraves  apportées  à  la  lil)re 
circulation  des  poissons  par  suite  de  barrages ,  ou  d'échelles  défectueuses. 
Cette  mortalité  n'a  pas  d'ailleurs  été  générale,  car  dans  le  Sacra- 
menlo  il  y  a  de  nombreux  sujets  qui  ont  frayé  plusieurs  fois. 

Le  fait  de  mortalité  des  Saumons  au  moment  du  froid,  fait  signalé  à  la 
Société  par  une  lettre  de  M.  Le  Faute,  provoque  un  intéressant  échange 
d'idées  au  sujet  des  causes  de  maladie  ou  de  mortalité  des  poissons  élevés 
en  stabulation. 

La  nourriture  animale  qui  est  donnée  aux  Saumons  est,  ainsi  que  cela 
s'est  produit  à  Courance,  dit  M.  Millet,  une  des  causes  d'infection  des 
eaux  qui  amènent  des  maladies  mortelles.  D'ailleurs,  les  Saumons  tenus 
enfermés  sont  privés  de  leur  migration  annuelle  vers  la  mer,  ce  qui  est 
une  anomalie  dont  ils  doivent  naturellement  se  ressentir. 

Un  membre  fait  remarquer  qu'au  Trocadéro  la  nourriture  n'est  com- 
posée que  de  poissons,  ce  qui  n'empêche  pas  qu'il  y  ait  chaque  année  une 
grande. mortalité.  Les  femelles  sont  très  souvent  maculées  de  mousses. 
Les  exemples  de  poissons  recouverts  de  mousses  abondent.  Les  Carpes 
du  Dois  de  Boulogne  ont  été  souvent  les  victimes  de  ce  parasite  végétal. 
Des  Anguilles  au  repos  en  sont  souvent  recouvertes.  M.  Vaillant  explique 
que  le  mycélium  du  Saprolegna  envahit  le  dessous  des  écailles. 

Les  animaux  atteints  peuvent  être  guéris  si  les  conditions  du  milieu  oîi 
ils  vivent  se  trouvent  modifiées.  En  général,  ce  parasite  végétal  se  pro- 
page d'autant  plus  facilement,  que  l'animal  est  maintenu  dans  une  eau 
plus  dormante. 

M.  Raveret-Wattel  ajoute  qu'en  Amérique,  on  emploie  de  l'eau  salée 
assez  saturée  pour  faire  disparaître  la  maladie. 

M.  Millet  donne  quelques  intéressants  détails  au  sujet  de  la  maladie 
des  Ecrevisses. 

11  n'existe  presque  plus  de  ce  crustacé  dans  le  département  de  l'Aisne 
où  il  y  en  avait  beaucoup. 

11  serait  intéressant  de  dresser  une  carte  des  localités  où  la  maladie  a 

sévi.  La  Société  d'Acclimatation  possède  sur  celte  question  un  ensemble 

de  documents  qu'il  serait  intéressant  de  grouper,  de  façon  à  étudier  le 

mal  de  plus  près  et  à  présenter  à  la  Section  un  travail  plus  complet. 

M.  Millet  veut  bien  se  charger  de  préparer  ce  rapport. 

On  dit  que  celte  maladie  est  causée  par  la   présence  d'un  parasite. 


PROCÈS-VERBAUX.  125 

mais  cane  semble  pas,  suivant  M.  Millet,  pouvoir  donner  une  explication 
des  cas  foudroyants. 

M.  Raveret-Waltel  répond  que  le  distome  de  l'Écrevisse  se  reproduit 
avec  une  telle  rapidité  que  l'on  pourrait  bien  trouver  là  une  cause  des 
mortalités  soudaines  constatées  dans  diverses  localités. 

Il  ajoute  que  la  maladie  tend  à  disparaître  en  Allemagne. 

M.  Millet  pense  que  le  meilleur  moyen  pour  étudier  la  maladie  con- 
sisterait dans  l'examen  immédiat  des  sujets  contaminés,  il  y  aurait  donc 
lieu  de  prier  les  personnes  chez  qui  sévit  la  maladie,  d'envoyer  à  la 
Société  des  échantillons  malades. 

Il  est  décidé  que  l'Administration   sera   invitée  à  écrire  dans  ce  sens. 

M.  le  Président  trouve  dans  le  dossier  de  la  Section,  un  projet  de  loi 
relatif  à  la  pêche  fluviale,  il  propose  de  nommer  une  Commission  qui 
s'occuperait  de  l'examen  de  ce  projet. 

Cette  proposition  étant  accueillie,  une  Commission  est  nommée  com- 
posée de  :  MM.  Millet,  de  Glaligny,  Banmeyer  et  Raveret-Wattel. 

31.  Vidal  fait  remarquer  à  ce  propos  que  les  travaux  de  la  troisième 
Section  lui  paraissent  demeurer  un  peu  à  l'état  de  lettre  morte.  L'année 
dernière,  aucun  procès-verbal  émanant  de  cette  section,  n'a  été  publié, 
il  exprime  le  désir  que  ces  réunions  puissent  avoir  une  sanction 
effective.  Il  lui  semble  que  la  Section  devrait  être  informée  des  suites 
qui  sont  données  à  ses  propositions. 

M.  J.  Grisard  répond  que  les  procès-verbaux  n'ayant  pas  été  remis  au 
Secrétariat,  il  n'a  pu  être  statué  sur  les  vœux  émis  par  la  Section. 

Le  Vice-Secrétaire, 
Léon  Vidal. 


QUATRIÈME  SECTION 

SÉANCE  DU   23  JANVIER   1883 
Présidence   de   M.    Fallou,    Vice-Président. 

La  Section  procède  à  la  constitution  de  son  bureau. 
Sont  élus  par  scrutin  de  liste  : 
Président  :M.  Maurice  Girard; 
Vice-Président  :  M.  Fallou; 
Secrétaire  :  M.  Clément  ; 
Vice- Secrétaire  :  M.  X.  Dybowski  ; 
Délégué  à  la  Commission  des  récompenses  :  M.  Fallou. 
M.  Grisard  lit:  X"  une  lettre  de  M.  le  comte  Casali,  de  Milan  qui  offre  des 
graines  de  Vers  à  soi(î  du  mûrier  provenant  d'une  variété  saine  et  robuste; 
t°  Un  mémoire  de  M.  Fallou  intitulé  :  Observations  sur  «n  Lvpido- 


126  SOCIÉTÉ    NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

phire  hétérocère  séricigène,  provenant  d'un  envoi  de  M.  Moquin-Tandon, 
de  la  Cochinchine  ; 

3»  Une  lettre  de  M.  P.  Nemelz,  à  Wiener-Neustadt  (Autriche),  sur  une 
éducation  de  Pernyi  ; 

4"  Deux  lettres  de  M^e  de  Bompar,  relatives  à  la  destruction  du 
pliylloxera  par  une  araignée  :  le  Trombidion,  laquelle  vivrait  sur  le 
Fraisier,  D'après  M"""  de  Bompar,  on  détruirait  le  phylloxéra,  en  plan- 
tant des  Fraisiers  dans  les  Vignes. 

A  ce  propos,  M.  M.  Girard  dit  que  c'est  là  une  erreur  absolue;  le 
Trombidion  ne  mange  pas  le  phylloxéra  :  peut-être  en  détruit-il  quand 
il  est  à  l'état  de  larve,  car  alors  il  a  un  régime  parasitaire  sur  les  insec- 
tes, mais,  adulte,  il  suce  les  plantes.  Le  phylloxéra  ne  prend  que  sur  les 
■  sarments,  —  il  est  nionophage  et  ne  vit  que  de  la  Vigne. 

M.  Fallou  ajoute  qu'il  est  bien  possible  que  le  Fraisier  attire  le  Trom- 
bidion, comme  il  attire  beaucoup  d'autres  insectes,  et  entre  autres  les 

altises. 

Il  est  donné  lecture  de  la  lettre  suivante  de  M.  de  Confévron,  relative 
-  à  une  observation  qu'il  a  faite  sur  les  mœurs  des  Cigales  et  des  Sphex. 

a  Je  cède  au  désir  de  raconter  à  ceux  de  nos  confrères  qui  s'occupent 
d'entomologie  et  que  cela  pourra  intéresser,  une  observation  que  j'ai 
faite  par  hasard  sur  les  mœurs  des  Cigales  et  des  Sphex. 

»  C'était  en  Vaucluse,  pendant  l'été  de  1881,  par  une  de  ces  journées 
brûlantes  pendant  lesquelles,  dans  le  Midi,  le  soleil  dardant  d'aplomb 
ses  rayons  de  feu,  engourdit  tout,  durant  quelques  heures  du  milieu  du 
jour.  Alors,  tout  se  taisant  dans  la  nature,  on  n'entend  guère  que  le  zi  zi 
strident  des  Cigales,  qui  semble  rendre  plus  accablante  encore  cette 
fournaise  où  elles  sont  dans  leur  élément  et  qui  fait  leurs  délices. 

»  J'étais  assis  à  l'ombre  d'un  arbre,  regardant  tout  près  de  moi  les 
rapides  cicindelles  poursuivant  leur  proie  sur  le  sable  embrasé. 

»  Mes  yeux  vinrent  à  s'arrêter  sur  un  platane  où  je  remarquai  une 
Cigale.  Avec  la  tarière  qu'au  repos  elles  portent  repliée  le  long  de  leur 
abdomen  et  qui,  comm.e  on  sait,  remplace  chez  les  femelles  l'appareil 
du  chant  dont  les  mâles  seuls  sont  pourvus,  elle  avait  creusé  dans 
l'écorce  de  l'arbre,  un  puits  artésien  ou  elle  s'abreuvait  de  sève. 

»  Tout  à  coup,  deux  Sphex  arrivent,  et  sans  hésiter,  se  mettent  à 
pousser,  tirailler,  harceler  ma  Cigale,  tant  et  si  bien  qu'ils  lui  font 
quitter  la  place  et  se  mettent  à  se  délecter  à  la  source  dont  elle  était 
l'inventeur. 

»  N'est-ce  pas  là  un  exemple  de  plus,  du  parasitisme  naturel  qu'on 
retrouve  à  chaque  pas. 

»  Ce  fait  n'étant  pas  à  la  connaissance  de  tous,  j'ai  voulu  vous  le 
narrer  dans  toute  sa  simplicité,  car  tout  se  tient  et  s'enchaîne  dans 
l'étude  de  la  nature  et  les  moindres  remarques  peuvent  être  utilisées. 

)>  Veuillez,  etc.  «  De  Confévron.  » 


PROCÈS-VERBAUX.  127 

M.  Millet  promet  une  note,  pour  la  prochaine  séance,  sur  le  dévelop- 
pement de  la  sériciculture  en  Autriche  qui,  depuis  deux  ans,  a  pris  de  très 
grands  développements. 

M.  Millet  tient  de  M.  Durand  des  documents  sur  les  ravages  et  la 
destruction  des  criquets  voyageurs.  MM.  Durand  et  Millet  doivent  en 
parler  en  séance  générale,  mais  dès  à  présent  M.  Millet  dit  que 
M.  Durand  a  sans  doute  perfectionné  le  mode  de  destruction  dont  se 
servait  le  Gouverneur  de  Chypre. 

M.  Grisard  rappelle  que  M.  Fauvel,  officier  des  douanes  en  Chine, 
offre  ses  services;  la  Section  remercie  31.  Fauvel  et  se  propose  de  pro- 
fiter de  ses  offres  à  l'occasion. 

M.  Fallou  se  propose  de  donner  en  séance  générale  un  compte  rendu 
détaillé  d'une  éducation  de  Pernyi.  Mais  dès  maintenant  il  donne  quel- 
ques renseignements  :  M.  Huin  lui  a  donné  des  œufs.  11  a  placé  des 
jeunes  Vers  sur  des  cépées  de  chêne  dans  la  forêt  de  Sénart.  Au  moyen 
de  quelques  abris,  malgré  la  grêle,  les  Vers  ont  abouti  complètement. 

Ce  qu'il  y  a  d'important  dans  celte  éducation,  c'est  l'obtention  de  cocons 
qui  n'éclosent  qu'au  printemps  suivant.  Cette  espèce  paraît  donc  dis- 
posée à  devenir  univoltine,  seule  condition  qui  permet  de  conserver 
l'espèce  chez  nous  et  d'en  propager  la  culture,  car  restant  bivoltine,  les 
Vers  de  la  deuxième  éclosion,  qui  se  fait  en  octobre,  ne  trouvent  pas  la 
nourriture  fraîche  qui  leur  est  indispensable.  En  outre,  en  automne, 
les  jeunes  chenilles  sont  attaquées  par  les  araignées,  qui  en  détruisent 
une  grande  quantité  et  diminuent  encore  les  chances  de  la  conservation 
de  l'espèce. 

M.  Hignet,  à  Varsovie,  et  le  professeur  Balbiani  ont  obtenu  un  résultat 
analogue. 

Le  Vice -sécréta  ire, 
X.  Dybowski. 

CINQUIÈME  SECTION 

SÉANCE   DU  30  JANVIER   1883 
Présidence  de  M.  Vavin,  Président,  puis  de  M.  Paillieux. 

M.  le  Président  fait  connaître  qu'il  va  être  procédé  au  renouvellement 
du  bureau  et  à  la  nomination  d'un  délégué  près  la  Commission  des 
récompenses  et,  à  cette  occasion,  exprime  le  désir  de  voir  les  suffrages 
de  ses  collègues  se  reporter  sur  une  autre  personne,  son  intention  n'étant 
pas  d'accepter  les  fonctions  de  Président,  s'il  était  renommé. 

Le  dépouillement  du  scrutin  donne  le  résultat  suivant  : 

Président  :  M.  Henri  de  Vilmorin  ; 

Vice-Président  :  M.  Paillieux; 


\^2S  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

Secrétaire  :  M.  Jules  Grisard  ; 

Vice-Secrétaire  :  M.  X.  Dybowski; 

Délégué  dans  la  Commission  des  récompenses  :  M.,  le  D'"  Ed.  Mène. 

M.  Chappeliier,  se  faisant  l'inlerprèle  des  sentiments  de  ses  collègues, 
exprime  à  M.  Vavin  les  remerciements  de  la  Section  pour  le  zèle  qu'il  a 
toujours  montré  pendant  les  longues  années  de  sa  présidence. 

31.  Paillieux  prend  la  présidence. 

M.  Paillieux  donne  lecture  d'un  rapport  détaillé  et  fort  intéressant  sur 
ses  cultures  de  diverses  plantes  chinoises. 

Sur  le  bureau,  figurent  les  produits  dftnt  parle  le  mémoire  de  notre 
zélé  collègue,  et  des  fruits  conlits  de  Shiro-uri,  préparés  par  la  maison 
Robineau-Boissier.  Ces  derniers,  dégustés  par  la  Section,  sont  trouvés 
exquis. 

M.  le  D'  Mène  demande  que,  vu  son  importance,  le  travail  de  M.  Pail- 
lieux soit  publié  dans  le  corps  du  Bulletin  et  non  dans  le  procès-verbal 
de  la  séance  ;  la  Section  tout  entière  s'associe  à  ce  vœu  qui  sera  transmis 
à  la  Commission  de  publication. 

MM.  Fallou  et  de  Vroil  font  connaître  les  résultats  qu'ils  ont  obtenus 
de  la  culture  des  graines  offertes  par  M.  Paillieux  à  la  Section,  dans  le 
courant  de  l'année  1882. 

M.Jules  Grisard  informe  la  section  que  la  Société  vient  de  recevoir 
un  baril  de  Noix  fraîches  de  Pacanier  {Carya  olivœformis). 

Celte  intéressante  espèce  convient  surtout  au  bassin  méditerranéen  ; 
elle  demande  un  terrain  frais,  même  humide. 

Le  Pacanier  supporte  diflicilement  la  transplantation,  il  est  donc  bon 
de  le  semer  en  place,  trois  on  quatre  noix  par  trou,  en  éliminant,  lors 
de  la  levée,  les  plants  les  moins  vigoureux;  c'est  le  procédé  suivi  aux 
États-Unis. 

M.  Chappeliier,  qui  a  reçu  de  la  Société  quelques  tubercules  de  la 
Pomme  de  terre  Heymonet,  dit  que  cette  variété  mérite  d'être  plus 
répandue  et  qu'elle  lui  a  donné  des  résultats  très  satisfaisants. 

M.  .Malhey  confirme  ces  renseignements. 

Le  Secrétaire, 
Jules  Grisakd. 


Le  gérant  :  Jules  Grisard. 


Monenoz,  AiJm.-Direcl   <Jes  Imprimeries  réunies.  A,  rue  Mignon,  2;  Pari; 


i.    TRAVAUX  DES  MEMBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ 


RAPPORT 
PRÉSENTÉ  A  LA  SOCIÉTÉ  NATIONALE  D'ACCLIMATATION 

AU  NOM 

DE  LA  COMMISSION  DE  LA  CHASSE 
[Par  J.   GtiillTlER. 


Messieurs, 

Yotre  Commission  de  la  chasse  a  été  chargée  par  vous  d'éla- 
borei'  un  projet  de  loi  sur  les  animaux  nuisibles,  destiné  à 
compléter  le  projet  de  loi  sur  la  chasse  que  vous  avez  ap- 
prouvé dans  votre  assemblée  générale  du  2  juin  dernier.  C'est 
ce  projet  de  loi  que  j'ai  l'honneur  de  vous  présenter  aujour- 
d'hui. 

Voire  Commission,  vous  vous  en  souvenez.  Messieurs,  a 
dans  son  précédent  travail  suivi  pas  à  pas  le  projet  de  loi 
déposé  à  la  Chambre  des  députés  par  M.  Labitte  et  s'est  bornée 
à  demander  à  leur  ordre  les  modifications  qui  lui  ont  semblé 
désirables.  Elle  a  estimé,  en  effet,  que  c'était  là  le  mode  le 
plus  pratique  de  présenter  ses  observations  sur  un  projet  qui, 
tel  qu'il  était,  réalisait  à  ses  yeux  un  progrès  réel  sur  la  loi 
de  1844.  Elle  eût  désiré  de  même  prendre  pour  base  de  son 
travail  actuel  le  projet  de  loi  déposé  à  la  Chambre  des  dé- 
putés le  41  février  1878  par  M.  Petitbien,  député,  mais  elle 
a  dû  bientôt  y  renoncer,  ce  projet  se  résumant  en  réalité  à 
deux  mesures  qu'elle  considère  à  l'unanimité  comme  funestes  : 
la  suppression  de  la  louveterie  et  l'attribution  aux  municipa- 
lités du  droit  de  déterminer  les  animaux  nuisibles,  d'en  or- 
donner et  d'en  opérer  la  destruction. 

Sur  le  premier  point,  les  motifs  donnés  par  l'auteur  du 
projet  pour  supprimer  la  louveterie  sont  assez  vagues  et  ne 
s'appuient  sur  aucun  fait  ni  aucun  document.  «  En  résumé, 
dit-il,  la  louveterie  est  un  privilège  qui  nous  vient  de  l'ancien 
régime.  S'il  pouvait  alors  se  justifier  par  le  petit  nombre  des 
chasseurs  qui  existaient  eu  égard  à  l'état  des  chasses  avant  la 

3*  SÉRIE,  T.  X.  —  Mars  1883.  9 


i.]0  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

Révolution,  aucune  considération  ne  saurait  le  légitimer 
aujourd'hui  que  le  nombre  des  chasseurs  est  illimité  ;  que 
les  exercices  militaires  rendent  tous  les  hommes  valides  en 
état  de  tenir  une  arme  et  que  chaque  localité  possède  des 
moyens  de  destruction  des  animaux  nuisibles  ou  dangereux 
qui  peuvent  se  trouver  sur  son  territoire. 

»  La  destruction  des  animaux  nuisibles  est  d'ailleurs  essen- 
tiellement une  mesure  de  police  municipale  et  rurale  qui 
appartient  aux  maires.  » 

Nous  nous  bornerons,  Messieurs,  à  vous  faire  remarquer 
combien  l'assertion  q^e  la  charge  de  louvelier  est  un  privilège 
est  inexacte  aujourd'hui,  alors  que  les  louvetiers  sont  nommés 
chaque  année  par  les  préfets,  c'est-à-dire  les  représentants . 
mêmes  du  gouvernement,  et  nous  vous  exposerons  brièvement 
les  raisons  qui  ont  déterminé  votre  Commission  à  maintenir 
au  contraire  dans  son  projet  de  loi  l'institution  de  la  louve- 

lerie. 

On  a  souvent  répété  que  la  louveterie  était  inutile,  et  que, 
loin  de  détruire  les  loups,  les  louvetiers  en  favorisaient  le 
repeuplement.  C'est  là  une  assertion  sans  fondement  qui 
tombe  d'elle-même  en  présence  des  services  des  louvetiers  offi- 
ciellement  constatés  dans  le  présent,  et  de  l'expérience  faite 
dans  le  passé. 

Si  en  effet  on  consulte  les  relevés  officiels  de  ces  dernières 
années  (Ministère  de  l'agriculture),  on  lit  qu'il  a  été  détruit 
par  les  louvetiers,  en  1877-1878  par  exemple,  555  loups, 
louves  ou  louveteaux  et  5328  sangliers,  chiffre  déjà  bien  res- 
pectable; et  si  l'on  remonte  de  quelques  années,  on  trouve 
des  tableaux  qui  accusent  le  chiffre  énorme  de  5000  loups 
dans  une  seule  année.  Comment  en  conclure  que  la  louve- 
terie favorise  le  repeuplement  des  loups?  comment  se  refuser 
à  reconnaître  que  la  louveterie  faitbeaucoup  encore  et  qu'elle 
a  déjà  beaucoup  fait  pour  la  destruction  des  loups  ? 

D'autre  part,  l'expérience  déjà  faite  sous  la  première  Répu- 
blique de  la  suppression  de  la  louveterie  n'est  pas  moins  con- 
cluante en  faveur  de  son  maintien  actuel.  En  effet,  cette  sup- 
pression qui  avait  paru  la  conséquence  nécessaire  de  l'inter- 


RAPPORT   SUR   LA   CHASSE.  131 

diction  de  chasser  sur  le  terrain  d'aiitriii  édictée  par  la  loi 
il'avril  1790,  a  produit  des  résultats  désastreux  qui  ont  néces- 
sité son  rétablissement  à  bref  délai.  Malgré  l'élévation  des 
primes  fixées  à  300  livres  pour  une  louve  pleine,  "âSO  livres 
pour  une  louve,  "^OO  livres  pour  un  loup,  sommes  considé- 
rables pour  l'époque,  les  loups  devenus  à  nouveau  Ibrt  nom- 
breux, causaient  de  grands  ravages,  et  l'on  a  vite  compris  que 
l'intérêt  public  exigeait  en  cette  matière  de  sacrifier  l'intérêt 
particulier. 

C'est  que  nulle  chasse  n'est  plus  difficile  que  la  chasse  du 
loup.  Les  battues  sont  le  plus  souvent  inefficaces;  de  plus 
elles  ont  l'inconvénient  grave  non  seulement  de  nécessiter  la 
réquisition  de  traqueiirs  enlevés  ainsi  à  leurs  travaux,  mais 
encore  de  porter  un  préjudice  véritable  au  propriétaire  ou 
possesseur  des  bois  dans  lesquels  elles  ont  lieu. 

Seule  lâchasse  avec  des  chiens  produit  de  bons  résultats  et 
encore  faut-il  des  chiens  spéciaux,  tous  les  chiens  ne  prenant 
pas  sur  la  voie  du  loup,  et  un  véritable  savoir  étant  nécessaire 
pour  conduire  la  chasse. 

Si  aux  considérations  qui  précèdent  on  ajoute  que  la  charge 
de  louvetier  est  gratuite  et  que  l'Etat  trouve  même  une  source 
de  revenus  dans  les  dépenses  qu'elle  entraîne  pour  celui  qui 
en  est  investi,  on  ne  comprend  plus  la  raison  de  supprimer 
une  institution  dont  la  longue  existence  démontre  clairement 
l'utilité. 

Sur  le  deuxième  point  voire  Commission,  Messieurs,  s'est 
trouvée  également  unanime.  Pour  elle  l'attribution  aux  muni- 
cipalités du  droit  de  déterminer  les  animaux  nuisibles  à  l'agri- 
culture locale  et  d'en  opérer  la  destruction  au  moyen  de 
battues  qu'elles  ordonneraient,  aurait  les  résultats  les  plus 
fâcheux.  Nul  doute,  en  effet,  que  de  graves  abus  ne  tarderaient 
à  se  produire,  et  que  l'on  verrait  ranger  au  nombre  des  ani- 
maux nuisibles  ceux  qui  sont  le  plus  inoffensifs,  ceux-là 
mêmes  qui  sont  sans  conteste  au  nombre  des  animaux  utiles; 
nul  doute  que  l'on  verrait  à  bref  délai  le  gibier  objet  de  tant 
de  convoitises,  pourchassé  de  tous  côtés  et  bientôt  exterminé. 
Celte  disposition  donnerait,  eu  ellet,  aux  municipalités  un 


132  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

droit  général  et  absolu,  puisqu'elle  ne  distingue  pas  entre  les 
animaux  qui  menacent  l'intérêt  public  et  ceux  qui  ne  sont 
nuisibles  que  dans  certaines  circonstances  et  au  regard  de  cer- 
taines personnes  seulement,  le  lapin  par  exemple. 

Or  les  battues  administratives  sont  chose  grave  puisqu'elles 
constituent  une  véritable  expropriation  ;  expropriation  que 
peut  seul  Justifier  un  intérêt  supérieur,  un  intérêt  public. 

Cet  intérêt  existerait-il  si-  une  municipalité  déclarait  le  la- 
pin nuisible  à  l'agriculture  locale?  évidemment  non.  Sans 
doute,  comme  nous  venons  de  le  dire,  le  lapin  peut  être  nui- 
sible à  tel  ou  tel  propriétaire  ou  fermier,  mais  l'intérêt  lésé 
est  en  ce  cas  un  intérêt  purement  privé,  et  les  questions  de 
dommages  et  de  responsabilité  sont  du  ressort  des  tribunaux 
qui  ont  seuls  droit  de  connaître  des  contestations  s'élevant 
entre  les  particuliers;  autoriser  les  municipalités  à  faire  dé- 
truire les  animaux  qu'il  leur  plairait  sur  telle  propriété  qu'elles 
désigneraient,  serait  donc  non  seulement  leur  permettre  d'ex- 
proprier sans  même  qu'il  y  ait  en  jeu  un  intérêt  public,  ce  qui 
est  contraire  au  système  tout  entier  de  notre  législation,  mais 
encore  substituer  en  quelque  sorte  l'autorité  administra- 
tive à  l'autorité  judiciaire  dans  des  questions  qui,  nous  le 
répétons,  sont  purement  des  questions  d'intérêt  particulier. 

Loin  de  vouloir  étendre  aux  municipalités  le  droit  d'établir 
la  nomenclature  des  animaux  nuisibles,  votre  Commission 
vous  propose  au  contraire.  Messieurs,  de  l'enlever  aux  préfets 
en  énuméranl  dans  la  loi  môme  quels  sont  les  animaux  nui- 
sibles et  en  déterminant  les  conditions  de  leur  destruction. 
De  cette  façon  l'on  ne  verrait  plus  des  arrêtés  préfectoraux 
déclarer  animaux  nuisibles  les  alouettes,  comme  celui  du 
préfet  des  Deux-Sèvres,  les  hirondelles  comme  celui  du  préfet 
des  Bouches-du-Rhône,  les  chevreuils  comme  celui  du  préfet 
de  l'Oise. 

A  part  cette  modification  importante  et  quelques  modifica- 
tions de  détail  dont  l'expérience  a  démontré  la  nécessité,  le 
projet  qui  vous  est  soumis  n'est  en  quelque  sorte,  Messieurs, 
que  la  réunion  dans  un  seul  texte  des  dispositions  qui  régis- 
sent aujourd'lnii  la  matière  et  qui  se  trouvent  éparses  dans 


RAPrORT    SUR    LA    CHASSE.  133 

les  lois,  décrets  et  ordonnances  de  messidor  et  pluviôse  an  V, 
germinal  an  XIII,  août  1814,  septembre  1830,  juillet  184-4, 
etc..  Il  a  paru,  en  effet,  à  votre  Commission  que  ce  qu'il  y 
avait  à  faire,  c'était  non  de  chercher  de  nouvelles  règles  dp 
droit,  tnais  de  rendre  celles  qui  existent  plus  claires,  et  d'um 
application  plus  facile. 

C'est  ainsi  qu'en  tête  du  projet  est  inscrit  le  droit  d 
défense  qui  figure  à  l'article  9  de  la  loi  de  184-4,  emprunta 
déjà  par  elle  à  la  loi  de  1700.  Il  est  ainsi  conçu  dans  1? 
loi  de  1844:  «  Tout  propriétaire,  possesseur  ou  fermier  a 
îc  droit  de  repousser  ou  de  détruire  sur  ses  terres,  même 
avec  les  armes  à  feu,  les  animaux  malfaisants  ou  nuisibles  qui 
porteraient  dommage  à  ses  propriétés.  5  Votre  Commission, 
Messieurs,  vous  propose  de  supprimer  les  mots  «  malfaisants 
et  nuisibles  »  pour  mettre  le  texte  en  harmonie  complète  avec 
la  jurisprudence.  Dans  la  pratique,  en  effet,  on  entend  ce  droit 
de  défense  dans  le  sens  le  plus  large,  admettant  qu'il  peut 
.s'exercer  en  tout  temps,  même  la  nuit,  même  en  temps  de 
neige,  par  tous  moyens  et  contre  tous  animaux,  qu'ils  soient 
ou  non  classés  parmi  les  animaux  nuisibles,  qu'ils  soient 
îTîême  classés  parmi  les  animaux  utiles;  c'est  que,  nous  le  ré- 
pétons, c'est  là  un  droit  de  légitime  défense. 

Le  projet  divise  ensuite  les  animaux  nuisibles  en  trois  ca- 
tégories. Dans  la  première  sont  rangés  l'ours,  le  loup  et  le 
sanglier,  animaux  essentiellement  nomades,  qui  constituent 
.un  danger  public  et  dont  la  destruction  pourra  être  ordonnée 
par  l'administration  au  cas  où  elle  le  jugerait  nécessaire, 
comme  elle  peut  l'être  aujourd'hui. 

Dans  la  seconde  catégorie  sont  rangés  les  petits  carnassiers 
elles  oiseaux  de  proie  dont  la  destruction  intéresse  seulement 
les  propriétaires  ou  fermiers,  lesquels  auront  le  droit  de  pro- 
céder ou  faire  procéder  à  cette  destruction  sans  qu'il  soit 
besoin  d'arrêté  préfectoral  les  y  autorisant. 

Enlin,  dans  la  troisième  catégorie  sont  rangés  les  animaux 
inoffensifs  par  eux-mêmes,  mais  pouvant  devenir  nuisibles  par 
excès  de  nombre,  les  cerfs,  biches,  daims  et  lapins.  Pour  la 
destruction  de  ces  animaux  une  autorisation  nominale  et  tem- 


\o^  SOCIÉTÉ   NATIONALE    D  ACCLIMATATION. 

poraire  continuera  à  être  nécessaire.  C'est  qu'en  effet  ces- 
animaux  ne  sont  nuisibles  qu'au  regard  de  certaines  pro- 
priétés riveraines  et  que  leurs  habitudes  sédentaires  per- 
mettent de  rendre  responsables  des  dégâts  qu'ils  causent  les 
propriétaires  des  bois  qu'ils  habitent.  C'est  donc  à  eux  seuls 
qu'il  peut  appartenir  de  les  détruire  et  l'autorisation  ne  doil 
leur  en  être  donnée  que  s'ils  justifient  d'un  intérêt,  cette  auto- 
risation étant  le  seul  moyen  d'empêcher,  sous  prétexte  de  des- 
truction, une  véritable  chasse  en  temps  prohibé. 

En  résumé,  Messieurs,  nous  le  répétons,  le  projet  qui  vous 
est  soumis  n'est  pour  ainsi  dire  que  la  réunion  des  règles  de 
droit  et  de  jurisprudence  qui  régissent  aujourd'hui  la  ma- 
tière. 

PROJET  DE  LOI  SUR  LA  DESTRUCTION  DES  ANIMAUX  NUISIBLES 

OU  MALFAISANTS. 

Art.  l^"". 
Tout  propriétaire,  possesseur  ou  fermier,  a  le  droit  de  repousser  ou 
détruire  sur  ses  terres,  même  avec  les  armes  à  feu,  les  animaux  qui. 
porteraient  dommage  à  ses  propriétés. 

Section  1".  —  Règles  relatives  aux  animaux  compris  dans  la 

première  catéfjorie. 

Art.  2. 
La  première  catégorie  comprend  les  loups,  les  sangliers  et  l'ours. 

Art.  3. 
Les  lieutenants  de  louveterie  sont  nommés  par  le  préfet,  sur  la  pré- 
sentation du  conservateur  des  forêts.  Leur  nombre  est  fixé  par  le  préfet, 
également  sur  la  proposition  du  conservateur  des  forêts. 

Art.  4. 
La  commission  des  lieutenants  de  louveterie  est  valable  pour  une 
année  et  renouvelable. 

Art.  5. 
Leur  fonction  est  gratuite. 

Art.  6. 

Les  lieutenants  de  louveterie  sont  tenus  d'avoir  un  équipage  suffisant 
pour  chasser  le  loup  dans  leur  circonscription;  le  nombre  de  chiens 
devant  comuosf'.r  cet  éouipage  est  déterminé  dans  l'arrêté  de  nomination. 


RAPPORT    SUR   LX   CHASSE.  135 

Art.  7. 

Les  lieutenants  de  louveterie  ont  le  droit  de  chasser  Tours  et  le  louj. 
en  tout  temps  et  en  tous  lieux  dans  leur  circonscription,  en  vertu  de  leur 
seule  commission,  mais  sous  l'obligation  de  prévenir  le  propriétaire  ou 
garde  du  bois  dans  lequel  ils  doivent  attaquer. 

Akt.  8. 

Ils  peuvent  être  chargés  de  faire  des  battues,  soit  à  l'ours,  soit  au 
loup,  soit  au  sanglier,  par  ordre  du  préfet  ou  du  sous-préfet  de  leur 
arrondissement,  motivé  par  la  plainte  du  maire  de  la  commune  ayant 
à  souHrir  de  la  présence  de  ces  animaux. 

Art.  9. 

Dans  ce  cas,  ils  conduisent  la  battue  et  désignent  les  tireurs  qui 
doivent  y  prendre  part. 

Art.  10. 
Les  traqueurs  sont  désignés  et  fournis  par  le  maire  de  la  commune 
oii  la  battue  est  faite. 

Art.  11. 

Sera  puni  d'une  amende  de  3  à  5  francs  tout  habitant  requis  qui  aura 
manqué  à  la  réunion  sans  excuse  valable.  Sera  puni  de  la  même  peine 
tout  individu  qui  dans  la  battue  aura  refusé  d'obéir  à  celui  qui  la 
dirige. 

Art.  12. 

La  moitié  soit  de  la  bête,  soit  de  la  prime  affectée  à  sa  destruction, 
.sera  distribuée  aux  traqueurs.  L'autre  motié  et  la  peau  appartiendront 
au  louvetier  directeur  de  la  battue. 

Art.  13. 

Les  lieutenants  de  louveterie  enverront  chaque  année  au  préfel^'élat 
des  animaux  détruits  par  eux. 

L'état  général  des  animaux  détruits  sera  dressé  par  l'administration 
supérieure  et  sera  publié  au  Journal  officiel. 

Art.  14. 

Les  louvetiers,  pour  tenir  leurs  chiens  en  haleine,  pourront  chasser 
It;  sanglier  deux  fois  par  mois  dans  les  bois  appartenant  à  l'État  et  dr- 
pendant  de  leur  circonscription,  du  1"  octobre  au  1'^'  avril. 

Art.  15. 

L)9S  primes  seront  allouées  par  l'État  à  ceux  qui  détruiront  tie»  luiips 
conformément  à  la  loi  du  l  .''.oùt  18^2. 


136  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

Section  2V  —  Règles  relatives  aux  animaux  compris  dans  la  seconde 

catégorie. 

Art.  16. 

La  deuxième  catégorie  comprend  : 

Parmi  les  Mammifères  :  le  Renard,  le  Blaireau,  le  Lynx,  la  Loutre, 
le  Lynx,  le  Chat  sauvage,  la  Genete,  le  Putois,  la  Fouine,  la  Martre, 
l'Hermine,  la  Belette,  le  Roselet,  l'Écureuil,  le  Chat  errant. 

Parmi  les  oiseaux  :  tous  les  oiseaux  de  proie  diurnes,  tels  que  les 
Aigles,  les  Vautours,  les  Autours,  les  Faucons,  la  Crécerelle,  l'Épervier, 
les  Buses,  les  Buzards,  etc.;  les  Corbeaux,  sauf  le  Choucas  et  le  Freux, 
la  Pie,  le  Geai,  les  Pigeons  ramiers.  —  Parmi  les  oiseaux  nocturnes,  le 
Grand-Duc. 

Art.  17. 

Tout  propriétaire,  fermier  de  chasse  ou  garde  les  représentant,  peut 
détruire  en  tout  temps  et  de  toute  façon  les  animaux  compris  dans  celte 
catégorie. 

Section  3*.  —  Règles  relatives  aux  animaux  compris  dans  la  troisième 

catégorie. 

Art.  18. 
La  troisième  catégorie  comprend  les  Cerfs,  Biches,  Daims  et  Lapins. 

Art.  19. 
Les  propriétaires  on  possesseurs  de  bois,  les  fermiers  de  chasse  pour- 
ront, lorsque  les  animaux  compris  dans  la  troisième  catégorie  devien- 
dront, par  excès  de  nombre,  un  danger  pour  les  propriétés  riveraines 
ouïes  bois  qu'ils  habitent,  obtenir  du  préfet  une  autorisation  nominale 
et  temporaire  de  les  détruire  ou  faire  détruire,  même  au  fusil,  soit  en 
temps  de  neige,  soit  après  la  clôture  de  la  chasse. 

Art.  20. 
Les  lois  et  décrets  antérieurs  sur  la  matière  sont  abrogés. 

Ce  projet  a  été  adopté  par  la  Société  nationale  d'Acclima- 
tation, dans  sa  séance  générale  du  16  mars  1883. 


ETUDES  EXPERIMENTALES  SUR  L'INCUBATION. 

Par  n.  le  D'  (  ASIILLE    UARESTE. 


On  rencontre  fréquemment  dans  l'incubation,  naturelle  ou 
artificielle,  des  œufs  qui  n'éclosent  point.  Les  causes  de  ces 
insuccès  sont  multiples.  Leur  connaissance  intéresse  à  un 
haut  degré  la  pratique  de  l'incubation  artificielle  dont  l'im- 
portance s'accroît  tous  les  jours  :  elle  intéresse  également  la 
physiologie  générale,  qui  n'a  pas  de  plus  grande  queslion 
que  celle  de  l'origine  et  du  mode  de  formation  des  êtres 
vivants.  C'est  en  me  plaçant  à  ce  dernier  point  de  vue  que 
J'ai  entrepris  les  études  dont  je  vais  faire  connaître  les  ré- 
sultats. 

Le  germe  de  l'œuf  est  un  organisme  vivant,  dont  la  vie 
reste  latente  jusqu'au  moment  où  elle  se  manifeste  par  la  for- 
mation d'un  nouvel  être;  ce  qui  arrive  sous  l'influence  de  la 
chaleur,  soit  de  la  chaleur  de  la  poule,  soit  de  la  chaleur  qui 
lui  est  appliquée  artificiellement.  Or  le  germe  peut  être  frappé 
de  mort  et  plus  ou  moins  désorganisé  avant  la  mise  en  incu- 
bation. Tel  est  le  cas  des  œufs  non  fécondés,  soit  que  la  poule 
ait  été  privée  de  l'influence  du  coq,  soit  que,  comme  cela  arrive 
souvent,  certains  œufs  aient  échappé  à  l'influence  de  la 
fécondation.  D'autre  part,  le  germe,  même  fécondé,  meurt 
un  certain  temps  après  la  ponte,  lorsqu'il  n'a  pas  été  mis 
en  incubation.  Enfin,  je  l'ai  constaté  depuis  longtemps,  le 
germe  fécondé,  mais  non  soumis  à  l'incubation,  commence 
à  se  développer  sous  l'influence  d'une  température  un  peu 
élevée  (25  à  30  degrés);  mais  son  évolution  s'arrête  rapide- 
ment, et  alors  il  se  désorganise  et  meurt. 

Dans  l'état  actuel  de  la  science,  il  est  absolument  impossible 
de  constater  directement  la  mon  et  la  désorganisation  du 
germe,  lorsque  la  coquille  de  l'œuf  est  intacte.  On  peut  cepen- 
dant dimmuer  de  beaucoup  le  nombre  des  non-éclosions, 
en  choisissant  les  œufs  dans  des  poulaillers  pourvus  d'un 
nombre  suffisant  de  coqs,  en  soumettant  les  œufs  à  l'incuba- 


138  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

lion  peu  de  temps  après  la  ponte,  en  conservant  les  œufs  qui 
doivent  être  couvés  dans  des  locaux  à  température  peu  élevée. 

Mais  l'absence  d'éclosion  peut  aussi  se  produire  pour  des 
œufs  dont  le  germe  était  fécondé  et  vivant.  Il  arrive  fréquem- 
ment que  le  germe  commence  à  se  développer;  qu'il  pro- 
duise le  blastoderme  ou  la  membrane  qui  enveloppe  le  jaune  ; 
qu'au  centre  de  ce  blastoderme  l'embryon  commence  à  se 
développer.  Mais  tous  ces  faits  d'évolution  s'arrêtent  de  très 
bonne  heure.  Au  bout  de  peu  de  jours,  l'embryon  meurt,  se 
désorganise  et  disparaît  plus  ou  moins  complètement,  telle- 
ment qu'au  bout  des  vingt  et  un  jours  de  l'incubation  il  n'est 
plus  possible  de  reconnaître  les  traces  de  son  existence.  Quelle 
est  la  cause  de  cette  mort  précoce  de  l'embryon?  Mes  recher- 
ches expérimenlales  m'ont  permis  de  la  constater  ;  c'est  la 
formation  des  monstruosités. 

L'évolution  de  l'embryon,  lorsqu'elle  suit  son  cours  nor- 
mal, aboutit  toujours  à  la  formation  d'un  être  bien  conformé. 
Mais,  dans  beaucoup  de  cas,  l'évolution  est  modifiée  ;  l'em- 
bryon se  développe  d'une  manière  anormale  et  devient  un 
être  monstrueux,  atteint  à  la  fois  dans  son  organisation  et 
dans  sa  viabilité.  Aussi  sa  mort  est-elle  très  précoce.  Les  em- 
bryons monstrueux  périssent  presque  tous  dans  les  quatre  ou 
cinq  premiers  jours  de  leur  évolution. 

Comment  l'évolution  est-elle  tantôt  normale  et  tantôt  anor- 
male? Quelles  sont  les  causes  qui  la  modifient?  C'est  une 
question  que  je  me  suis  posée  depuis  longtemps.  Guidé  par 
d'anciennes  expériences  d'E.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  j'avais 
pensé  qu'en  modifiant  légèrement  les  conditions  physiques  de 
l'incubation  artificielle,  j'arriverais  à  produire  des  monstres 
et  à  établir,  par  l'observation  directe,  les  lois  de  leur  forma- 
tion. Mes  prévisions  ont  été  pleinement  justifiées.  J'ai  pro- 
duit plusieurs  milliers  de  monstres  artificiels,  qui  m'oni 
fourni  les  éléments  dont  j'avais  besoin  pour  mes  études. 

Mais,  pendant  longtemps,  je  n'ai  pu  me  rendre  scientifique- 
ment compte  des  procédés  que  je  mettais  en  œuvre.  L'imper- 
fection de  mes  appareils  d'incubation  et  leur  fonctionnement 
irrégulier  s'y  opposaient  absolument.  Aussi  mes  recherches 


ÉTUDES   SUR   l'incubation.  13f> 

sur  les  causes  qui  produisent  les  monstruosités  ne  me  don- 
naient alors  que  de  simples  indications,  très  utiles,  sans  doute, 
puisque  je  pouvais,  à  leur  aide,  me  procurer  facilement  les 
matériaux  de  mes  études  ;  mais  absolument  insuffisantes  pour 
me  permettre  de  déterminer  scientifiquement,  d'une  part,  les 
conditions  de  l'évolution  normale,  de  l'autre,  les  conditions 
de  l'évolution  anormale. 

Il  y  a  six  ans,  la  création  d'un  laboratoire  spécial  que  j'ai 
obtenue, non  sanspeine,  grâce  au  concours  d'un  grand  nombre 
de  membres  de  l'Académie  des  sciences,  et  l'invention  toute 
récente  des  régulateurs  de  la  température  m'ont  permis  d'in- 
staller des  appareils  destinés  à  établir,  avec  la  précision 
la  plus  grande,  les  conditions  physiques  de  l'incubation 
artificielle.  J'ai  donc  repris  mon  travail;  mais  j'ai  ren- 
contré de  suite  un  résultat  tout  à  fait  inattendu.  Je  cherchais 
dans  mes  expériences  à  réaliser  les  conditions  de  l'évolution 
normale  en  me  rapprochant,  autant  que  possible,  des  condi- 
tions de  l'incubation  naturelle.  Si,  dans  certains  cas,  les 
embryons  se  développaient  d'une  manière  normale,  lorsque  je 
recommençais  l'expérience  dans  des  conditions  physiques 
absolument  identiques,  je  rencontrais  souvent,  en  plus  ou 
moins  grand  nombre,  des  embryons  monstrueux.  J'avais  beau 
varier  mes  expériences  de  toutes  les  manières  possibles,  je 
retrouvais  toujours  le  même  fait,  la  présence  simultanée 
d'embryons  normaux  et  d'embryons  monstrueux. 

Il  n'y  avait  qu'un  moyen  d'expliquer  ces  résultats;  c'est 
que  l'évolution  normale  ne  dépend  pas  seulement  de  condi- 
tions physiques,  mais  qu'elle  dépend  aussi  de  conditions  phy- 
siologiques inhérentes  à  l'œuf  lui-même  et,  par  conséquent, 
antérieures  à  la  mise  en  incubation.  J'ai  cherché  à  déterminer 
ces  conditions,  et  j'y  suis  en  grande  partie  parvenu.  Je  dis  en 
grande  partie^  car  le  problème  dont  je  recherche  la  solution 
contient  un  nombre  indéterminé  d'inconnues.  Je  n'ai  pas 
la  prétention  de  les  faire  connaître  toutes  ;  mais  je  puis 
dès  à  présent  en  signaler  quelques-unes  d'une  bien  grande 
importance. 

Il  y  a  d'abord  l'âge  des  œufs.  Le  germe  de  l'œuf  pondu,  et 


iiiO  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

qui  n'est  point  soumis  à  l'incubation,  périt  un  certain  temps 
après  la  ponte.  Mais,  avant  de  mourir,  sa  vitalité  s'affaiblit 
peu  à  peu.  Il  arrive  une  époque  où  le  germe  ne  produit  plus 
qu'un  embryon  monstrueux  ;  une  autre  époque  dans  laquelle 
il  ne  produit  qu'un  blastoderme  sans  embryon.  Or  cet  affai- 
blissement de  la  vitalité  du  germe  est  plus  ou  moins  prompte, 
suivant  diverses  circonstances.  Dans  certains  œufs  ce  fait  se 
produit  plus  rapidement  que  dans  d'autres.  De  plus,  l'éléva- 
tion de  la  température  de  l'air  accélère  cette  altération  du 
germe.  Dans  une  expérience  que  j'ai  faite  au  mois  de  juillet 
dernier,  les  œufs  que  j'avais  mis  en  incubation,  neuf  jours 
après  la  ponte,  m'ont  tous  donné  des  monstres.  Répétant  mes 
expériences  au  mois  d'octobre  et  de  novembre,  j'ai  obtenu 
des  poulets  bien  conformés  d'œufs  mis  en  incubation  quinze 
et  vingt  jours  après  la  ponte. 

Une  autre  cause  de  la  production  des  monstres  provient  du 
transport  des  œufs  dans  les  charrettes  ou  les  chemins  de  fer. 
J'ai  déjà  entretenu  la  Société  de  ces  faits,  et  j'ai  montré  que 
eette  cause  n'a  généralement  qu'une  action  passagère  ;  car 
son  intluence  disparaît  quand  on  laisse  reposer  les  œufs 
quelques  jours  avant  la  mise  en  incubation.  Toutefois  cette 
influence  ne  disparaît  pas  lorsque  les  secousses  ont  eu  un  cer- 
tain degré  d'intensité.  J'ai  eu,  en  effet,  la  pensée  de  soumettre 
des  caisses  pleines  d'œufs  à  l'action  de  cette  machine  que  l'on 
désigne  sous  le  nom  de  tapoteuse,  et  qui  sert,  dans  les  fabriques 
■de  chocolat,  à  laire  pénétrer  la  pâte  dans  les  moules  où  elle 
se  forme  en  tablettes.  L'appareil  que  j'ai  employé  dans  mes 
expériences  et  qui  avait  été  mis  à  ma  disposition  par  mon 
parent.  M,  Devinck,  donne  120  coups  par  minute.  J'ai  soumis 
les  œufs  à  l'action  de  cette  machine  pendant  une  heure,  pen- 
dant une  demi-heure,  pendant  un  quart  d'heure.  Les  œufs 
ainsi  secoués  m'ont  presque  tous  donné  des  monstres;  aussi 
bien  ceux  que  j'avais  laissés  reposer  pendant  plusieurs  jours, 
que  ceux  que  j'avais  mis  en  incubation  immédiatement  après 
les  secousses. 

Enfin,  une  troisième  cause  de  production  des  monstres 
■consiste  dans  les  végétations  cryptogamiques  qui  peuvent  se 


ÉTUDES    SUR    l'INCUDATION.  14-1 

développer  dans  rintéiieiir  de  l'œuf.  J'ai  fait  connaître  à  la 
Société,  depuis  deux  ans,  l'existence  très  fréquente  de  germes 
de  moisissures  dans  l'intérieur  des  œufs.  S'il  arrive  que  ces 
germes  se  développent  avant  la  mise  en  incubation,  l'albu- 
mine contient,  en  plus  ou  moins  grande  quantité,  des  touffes 
de  mycéliums,  ainsi  que  j'ai  eu  plusieurs  fois  occasion  de  le 
constater.  L'embryon,  qui  se  développe  dans  des  œufs  ainsi 
infectés,  se  développe  d'une  manière  anormale  et  ne  tarde 
pas  à  périr.  Je  n'ai  rencontré  ces  faits  que  très  rarement  ; 
mais  ils  doivent  être  plus  fréquents  lorsque  les  œufs  sont  con- 
servés dans  des  locaux  humides. 

ie  compte  d'ailleurs  revenir  dans  une  prochaine  communi- 
cation sur  l'histoire  physiologique  des  œufs  infectés  par  les 
germes  de  moisissiu^es.  Mais  je  dois  dès  à  présent  signaler 
un  fait  très  important  qui  résulte  de  toutes  mes  expériences 
à  ce  sujet  :  c'est  que,  bien  que  les  œufs  en  très  grande  ma- 
jorité contiennent  en  eux-mêmes,  dès  l'époque  de  la  ponte, 
ces  causes  de  destruction,  ces  germes  ne  se  développent 
point  sous  l'influence  seule  de  l'incubation.  Pour  qu'ils  entrent 
en  végétation,  il  faut  que  l'incubation  se  fasse  dans  de  l'air 
saturé  d'humidité.  C'est  alors  que  les  mycéhums  se  produisent 
en  abondance  dans  l'albumine,  que  les  proliférations  vertes 
apparaissent  dans  la  chambre  à  air.  Ces  végétations,  qui  ne 
sont  ordinairement  bien  manifestes  qu'après  la  première 
semaine  de  l'incubation,  ne  peuvent  évidemment  pas  modi- 
fier sensiblement  l'évolution  embryonnaire  ;  mais  elles  font 
périr  l'embryon  par  asphyxie  en  le  privant  d'air  respirable. 
Je  n'ai  pas  rencontré  ces  végétations  lorsque  l'air  des  appa-^ 
reils  à  incubation  n'était  pas  saturé  d'humidité. 

En  résumé,  l'évolution  aura  un  nombre  d'autant  plus  grand 
de  chances  de  réussite  que  les  œufs  seront  mis  en  incubation 
le  plus  tôt  possible  après  la  ponte  ;  qu'ils  n'auront  pas  été 
transportés,  ou  du  moins  que  les  effets  des  transports  auront 
été  neutralisés  par  le  repos  ;  qu'ils  auront  été  conservés  dans 
des  locaux  parfaitement  secs.  11  faut  encore  ajouter  que  la 
coquille  de  l'œuf  doit  être  nettoyée  et  lavée  avec  soin  pour 
être  débarrassée  de  toutes  les  impuretés  qui  y  sont  adhérentes. 


liiJ  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

Ces  impuretés,  formant  des  couches  plus  ou  moins  imper- 
méables à  l'air,  diminuent  souvent  les  échanges  de  gaz  entre 
l'extérieur  et  l'intérieur  et  gênent  notablement  la  respiration 
embryonnaire. 

En  tenant  compte  de  toutes  ces  conditions,  j'ai  pu  conduire 
mes  embryons  jusqu'à  l'époque  de  l'éclosion.  J'ajouterai, 
pour  que  cet  exposé  soit  complet,  que  mes  incubations  ont 
été  faites  à  une  température  de  37  à  38  degrés  dans  de  l'air 
moyennement  humide  et  constamment  renouvelé. 

Je  dois  dire,  en  terminant,  que  si  ces  expériences  m'ont 
donné  des  résultats  très  satisfaisants  à  bien  des  égards,  elles 
sont  cependant  encore  défectueuses  h  un  point  de  vue  très 
important.  Après  avoir  conduit  mes  embryons  jusqu'à  l'éclo- 
sion, je  n'en  ai  vu  éclore  qu'un  petit  nombre,  un  tiers  à  peu 
près.  Dans  les  deux  autres  tiers,  le  jaune  ne  rentrait  point 
dans  la  cavité  abdominale,  et  le  poulet  ne  bêchait  pas  la 
coquille.  Les  poulets  qui  n'avaient  pu  éclore  étaient  d'ailleurs 
parfaitement  conformés.  Cela  résulte  évidemment  de  quelque 
condition,  inhérente  à  mes  appareils,  qui  rend  l'éclosion, 
sinon  impossible,  du  moins  assez  difficile  ;  mais  cette  condi- 
tion m'a  échappé  jusqu'à  présent. 

II  me  reste  maintenant,  pour  terminer  cette  étude,  à  dé- 
terminer d'une  manière  scientifique  les  conditions  physiques 
de  l'évolution  embryonnaire.  Je  pense  qu'aujourd'hui  les  faits 
que  je  viens  de  faire  connaître  me  permettront  de  me  mettre 
à  l'abri  de  presque  toutes  les  causes  d'erreur  qui  ont  pendant 
longtemps  entravé  mes  recherches.  Mais  ces  expériences  sont 
très  longues  et  ne  pourront  être  achevées  que  dans  plusieurs 
mois. 


REPEUPLEMENT  DES  COURS  D'EAU 

EN   BELGIQUE 

Par  M.   le  Baron  DR  SEI.TS  I.01iCiCII.%MP«i 

.Moiiiljic  (le  l'Académio  royale  île  Belgique,  Prc.sideiit  du  Sénat. 


La  Belgique  se  décide  enfin  à  tenter  le  repeuplement  de 
ses  cours  d'eau. 

La  pêche  fluviale  autrefois  si  riche,  notamment  par  ses  Sal- 
monidés et  ses  Ecrevisses,  périclite  chez  nous  plus  que  partout 
ailleurs. 

Les  causes  de  destruction  sont  multiples,  et  nécessitent  une 
grande  persistance  d'efforts  pour  être  en  partie  conjurées. 

Nos  deux  fleuves,  la  Meuse  et  l'Escaul,  sont  d'une  nature 
différente,  et  produisent  des  poissons  en  rapport  avec  celte 
diversité. 

L'Escaut,  à  partir  d'Anvers,  devient  un  bras  de  mer  d'eau 
saumàtre  et  la  marée  se  fait  encore  sentir  en  amont  de  cette 
ville. 

Dans  cette  partie  du  fleuve  l'existence  du  poisson  ne  paraît 
pas  atteinte  par  la  contamination  des  eaux.  On  y  pêche,  selon 
les  saisons,  l'Alose  finie  (A  losa  finla),  l'Éperlan  {Osmerus  eper- 
lanus)  et  le  Corégone  oxyrhynque  (Coregonus  oxyrhynchus)  ; 
mais  ce  dernier  ne  doit  pas  être  très  commun,  car  au  marché 
de  Bruxefles  je  ne  l'ai  jamais  rencontré  qu'isolément  et  con- 
fondu avec  les  Éperlans.  L'Anguille  [Anguilla  vulgaris)  et  la 
petite  Pleuronecte  (Pleuronectes  /lesus)  y  sont  1res  communs 
en  tout  temps.  LEsturgeon  {Acipenser  sturio)  y  i'cmont(;. 
L'Escaut,  dans  sa  partie  supérieure  et  ses  affluenrs  vers  la 
Flandre,  le  llainautet  le  Brabant,  est  horriblement  contaminé 
par  les  fabriques  de  Roubaix,  ïurcoing,  Gand,  Bruxelles. 
Auparavant  il  était  fort  poissonneux,  bien  que  les  poissons 
souffrissent  beaucoup  de  la  corruption  résultant  du  rouissage 


144-  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

du  lin  dans  les  parties  de  lu  Flandre  où  cette  industrie 
existe  (I). 

La  Meuse  était  célèbre  par  ses  Saumons  (Salmosalar)  qui  la 
remontaient  pour  aller  frayer  dans  ses  affluents  d'eaux  vives 
qui  proviennent  de  l'Ardenne  et  des  autres  parties  monta- 
gneuses de  la  rive  droite  du  fleuve.  L'Alose  {Alosa  communis) 
la  remontait  au  printemps  en  nombre  immense,  mais  rare- 
ment plus  haut  que  Huy.  La  plupart  des  rivières  qui  s'y  jet- 
tent, la  Yesdre,  l'Ourlhe,  le  Hoyoux,  le  Bocq,  la  Lessc,  la 
Semoi,  et  leurs  tributaires  étaient  largement  peuplées  de 
Truites  (Salmo  fario)  et  d'Ombres  {Thymallus  vexiUifer) 
sans  parler  des  autres  espèces  de  poissons  comestibles  qui  se 
rencontrent  partout  dans  l'Europe  tempérée  occidentale. 

Ce  paradis  des  pécheurs  est  bien  avarié  ! 

Pour  les  besoins  du  batellage  et  ceux  de  la  navigation  vers 
la  France,  on  a  exécuté  de  grands  travaux  sur  tout  le  cours  de 
la  Meuse.  Les  barrages  empêchent  la  plus  grande  partie  des 
Saumons  d'y  remonter.  Ceux  qui  parviennent  à  franchir  ces 
obstacles  ne  le  font  guère  qu'à  la  faveur  des  grandes  eaux  et 
des  inondations  accidentelles. 

•  Quant  à  l'Alose,  qui  naguère  encore  donnait  lieu,  dans  la 
ville  de  Liège,  à  des  pêches  véritablement  miraculeuses  (2), 
elle  est  arrêtée  tout  court  aux  barrages  qui  se  trouvent  en  aval 
et  je  ne  crois  pas  qu'elle  soit  apte  à  franchir  les  échelles  à 
Saumon  que  l'on  va  établir,  nous  l'espérons,  dans  de  meil- 
leures conditions  que  celles  que  l'on  a  essayées. 

Nous  ne  pouvons  pas  nous  flatter  de  voir  les  eaux  de  la 
Yesdre  rétablies  dans  une  pureté  suffisante  pour  nourrir 
encore  du  poisson.  Elles  sont  empoisonnées  à  trop  haute  dose 
par  les  lavages  de  laines,  les  teintureries  et  les  fabriques  de 
draps  de  Verviers. 


(1)  Sous  le  tilre  de  Suppression  totale,  du  rouissage  putride  par  l'application 
du  système  de  M.  Lefebvre,  a  paru  une  brochure  importante,  lue  à  la  séance 
du  13  juin  1881  de  la  Société  centrale  d'agriculture  de  Belgique  (Bruxelles, 
E.  Guyot,  1881).  Les  résultats  pratiques  y  sont  donnés  en  détail. 

(2)  A  la  lin  d'avril  et  au  cjmmencenient  de  mai,  je  me  souviens  avoir  vu 
prendre  d'un  coup  de  filet,  à  Liège,  jusqu'à  deux  cent  cinquante  et  même  trois 
cents  grandes  aloses. 


REPEUPLEMENT   DES    COURS    d'eAU.  145 

Cependant  il  ne  serait  pas  impossible  qu'on  arrivât  à  une 
solution  satisfaisante,  en  conduisant  les  eaux  corrompues  de 
Verviers  jusqu'à  la  Meuse,  par  de  larges  tuyaux  longeant  la 
Vesdre.  Ce  genre  d'ouvrage  se  construit  maintenant  à  des  frais 
■  assez  modérés  pour  la  conduite  des  jus  de  betteraves  depuis 
les  râperies  locales  jusqu'aux  sucreries,  à  des  distances  de 
plusieurs  lieues.  Sur  une  plus  grande  échelle  on  peut  citer 
i'égout  collecteur  de  la  Sonne  à  Bruxelles,  enfin  le  travail  fait 
en  Angleterre  pour  conduire  les  eaux  d'égouts  de  Londres 
jusqu'à  la  mer.  Ce  dernier  ouvrage  a  si  bien  réussi,  que  der- 
nièrement on  a  poché  des  Truites  dans  la  Tamise,  d'où  elles 
avaient  disparu  depuis  longtemps.  Dans  les  cours  d'eau  de  la 
rive  droite,  où  l'eau  est  restée  pure,  la  Truite  existe,  mais  le 
braconnage  s'exerce  sur  une  grande  échelle. 

Quant  aux  affluents  de  la  rive  gauche  de  la  Meuse,  les  indus- 
tries qui  y  tuent  le  poisson  sont  les  fabriques  de  produits  chi- 
miques, les  sucreries  et  à  un  moindre  degré  les  distilleries. 
On  a  voté  de  bonnes  dispositions  pour  la  réglementation  de 
la  pêche  et  pour  la  répression  des  délits  ;  mais  comme  il  ne 
peut  être  question  chez  nous  pour  rétablir  la  salubrité  des 
eaux  de  prendre  des  mesures  qui  auraient  pour  effet  de  ren- 
dre l'industrie  impossible,  c'est  à  la  science  que  nous  devons 
faire  appel,  pour  chercher  les  moyens  d'assainir  les  eaux 
empoisonnées. 

Lors  de  la  vulgarisation  des  procédés  de  pisciculture,  il  y  a 
bientôt  quarante  ans,  on  crut  avoir  résolu  le  problème  du 
repeuplement  de  nos  rivières.  La  fondation  de  la  Société 
d'Acclimatation  en  France,  et  celle  de  l'établissement  de  pis- 
ciculture de  Huningue  avaient  donné  l'essor.  Antérieurement 
le  roi  des  Belges,  Léopold  I"",  avait  fait  pratiquer  la  piscicul- 
ture avec  succès  dans  son  domaine  d'Ardennes,  d'après  les 
anciens  procédés  des  forestiers  allemands. 

En  i85o,  M.  Ernest  van  den  Peereboora  avait  recommandé 

la  pisciculture  à  la  Chambre  des  représentants.  Des  essais 

tentés  alors,  mais  dans  des  eaux  peu  convenables  et  avec  un 

outillage  insuffisant,  ne  réussirent  pas. 

Peu  de  temps  après,  une  société  de  pisciculture  plus  impor- 

3*  SÉRIE,  T.  X.  —  Mars  1883.  -  '      10 


iâ6  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

tante  s'organisa  et  des  efforts  sérieux  furent  tentés.  Elle  ne 
subsista  pas  toutefois  bien  longtemps.  On  avait  eu  tort  de  vou- 
loir embrasser  trop  de  branches  de  cette  science  nouvelle,  et 
de  tenter  entre  autres  la  culture  des  Huîtres  et  des  poissons  de 
mer  à  Nieuport,  qui  ne  possédait  pas  toutes  les  conditions 
voulues.  Enfin,  l'on  aimait  à  croire  à  cette  idée,  alors  répan- 
due, que  les  Truites  et  même  les  Saumons  pouvaient  vivre 
dans  toutes  les  eaux  pures  du  pays,  jusqu'à  se  prêter  à  pros- 
pérer étant  renfermés  et  à  l'état  de  stabulation.  De  là  les 
mécomptes,  et  finalement  la  dissolution  de  la  société,  com- 
posée en  grande  partie  de  personnes  dont  les  propriétés  ne  se 
trouvaient  pas  dans  la  région  où  peuvent  vivre  les  Salmonidés. 

Depuis  une  vingtaine  d'années  on  peut  dire  que  si  la  ques- 
tion sommeille,  au  point  de  vue  pratique,  du  moins  elle  n'a 
pas  été  enterrée,  car  la  prescription  a  été  plus  d'une  fois  inter- 
rompue par  des  discussions  publiques  et  par  diverses  publi- 
cations. Il  est  nécessaire  d'esquisser  rapidement  l'historique 
des  phases  par  lesquelles  elle  a  passé  avant  d'arriver  à  son. 
réveil  actif. 

En  1-865  et  1866  le  conseil  provincial  du  Brabant  charge» 
une  commission  de  s'occuper  de  l'assainissement  des  cours 
d'eau,  et  spécialement  des  moyens  de  repeupler  les  ruisseaux. 
Feu  M.  de  Gronckel  en  fut  le  rapporteur,  et  constata  qu'en 
cette  matière  se  concentrent  les  intérêts  les  plus  puissants 
qu'il  est  du  devoir  de  l'autorité  de  sauvegarder,  coordonner, 
concilier  autant  que  possible,  et  avant  tout  ceux  de  la  santé  et 
de  la  sécurité  au  point  de  vue  des  inondations.  A  cela  vient 
se  joindre,  dit-il,  une  question  d'alimentation  et  de  richesse 
nationale,  celle  de  la  conservation  et  de  la  multiplication  du 
poisson  d'eau  douce. 

I.a  Société  libre  d'émulation  de  Liège,  sur  la  proposition  de 
mon  regretté  ami,  feu  Théodore  Lacordaire,  professeur  de 
zoologie  à  l'Université,  avait  mis  au  concours  cette  question  : 
«  Déterminer  les  causes  qui,  depuis  une  vlnglainc  iV années, 
ont  amené  la  dégénérescence  du  poisson  dans  les  rivières  de 
la  province  de  Liège,  et  indiquer  les  moyens  de  remédier  à  cet 
étal  de  choses.  » 


REPEUPLEMENT  DES    COUPxS   d'ëAU.  147 

Le  mémoire  adressé  en  réponse  et  qui  fut  primé,  est  de  feu 
Charles  Lehardy  de  Beaulieu,  ingénieur  et  économiste  très 
estimé.  Il  attribue  surtout  la  diminution  du  poisson  à  l'excès 
de  la  consommation  sur  la  production.  Il  recommande  parti- 
culièrement la  pisciculture  et  une  réglementation  de  la  pro- 
priété des  cours  d'eau,  dont  il  voudrait  voir  remettre  l'usage 
dans  les  mains  de  compagnies  dont  l'intérêt  et  l'insistance  fini- 
raient par  avoir  raison  des  diverses  causes  qui  troublent  la 
pureté  des  eaux.  Il  pense  que,  pressé  par  la  nécessité,  on 
chercherait  à  tirer  parti  comme  engrais,  ou  d'une  autre  façon, 
des  substances  nuisibles  dont  on  trouve  plus  commode  de  se 
débarrasser  en  les  jetant  à  la  rivière.  Il  cite  l'exemple  de 
Reims,  où  l'on  utilise  pour  la  fabrication  du  gaz,  les  eaux  de 
savon  qui  ont  servi  au  dégraissage  de  la  laine  (1). 

La  même  année  (186G)  je  fis  partie  d'une  commission  nom- 
mée par  le  gouvernement  pour  étudier  sur  nos  côtes  les  ques- 
tions relatives  à  la  pêche  maritime,  commission  qui  émit  le 
vœu  que  l'on  lit  une  enquête  analogue  sur  la  pêche  d'eau 
douce  ;  et  au  mois  de  décembre,  à  la  séance  publique  de  la 
classe  des  sciences  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  je  pro- 
nonçai un  discours  :  «  Sur  la  pêche  fluviale  en  Belgique  y^ 
accompagné  de  notes  et  de  documents  (2).  Il  est  inutile  de 
l'analyser  ici,  car  ce  serait  répéterla  constatation  de  faits  qui 
sont  de  notoriété  publique  relativement  aux  causes  du  dépeu- 
plement et  aux  moyens  d'en  atténuer  la  gravité.  La  part  du  mal 
que  l'on  doit  attribuer  à  la  corruption  des  eaux  s'est  du  reste 
accrue  depuis  cette  époque. 

Le  projet  de  loi  sur  la  pêche,  dont  j'annonçais  dans  un 
post-scriptum  le  dépôt  fait  par  le  gouvernement,  est  resté 
parmi  les  affaires  arriérées  dans  les  cartons  de  la  Chambre 
des  représentants  pendant  quatorze  ans,  avant  d'être  discuté 
et  voté. 

En  1879,  M.  Emile  Gens,  docteur  en  sciences  naturelles  et 


(1)  Le  mémoire  de  M.  Lehardy,  de  Beaulieu,  précédé  du  rapport  de  M.  Lacor- 
il.tire,  a  été  pu))lié  en  18(51),  dans  le  tome  III  (nouvelle  série)  des  Mémoires  de 
la  Société  libre  d'émulation  de  Liège. 

(i)  Bulletins  de  PAcadémie  royale  de  Belgique,  2' série,  tome  XXII,  1806. 


148  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

professeur  au  collège  de  Verviers,  publia  une  petite  brochure 
très  substantielle  :  «  De  la  'protection  du  poisson  d'eau  douce 
en  Belgique.  »  L'auteur,  après  avoir  esquissé  à  grands  traits 
l'état  déplorable  dans  lequel  se  trouvent  nos  rivières  au  point 
de  vue  de  la  pêche,  résume  ainsi  qu'il  suit  les  mesures  pro- 
pres à  y  remédier  :  1°  interdiction  de  la  pêche  pendant  les 
mois  d'avril  et  de  mai  dans  toutes  les  rivières  et  canaux; 
2"  interdiction  de  la  pêche  du  15  septembre  au  \"  janvier 
dans  les  cours  d'eau  de  la  rive  droite  de  la  Meuse  (ce  sont 
ceux  où  vivent  les  Salmonidés)  en  permettant  cependant  la 
pêche  du  Saumon  à  partir  du  15  novembre,  la  ponte  ayant  eu 
lieu  ;  3"  établissement  de  peines  sévères  pour  empêcher  l'em- 
ploi de  la  dynamite  et  du  cocculus  (coque  du  Levant)  ;  orga- 
nisation d'une  surveillance  ;  4°  défense  de  vendre  le  cocculus 
dans  les  pharmacies  ;  5"  interdiction  de  toute  pêche  pendant 
la  nuit  ;  6°  défense  de  pêcher  au  moyen  de  barrages  qui  met- 
tent momentanément  à  sec  une  partie  d'un  ruisseau  ;  1°  déter- 
mination d'une  largeur  de  mailles  suffisante  pour  permettre 
à  tout  poisson  d'une  taille  inférieure  à  15  centimètres  d'échap- 
per aux  lilets;  8"  établissement  réglementaire  d'échelles  à 
Saumon  le  long  de  tous  les  barrages  de  nature  à  empêcher 
les  migrations  de  poissons  ;   9°  interdiction  de  la  pêche  à  la 
main,  etc.  ;  10°  mesures  destinées  à  empêcher  autant  que  pos- 
sible la  viciation  des  eaux  par  les  industries  établies  le  long 
des  rivières;   11°  organisation  sérieuse  de  la  pisciculture  ; 
12°  comités  de  surveillance  munis  de  pouvoirs  les  autorisant 
à  interdire  localement  et  momentanément  la  pêche  dans 
l'intérêt  du  repeuplement. 

L'année  suivante  (1880),  M.  Gens  fut  chargé  par  le  Gouver- 
nement de  visiter  l'Exposition  de  pêche  et  d'assister  au  Con- 
grès de  pisciculture  qui  s'ouvrirent  à  Berlin  en  avril.  Son 
rapport  a  été  publié  dans  le  Moniteur  belge  du  19  sep- 
tembre 1880. 

Notre  honorable  collègue  M.  Raveret-Watlel  a  donné  dans 
les  Bulletins  de  la  Société  d'Acclimatation  un  travail  si  excel- 
lent et  si  complet,  que  je  pense  superflu  d'analyser  dans  ce 
même  recueil  celui  de  M.  Gens  relatif  au  même  objet.  Je  me 


REPEUPLEMENT   DES   COURS  d'eAU.  149 

borne  à  relever  quelques  points  de  détail  que  j'y  trouve.  L'au- 
teur mentionne  le  fait  que  divers  mémoires  étaient  exposés  rela- 
tivement au  problème  de  rendre  les  eaux  des  fabriques  inof- 
fensives pour  le  poisson  des  rivières  où  elles  sont  déversées. 
On  sait  qu'un  prix  d'honneur  était  institué  par  le  roi  de  Saxe 
pour  la  meilleure  réponse  à  faire  à  cette  question,  d'un  si 
haut  intérêt  pour  nous.  M.  Gens  cite  encore  un  moyen  bien 
simple  indiqué  au  Congrès,  pour  rendre  inoffensives  de 
petites  chutes  d'eau,  telles  que  celles  des  moulins  :  Lorsque 
le  barrage  est  construit  sur  un  plan  incliné,  il  suffit 
d'établir  une  poutre  placée  obliquement  en  travers  de  ce  plan, 
installation  peu  coûteuse,  qui  devrait  exister  partout.  Au  cha- 
pitre IV,  il  reprend  l'exposition  des  principes  de  sa  brochure 
de  4879,  citée  plus  haut,  et  la  complète  en  donnant  une  liste 
de  presque  tous  les  poissons  d'eau  douce  de  Belgique,  qu'il 
répartit  naturellement  en  trois  catégories  :  ceux  qui  sont  com- 
muns à  nos  deux  régions  ;  les  espèces  particulières  à  la  région 
des  plaines;  enfin  celles  de  la  région  montagneuse. 

Dans  un  chapitre  spécial,  M.  Gens  traite  des  établissements 
de  pisciculture. 

La  Belgique  ne  possédait  aucune  masse  d'eau  à  la  fois 
pure,  froide  et  profonde,  où  l'on  pût  espérer  d'acclimater  les 
Salmonidés  des  lacs  suisses.  Aujourd'hui,  il  n'en  est  plus  de 
même.  Afin  de  parera  la  fois  aux  inondations  temporaires  de 
la  Vesdre  et  au  manque  d'eau  dont  souffrait  en  certaines 
saisons  la  ville  de  Verviers,  on  a  construit  d'une  montagne  à 
l'autre,  près  de  l'embouchure  de  la  Gileppe,  à  l'altitude  de 
2-41  mètres  au-dessus  de  la  mer,  un  barrage  gigantesque,  haut 
de  47  mètres,  qui  emmagasine  en  capacité,  lorsqu'il  est  rempli, 
12  millions  de  mètres  cubes  de  l'eau  de  cette  rivière  subal- 
pine, qui  elle-même  reçoit  tout  ce  qui  s'écoule  d'environ 
4000  hectares  de  la  forêt  appelée  Hertogenwald  et  des  bruyè- 
res marécageuses  nommées  les  Ilautes-Fagnes,  dont  l'altitude 
approche  de  700  mètres  au  point  culminant.  Le  lac  de  la 
Gileppe,  ainsi  formé,  s'étend  sur  une  supcrlicie  de  800  000 
mètres  carrés,  et  l'eau  au  barrage  a,  selon  les  moments,  de 
25  à  45  mètres  de  profondeur. 


150  SOCIÉTÉ  NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

Là  je  suis  d'avis  d'essayer  l'introduction  de  la  grande 
Truite  des  lacs  {Salmo  lacustris),  de  la  Truite  des  Alpes 
{S.  salvelinus),  du  Coregone  fera  et  de  certains  Salmonidés 
américains  qui  ne  vont  pas  à  la  mer,  et  qui  trouveraient  pour 
Irayer  tous  les  niveaux  possibles,  depuis  le  barrage  jusqu'à 
la  rivière  rapide  et  caillouteuse  qui  alimente  le  lac. 

Notre  Ministre  des  Travaux  publics  avait  chargé  M.  de 
Clercq,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées,  de  lui 
adresser  des  propositions  pour  V empoissonnement  des  eaux 
navigables.  Le  travail  remarquable  de  cet  habile  ingénieur  a 
été  publié  en  1881. 

Les  propositions  qu'il  fait  pour  remédier  à  l'appauvrisse- 
ment des  eaux  se  classent  dans  l'ordre  suivant  : 
1"  Empêcher  la  pollution  des  eaux  ; 
2"  Interdire  la  destruction  des  poissons    sédentaires  en 
temps  de  frai,  et  réglementer  la  pêche  des  poissons  migra- 
teurs ; 

3°  Établir  dans  la  Meuse  et  ses  affluents  des  échelles  à 
poissons  aux  barrages  qui  sont  trop  élevés  pour  être  franchis 
par  les  Saumons  ; 

4"  Ménager  des  frayères  dans  lesquelles  les  poissons  l'en- 
oontrent  des  conditions  favorables  à  leur  reproduction  ; 
5°  Pratiquer  la  pisciculture  pour  les  Salmonidés. 
Ces  divers  points  sont  traités  avec  soin  par  un  homme  tout 
à  fait  compétent.  Je  résumerai  en  peu  de  mois  ce  qu'il  dit  de 
la  pollution  des  eaux,  puisque  c'est,  à  mon  avis,  l'obstacle 
capital  au  repeuplement  : 

«  Il  ne  peut  être  question,  dit-il,  d'interdire  les  industries 
dont  le  sort  est  lié  à  l'intérêt  général;  mais  il  importe  de 
n'autoriser  le  déversement  des  matières  dans  les  cours  d'eau 
qu'après  qu'elles  ont  été  traitées  par  les  moyens  les  plus  effi- 
caces pour  les  débarrasser  de  leurs  principes  malfaisants 
pour  les  poissons,  et  qui  le  sont  dans  une  proportion  au  moins 
aussi  grande  pour  les  autres  animaux  qui  boivent  ces  eaux 
corrompues.  On  ne  peut  donc  considérer  la  pollution  comme 
suffisamment  atténuée  tant  qu'on  ne  pourra  pas  y  faire  vivre 
les  poissons.  » 


REPEUPLEMENT   DES   COURS   d'EAU.  151 

On  consultera  encore  avec  fruit  le  chapitre  où  M.  de  Clercq 
détaille  la  construction  des  bonnes  échelles  à  Saumon,  et 
énumère  les  défauts  existant  chez  celles  qui  ne  valent  rien. 

C'est  ici  le  lieu  de  signaler,  dans  une  sphère  beaucoup  plus 
modeste  que  le  régime  des  grandes  rivières  et  que  les  intérêts 
de  la  pêche  au  Saumon,  l'obslacle  que  beaucoup  de  moulins 
•à  eau  apportent  au  repeuplement  des  petites  rivières.  Il  s'agit 
de  ceux  qui  sont  placés  sur  les  petits  cours  d'eau  des  plaines 
n'ayant  qu'une  faible  pente.  Lorsque 'le  moulin  n'est  pas 
établi  sur  un  biez  dérivé  et  qu'il  barre  entièrement  la  rivière, 
il  interromptla  circulation  du  poisson.  Le  niveau  de  l'eau  varie 
alors  sans  cesse,  tantôt  très  élevé  lorsque  l'usine  est  en  repos, 
tantôt  très  bas  au  point  de  mettre  le  cours  d'eau  presque  à 
sec  lorsque  toute  l'eau  a  été  utilisée.  Dans  ces  conditions,  la 
reproduction  et  même  l'existence  du  poisson  sont  impossibles. 
Si  l'on  tient  compte,  à  un  autre  point  de  vue,  du  tort  énorme 
que  cause  aux  propriétés  riveraines  le  niveau  presque  tou- 
jours trop  élevé  de  la  retenue  d'eau  dans  les  cours  d'eau  de 
^•ette  espèce,  en  les  rendant  marécageuses,  les  inondations 
•temporaires  que  les  moulins  aggravent  singulièrement,  les 
dommages  causés  à  la  culture,  enfin  l'atteinte  grave  que  porte 
cet  état  de  choses  à  la  salubrité  et  à  la  santé  publiques,  on 
doit  désirer  que  les  usines  à  eau  dont  je  viens  de  parler  soient, 
autant  que  possible,  remplacées  par  des  moulins  à  vent,  ou 
mieux  qu'elles  se  procurent  la  force  motrice  au  moyen  d'une 
petite  machine  à  vapeur  (1). 

D'après  la  Loi  sur  la  pêche  fluviale,  votée  par  nos  Cham- 
bres à  la  fin  de  1881,  la  police  et  la  conservation  sont  attri- 
buées à  l'administration  forestière.  Le  droit  de  pèche  est 
«3xercé  au  profit  de  l'État  dans  les  rivières  et  canaux  navigables 
ou  flottables;  mais  la  pêche  à  la  ligne  flottante  tenue  à  la  main 
est  permise  à  tout  citoyen.  Dans  les  autres  cours  d'eau,  les 
riverains  ont  le  droit  de  pêche.  Le  temps  où  la  pêche  est  per- 


(1)  Ce  dernier  système  est  préconisé  récemment  dans  une  pétition  des  habi- 
iants  des  bords  du  Geer,  rivière  de  la  rive  gauche  de  la  Meuse,  qui  réclament 
du  gouvernement  belge  la  suppression  des  moulins  à  eau  pour  cause  d'utilité 


luiblique. 


152  SOCIÉTÉ  HMIONALE   d'ACCLIMATATION. 

mise  et  les  engins  à  autoriser  sont  déterminés  par  le  gouver- 
nement, ainsi  que  ce  qui  concerne  le  colportage.  La  pêche 
est  libre  en  tous  temps  pour  les  propriétaires  et  usagers  des 
étangs  et  réservoirs  dont  les  eaux  cessent  de  communiquer 
naturellement  avec  les  rivières.  Il  est  interdit  aux  bateliers 
d'avoir  à  bord  aucun  engin  de  pêche,  excepté  la  ligne  flot- 
tante. Pour  ce  qui  concerne  le  déversement  des  substances 
nuisibles  qui  ne  serait  pas  fait  dans  le  but  de  détruire  le 
poisson,  cette  question  est  réglée  par  la  loi  sur  les  cours  d'eau 
votée  précédemment.  Malheureusement,  l'exécution  en  étant 
principalement  confiée  aux  autorités  provinciales  et  commu- 
nales, qui  sont  électives,  elle  laisse  beaucoup  à  désirer.  A 
mon  avis,  c'est  le  gouvernement  qui  devrait  être  chargé  de  la 
surveillance. 

La  loi  sur  la  pêche  fluviale  étant  adoptée,  un  membre  de- 
la  classe  des  sciences  de  l'Académie  royale  de  Belgique  pensa 
que  le  moment  était  opportun  pour  encourager  des  recherches 
scientifiques  et  pratiques  propres  à  rendre  possible  le  repeu- 
plement des  cours  d'eau  contaminés.  Il  mit  à  la  disposition 
de  FAcadémie  une  somme  de  3000  francs,  prix  à  décerner  en 
4884  à  l'auteur  du  mémoire  qui  aurait  répondu  à  la  question 
d'une  manière  satisfaisante. 

Je  reproduis  à  la  fin  de  cet  article  l'exposé  des  motifs  et  les 
conditions  du  concours,  tels  qu'ils  figurent  dans  les  actes  de 
FAcadémie,  afin  d'attirer  l'attention  des  savants  et  des  pra- 
ticiens qui  seraient  à  même  de  concourir. 

Bien  que  ces  conditions  mentionnent  certaines  queslions 
locales  concernant  spécialement  la  Belgique,  je  pense  que 
ceux  qui  seraient  aptes  à  fournir  la  solution  des  questions 
principales  se  mettraient  facilement  au  courant  des  renseigne- 
ments accessoires  dont  l'exposé  est  réclamé. 

Je  suis  persuadé,  d'ailleurs,  que  beaucoup  de  contrées  en 
France  sont  dans  la  même  position  que  nous  sous  le  rapport 
des  rivières  dont  le  dépeuplement  est  causé  par  la  corruption 
des  eaux. 

C'était  le  1"  avril  1882  (jour  approprié  k  une  discussion 
sur  le  poisson!)  que  l'Académie  adopta  à  une  grande  majorité 


REPEUPLEMEIST   i)ES   COURS   d'EAU.  j  5o 

la  mise  au  concours  de  la  question  proposée.  Ce  n'était  pas 
une  séance  publique.  Je  ne  crois  pas  cependant  être  indiscret 
en  indiquant  d'une  manière  générale  les  principales  objec- 
tions que  firent  valoir  les  opposants,  hommes  du  reste  savants 
et  consciencieux. 

L'un  d'eux  croit  que  ce  serait  immiscer  l'Académie  dans 
une  sphère  administrative  qui  n'est  pas  son  domaine,  et  qu'elle 
aurait  l'air  de  supposer  que  l'on  n'exécute  pas  les  lois,  no- 
tamment celle  du  7  mai  1877,  sur  les  cotirs  d'eau  non  navi- 
gables ni  flottables,  qui  a  comminé  des  peines  contre  ceux 
qui  y  jetteront  ou  déposeront  des  matières  pouvant  les  cor- 
rompre ou  les  altérer.  Il  ajoute  que  les  particuliers  lésés  peu- 
vent s'adresser  aux  tribunaux. 

Un  autre  fait  valoir  qu'il  a  fait  beaucoup  de  recherches  pour 
arriver  aune  purification  exécutable  des  eaux  des  fabriques, 
et  qu'il  n'a  pas  abouti.  Il  cite  l'évaporation  de  l'eau  conta- 
minée, prescrite  à  certaine  usine,  dont  il  résulta  une  fumée 
d'une  odeur  intolérable  pour  les  voisins.  Que  d'ailleurs,  avec 
notre  système  électif,  peu  de  personnes  oseraient  exécuter  les 
mesures  nécessaires.  Enfin,  il  assure  que  la  question  est 
pleine  de  périls,  à  cause  des  exigences  qui  se  produiront 
lorsque  l'on  aura  étalé  au  grand  jour  l'état  actuel  des  eaux  et 
que  les  remèdes  auront  été  insuffisants. 

Un  troisième  membre  demande  que  l'on  établisse  la  sta- 
tistique des  capitaux  engagés  dans  les  industries  en  question, 
et  que  l'on  mette  en  parallèle  la  valeur  des  poissons  détruits 
par  les  eaux  que  les  usines  corrompent. 

L'auteur  de  la  proposition  a  répondu  en  substance  que  les 
solutions  scientifiques  réclamées  sont  parfaitement  de  la  com- 
pétence de  l'Académie;  qu'il  ne  s'agit  nullement  d'infliger  un 
iDlâme  à  l'administration,  attendu  que  l'on  veut  au  contraire 
appeler  la  science  à  son  aide  pour  lui  fournir  les  moyens  pra- 
tiques de  satisfaire  au  vœu  de  la  loi,  ajoutant  que  le  pro- 
gramme sollicite  la  recheiche  de  moyens  de  purification  qui 
rendent  possible  la  vie  du  poisson,  avec  la  réserve  formelle 
que  ces  remèdes  ne  compromettent  pas  Vexistence  des  indus- 
tries. Selon  lui,  la  valeur  des  usines  et  celle  du  poisson  qu'elles 


154  SOCIÉTÉ   NATIONALE    d'ACCLIMATATION. 

tuent,  en  même  temps  qu'elles  rendent  les  eaux  insalubres, 
ne  sont  pas  d'ailleurs  des  termes  rigoureusement  comparables, 
parce  que  l'usine  est  une  entreprise  toute  particulière,  tandis 
que  le  cours  d'eau  et  les  poissons  sont  à  l'usage  des  liabitanls 
en  général  sur  tout  le  parcours  de  la  rivière. 

Peu  de  temps  après  la  décision  de  l'Académie,  nous  avons 
reçu  le  programme  de  la  Grande  exposition  internationale 
des  produits  et  engins  dépêche,  qui  s'ouvrira  à  Londres  le 
I"  mai  1883.  J'ai  eu  la  satisfaction  d'y  trouver  deux  para- 
graphes qui  rentrent  tout  à  fait  dans  ce  que  demande  l'Aca- 
démie de  Belgique.  A  la  classe  IV  (pisciculture),  on  lit  (divi- 
sion 39)  :  On  réclame  «  un  système  pour  la  destruction  des 
0  effets  nuisibles  produits  pour  les  poissons  par  les  rivières 
"  et  fictives  imprégnés  d'eaux  de  cloaques,  de  produits  chi- 
>  iniques  et  autres,  système  illustré  de  modèles  et  de  des- 
^>  sins.  »  On  voit  encore  (division  40)  la  demande  d'une  solu- 
tion pour  une  question  tout  à  fait  connexe  :  «  Des  recherches 
5)  physico-chimiques  sur  les  qualités  cVeau  douce  et  d'eau 
i»  de  mer  nuisibles  aux  animaux  aquatiques...  »,  etc. 

Le  Gouvernement  belge,  reconnaissant  que  nous  ne  devons 
pas  rester  en  arrière  du  mouvement  qui  se  manifeste  partout, 
vient  de  charger  une  Commission  de  dix  membres  d'étudier 
les  questions  qui  se  rattachent  au  repeuplement  des  cours 
•d'eau. 

Elle  se  compose  de MM.lelieutenantgénéral  baron Goethaels, 
président;  baron  de  Selys  Longchamps,  président  du  Sénat, 
membre  de  l'Académie  ;  Willequet,  membre  de  la  Chambre 
des  représentants,  à  Gand;  Edouard  van  Beneden,  professeur 
à  l'université  de  Liège,  membre  de  l'Académie  ;  de  Clercq, 
inspecteur  général  des  ponts  et  chaussées,  à  Lruxelles  ;  Emile 
•Gens,  docteur  en  sciences  naturelles,  professeur  à  Verviers  ; 
Leyder,  professeur  à  l'Institut  agricole  de  Gembloux  ;  Mousel, 
inspecteur  des  eaux  et  forêts  à  Arlon  ;  Denis,  négociant  pisci- 
culteur, à  Bruxelles;  et  Bernard,  chef  de  division  au  Départe- 
ment de  l'Intérieur,  secrétaire. 

Cette  Commission,  installée  le  27  octobre  1882,  a  tenu  déjà 
plusieurs  séances,  à  chacune  desquelles  différentes  communi- 


REPEUPLEMENT   DES   COURS   d'eAU.  155 

calions  ont  été  faites  et  ont  provoqué  des  discussions  ayant 
pour  objet  l'examen  des  mesures  à  prendre  pour  satisfaire 
aux  vœux  du  Gouvernement. 

Nous  avons  lieu  de  croire  que  cette  activité  ne  se  ralentira 
pas,  et  que  bientôt  on  mettra  la  main  à  l'œuvre. 

Voici  le  programme  du  concours  adopté  par  l'Académie  : 


ACAL)É>UE  ROYALE   DES    SCIENCES,  DES  LETTRES  ET    DES  BEAUX-ARTS 

DE    BELGIQUE. 

Classe  des  sciences.  —  Concours  extraordinaire  pour  1884. 

Le  Gouvernement  a  proposé  et  les  Clianibres  ont  adopté  une  loi  qui 
a  pour  objet  la  conservation  du  poisson  et  le  repeuplement  des  rivières. 

L'obstacle  capital  qui  empêche  actuellement  d'atteindre  ce  but,  c'est 
la  corruption  des  eaux  dans  les  petites  rivières  non  navigables  ni  flot- 
tables, qui  sont  contaminées  par  des  matières  solides  ou  liquides  déver- 
sées par  différentes  industries,  et  incompatibles  avec  la  reproduction  et 
l'existence  des  poissons. 

L'Académie  fait  appel  à  la  science  pour  faciliter  l'accomplissement  des 
vues  des  pouvoirs  publics. 

Acceptant  la  proposition  d'un  de  ses  membres,  qui  met  généreusement 
à  sa  disposition  une  somme  de  trois  mille  francs,  elle  demande  une 
étude  approfondie  des  questions  suivantes,  à  la  fois  chimiques  et  biolo- 
giques : 

1"  Quelles  sont  les  matières  spéciales  aux  principales  industries  qui, 
en  se  mélangeant  avec  les  eaux  des  petites  rivières,  les  rendent  incom- 
l>atibles  avec  l'existence  des  poissons,  et  impropres  à  l'alimentation 
publique  aussi  bien  qu'au  bétail  ; 

2°  Une  liste  des  rivières  de  Belgique  qui.  actuellement,  sont  dépeu- 
plées par  cet  état  de  choses,  avec  l'indication  dos  industries  spéciales  à 
chacune  de  ces  rivières,  et  la  liste  des  poissons  comestibles  qui  y  vivaient 
avant  l'établissement  de  ces  usines; 

3°  La  recherche  et  l'indication  des  moyens  pratiques  de  purifier  les 
eaux  à  la  sortie  des  fabriques  pour  les  rendre  compatibles  avec  la  vie 
du  poisson  sans  compromettre  l'industrie,  en  combinant  les  ressources 
que  (peuvent  olfrir  la  construction;  de  bassins  de  décantation,  le  iiltrage, 
enfin  l'emploi  des  agents  chimiques  ; 

•i"  Des  expériences  séparées  sur  les  matières  qui,  dans  chaque  indus- 
trie spéciale,  causent  la  mort  des  poissons,  et  sur  le  degré  de  résistance 
que  chaque  espèce  de  poisson  comestible  peut  offrir  à  la  destruction. 


15G  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

Les  mémoires  devront  être  écrits  lisiblement  et  être  adressés,  francs 
de  port,  à  M.  Liagre,  secrétaire  perpétuel,  au  palais  des  Académies,  avant 
le  1"  octobre  1884. 

L'Académie  exige  la  plus  grande  exactitude  dans  les  citations;  les  au- 
teurs auront  soin,  par  conséquent,  d'indiquer  les  éditions  et  les  pages 
des  ouvrages  cités.  On  n'admettra  que  des   planches  manuscrites. 

Les  auteurs  ne  mettront  point  leur  nom  à  leur  ouvrage  ;  ils  y  inscri- 
ront seulement  une  devise,  qu'ils  reproduiront  dans  un  billet  cacheté 
renfermant  leur  nom  et  leur  adresse.  Faute  par  eux  de  satisfaire  à  cette 
formalité,  le  prix  ne  pourra  leur  être  accordé. 

Les  mémoires  remis  après  le  terme  prescrit,  ou  ceux  dont  les  auteurs 
se  feront  connaître  de  quelque  manière  que  ce  soit,  seront  exclus  du 
concours. 

L'Académie  croit  devoir  rappeler  aux  concurrents  que,  dès  que  les 
mémoires  ont  été  soumis  à  son  jugement,  ils  sont  et  restent  déposés  dans 
ses  archives.  Toutefois,  les  auteurs  peuvent  en  faire  prendre  des  copies 
à  leurs  frais,  en  s'adressant,  à  cet  elfet,  au  secrétaire  perpétuel. 


SUR  LE  NOYER  PAGANIER 

(CARYA  OLIV.ÏFORMIS) 

ET  AUTRES  NOYERS  AMÉRICAINS 

Par   M.    E.    DECROIX 

Vétérinaire  principal  de  l'armée,  en  retraite 

et  M.   Jules  GRISABD 

Agent  général  de  la  Société. 

{Extrait  du  compte  rendu  sténographtque.) 


M.  E.  Decroix.  —  Parmi  les  arbres  fruitiers  qui  croissent 
sur  notre  globe,  le  Noyer  est  un  des  plus  utiles,  autant  par  le 
bois  qu'il  fournit  à  la  menuiserie  et  à  l'ébénisterie,  que  par 
ses  fruits,  qui  sont  consommés  en  nature  ou  bien  encore 
employés  pour  l'extraction  d'une  huile  propre  aux  prépara- 
tions culinaires  et  à  la  peinture  :  huile  de  noix. 

Les  Noyers  appartiennent  à  la  famille  des  Juglandées.  11  y 
en  a  de  différentes  espèces. 

En  France,  on  cultive  le  Noyer  féroce^  remarquable  par 
l'excellence  de  son  bois,  mais  dont  les  noix  sont  petites  et 
très  dures  ;  le  Noyer  mésange,  qui  donne  beaucoup  de  noix 
dont  la  coque  est  très  tendre  et  beaucoup  d'autres  variétés. 

En  Amérique,  on  trouve  plusieurs  espèces  de  Noyer.  Les 
plus  répandues  sont  :  le  Noyer  noir  (Juglans  nigra),  très 
commun  aux  États-Unis  et  dont  le  fruit  est  de  qualité  infé- 
rieure à  celui  du  Noyer  ordinaire;  le  Noyer  blanc  {Carya 
alba)  ;  le  Noyer  Pacanier  (Carya  olivœformis),  etc.  C'est  sur 
ce  dernier  que  je  désire  aujourd'hui  appeler  votre  attention. 

Dans  la  séance  du  18  juin  1879,  j'ai  eu  l'honneur  de  pré- 
senter à  l'Assemblée  des  fruits  du  Noyer  Pacanier,  provenant 
de  la  récolte  de  1878  et  qui  m'avaient  été  remis  par  une  pa- 
rente de  M.  le  D'  A.  Bertherand.  Ceux  de  nos  collègues  qui  en 
ont  goûté  ont  pu  se  convaincre  qu'ils  étaient  parfaitement 
conservés,  et  qu'ils  avaient  un  goût  parfumé  bien  supérieur 
à  celui  des  noix  récoltées  en  France. 

A  la  suite  de  ma  communication,  j'ai  été  prié  de  prendre 
quelques  renseignements,  près  de  la  personne  qui  m'avait 


158  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

donne  ces  fruits,  sur  les  caractères  botaniques  de  l'arbre  qui 
les  produit,  sur  le  climat  qui  lui  convient,  sur  le  mode  de 
culture,  etc.  J'ai  demandé  ces  renseignements,  mais  la  per- 
sonne à  qui  je  me  suis  adressé  est  morte  sans  me  les  envoyer. 

Ces  jours  derniers,  j'ai  lu  dans  le  n"  173  de  la  Chronique 
de  la  Société  d'Acclimatation,  que  M.  Sanford,  ministre  des 
États-Unis,  à  Bruxelles,  mettait  à  la  disposition  de  la  Société 
une  certaine  quantité  de  Noix  de  Pacanier.  J'ai  demandé  de 
ces  noix  à  M.  Grisard,  et  j'ai  pu  me  convaincre  ainsi,  qu'il 
s'agissait  de  la  même  espèce  de  fruit  que  celle  dont  j'avais 
entretenu  mes  collègues  en  1879. 

J'ai  eu  alors  la  pensée  de  rechercher,  et  j'ai  retrouvé, 
quelques  noix  de  la  récolte  de  1878,  et  voici,  Messieurs,  des 
spécimens  des  unes  et  des  autres.  Ces  noix,  par  leur  aspect 
général  ressemblent  plutôt  à  un  gland  très  volumineux  qu'à 
la  noix  française.  Le  goût  de  l'amande  en  est  plus  fin,  plus 
parfumé  ;  la  conservation  en  est  plus  facile  ;  ainsi  celles  qui 
m'ont  été  remises  en  1879  sont  encore  parfaitement  man- 
geables bien  qu'ayant  perdu  de  leurs  qualités,  tandis  que  les 
noix  communes  se  conservent  à  peine  un  an. 

Je  pense  donc  qu'il  y  aurait  utilité  à  propager  le  Noyer 
Pacanier  dans  le  midi  de  la  France  ou  dans  nos  colonies,  en 
Algérie  notamment.  Je  me  rappelle  avoir  vu  en  Kabylie  de 
très  beaux  Noyers  rapportant  beaucoup  de  fruits.  Peut-être  le 
Pacanier  y  prospérerait-il  également. 

M.  J.  Grisard.  —  Je  crains  que  le  Pacanier  ne  réussisse 
pas  en  Algérie  comme  le  croit  notre  zélé  confrère. 

C'est  un  arbre  qui  aime  les  endroits  frais  et  même  très 
iiumides.  On  le  rencontre  abondamment  sur  les  bords  des 
rivières  (Missouri,  Arkansas,  Illinois,  etc.)  Michaux  cite  même 
un  marais  de  800  arpents  qui  est  couvert  de  Pacaniers. 

M.  Raveret-Wattel.  —  Ces  arbres  réussiraient  sans  doute 
en  Cochinchine  et  à  la  Nouvelle-Calédonie. 

M.  Ed.  Renard.  —  C'est  aussi  mon  avis,  mais  la  noix  est  si 

dure.... 

M.  Decroix.  —  Nullement....  voici  des  dents  de  soixante- 
deux  ansqui  vont  vous  les  briser  toutes,  facilement. 


LE    NOYER    PACANIER.  159 

Joignant  le  geste  à  la  parole,  notre  confrère  casse  succes- 
sivement cinq  ou  six  noix. 

M.  Grisard.  —  M.  Renard  fait  confusion.  Il  y  a  en  effet 
parmi  les  Noyers  américains  des  espèces  qui  donnent  des 
fruits  à  coque  excessivement  épaisse  et  dont  l'amande  extrê- 
mement petite  ne  s'extrait  qu'avec  la  plus  grande  difficulté; 
c'est  le  cas  pour  les  Carya  glabra  ou  porcina  et  tomentosa, 
mais  non  pour  la  noix  du  C.  olivœfonnis  (pacane)  qui  se  brise 
très  facilement  et  présente  une  amande  remplissant  entière- 
ment la  coque  et  qui  n'est  pas  séparée  par  des  cloisons  li- 
gneuses comme  dans  celle  de  notre  Noyer  commun  {Juglans 
regia),  avantage  qui  est  à  considérer;  la  noix  du  C.  alha 
vient  ensuite,  la  coque  quoique  mince  est  cependant  assez 
forte  pour  ne  pas  céder  sous  les  doigts;  elle  renferme  une 
amande  d'un  goût  délicieux  et  les  fruits  de  ces  deux  espèces 
se  rencontrent  communément  sur  les  marchés  des  États-Unis 
où  ils  atteignent  des  prix  élevés,  80  à  100  francs  l'hectolitre. 
Les  noix  de  C.  oUvœformis  s'exportent  en  assez  grandes  quan- 
tités aux  Antilles  où  elles  sont  très  appréciées  ;  des  envois 
sont  faits  également  en  Europe  et  surtout  en  Angleterre  où 
on  les  mange  à  l'état  naturel  et  où  elles  servent  à  la  fabrica- 
tion d'une  huile  estimée  ;  on  en  rencontre  quelquefois  dans 
les  rues  de  Paris.  Ces  noix  se  conservent  fort  longtemps  sans 
rancir,  cette  facilité  de  conservation  les  rend  précieuses. 

Il  paraît  qu'il  existe  des  variétés  dont  les  fruits  sont  de 
dimension  considérable. 

Quant  à  la  réussite  de  la  culture  de  ces  arbres  dans  la  France 
méridionale,  elle  n'est  pas  douteuse;  notre  confrère  M.  Léo 
d'Ounous,  en  possède  de  superbes  exemplaires  dans  l'Ariège  ; 
on  en  trouve  également  dans  d'autres  localités  qui  fructifient 
tous  les  ans,  à  Toulouse  notamment. 

Un  Membre.  —  A  quel  âge  produit-il? 

M.  Grisard.  —  Son  accroissement  est  lent  ;  il  ne  fructifie 
que  lorsqu'il  est  déjà  fort,  à  10  ou  15  ans,  mais  il  est  très 
fertile  et  chaque  arbre  peut  donner  annuellement  un  hecto- 
litre de  Pacanes. 

Sous  le  climat  de  Paris  il  résiste  à  des  froids  assez  rigou- 


160  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

reux  (c'est  même  une  des  espèces  qui  y  réussissent  le  mieux), 
mais  ne  donne  des  fruits  qu'exceptionnellement.  Il  exis- 
tait dans  l'école  de  botanique  du  Muséum  un  C.  oUvœformis 
de  60  centimètres  de  diamètre,  au  moins,  qui  datait  du  com- 
mencement de  ce  siècle.  Cet  arbre  a  disparu  après  les  grands 
froids  des  hivers  rigoureux  de  ces  dernières  années.  Il  fruc- 
tifiait, mais  donnait  une  quantilé  restreinte  de  noix;  il  fallait 
que  les  étés  fussent  chauds  pour  que  la  production  soit  assurée. 
Mais  on  ne  peut  pas  tirer  de  déduction  sur  le  rapport  ou  la 
croissance  d'un  arbre,  ni  même  de  plusieurs,  quand  c'est 
dans  une  ville  comme  Paris  et  sur  un  sol  aussi  défavorable  que 
celui  du  Muséum  qu'on  expérimente. 

Le  C.  oUvœformis  fournit  un  bois  compact,  tenace  et  élas- 
tique, mais  son  grain  est  grossier  et  il  a  les  défauts  de  ses 
congénères,  il  est  facilement  attaqué  parles  insectes. 

M.  Decrolx.  —  Si  la  fructification  a  été  obtenue  sous  le 
climat  de  Paris,  il  y  a  tout  lieu  d'espérer  qu'ils  s'acclimateront 
bien  un  peu  plus  au  sud  et  par  conséquent  dans  le  midi  de  la 
France  et  en  Algérie. 

Quoi  qu'il  en  soit,  voici  ma  conclusion,  c'est  que  la  Société 
prenne  dès  à  présent  des  informations  nécessaires  aux  Etats- 
Unis,  par  l'intermédiaire  de  M.  Sanford  au  besoin,  qu'elle 
fasse  venir  des  noix  de  Pacanier  de  la  prochaine  récolte  et 
qu'elle  en  envoie  dans  le  midi  de  la  France  et  en  Algérie, 
au  Sénégal  même,  avec  prière  de  les  planter.  Tous  les 
commandants  civils  ou  militaires  de  nos  colonies  se  feront 
un  plaisir,  j'en  suis  convaincu,  de  tenter  la  propagation  du 
nouvel  arbre,  en  se  conformant  aux  indications  qui  nous  par- 
viendront de  l'Amérique. 

M.  Millet.  —  La  Société  ferait  une  bonne  chose,  je  crois, 
en  proposant  un  prix  pour  la  culture  des  Noyers  d'Amérique. 
M.  Grisard.  —  La  Société  a  déjà  fondé  un  prix  pour  l'un 
d'eux,  le  Carya  alba ;  peut-être  n'est-il  pas  inutile  d'en  rap- 
peler les  dispositions  en  séance. 

La  création  de  ce  prix  remonte  à  1870.  Il  est  ainsi  libellé  : 

Introduction  et  culture  en  France   du  Noyer  d'Amérique 

{Carya  alba),  connu  aux  États-Unis  sous  le  nom  de  Hickory 


LE   NOYER    PACANIER.  161 

(bois  employé  dans  la  construction  des  voitures   légères). 
.On  devra  justifier  de  la  plantation  sur  un  demi-hectare  de 
?^oyers  d'Amérique  ou  de  la  possession  de  500  arbres  hauts  de 
i'",50  au  moins. 

Concours  ouvert  jusqu'au   l*""  décembre  1885.  —  Prix  : 
500  francs. 

Le  Carya  olivœformis  présente  aussi  un  sérieux  intérêt  et 
la  Société  devrait  en  encourager  la  culture  ;  la  section  des 
végétaux  d'accord  avec  la  Commission  des  récompenses  pour- 
rait préparer,  pour  être  soumise  à  l'approbation  du  Conseil, 
une  note  qui  concluerait  à  une  demande  de  fondation  deprix. 
M.  Decroix.  —  J'appuie  cette  proposition. 
Un  Membre.  —  Quels  soins  réclame  le  Carya  alha?  k 
quels  usages  son  bois  est-il  employé? 

M.  Grisard.  —  Le  Carya  alha  (Shell-Bark  ou  Shag-Bark- 
Hickory)  est  un  grand  et  bel  arbre  à  tronc  droit,  d'un  dia- 
mètre à  peu  près  uniforme  et  souvent  sans  branches  jusqu'aux 
trois  quarts  de  sa  hauteur  qui  atteint  de  25  à  30  mètres  ;  les 
Feuilles  d'un  vert  s  ombre,  unies  et  luisantes  en  dessus,  ont  un 
arôme  particulier  lorsqu'on  les  froisse  ;  c'est  une  des  espèces 
les  plus  répandues  du  genre  dans  la  culture  européenne.  Il 
se  plaît  en  forêt,  il  lui  faut  une  terre  fraîche  et  profonde  ; 
planté  isolément,  il  est  bien  fourni  en  branches  et  est  très 
ornementaL  Son  bois  compact,  fort,  pesant,  est  très  souple  et 
se  fend  avec  la  plus  grande  facilité;  il  est  propre  à  une  infinité 
d'usages  :  manches  d'outils,  de  fouets,  baguettes  de  fusil, 
moyeux,  essieux,  jougs  pour  les  bœufs,  vis  de  pressoirs,  etc., 
il  est  sans  égal  pour  les  cercles  de  tonneaux.  C'est  avec  le 
bois  d'Llickory  qu'on  fabrique  ces  voitures  si  légères  appelées 
Araignées.  Pour  le  chauffage  il  est  supérieur  à  ses  congénères 
et  donne  plus  de  chaleur  que  le  chêne  même. 
Un  Membre.  —  Et  le  fruit  '/ 

M.  Grisard.  —  Le  fruit,  recouvert  d'un  brou  presque  aussi 
dur  que  du  bois  et  qui  s'ouvre  au  moment  de  la  maturité  en 
quatre  parties,  est  petit,  de  forme  arrondie  mais  comprimée 
de  manière  à  former  plus  ou  moins  quatre  angles  ;  la  coquille 
a  la  dureté  de  l'os  ;  elle  renferme  une  amande  d'un  bon  goût  ; 

3«  SÉRIE,  T.  X.  —  Mars  1883.  11 


162  SOCIÉTÉ   NATIONALE    d' ACCLIMATATION. 

le  fruit  ne  vient  que  sur  le  jeune  bois,  seul  ou  par  grappe  ôc 
deux  ou  trois  seulement. 

Les  écureuils  sont  très  friands  des  noix  d'Hickoryet  en  ca- 
chent de  grandes  quantités  en  automne  pour  leurs  provisions 
d'hiver.  De  la  sorte  les  fruits  sont  plus  ou  moins  dispersés  et 
portés  dans  toutes  les  directions  loin  de  l'arbre  qui  les  produit. 
Leur  cachette  favorite  est  dans  les  murs  et  il  est  très  fréquent 
de  trouver  çà  et  là  le  long  de  ces  murs  des  Hickory  poussant  au 
hasard  avec  de  grandes  variétés  dans  la  grosseur  des  noix,  l'é- 
paisseur de  leurs  coquilles  et  la  qualité  de  leurs  amandes.  La 
oreffe  et  l'écussonnage  réussissent  mal  elle  meilleur  moyen  de 
propagation  est  encore  le  semis  en  place,  les  Hickory  suppor- 
tant difticilement  la  transplantation  ;  cependant  avec  certaines 
précautions  ou  par  quelques  procédés  nouveaux,  on  arriverait 
à  atteindre  le  but,  croyons-nous.  Les  noix  sèches  germent  mal, 
il  faut  les  planter  aussi  fraîches  que  possible;  dans  ce  but  on 
devra  les  recueillir  aussitôt  la  maturité  et  les  placer  dans  du 
sable  humide  ;  on  les  conservera  de  cette  manière,  dans  une  cave 
ou  un  autre  endroit  frais,  jusqu'au  printemps.  On  les  sèmera 
alors  au  lieu  môme  où  les  arbres  doivent  rester  en  mettant  Sou 
4  noix  par  trou  et  en  ne  laissant  lors  de  la  germination  que  le 
plant  le  plus  vigoureux  ;  c'est  le  procédé  suivi  aux  États-Unis. 

En  terminant,  je  vous  signalerai  encore  le  C.  amara  (Bit- 
ternut  Hickory),  qui  ne  donne  pas  un  fruit  comestible,  mais 
dont  le  bois  compact,  tenace  et  élastique  est  recherché  pour 
les  essieux  de  voitures,  les  manches  d'outils,  etc.;  il  est 
moins  sensible  au  froid  que  le  C.  alba;  le  Carya  suicata 
(Thick  shell  bark)  des  forêts  humides  fournit  un  bois,  dont 
le  cœur  d'une  couleur  claire  est  moins  employé  que  celui  des 
espèces  précédentes  par  suite  de  sa  plus  grande  rareté;  ses 
noix  quoique  grosses  sont  de  qualité  inl'érieure  ;  enfin  le  C. 
porcina  (Pignut,  Broom  Hickory)  donne  un  bois  d'excellente 
qualité,  le  fruit  renferme  une  amande  petite,  sucrée  ou  un 
peu  amère. 

Le    bois    des  Cart/a    résiste  malheureusement  mal   aux 
attaques  des  insectes. 


I.  EXTRAIT  DES  PROCÉSUERBAUX  DES  SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  t  MARS  1883. 
Présidence  de  M.  Henri  Boulev,  Président. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté,  après  une 
observation  de  M.  de  Barrau  de  Muratel. 

—  M.  le  Président  proclame  les  noms  des  membres  nouvellement 
admis  par  le  Conseil,  savoir  : 

MM-  PRÉSENTATEURS. 

DuFRESNE  (Ernest),  greffier  de  la  justice  de  i  Ghesnel. 

paix  du  canton   de  Neuilly,    rue   Jacques  ]  J.  Grisard. 

Dulud,  5J5,  à  Neuilly  (Seine).  (  le  niar(|uis  de  Sinéty. 

Feuillov  (Gédéon),   propriétaire,    à  Sénar- j  ^- ^«oiiVoy  Saint-Hilaire. 

pont,  par  Oisemont  (Somme).  )  ^'  «'''"'>'e^al- 

{  ^aint-Vves  Ménard. 

FouRNiER  (E.),  apiculteur,  à  Issoire  (Puy-de-  (  f^^^"^^^^  ^u-ard. 
])5„^g\  i  Saint-Vves  Ménard. 

(  le  marquis  de  Sinély. 

Hameau  (le  docteur),  médecin-inspecteur,  à  (  ,,"     "P'"* 

Arcachon  (Gironde).  ^^'^"'"'^^  <^''"'^^^*- 

(  H.  de  Vilmorin. 

Kerambrun  (Denis),  notaire,  à  Belle-IsIe-en-  (        Dupin. 
Terre  (Gôtes-du-Nord).  Raveret-Wattel. 

\  le  marquis  de  Sinéty. 

LECOMTE(Henri),professeurlicenciéèslettres,  (  f^'"t-Yves  Ménard. 
8,  boulevard  Saint-Denis,  à  Paris.  /  Raveret-Wattel. 

\  le  marquis  de  Sinély. 

Lecoq  (Théodore-Auguste),  propriétaire,  11,  (  '^-  ^^*^"''"«y  Saint-Hilaire. 

rue  Perronet,  à  Neuilly  (Seine).  j  '}'        ''''' 

(  le  marquis  de  Sinéty. 

Legrand  (Jacques-Amable),  docteur  en  mé-  J^'  Geoffroy  Saint-llilaire. 

decine,  avenue  de  Neuilly,  136  (Seine).    '     ^-  ^o'''^- 

^'         "^         >  \  Romam. 

Ligney  (Edouard),  46,  boulevard  Magenta,  à  (  ?*  f'y'j^^^ski. 

Paris.  y  ^;  ^^'^'' 

\  Maquin. 

LoLiGOis  (Antoine),  avenue  de  Neuilly,  53,  ù  (  ^°"'^h«''*^!^ux. 

Neuillv  (Seine).  ]■  ^'''^"^- 

{  Lecene. 

Martin  (Biaise),  horticulteur,  11,  rue  de  la  (  A.Gjeoffroy  Saint-llilaire 

Chaussée,  à  Nt»  ers  (Nièvre).  )  °'''®- 

(  le  marquis  de  Sinély. 


164  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

MM.  PRÉSENTATEURS 

riAVENEZ  (Louis),  comptable  expert   près  le  /  A.  GeofTioy  Saint-Hilaire. 

tribunal  de  la  Seine,  91,  boulevard  Gouvion- s  A.  Marotte. 

Saint-Cyr,  à  Paris.  '  Saint-Yves  Ménard. 

[  H.  Bouley. 

Rocher,  66,  rue  Caumartin,  à  Paris.  |  P.  Pichet. 

(  A.Geoffroy  Saint-Hilaire. 

„  ,T,      -s         ,■        r  n         .    (  Delahogue  Moreau. 

Taintdrier  (Henri),  rentier,  4,  rue  Drouol,  \  ,,   ^     ^      c  •  .  ni  • 

,  r.    •  i  A.  Geoltrov  Saint-Hilan-e. 

a  Pans.  (  „.  -^ 

V  Simon. 

—  M.  le  Président  fait  part  à  l'Assemblée  du  décès  de  M.  le  baron 
Jules  Cloquet  qui,  membre  de  la  Société  d'Acclimatation  presque  dès 
l'origine,  fut  pendant  de  longues  années  un  des  membres  les  plus  actifs 
du  Conseil,  et  s'occupait  particulièrement  de  l'introduction  de  végétaux 
exotiques  dans  le  midi  de  la  France.  «  La  Société  el  la  science,  ajoute 
M.  le  Président,  font  une  perte  dans  la  personne  de  iM.  Cloquet,  membre 
<ie  l'Académie  des  sciences  et  de  l'Académie  de  médecine.  Depuis  long- 
temps, il  est  vrai,  M.  Cloquet  s'était  retiré,  accablé  par  l'âge;  mais  il  a 
laissé  dans  la  science  une  trace  qui  sera  considérable,  et  dans  la 
Société  d'Acclimatation  des  souvenirs  qui  ne  se  perdront  pas.  » 

—  MM.  A.  Gérard  et  Pimont  adressent  des  remerciements  au  sujet  de 
leur  récente  admission  dans  la  Société. 

—  M.  Uurousseau-Dugontier  fait  connaître  que  son  cheptel  de  Colins 
est  en  parfaite  santé. 

—  Des  remerciements  pour  les  cheptels  qui  viennent  de  leur  être 
accordés  sont  adressés  par  MM.  de  Boussineau,  Poinsignon,  Le  Guay, 
Giraud-Ollivier,  B.  Clémot,  Blandin,  Burky,  Ein.  Baré,  G.  de  Fays,  comte 
de  l'Esperonnière,  Zeiller,  Laporte,  Henri  Fabre,  Fremy,  Léon  Mérat, 
Th.  Lépine,  Nelson-Pautier,  0.  Massias,  Lemut  et  Leroy. 

—  M.  Albert  Orban  écrit  de  Quarreux-Ayrraille  (Belgique),  à  la  date 
du  22  février  :  «  Les  Canards  Casarkas,  que  j'ai  obtenus  en  cheptel, 
l'année  dernière,  ne  m'ont  encore  donné  aucun  résultat.  J'espère  être 
plus  heureux  cette  année.  Les  oiseaux  sont  en  très  bonne  santé  et  en 
parfait  état. 

»  En  réponse  à  l'article  de  la  Chronique  du  20  de  ce  mois,  demandant 
des  renseignements  sur  la  date  de  l'arrivée  des  oiseaux  de  passage,  je  puis 
dire  que  j'ai  déjà,  depuis  la  fin  de  janvier,  observé  des  Élourneaux,  qui, 
d'ordinaire,  ne  reviennent  dans  ce  pays  qu'au  mois  de  mars.  Les  Hoche- 
queues gi  is  sont  également  de  retour  depuis  plus  de  quinze  jours.  » 

—  MM.  Guillaume  d'Augy,  Boudent,  Delgrange  et  Després,  ainsi  que 
le  régisseur  de  l'établissement  national  de  pisciculture  de  Bouzey  et  la 
direction  de  l'Aquarium  du  Trocadéro  remercient  des  œufs  de  Salmo 
fontinalis  qui  leur  ont  été  adressés. 


PROCÈS-VERBAUX.  165 

—  31.  Desprcs  écrit  de  Nanteuil-en- Vallée  :  «  J'apprends  par  M.  de 
Thiac,  Président  de  la  Société  d'Agriculture  de  la  Charente,  que  la  So- 
ciété d'Acclimatation  vient  de  recevoir  une  assez  grande  quantité  d'œufs 
de  Salmo  fontinalis.  Je  vous  serais  bien  reconnaissant,  si  vous  vouliez, 
comme  vous  l'avez  fait  l'année  dernière,  me  confier  encore  gratuitement 
quelques  œufs  de  cette  espèce.  La  Société  que  je  dirige  est  encore  dans 
la  période  d'organisation  et  n'est  pas  assez  riche  pour  en  faire  l'acqui- 
sition. De  nouvelles  améliorations  importantes  viennent  d'être  faites  ; 
elles  rne  permettront  de  donner  des  soins  efficaces  aux  élèves  que  vous 
voudrez  bien  me  confier. 

s  Je  n'ai  qu'un  petit  nombre  d'alevins  sur  les  œufs  que  vous  m'avez 
envojés  l'année  dernière,  environ  200.  Ces  sujets,  quoique  parqués  dans 
des  conditions  à  moitié  satisfaisantes,  sont  fort  beaux  ;  ils  atteignent,  en 
moyenne,  10  à  12  centimètres  de  longueur.  Je  crois  qu'ils  pourraient 
atteindre  une  taille  plus  forte,  s'ils  étaient  soumis  à  une  alimentation 
régulière,  indépendante  de  celle  qu'ils  trouvent  dans  leur  bassin.  Je 
compte  les  traiter  ainsi  à  l'avenir.  —  La  Société  d'Agriculture  du  dépar- 
tement vient  de  me  donner  une  médaille  d'argent  et  j'ai  tout  litu  de 
croire  que  l'État,  sur  une  demande  appuyée  par  la  préfecture,  va  m'ac- 
corder  une  subvention  personnelle,  » 

—  M.  F.  Galiais  adresse  une  demande  d'œufs  de  Salmonidés. 

—  En  remerciant  des  œufs  de  Salmonidés  qui  lui  ont  été  adressés, 
M.  Rathelot  écrit  du  Grand-Montrouge  :  «  Les  Salmo  quinnat  que  vous 
ïii'avez  remis  en  décembre  1881  vont  très  bien;  les  premiers  que  j'ai 
mis  dans  un  bassin  en  plein  air  sont  assez  forts;  ils  ont  atteint  environ 
22  centimètres;  ceux  que  j'avais  laissés  dans  mon  laboratoire  et  que  j'ai 
mis  quelques  mois  après  dans  le  même  bassin,  sont  plus  petits;  n'ayant 
pu  jouir,  étant  jeunes,  de  la  même  nourriture  que  les  premiers  qui,  en 
plus  de  la  viande  de  cheval  que  je  leur  donne,  trouvaient  dans  cette  eau 
dormante  quantité  de  petits  vers  et  autres  animalcules  qui  facilitaient  leur 
croissance.  Ils  ont  supporté,  pendant  les  chaleurs, 22 degrés  centigrades. 
Ils  vivent,  quant  à  présent,  en  très  bonne  intelligence  avec  des  ablettes, 
des  goujons,  barbillons  et  écrevisses. 

»  Vers  la  fin  d'octobre,  quantité  de  feuilles  de  peuplier  et  autres  étant 
tombées  dans  le  bassin,  l'eau  était  devenue  très  foncée;  voyant  que  mes 
poissons  ne  mangeaient  plus,  et  ne  voulant  pas  pousser  l'expérience  plus 
loin,  j'ai  dû  faire  procéder  au  curage  du  bassin. 

»  Je  donne  ces  détails  pour  faire  remarquer  que  le  Salmo  quinnat 
n'exige  pas  une  eau  spéciale.  » 

—  M.  llignet  écrit  de  Varsovie  :  «  Mes  A ttacus  Pernyi,  dont  le  papillon 
n'est  pas  sorti  à  l'automne,  sont  jusqu'ici  en  bon  état,  les  chrysalides 
sont  bien  vivantes,  celles  du  moins  que  j'ai  mises  au  jour  par  l'ouverture 
du  cocon,  et  tout  fait  supposer  que  la  race  univoltine  que  je  cherche  à 
obtenir  depuis  quelques  années  est  créée.  Ce  résultat  important  pour 


IGO  SOCIÉTÉ    NATIONALE    d'ACCLIMATATION. 

nous,  aurait  aussi  de  l'intérêt  pour  la  France,  car  il  me  paraît  difficile 
que  vous  puissiez  faire  deux  récoltes  satisfaisantes  dans  la  même  année. 
Vous  ai-je  dit  que,  de  la  seconde  ponte,  j'ai  élevé,  l'année  dernière,  en 
chambre,  quelques  vers  qui,  dans  les  derniers  temps,  ont  dû  se  contenter 
de  feuilles  sèches  et  n'avaient  pas  l'air  d'en  trop  souffrir.  Ils  ont  fait  leur 
cocon  et  la  chrysalide  est  bien  portante. 

m  Je  vous  ai  accusé  réception  des  cocons  de  Cynthia.  Ils  sont  arrivés  en 
bon  état.  Je  vous  réitère  mes  remerciements  et  vous  prie  de  ne  pas 
m'oublier  dans  les  distributions  que  vous  pourriez  être  à  même  de  faire, 
.le  recevrais  aussi  avec  grand  plaisir  tout  envoi  de  graines  de  plantes  qui 
se  prêteraient  à  des  essais  d'acclimatation  en  Pologne.  » 

—  M.  le  colonel  d'Arnaud-Bey  écrit  de  Marseille:  «  Le  souvenir  d'une 
séance  extrêmement  intéressante,  presque  entièrement  consacrée  à  l'in- 
dustrie de  la  Ramie  ou  China-grass,  que  nous  avons  eue,  a  appelé  mon 
attention  sur  la  matière,  lorsque  en  passant  <à  Avignon,  je  me  suis  trouvé 
par  hasard  en  contact  d'hommes  spéciaux  de  différentes  nationalités  ve- 
nant à  l'effet  de  voir,  de  visu,  les  grandes  pépinières,  mais  surtout  une 
machine  à  décortiquer  les  tiges  de  la  racine,  de  l'invention  de  M.  P.  A. 
Favier,  de  Villefranche,  opération  qui  a  présenté  jusqu'ici  des  difficultés 
sérieuses. 

»  J'ai  aussitôt  demandé  à  me  joindre  à  ces  messieurs,  et  nous  nous 
sommes  acheminés  vers  la  siège  de  la  Société,  oîi  nous  avons  été  accueil- 
lis avec  une  grande  affabilité  par  M.  P.  A.  Favier,  directeur  de  la  Société 
française  de  la  Piamie  à  Avignon,  à  qui  revient  l'honneur  de  la  découverte 
de  ce  procédé  de  décortication  si  longtemps  cherché;  là  M.  Favier  nous 
a  donné  toutes  les  explications  désirables  et  il  a  fait  fonctionner  devant 
nous  sa  machine,  d'une  très  grande  simplicité,  exigeant  en  outre  peu  de 
force,  pour  donner  un  travail  parfait,  au  dire  de  ces  messieurs,  plus 
compétents  que  moi  dans  la  matière. 

»  Après  cela  on  a  mis  sous  nos  yeux  toutes  les  diverses  préparations 
que  l'on  fait  subir  à  la  Raniie  pour  la  rendre  propre  aux  divers  usages 
que  réclament  les  nombreuses  industries  qui  l'emploient;  enfin  des  échan- 
tillons d'étoffes  variées,  mélangées  ou  entièrement  faites  en  Ramie. 

))  La  possibilité  de  rendre  industrielle  la  fibre  de  Ramie,  que  nous  pou- 
vons parfaitement  obtenir  sur  le  littoral  méditerranéen,  en  Algérie,  au 
Sénégal,  à  la  Réunion,  à  la  Martinique,  à  la  Guyane,  à  Saint-Pierre  et 
dans  nos  établissements  français  de  l'Inde  et  de  l'Océanie,  offre  un  si 
grand  intérêt  pour  notre  pays  que  j'ai  cru  devoir  appeler  de  nouveau 
l'attention  de  la  Société  sur  les  résultats  dont  je  viens  d'être  témoin. 

î  Afin  d'éviter    de  plus  grands  détails,  je   vous    transmets  ci-joint 

une  brochure  que  vient  de  publier  sur  ce  sujet  M.  Favier,  auquel  vous 

pouvez  vous  adresser  si  vous  aviez  besoin  de  plus  amples  informations.  » 

—  Des  demandes  de  graines  sont  adressées  par  le  Comice  agricole  de 

Brioude,  ainsi  que  par  MM.  Beaufour,  J.  Cocchi  et  d'Augy. 


FROCÈS-VERBÂUX. 


167 


—  M.  Guiseppe  Gnecchi  écrit  do  Milan  :  «  Les  essais  Je  culture  que 
j'ai  faits  encore  dernièrement,  ne  permettent  pas  de  tirer  de  renseigne- 
ments positifs  et  précis  sur  le  rendement  du  Téosinté.  11  faut  d'ailleurs 
l)ien  des  essais  pour  arriver  à  une  culture  rationnelle  quand  on  ne  pro- 
cède que  par  tâtonnement. 

»  Un  point  de  la  plus  haute  importance  a  été  cependant  éclairé.  J'ai 
«ultivé,  à  côté  l'une  de  l'autre,  deux  pièces  de  terre  de  200  mètres  carrés 
<;hacune  ;  semant  dans  l'une  de  la  graine  d'une  provenance  et  dans 
l'autre  delà  graine  d'une  autre  provenance.  La  fumure,  les  labours,  le 
jour  du  semis  ont  été  les  mêmes  pour  les  deux  pièces.  Eli  bien,  le 
produit  en  fourrage  vert  a  été  en  raison  de  cent  mille  kilos,  nombre 
rond  dans  l'une  et  presque  insignifiant  dans  l'autre.  La  cause  en  est  dans 
la  différence  entre  les  sujets  obtenus  des  deux  graines.  Les  premiers  ont 
levé  suffisamment  bien  et  ont  donné  des  tiges  bien  droites,  à  feuilles 
lisses,  les  autres  ont  levé  imparfaitement,  et  n'ont  donné  que  des  tiges 
tout  à  fait  couchées,  à  feuilles  frisées. 

»  Je  n'ai  pu  d'ailleurs  trouver  aucune  différence  extérieure  entre  les 
graines  des  deux  provenances.  Tant  qu'on  ne  pourra  pas  être  siir  de  la 
variété  dont  on  dispose,  il  sera  prudent  de  faire  quelques  essais  avant 
de  s'engager  dans  une  culture  de  quelque  importance. 

»  Cette  énorme  différence  de  produit  d'une  variété  à  l'autre,  à  condi- 
tions égales  de  culture,  explique,  au  moins  en  1res  grande  partie,  les 
différences  d'opinion  qui  existent  sur  le  Téosinté. 

»  Dans  la  Chronique  du  5  avril  1882  une  distribution  de  noix  de  Pa- 
canier  était  annoncée.  Peut-être  la  Société  apprendra-t-elle  avec  intérêt 
que  cette  essence  est  parfaitement  acclimatable  en  Lombardie.  Je  pos- 
sède trois  de  ces  arbres  obtenus  de  noix  mises  en  terre  il  y  a  25  ans 
environ.  Le  plus  grand  a  de  5  à  G  mètres  de  hauteur,  mais  aucun  des 
trois  n'a  jusqu'à  présent  donné  de  fruits.  )) 

—  M.  le  Président  annonce  l'ouverture  du  scrutin  pour  l'élection  du 
bureau  et  d'une  partie  des  membres  du  Conseil,  et  il  désigne  pour  faire 
le  dépouillement  des  votes  une  Commission  composée  de  M.\L  Ménard, 
le  vicomte  d'Esterno,  P.  Chappellier,  X.  Dybowski,  Grisard  et  Fallou. 

—  M.  Raveret-Wattel  signale  un  mémoire  très  intéressant  publié  dans 
le  journal  de  la  Société  des  Arts,  de  Londres,  par  M.  Alfred  Wailly,  qui 
rend  compte  de  ses  éducations  de  différents  Bomhyciens  Séricigènes  exo- 
tiques, et  qui  indique  un  procédé  ingénieux  pour  l'emballage  de  cocons 
vivants  destinés  à  être  expédiés  au  loin. 

M.  le  Secrétaire  des  Séances  dépose  ensuite  sur  le  Bureau,  de  la  part 
de  M.  de  Behr,  président  de  la  Société  allemande  de  pisciculture,  un 
lot  important  de  graines  de  Balsamine  géante  (Impatiens  (tranduligera). 
Cet  envoi  est  accompagné  d'une  note  (voy.  au  Bulletin),  qui  fait  connaître 
que  la  Balsamine  géante  est  une  plante  vigoureuse  et  très  florifère,  qui 
fournit  en  août  et  septembre  une  ressource  précieuse  pour  la  nourri- 


168  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aCCLIMATATION. 

tare  des  abeilles.  —  Des  remerciements  seront  adressés  au  donateur, 

—  M.  Millet  donne  lecture  d'un  travail  sur  les  mœurs  des  poissons 
migrateurs  et  sur  l'emploi  des  échelles  à  Saumon  (voy.  au  Bulletin). 

—  A  l'occasion  de  cette  communication,  dans  laquelle  M.  Millet  signale 
la  ressemblance  très  grande  qui  existe  entre  le  jeune  Saumon  ou  Tacon, 
et  la  Truite,  et  ajoute  qu'on  éprouve  souvent  de  la  difficulté  à  distin- 
guer entre  eux  les  deux  poissons,  M.  Uaveret-Wattel  dit  que  le  Saumon 
peut  toujours  se  reconnaître  à  la  frange  de  la  nageoire  adipeuse,  qui 
est  de  couleur  noire  ou  brune,  tandis  que  chez  la  Truite  elle  est  d'une 
teinte  plus  ou  moins  rougetâtre.  M.  le  Secrétaire  rend  compte  ensuite 
d'observations  faites  en  Angleterre  sur  les  habitudes  du  Saumon  à  l'épo- 
que de  la  remonte. 

—  Au  sujet  des  renseignements  donnés  dans  la  communication  de 
M.  Millet,  sur  la  montée  d'anguilles,  M.  Hédiard  fait  connaître  qu'on 
pèche  dans  la  rivière  de  Bilbao  des  quantités  considérables  de  ces  anguil- 
lettes  qui  sont  connues  en  Espagne  sous  le  nom  A'Angoules  et  qui  don- 
nent lieu  à  une  industrie  locale  :  on  en  prépare  des  conserves  en  boîtes. 
Une  boîte  de  la  dimension  d'une  boîte  de  40  sardines  peut  contenir  jusqu'à 
200  de  ces  petites  anguilles. 

—  M.  le  Président  fait  connaître  le  résultat  du  scrutin.  Le  nombre  des 
votants  était  de  344.  (Outre  les  billets  de  vote  déposés  par  les  membres 
présents,  beaucoup  de  bulletins  avaient  été  envoyés  sous  pli  cacheté  et 
contre-signe).  Les  votes  ont  été  répartis  de  la  manière  suivante  : 

Président  :  MM.  Henri  Bouley 344 

Vice-Présidents  :  Docteur  Ern.  Gosson 344 

Comte  d'Éprémesnil 341 

De  Quatrefages 344 

Marquis  de  Sinéty 343 

Secrétaire  général  :  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire 342 

Secrétaires  :  E.  Dupin 313 

Maurice  Girard 342. 

Raveret-Wattel 34a 

Flury-Hérard 34a 

Archiviste-bibliothécaire  :  A.  Berthoule 344 

Membres  du  Conseil  :  Camille  Dareste 343 

Alfred  Grandidier 33i^ 

Docteur  Henri  Labarraque 343 

E.  Roger 342 

En  outre,  plusieurs  des  membres  ci-dessus  désignés  ont  obtenu  un 
certain  nombre  de  voix  pour  des  emplois  différents  de  ceux  que  leur  a 
assignés  la  majorité  des  suffrages.  D'autres  sociétaires  ont  également 
obtenu  des  voix  pour  diverses  fonctions. 


PROCÈS- VERBAUX.  169 

En  conséquence,  sont  élus  pour  l'année  1883_: 

Président  :  MM.  Henri  Bouley. 

Vice-Présidents  :  D'  Ernest  Cosson. 

Comte  d'Éprémesnil. 

De  Quatrefages. 

Marquis  de  Sinéty. 
Secrétaire  général  :  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire 

Secrétaires  :  E.  Dupin. 

,  D''  Maurice  Girard. 

Raveret-Wattel. 

Flury-Hérard. 
Archiviste-bihliothécaire  :  Amédée  Berthoule. 
Membres  du  Conseil  :  Cuinille  Dareste. 

Alfred  Grandidier. 

Docteur  Henri  Labarraque. 

E.  Roger. 

—  M.  de  Fiennes  fait  une  intéressante  communication  sur  un  procédé 
de  destruction  des  Loutres  (voy.  au  Bulletin). 

—  M.  Grisard  donne  lecture  d'une  note  de  M.  Louis  Boutan  ayant  pour 
titre  :  «  Le  Phylloxéra  en  Australie  ;  moyens  employés  pour  le  com- 
battre. » 

—  M.  de  la  Chassagne  estime  que  les  moyens  indiqués  dans  cette 
note:  l'arrachage  de  la  vigne,  l'emploi  du  sulfure  de  carbone,  etc., 
sont  impuissants  contre  l'envahissement  du  Phylloxéra.  En  Suisse,  en 
Autriche,  partout  oii  on  les  a  employés,  ces  moyens  ont  échoué.  Aussi 
la  Société  des  agriculteurs  de  France  n'a-t-elle  pas  cru  devoir  appuyer  la 
proposition  de  M.  le  colonel  Meinadier,  qui  en  recommandait  l'emploi 
pour  l'Algérie. 

—  M.  Saint- Yves  Ménard  présente  à  l'Assemblée  un  appareil  inventé 
par  M.  Rodier,  propriétaire  viticulteur  à  Briare  (Loiret),  pour  le  soufrage 
des  vignes  atteintes  de  l'oïdium.  C'est  une  sorte  de  petite  cassolette  en 
fer-blanc,  dans  laquelle  on  fait  brûler  du  soufre  et  qui  sert  à  diriger  l'acide 
sulfureux  qui  se  dégage  tant  sur  le  bois  que  sur  les  jeunes  pousses,  les 
feuilles  et  le  raisin.  Cet  appareil,  désigné  par  l'inventeur  sous  le  nom  de 
lampe  vigneronne  sulfureuse,  doit  être  employé  immédiatement  après  la 
taille  de  la  vigne,  puis  surtout  au  moment  de  l'aoutage  :  son  emploi 
permet  un  soufrage  plus  énergique  que  les  procédés  employés  jus(iu'à  ce 
j  our,  et  M.  Rodier  déclare  avoir  obtenu  d'excellents  résultats. 


Î70  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  16  MARS  1883. 
Présidence  de  M.  Henri  Bouley,  Président. 

Le  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  lu  et  adopté. 
-  M.  le  Président   proclame  les   noms  des  membres   nouvellement 
admis  par  le  Conseil,  savoir  : 

MM.  .  PRÉSENTATEURS. 

ï3LiGNiÈRES(Géleslin  de),  propriétaire,  homme  /  H.  Bouley. 

de  lettres,    rue   de   Longchamps,    38,    à  -  Leclerc. 

Neuilly  (Seine).  (  Maurice  Girard. 

r)OYRON   (docteur    Georges),     secrétaire   du  H.  Bouley. 

Conseil  général    de  la  Creuse,  à  Chatelus-  ]  J.  Grisard. 

Malvaleix  (Creuse).  ;  Raveret-Wattel . 

Daux  (l'abbé  Emmanuel),  fauboursr  Sapiac,  \  ,  '  ,„<,     , 

,_,,,.,       ,T  .  n  X  le  comte  d  Epremesnil. 

47,  a  Montauban  (rarn-et-Garonne).  >  p       ,  «  aa"^  f*  i 

\      lltlVGrGl"  VV  tlllGl . 

Gavinet  (Jean-Louis-Alfred),  juge  de  paix  du  /  H.  Bouley. 
canton  de  Douvres,  à  la  Délivrande  (Cal-  ]  Raveret-Wattel. 
vados).  \  le  marquis  de  Sinély. 

Gaspard  (Félix),   notaire,   à    Saint-Jean-de- l  „'  ,' 

D  /,  <    \  -  Raveret-Wattel. 

Bournav  Hsere).  ,  .     ,    „.    , 

(le  marquis  de  Sinety. 

à^^.,^     /Al-     \  •'.  •        '    r>i  •  r  •         H.  Bouley. 

Geliot  (Adrien),  propriétaire,  a  Plainfaing  ^   ,    p.      , 
/\j         ^  .  J.  Clarté. 

(Vosges).  i  ^  ,,,       , 

^      °    ^  Raveret-V/attel. 

Gennadius,  inspecteur  de  l'agriculture,  direc-  [  H.  Bouley. 

teur  du  Jardin  dendrologique  de  l'État,  à  ]  Maxime  Cornu. 

xVthènes  (Grèce).  (  Saint-Yves  Ménard. 

Guillet  (Lucien),  négociant,  rue  Laffitte,  9,  i  „ '.     ^.   ^\,. 

,  T,    .  "a  '  '     '  '  Saint-\vesMenard. 

*  Pans.  i  „T       1 

,  Raveret-Wattel. 

JOLY  (Charles-Ovide-Plessis),  ancien  notaire,  (  J^'^°"^^7' 
rue  de  James,  Moulins-Engilbert  )Nièvre).  i  l        grisard. 

°  '  ^    [  Saint-Yves  Ménard. 

Lecoq  (Joseph),  propriétaire,  château  du  Hil-     H.  Bouley. 
gny,  commune  de  Plogarlel-Saint-Germain  ^  Maurice  Girard. 
(Finistère).  (  Jules  Grisard. 

Cbcnet. 
Lutman  (Léopold),  78,  rue  Monge,  ù  Paris.      ^  A.  Porte. 

'  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 


rUOCÈS-VERCAUX.  171 

^IJI,  PRÉSENTATEURS. 

Nouvel  (Georges),  propriétaire,  au  cliàteau  de  (  H.  Bouley. 

la  Ronce,  commune  de  Fontaine-sous-Jouy,  .  le  comte  de  Foy. 

canton  sud  d'Évreux  (Eure).  '  le  baron  Gérard. 

.  ^      •        .n,  MX   . ,    (  H.  Boulev. 
PiNAUD  (H.),  négociant,  a  Santiago  (Ch.l.),  Il,      ^  g^^g-^^^  Saint-Hilaire. 

rue  Magenta,  à  Asmères  (StMne).  (  ^^^^^^^,^  ^^^^,^^ 

(  DcsbrossGS. 
POLACK  (Jules),  courtier  de  commerce,  avenue      ^  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

de  Neuiliy,  189,  à  Neuilly  (Seine).  (  Saint-Yves  Ménard. 

REViLLON(Eugène-.\natoie),  négociant,  9,  bou-  (  H.  Bouley. 

levard   Ricbard-Wallace,    à  Neuilly-Saint-  j  Théodore  Revillon. 

.lames  (Seine).  (  le  marquis  de  Sinéty. 

,  ,   ,        , ,    .       1   H.  Bouley. 
RlCHET,  professeur  a  la  Faculté  de  médecine,  \  j^^^^^  ^^  p^^.^ 

rue  de  l'Université,  15,  à  Paris.  \  Raveret-Wattel. 

^    .,      .  .,       ,  ,  .,      /  H.  Bouley. 

.Saffers  (Emile),  juge  au  tribunal  de  première  \  ^^.^^  ^^'^^  mn^'A 

instance  de  la  Seine,  rue  Laflitte,  9,  à  Paris.  \  ,^  ^^^^^.^^.^  ^^^  ^.^^.^^ 

.  „  .      ^  „,        A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

\1G0UR  (Jules),  notaire,  a  Saint-Sorvan  (Ille-  \  5^^,^^.^,^,  ^^nard. 

^'-^*'^'"^)-  (  A.  Porte. 

—  M.  le  Ministre  des  travaux  publics  adresse  la  lettre  suivante  : 

«  Monsieur,  vous  avez  bien  voulu  me  demander  d'appeler  l'attention 
<les  Compagnies  de  chemins  de  fer  sur  les  soins  que  réclame  le  transpori 
des  œufs  vioants  de  poisson  que  la  Société  Nationale  d'Acclimatation 
distrihue  gratuitement,  chaque  année,  aux  personnes  et  sociétés  qui  s'oc- 
cupent de  pisciculture. 

»  Je  m'empresse  de  vous  informer  que  je  viens  d'écrire  aux  grandes 
Compagnies,  ainsi  qu'à  TAdministration  des  chemins  de  fer  de  l'Etat, 
pour  leur  demander  de  veiller  à  ce  que  leurs  agents  observent  exacte- 
ment les  précautions  indiquées  pai-  les  étiquettes  spéciales  que  la  Société 
<rAcclimatatio!i  appose  sur  ses  colis. 

j  Recevez,  etc. 

»  Le  Ministre  des  travaux  publics, 
»  0.  Raynal.  » 

—  M.  A.  Mairet,  faisandierchez  M.  Pierre  E.  Rodocanachi,  au  château 
d'Andilly  (Seine-et-Oise),  écrit  à  M.  le  Secrétaire  général  la  lettre  sui- 
vante, en  date  du  8  mars  :  «  L'année  dernière,  j'ai  eu  l'honneur  de  vous 
informer  que  notre  femelle  de  Goura  Victoria  avait  pondu  trente-cinq 
jours  en  avance  sur  l'année  1881  ;  l'œuf,  qui  a  été  couvé  par  les  parents 
à  l'air  libre,  a  mis  trente  et  un  jours  pour  éclore,  à  cause  des  nuits 


172  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

froides,  où  le  thermomètre  descendait  à  zéro.  Le  jeune,  né  chétif,  n'a 
pas  vécu;  il  est  mort  au  bout  de  trois  jours. 

»  Une  deuxième  ponte  a  eu  lieu  le  1"  juillet,  ce  qui  nous  a  donné,  le 
30  du  même  mois,  un  jeune  fort  et  robuste  ;  élevé  par  les  parents,  il  a 
pris  aujourd'hui  sa  livrée  d'adulte. 

>  L'échec  que  j'ai  éprouvé  sur  ma  première  ponte  a  fait  que  j'ai  dû  y 
remédier,  et  je  viens  cette  année  vous  annoncer  que  j'ai  pu  obtenir, 
après  bien  des  difficultés,  une  avance  sur  l'année  dernière  de  soixante- 
quatre  jours,  et  sur  l'année  1881  de  cent  jours,  ou  trois  grands  mois; 
je  pense  qu'avec  cette  avance  nous  pourrons  obtenir  deux  reproductions 
dans  la  même  année.  Nos  Gouras  couvent  à  l'intérieur  de  la  cabane,  dans 
une  boîte  semblable  à  celle  décrite  dans  ma  première  note,  et  à  quelques 
mètres  de  l'appareil  de  chauffage. 

»  Les  deux  jeunes  Gouras  que  nous  possédons  font  très  bon  ménage 
ensemble,  mais  je  ne  puis  pas  encore  savoir  si  nous  avons  mâle  et  femelle. 
Une  seconde  génération  obtenue  en  France  serait  fort  intéressante. 

>  La  reproduction  que  j'ai  obtenue  de  deux  espèces  de  Faisans  rares 
m'oblige  à  vous  en  dire  un  mot. 

>  Faisan  d'Elliot.  Une  poule  de  cette  espèce  nous  a  donné  l'année 
dernière  vingt  œufs.  Sur  ce  nombre,  j'ai  élevé  dix-huit  jeunes. 

»  Faisan  de  Sœmmerinfj .  Sur  quinze  œufs,  j'ai  élevé  dix  jeunes.  Ces 
deux  espèces,  qui  se  rapprochent  beaucoup  du  Faisan  ordinaire,  ont  un 
grand  avenir  comme  gibier,  étant  originaires  du  Nord,  l'une  de  la  Chine 
et  l'autre  du  Japon.  Elles  se  recommandent  aux  amateurs  de  chasse  pour 
leur  rusticité  à  supporter  nos  hivers  et  la  facilité  avec  laquelle  on  peut 
les  élever.  Ni  l'une  ni  l'autre  ne  sont  sujettes  aux  vers  du  larynx;  elles 
ont  une  grande  valeur  comme  oiseaux  de  table,  et  sont  remarquables  par 
la  beauté  de  leur  parure. 

»  La  ponte  du  Faisan  d'Elliot  commence  du  8  au  12  mars  et  finit  au 
25  avril,  époque  à  laquelle  les  Faisans  ordinaires  commencent  leur  ponte. 
Sur  vingt  œufs  que  j'ai  recueillis  et  mis  à  couver  sous  des  poules,  j'ai 
obtenu  vingt  jeunes;  le  premier  éclos  a  été  mangé  en  partie  par  la  poule 
couveuse;  un  autre  étant  né  les  pattes  sur  le  dos,  j'ai  àt.  l'étouffer;  les 
dix-huit  autres  ont  été  élevés  et  livrés  dans  différents  établissements  de 
1  Europe,  et  j'ai  tout  lieu  d'espérer  que  cette  année  les  descendants  de  la 
première  paire,  importée  en  1879,  produiront  de  quoi  garnir  une  chasse 
princière. 

ï  La  ponte  du  Faisan  de  Sœmmering  commence  du  15  au  20  avril 
pour  finir  au  20  mai ,  les  jeunes  s'élèvent  rapidement  ;  à  l'âge  de  cinq 
mois  ils  ont  revêtu  le  plumage  adulte,  et  ils  se  reproduisent  dès  la  pre- 
mière année,  s 

—  MM.  Burky,  Clémot,  de  Lonlay,  Martial,  Léon  Mérat,  31athey  et  le 
comte  G.  de  Saint-Innocent,  accusent  réception  et  remercient  descheptels 
qui  leur  ont  été  accordés. 


PROCÈS- VERBAUX.  178 

—  M.  Arthur  Schotsmans  rend  compte  de  la  perte  du  mâle  de  son 
cheptel  de  Canards  de  Bahama. 

—  M.  Duplantier  demande  à  faire  le  renvoi  de  son  cheptel  de  Lépo- 
rides. 

—  M.  Clémot  annonce  le  renvoi  de  son  cheptel  de  Canards  du  Pa- 
radis. 

—  M.  Ferary  demande  des  renseignements  sur  la  nourriture  à  donner 
aux  Faisans  qui  lui  ont  été  confiés. 

—  Des  demandes  de  cheptels  sont  adressées  par  MM.  Sommier  et 
Egal-Tible. 

—  MM.  Bernard-Talhandier,  Delgrange  et  Renouard  accusent  réception 
des  œufs  de  Salmo  fontinalls  qui  leur  ont  été  expédiés. 

—  M.  le  docteur  Adrien  Sicard  adresse  une  demande  d'œufs  de  Salmo 
fontinalis. 

—  M.  Bernard-Talhandier  fait  parvenir  une  demande  de  Grenouilles- 
Bœufs  et  de  montée  d'Anguilles. 

—  M.  Martial  fait  connaître  que  les  œufs  de  Corégone  qu'il  a  reçus  lui 
ont  donné  environ  quinze  cents  alevins  très  beaux  et  très  vifs.  Notre  con- 
frère ajoute  qu'il  serait  heureux  de  recevoir  un  nouveau  lot  d'œufs,  dans 
le  cas  où  la  Société  en  ferait  une  seconde  distribution. 

—  M.  le  professeur  Spencer  F.  Baird  annonce  l'envoi  qu'il  compte 
faire  prochainement  à  la  Société  de  quinze  mille  œufs  de  Saumon  des 
lacs  {Salmo  salar,  var.  Sebago). 

—  M.  Raveret-Wattel  rappelle  à  cette  occasion  que  le  Saumon  des  lacs 
de  l'Amérique  du  Nord,  qui  est  un  poisson  non  migrateur  et  dont  les 
conditions  d'existence  se  rapprochent  ainsi  de  celles  de  la  Truite,  serait 
une  espèce  très  intéressante  à  acquérir  pour  nos  eaux  douces,  en  raison 
de  l'excellente  qualité  de  sa  chair  et  de  la  rapidité  de  sa  croissance. 

—  M.  le  Président  de  la  Société  Linnéenne  du  nord  de  la  France  adresse 
un  rapport  sur  les  résultats  donnés  par  les  œufs  de  Truite  des  lacs  et  de 
Salmo  Xamaijcush  envoyés  à  cette  Société. 

—  M.  Gh.  Renouard  fait  parvenir  une  réponse  au  questionnaire  relatif 
à  la  pisciculture;  il  y  joint  les  renseignements  suivants  :  «  Tous  les  éle- 
vages déjà  faits  par  mes  soins  n'ont  produit  que  de  faibles  résultats  dans 
les  eaux  de  deux  de  mes  propriétés;  mais  le  pays  en  a  profité,  car  les 
jeunes  poissons  ont  dû  suivre  le  courant  des  ruisseaux  de  trop  plein  qui 
sortent  de  mes  étangs  et  aller  peupler  les  rivières  voisines,  c'est-à-dire 
la  Monne,  la  Vie  et  la  Touques  d'une  part,  et  l'Ure  et  l'Orne  d'autre 
part.  » 

—  M.  Banmeyer  adresse  la  lettre  suivante  :  c  Je  viens  de  visiter  les 
établissements  de  pisciculture  de  Virelles  et  de  Chaulieu,  et  j'ai  eu  le 
plaisir  de  constater  que  les  œufs  d'Omble-Ghevalier  {Salmo  salvelinus) 
que  vous  avez  eu  l'obligeance  de  m'envoyer  sont  parfaitement  éclos;  il 
en  est  de  même  des  Coregonus  albus,  des  Salmo  Namaycush,  qui  vien- 


174  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aCCLIMATATION. 

lient  également  fort  bien  ;  ces  jeunes  alevins  sont  pleins  de  vie.  Quant 
aux  œufs  de  Truite  du  lac  de  Garde,  envoyés  dernièrement,  nous  en 
attendons  l'éclosion  d'un  jour  à  l'autre.  C'est  à  peine  si  nous  avons  perdu 
en  moyenne  3  pour  100  de  ces  œufs.  Les  soins  les  plus  assidus  sont 
donnés  à  ces  difiérentes  espèces,  et  je  suis  heureux  d'en  communiquer 
les  bons  résultats.  Tout  fait  prévoir  que  la  période  d'alevinage  sera  aussi 
heureuse  que  celle  de  l'incubation.  » 

—  M.  Max.  Cornu,  inspecteur  général  de  la  sériciculture ,  lAI.  le  Di- 
recteur de  l'Ecole  nationale  d'agriculture  de  Grignon  et  M.  le  Directeur 
de  la  station  séricicole  de  Montpellier,  accusent  réception  et  remercient 
de  l'envoi  qui  leur  a  été  fait  de  la  graine  de  Ver  à  soie  de  la  variété 
dite  Verdolina  Casait. 

—  M""  veuve  Simon  écrit  de  Bruxelles  :  c  Nous  poursuivons  avec 
persévérance  notre  propagande  séricicole,  persuadés  que  l'agriculture, 
dont  les  revers  sont  immenses,  ne  peut  manquer  de  retrouver  des  jours 
prospères.  Nous  vous  ferons  connaître  le  plus  possible  nos  Bombyx,  afin 
que,  lorsque  des  jours  meilleurs  viendront,  l'industrie  puisse  prendre  un 
nouvel  essor.  Nos  dispositions  sont  prises  pour  offrir  à  la  Société  quel- 
ques centaines  de  grammes  de  graine  à'Attacus  Pernyi  de  seconde 
récolte.  Nous  serions  heureux  de  donner  l'occasion  d'expérimenter  en 
France  la  seconde  récolte  de  Pernyi.  » 

—  Des  demandes  de  graines  sont  adressées  par  MM.  Delalande,  Chiffel, 
Mathey,  d'Augy  et  Gnecchi,  ainsi  que  par  la  Société  nantaise  d'horti- 
culture et  par  le  Comice  agricole  de  Brioude 

—  M.  le  comte  de  Bouchaud  de  Bussy  écrit  de  Lyon  :  «  Les  Bambous 
que  j'ai  reçus  il  y  a  quelques  années  delà  Société  d'Acclimatation  sont 
les  B.  violascens,  viridi-glaucescens,  Simoni,  Quilloi.  J'avais  déjà  les 
Bambusa  mitis,  aurea,  nigra,  gracilis  et  scriptoria.  Ceux  qui  ont  pris 
le  plus  de  développement  sont  les  B.  mitis,  violascens,  nigra  et  aurea. 
Us  atteignent  (les  B.  violascens  et  nigra)  environ  6  ou  7  mètres  de 
hauteur  et  un  diamètre  de  0,03  à  0,035.  Le  Mitis  atteint  jusqu'à  8  et 
9  mètres  de  hauteur  sur  0,0i  à  0,05  de  diamètre.  Ils  sont  de  belle  venue 
et  pourvus  d'un  feuillage  fort  abondant.  Us  drageonnent  à  d'immenses 
distances,  et  on  a  toutes  les  peines  du  monde  à  les  arrêter  dans  leur 
travail  souterrain.  Le  B.  Quilioi,  jusqu'à  présent,  est  loin  d'égaler  la 
vigueur  même  de  B.  aurea.  Cependant,  la  description  dont  il  a  été  l'objet 
lui  attribuerait  une  taille  plus  élevée  que  celle  que  je  lui  ai  vu  prendre 
chez  moi  jusqu'à  ce  moment.  Il  ne  paraît  pas  d'ailleurs  plus  délicat  que 
les  autres,  et  je  serais  disposé  à  croire  qu'il  a  été  mal  étiqueté.  Quant 
au  viridi-glaucescens,  il  fleurit  continuellement  et  ne  donne  que  de  très 
médiocres  pousses.  Est-ce  bien  le  viridi-glaucescens  ? 

»  Le  B.  nigra  est  un  des  plus  beaux  et  plus  vigoureux  chez  moi. 
»  Le  B.  scriptoria  est  joli  et  assez  vigoureux.  Mais  il  est  infiniment 
plus  sensible  au  froid  que  les  autres.  11  pousse,  du  reste,  beaucoup  plus 


PROCÈS-VERBAUX.  175 

tard,  et  ses  pousses  sont  encore  incomplètement  développées  quand  sur- 
vient l'hiver. 

»  Le  B.  gracilis  est  souvent  éprouvé  par  les  hivers. 

»  J'ai  depuis  peu  de  temps  le  B.  à  tiges  carrées.  Mais  il  n'a  pas  encore 
donné  de  tiges  assez  fortes  pour  me  permettre  de  bien  l'apprécier.  Il  a 
commencé  cet  été  dernier  à  végéter  avec  assez  de  vigueur,  ce  qui  me 
paraît  d'un  excellent  augure  pour  la  saison  prochaine. 

»  Les  Chamœrops  exceha,  qui  proviennent  de  graines  qu'a  bien  voulu 
m'envoyer  dans  le  temps  la  Société  d'Acclimatation,  sont  au  nombre 
d'une  trentaine.  Ils  ont  environ  l^.SO  à  l'",50  de  hauteur  et  sont  on  ne 
peut  plus  vigoureux.  Us  se  distinguent  entre  eux,  pour  quelques-uns  du 
moins,  par  un  port  plus  ou  moins  érigé  ou  étalé  et  des  feuilles  de  teintes^ 
assez  différentes.  Us  n'ont  pas  encore  fleuri.  Ils  doivent  avoir  une  dou- 
zaine d'années  de  semis.  Plusieurs  ne  tarderont  pas  à  fleurir,  car  ils 
sont  très  forts. 

»  'en  possède  quelques  pieds  plus  anciens,  et  que  j'avais  acquis  de 
divers  côtés  ;  aussi  fructifient-ils  et  fleurissent-ils  abondamment  depuis 
quelques  années  déjà;  il  en  est  qui  ont  3  mètres  à  A  mètres  de  hauteur 
et  restent  cependant  assez  bien  garnis  de  feuilles.  Us  sont  fort  beaux  et 
sont  très  remarqués  de  mes  visiteurs. 

»  J'ai  l'honneur  de  vous  expédier  aujourd'hui  une  boîte  desdites  graines 
récoltées  cet  hiver.  Il  y  en  a  environ  3  kilogrammes,  que  la  Société 
d'Acclimatation  pourra  distribuer  à  son  gré,  trop  heureux  que  je  suis  si 
quelques-uns  de  nos  collègues  peuvent  en  retirer  quelque  profit  et 
quelque  utilité 

»  Jusqu'à  présent  je  n'ai  pas  trouvé  à  uUliser  d'une  façon  satisfaisante 
mes  Bambous.  Cependant  j'ai  cherché  à  les  vendre,  mais  sans  en  trouver 
de  placement  assuré.  Si  la  Société  d'Acclimatation  pouvait  me  donner 
quelques  indications  à  ce  sujet,  je  lui  en  serais  profondément  reconnais- 
sant, désirant  tout  naturellement  tirer  parti  de  ces  intéressantes  grami- 
nées, cultivées  chez  moi,   au  château  de  Roussan,  dans  les  Bouches-du- 

Khône. 

»  Si  la  Société  avait  en  distribution  quelques  nouveaux  et  remarqua- 
quables  Bambous,  je  lui  saurais  un  gré  infini  de  m'en  envoyer  quelques 
éclats  ce  printemps.  De  même  que  je  me  mets  à  sa  disposition  pour  en 
remettre  à  un  certain  nombre  de  membres  de  la  Société  qu'elle  me  dési- 
gnerait. 

>  Si  la  Société  avait  également  quelques  nouveaux  végétaux  de  plein 
air,  dignes  d'intérêt,  à  répartir  entre  les  sociétaires  de  bonne  volonté, 
je  m'ofl're  volontiers  pour  qu'il  m'en  soit  remis  quelques  spécimens, 
m'engageant  à  en  faire  l'objet  d'un  rapport  annuel.  » 

—  M.  AUigné  écrit  de  Vire  :  «  Les  Bambous  que  la  Société  a  bien 
voulu  me  confier  en  cheptel  l'année  dernière,  au  mois  de  mai,  ont  eu 
une  végétation  aérienne  presque  insignifiante,  probablement  à  cause  de 


176  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D' ACCLIMATATION. 

la  saison  avancée  dans  laquelle  ils  ont  été  transplantés,  quelques  tiges 
ne  dépassant  pas  59  à  60  centimètres  en  hauteur.  Mais  je  me  suis  trouvé 
fort  étonné,  ces  jours  derniers,  en  faisant  labourer  le  terrain  entre  les 
touffes  qui  sont  espacées  de  4  mètres  environ,  de  trouver  à  une  touffe  de 
violacens  une  racine  traçante  de  2  mètres  de  longueur  et  un  peu  plus 
grosse  qu'un  porte-plume.  J'espère  que  cette  année  ils  feront  de  rapides 
progrès,  car  le  sol  dans  lequel  je  les  ai  plantés  est  exceptionnellement 
bon  ;  c'est  un  terrain  d'alluvion,  situé  sur  le  bord  d'un  cours  d'eau,  qui 
est  toujours  frais,  sans  jamais  être  submergé.  » 

—  M.  Jules  Delalande  écrit  de  Bayeux  :  «  Je  vous  demanderai  la  per- 
mission de  critiquer  un  peu  le  mode  de  plantation  de  la  noix  du  Cary>a 
olivœformis  indiqué  dans  la  Chronique. 

»  En  règle  générale,  on  doit  planter  isolément  toute  graine  qui,  une 
fois  levée,  présente  des  difficultés  à  la  transplantation.  En  supposant  que 
l'on  sème  trois  ou  quatre  noix  par  trou,  il  se  présente  deux  cas.  Le  pre- 
mier est  la  germination  de  toutes  les  graines;  mais,  au  moment  où  l'on 
est  forcé  d'arracher  les  plants  qui  gêneraient  la  végétation  du  Carya 
que  l'on  conserve,  on  ne  peut  le  faire  sans  souvent  briser  le  chevelu  de 
la  jeune  plante,  ce  qui  arrête  sa  végétation  et  souvent  la  fait  mourir. 
Dans  le  deuxième  cas,  il  peut  se  trouver  des  graines  de  gâtées,  et  ces 
graines,  entrant  en  décomposition,  font  mourir  la  graine  qui  a  poussé. 
Voici  le  mode  à  employer  pour  les  graines  germées  ou  développées  et 
difficilement  transplantables  :  Planter  séparément,  soit  en  pleine  terre, 
soit  en  pot,  et  de  préférence  en  pot,  ce  qui  permet  de  choisir,  au  mo- 
ment où  la  plante  est  développée,  l'emplacement  définitif  qu'elle  d'oit 
occuper.  Par  ce  système,  les  plants  ne  subissent  aucun  danger  de  trans- 
plantation. » 

—  M.  Clogenson  adresse  une  demande  de  Bambous  et  de  Vignes 
nouvelles.  Par  une  autre  lettre,  M.  Clogenson  rend  compte  de  la  situation 
des  végétaux  qui  lui  ont  été  confiés. 

—  M.  de  Lonlay  adresse  un  rapport  sur  ses  cultures  de  végétaux  exo- 
tiques. 

—  M.  Pontet  écrit  d'Aurillac  :  «  Les  cinq  plantes  qui  m'ont  été  adres- 
sées le  20  avril  1882  ont  assez  bien  prospéré,  sauf  cependant  VOsman- 
thus  illicifolius,  qui  est  toujours  fort  malingre.  » 

—  M.  Dareste  signale  une  monstruosité  qu'il  a  récemment  observée 
sur  un  embryon  de  Gasoar,  et  qui  consiste  en  ce  qu'une  partie  de  la  tête 
se  trouve  adhérente  au  jaune  de  l'œuf  par  une  bride  membraneuse. 
Bien  qu'extrêmement  rare,  le  fait  n'était  pas  absolument  inconnu.  Une 
observation  du  même  genre  a  été  faite  en  1827  par  Etienne  Geoffroy 
Saint-Hilaire,  sur  un  embryon  de  Poule,  qui,  de  même  que  celui  du 
Casoar,  s'était  trouvé  dans  l'impossibilité  d'éclore.  M.  Uareste  ajoute  que 
ie  sujet  monstrueux  qu'il  met  sous  les  yeux  de  l'assemblée  présente  une 
hernie  de  l'encéphale;  les  hémisphères  cérébraux  forment  une  sorte  de 


PROCÈS-VERBAUX.  177 

tumeur  en  dehors  de  la  tête,  anomalie  qui  n'est  pas  incompatible  avec  la 
vie.  Elle  se  produit  parfois  chez  des  Poulets,  sur  lesquels  on  voit  la 
tumeur  se  compléter  extérieurement  par  la  formation  d'une  peau  cou- 
verte de  plumes,  et  intérieurement  par  l'ossification  de  la  partie  du  crâne 
membraneux  qui  se  trouve  au-dessous  de  la  peau.  Cette  conformation 
anatomique  se  trouve  réalisée  d'une  manière  constante  dans  la  Poule  dite 
de  Padoue;  et,  fait  très  singulier,  c'est  que,  jusqu'à  la  fin  du  siècle  der. 
nier,  cette  race  de  Poules  ne  présentait  ce  caractère  héréditaire  que 
dans  le  sexe  femelle.  Depuis,  la  même  conformation  s'est  propagée  du 
sexe  femelle  au  sexe  mâle.  En  s'occupant  d'expériences  sur  la  formation 
des  monstruosités,  M.  Dareste  a  eu  très  souvent  occasion  de  constater 
l'apparition  de  cette  hernie  cérébrale  sur  des  Poulets  qui  n'appartenaient 
pas  à  la  race  de  Padoue,  et  il  estime  que  si  l'on  avait  élevé  ces  oiseaux, 
ils  auraient  pu  devenir  la  souche  d'une  race  tout  à  fait  comparable  à  cellft 
de  Padoue.  Cette  tumeur  céphalique,  formée  par  une  hernie  de  l'encé- 
phale, a  été  observée  chez  d'autres  oiseaux,  le  Canard  notamment,  et  il 
est  probable  que  si  l'on  suivait  les  expériences  sur  une  échelle  suffisante, 
on  arriverait,  pour  toutes  les  espèces  d'oiseaux,  à  produire  des  races 
analogues  à  la  race  des  Poules  de  Padoue. 

—  31.  Saint-Yves  Ménard  rappelle  à  ce  sujet  qu'un  très  grand  nombre 
de  nos  races  d'animaux  domestiques  n'ont  pas  d'autre  origine  qu'une 
anomalie  quelconque  devenue  héréditaire,  et  souvent  fixée  par  la  sélec- 
tion. On  peut  citer  comme  exemples  les  races  de  Lapins  et  de  Moutons 
sans  oreilles,  de  Chiens  à  courte  queue,  de  Chiens  bassets,  etc.  Il  existe 
en  Amérique  une  race  de  Bœufs  à  tête  raccourcie,  dite  à  tête  de  boule- 
dogue; l'origine  en  est  inconnue,  mais  il  est  facile  de  l'entrevoir.  Toutes 
les  personnes  qui  s'occupent  de  monstruosités  savent,  en  effet,  qu'on  voit 
parfois  des  Veaux  à  tête  de  bouledogue  naître  de  Vaches  très  bien  consti- 
tuées. Le  fait  s'est  notamment  produit  l'année  dernière  au  Jardin  d'Ac- 
climatation, où  les  visiteurs  étaient  frappés  de  la  conformation  singulière 
de  l'animal.  H  y  avait  là  une  anomalie  susceptible  d'être  héréditaire  si  le 
sujet  eût  vécu  et  qu'on  eût  voulu  en  tirer  souche. 

De  semblables  faits  n'ont  pas  qu'un  intérêt  de  curiosité,  car  les  modi- 
fications devenues  héréditaires  peuvent  porter  sur  des  détails  très  impor- 
tants pour  l'éleveur;  par  exemple,  sur  la  laine,  s'il  s'agit  de  Moutons,  ou 
sur  le  développement  des  muscles  chez  tous  les  bestiaux.  Les  Mérinos  de 
Mauchamp,  les  Bœufs  de  Durham,  ont  pour  souche  un  animal  unique, 
dont  les  caractères,  transmis  à  ses  descendants,  ont  été  fixés  par  la  sélec- 
tion. Un  des  plus  puissants  moyens  que  nous  ayons  pour  modifier  les 
animaux,  c'est  donc  l'observation  et  la  mise  à  profit  des  hasards  de  la 
reproduction,  (jui  mettent  à  notre  disposition  certains  sujets  présentant 
certaines  particularités  Sjiéciales,  les  unes  avantageuses,  les  autres  inté- 
ressantes seulement  au  point  de  vue  scientifique. 

—  M.  Camille  Dareste  a  vu  il  y  a  une  quinzaine  d'années,  dans  le 

3«  SÉRIE,  T.  X.  —  Mars  1883.  12 


178  SOCIÉTÉ  NATIONALE  D'aCCLIMATATION. 

département  du  Nord,  un  Veau  à  tête  de  bouledogue.  La  pièce  a  été 
montée;  elle  appartient  au  musée  de  Lille. 

Des  photographies,  qu'il  en  a  fait  faire  à  celte  époque,  seront  mises 
par  M.  Dareste  sous  les  yeux  de  la  Société  dans  sa  prochaine  séance. 

—  M.Jules  Gautier  donne  lecture  [d'un  rapport  fait  au  nom  de  la 
Commission  de  la  chasse  concernant  un  projet  de  loi  sur  les  animaux 
nuisibles  (voy.  au  Bulletin). 

Les  conclusions  de  ce  rapport  sont  mises  aux  voix  et  adoptées  à  l'una- 
nimité. L'assemblée  décide  que  le  rapport  et  le  projet  de  loi  qui  l'accom- 
pagne seront  adressés  à  M.  le  rapporteur  de  la  Commission  du  projet  de 
loi  sur  la  chasse,  à  la  Chambre  des  députés,  à  MM.  les  Ministres  de  l'in- 
térieur et  de  l'agriculture. 

—  A  l'occasion  de  la  lettre  de  M.  Mairet,  qui  signale  une  monstruosité 
observée  chez  un  jeune  Faisan,  M.  Dareste  dit  que  les  déviations  des 
membres  sont  assez  fréquentes  dans  les  monstruosités  artificielles.  Ce 
fait  se  produit  lorsque  le  corps  de  l'embryon  est  comprimé  par  l'amnios. 
Dans  ces  conditions,  les  membres  peuvent  être  plus  ou  moins  gênés,  et 
alors  tantôt  ils  s'atrophient  plus  ou  moins,  tantôt  ils  sont  contournés, 
renversés  de  différentes  façons.  C'est  probablement  d'un  fait  de  ce  genre 
dont  parle  M.  Mairet. 

—  M.  Jean  Dybowski  fait  une  intéressante  communication  sur  la  Bar- 
dane  comestible  du  Japon  (voy.  au  Bulletin). 

En  réponse  à  des  questions  qui  lui  sont  posées  par  M.  le  Président, 
ainsi  que  par  MM.  Millet  et  de  Barrau  de  Muratel,  M.  Dybowski  fait  con- 
naître que  cette  plante  ne  craint  pas  la  gelée  et  peut  être  cultivée  dans 
tous  les  déparlements  de  la  France,  qu'elle  ne  paraît  pas  épuisante  pour 
le  sol  et  qu'elle  peut  réussir  dans  tous  les  terrains  oîi  croît  la  Bardane 
commune. 

—  M.  Decroix  rend  compte  d'expériences  faites  sur  l'utilisation,  pour 
la  nourriture  des  chevaux,  du  produit  connu  dans  le  commerce  sous  le 
nom  de  tourteaux  de  Cocotier.  11  résulte  de  ces  expériences,  faites  sur 
des  chevaux  de  l'armée,  que  les  tourteaux  peuvent  être  substitués  à 
l'avoine  dans  une  certaine  proportion,  sans  inconvénient  pour  la  santé 
et  la  vigueur  des  chevaux,  et  que  cette  substitution  permettrait  de  réa- 
liser une  économie  annuelle  de  50  francs  par  tète  de  cheval  (voy.  au 
Bulletin). 

—  M.  Hédiard  demande  si  les  tourteaux  n'ont  pas  une  forte  odeur  de 
rance.  La  farine  de  coco,  fraîchement  préparée,  est  très  agréable  au  goût  ; 
la  maison  Siraudin  en  a  préparé  des  bonbons  qui  ont  joui  d'une  certaine 
vogue  ;  mais  cette  farine  rancit  vile. 

—  M.  Decroix  répond  que  les  tourteaux  ont,  en  effet,  une  rancidilé  très 
accentuée;  mais  que  néanmoins,  les  chevaux,  qui  généralement  refusent 
tout  d'abord  cette  nourriture,  l'acceptent  sans  grande  difficulté  quand 
on  les  met  à  la  diète  pendant  quelques  heures. 


PROGÈS-VERtJAUX.  179 

—  M.  le  Président  fait  observer  que  la  Commission  d'hygiène  hippique, 
chargée  parle  Ministre  de  la  guerre  d'étudier  la  question,  n'a  pas  encore 
déposé  son  rapport. 

—  M.  Dybowski  rappelle  que  les  soi-disant  tourteaux  de  Cocotier  pro- 
viennent en  réalité  de  VEUm  Guineensis,  dont  le  fruit  a  toujours  un 
goût  rance  quand  il  n'est  pas  frais. 

—  M.  le  Président  désirerait  savoir  si  la  production  est  abondante  et 
si  elle  pourrait  subvenir  aux  besoins  de  la  consommation,  dans  le  cas  où 
ces  tourteaux  viendraient  à  être  réellement  acceptés  en  Europe  pour 
l'alimentation  du  cheval. 

—  M.  Dybowski  estime  que  la  production  doit  être  considérable,  attendu 
que  des  flottes  entières  de  navires  marchands  vont  chaque  année  sur  les 
côtes  de  Guinée  (patrie  de  VElaïs  Guineensis)  y  chercher  un  plein  char- 
gement des  fruits,  lesquels  sont  utilisés  particulièrement  à  Londres  et  à 
Marseille  pour  l'extraction  de  l'huile. 

—  M.  de  Barrau  de  Muratel  rappelle  que  c'est  cette  huile  qui  est  dé- 
signée dans  le  commerce  sous  le  nom  d'huile  de  palme. 

—  M.  Saint- Yves  Ménard  dit  que  les  tourteaux  d'Ëlaïs  ont  été  essayés 
au  Jardin  d'Acclimatation  pour  l'alimentation  des  Vaches  laitières.  Sub- 
stitué dans  une  certaine  proportion  à  la  farine  de  maïs,  ce  produit  a 
déterminé  dans  la  production  du  lait  une  augmentation  d'un  vingtième 
environ.  Aucune  observation  n'a  été  faite  quant  à  la  qualité  du  lait, 
auquel  certains  tourteaux  oléagineux  donnent  un  goût  désagréable.  Il 
en  est  de  même  des  tourteaux  de  maïs  provenant  des  fabriques  d'amidon. 
Cette  nourriture,  qui  augmente  le  rendement  en  lait  d'une  fagon  extraor- 
dinaire, et  qui  amène  un  engraissement  rapide,  donne  au  Jait  un  goût 
d'ail  très  prononcé,  et,  détail  assez  curieux,  ce  goût  ne  se  manifeste 
guère  que  vingt-quatre  heures  au  moins  après  la  traite. 

—  M.  Geoffroy  Saint-llilaire  fait  connaître  que  la  Compagnie  générale 
des  Omnibus  a  entrepris  de  son  côté  des  expériences  sur  l'alimentation 
des  chevaux  avec  la  farine  de  Cocotier;  on  peut  donc  espérer  avoir  pro- 
chainement, pour  apprécier  la  qualité  de  cet  aliment,  des  renseigne- 
ments circonstanciés  et  émanant  de  sources  absolument  distinctes. 

—  M.  Hédiard  dit  qu'il  existait  il  y  a  une  quinzaine  d'années  à  la 
Briche,  près  Saint-Denis,  un  établissement  spécial  pour  la  préparation 
de  l'huile  de  coco.  La  bourre  du  fruit  était  utilisée  comme  crin  végétal  ; 
les  coquilles  servaient  à  fabriquer  des  boutons,  et  la  sciure  était  em- 
ployée pour  faire  des  fdtres.  Cette  exploitation,  dont  la  cessation  paraît 
avoir  été  amenée  par  des  causes  financières,  pourrait,  si  elle  était  bien 
conduite,  donner  des  résultats  avantageux,  attendu  qu'on  peut,  dans 
certains  pays,  et  notamment  sur  les  côtes  de  Madagascar,  se  procurer 
des  cocos  en  très  grande  quantité  et  au  prix  de  5  francs  le  cent,  rendus 
au  port  d'embar([uement. 

—  MM.  Geoffroy  Saint-llilaire,  de  Barrau  de  Muratel  et  Maurice  Girard 


180  SOCIÉTÉ  NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

insistent  sur  ce  point,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  le  Coco,  ou  fruit  du 
Cocos  nucifera,  qui  est  volumineux,  enveloppé  d'une  sorte  de  crin  vé- 
o-étal,  avec  le  fruit  de  1'  Elais  Gidneensis,  qui  est  de  la  grosseur  d'une 
forte  noix,  et  dont  on  obtient  l'huile  de  palme. 

—  M.  Hédiard  dépose  sur  le  bureau  des  échantillons  d'Ignames,  sur 
lesquels  il  donne  les  renseignements  suivants  : 

Dioscorea  alata.  —  Cette  grosse  Igname  à  chair  blanche  est  très  fari- 
neuse et  mucilagineuse;  on  la  cultive  beaucoup  aux  Antilles;  celles  que 
j'ai  l'honneur  de  vous  présenter  viennent  de  la  Martinique.  La  pellicule 
est  un  peu  rugueuse,  de  couleur  gris  de  terre;  la  forme  est  longue,  de  la 
grosseur  et  de  la  longueur  du  bras;  les  racines  pèsent  environ  de  5  à 
10  kil.;  il  y  en  a  plusieurs  variétés  de  cette  taille,  mais  celle-ci  est  plus 
estimée. 

Les  Ignames  à  chair  violette  se  conservent  beaucoup  moins  et  ne  sont 
pas  aussi  féculentes. 

On  a  cultivé  en  Algérie,  il  y  a  une  dizaine  d'années,  l'Igname /am^es 
d'Éléphant,  mais  cette  variété  est  très  mal  faite,  et  offre  beaucoup  de 
déchet  à  l'emploi,  la  qualité  est  aussi  inférieure;  il  y  a  aussi  le  Diosco- 
rea Batata,  cultivé  aux  environs  de  Paris,  mais  cette  espèce  est  très 
coûteuse  à  cultiver  à  cause  de  l'arrachage  difficile  ;  ses  racines  sont  lon- 
gues et  épaisses;  elle  est,  du  reste,  très  bonne  en  beignets,  mais  ne 
peut  remplacer  pour  les  amateurs  des  colonies  la  grosse  Igname  citée 
plus  haut. 

Igname  dite  Cousscouche.  — Celte  espèce  d'Igname  que  j'ai  déjà  pré- 
sentée en  décembre  dernier  provient  également  de  l'île  Martinique. 

Le  poids  des  tubercules  est  de  250  grammes  à  1  kilog.;  la  forme  en 
est  conique  par  le  collet,  et  s'élargit  à  la  base  en  forme  de  main;  la  lon- 
gueur n'est  guère  que  de  15  à  20  centimètres,  ce  qui  en  rend  la  culture 
bien  plus  facile  que  celle  de  la  grosse  Igname,  dite  de  Guinée.  La  chair 
en  est  très  blanche  et  fine,  et  elle  est  fort  estimée  des  amateurs  des 
colonies. 

La  préparation  varie  suivant  les  habitudes  de  pays;  on  la  fait  cuire 
autour  de  la  viande,  en  ragoût  ou  dans  des  soupes  créoles,  ou  bien 
encore  en  beignets.  Je  crois  qu'il  serait  possible  d'en  cultiver  dans  le 
midi  de  la  France,  parce  que  ses  tubercules  germent  assez  facilement 
pendant  la  traversée.  Il  ne  m'a  pas  été  possible  d'en  envoyer  en  Algérie, 
l'entrée  en  étant  interdite. 


PROCÈS-VERBAUX.  181 

SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  30  MARS  1883. 
Présidence  de  M.  Camille  Dareste,  membre  du  Conseil. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté,  après 
quelques  observations  de  MM.  Decroix,  Gautier,  Millet  et  Saint-Yves 
Ménard. 

—  A  l'occasion  du  procès-verbal,  M.  Lespinasse  dit  que  le  produit 
livré  par  le  commerce  sous  le  nom  de  farine  de  cocotier  est  bien  tiré 
réellement  de  la  noix  de  coco,  Cocos  nucifera.  Ces  tourteaux,  résidus  de 
la  fabrication  de  l'huile  de  coco,  sont  plus  blancs  que  ceux  provenant  de 
la  noix  de  VElaïs  Guineensis,  fruit  qui  fournit  l'huile  de  palme  et  dont 
l'enveloppe  de  couleur  grise  donne  aux  tourteaux  une  nuance  particu- 
lière. M.  Lespinasse  met  sous  les  yeux  de  l'Assemblée  des  échantillons 
de  ces  différents  produits. 

—  M.  de  Rarrau  de  Muratel  rend  compte  de  l'essai  qu'il  a  fait  de  la 
Rardane  du  Japon  présentée  par  M.  Dybowski  dans  la  précédente  séance. 
Préparée  à  la  façon  des  salsifis,  cette  plante  lui  a  paru  très  tendre  et 
agréable  à  manger,  bien  que  les  racines  fussent  restées  toute  l'année  en 
terre,  et  que,  par  suite,"  elles  ne  présentassent  pas  toutes  les  qualités 
qu'elles  auraient  pu  avoir  si  elles  avaient  été  plus  fraîches.  D'ofi  l'on 
peut  conclure  qu'en  saison  convenable  ce  légume  doit  être  réellement 
très  bon  et  qu'il  y  aurait  une  grande  ulilité  à  en  propager  la  culture. 

—  M.  Millet  fait  remarquer  que,  d'après  le  procès-verbal,  le  rapport 
sur  la  destruction  des  animaux  nuisibles  serait  envoyé  seulement  à  la 
Commission  de  la  Chambre  de  députés.  Or  notre  confrère  croit  que,  sur 
sa  demande  et  celle  de  M.  Gautier,  l'assemblée  avait  décidé  que  des 
exemplaires  de  ce  rapport  seraient  envoyés  aux  préfets  et  aux  Conseils 
généraux,  lesquels  ont  été  saisis  de  la  question  par  le  gouvernement. 

—  M.  Gautier  ne  croit  pas  qu'on  ait  suivi  cette  marche  lors  de  l'envoi 
du  précédent  rapport  concernant  la  loi  sur  la  chasse.  Noire  confrère 
ajoute  qu'il  s'est  borné  à  demander  qu'on  procède  pour  le  nouveau 
rapport,  comme  on  l'a  fait  pour  le  premier,  et  qu'il  ne  voit  pas  d'avan- 
tage à  adresser  ce  travail  aux  préfets  pour  en  saisir  les  Conseils  géné- 
raux. 

—  M.  Millet  estime  qu'il  y  a  intérêt  à  envoyer  le  rapport  au  Ministre 
de  l'Agriculture,  ainsi  qu'au  Ministre  de  l'Inlérieur  et  au  Préfet  de  po- 
lice, dans  les  attributions  desquels  la  surveillance  de  la  chasse  se  trouve 
placée.  L'envoi  serait  non  moins  utilement  fait  aux  Conseils  généraux, 
qui  ont  été  consultés  par  le  Ministre  de  l'intérieur  sur  la  proposition 
Labitte. 

—  M.  Gautier  fait  observer  que  si  l'on  adresse  le  nouveau  rapport  à 


182  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

des  personnes  qui  n'ont  pas  reçu  le  premier,  il  conviendrait  de  leur  en- 
voyer également  celui-ci,  car  les  deux  questions  traitées  sont  connexes. 

—  M.  Saint-Yves  Ménard  rappelle  que  le  rapport  sur  la  chasse  n'a 
pas  été  tiré  à  un  nombre  suffisant  d'exemplaires  pour  que  l'envoi  puisse 
en  être  fait  aux  Conseils  généraux. 

—  L'assemblée  décide  le  renvoi  au  Conseil  de  la  proposition  tendant 
à  ce  que  le  rapport  sur  la  destruction  des  animaux  nuisibles  soit  adressé 
à  MM.  les  préfets  des  départements  et  aux  Conseils  généraux. 

—  A  l'occasion  de  communications  faites  dans  la  dernière  séance  con- 
cernant les  bizarreries  qui  peuvent  se  produire  chez  les  animaux  et  de- 
venir la  souche  de  variétés  ou  races,  M.  llené  de  Sémallé  rapporte  avoir 
vu,  rue  Guénégaud,  un  Chat  de  grosseur  monstrueuse,  dont  la  taille 
atteint  au  moins  trois  fois  celle  d'un  Chat  ordinaire.  Ce  Chat,  ajoute 
M.  de  Sémallé,  aurait  pu  servir  à  former  une  race  véritablement  gigan- 
tesque. 

—  M.  Lespinasse  estime  qu'il  ne  faut  pas  s'exagérer  la  facilité  de  mo- 
difier la  taille  ou  les  autres  caractères  des  animaux,  attendu  que  bien 
souvent  les  produits  de  sujets  présentant  des  anomahes  très  prononcées, 
rentrent  complètement  dans  le  type  régulier.  On  sait,  par  exemple,  que 
le  nain  américain,  exhibé  autrefois  en  public  sous  le  nom  de  ïom  Pouce, 
épousa  une  femme  naine,  elle  aussi.  Tous  deux  ensemble  ne  pesaient 
pas  plus  de  30  kilogrammes.  Ce  couple  donna  toutefois  naissance  à  des 
enfants  qui,  devenus  adultes,  atteignirent  la  grandeur  naturelle. 

—  M.  Saint-Yves  Ménard  constate  que  les  faits  d'atavisme  sont  indé- 
niables, et  que  toutes  les  anomalies  ne  deviennent  pas  forcément  hérédi- 
taires ;  mais  il  insiste  toutefois  sur  ce  fait  que  c'est  bien  par  suite  de 
l'observation  et  de  la  mise  à  profit  de  certaines  anomalies  qu'on  est 
arrivé  à  Jixer  des  caractères  d'une  très  grande  importance  chez  beaucoup 
d'animaux. 

—  M.  le  Président  met  sous  les  yeux  de  l'assemblée  des  photographies 
d'un  squelette  de  Bœuf  qui  appartient  au  musée  de  Lille.  Dans  ce  sujet 
la  mâchoire  supérieure  est  très  raccourcie  et  la  tête  rappelle  complète- 
ment celle  d'un  bouledogue.  Cette  déformation  singulière,  ajoute  M.  Da- 
reste,  qui  n'est  pas  extrêmement  rare  dans  nos  races  bovines,  et  qui  se 
produit  en  France  d'une  façon  pour  ainsi  dire  sporadique,  se  montrait  à 
l'état  permanent  chez  une  race  de  Bœufs  qui  a  existé  pendant  près  de 
deux  siècles  dans  l'Amérique  du  Sud  sur  les  bords  de  la  Plata.  Cette 
race  paraît  avoir  disparu;  mais  il  en  existerait  une  autre,  de  même  na- 
ture, au  Mexi(jue. 

—  Des  remerciements  au  sujet  de  leur  récente  admission  sont  adressés 
par  M.M.  Boyron,  Fournier,  Ganivet  et  Viéville. 

—  La  Société  Néerlandaise  de  Zoologie  remercie  de  l'envoi  qui  lui  est 
fait,  en  échange  de  son  journal,  du  Bulletin  de  la  Société  nationale 
d'Acclimatation. 


PROCÈS-VERBAUX.  183 

—  M.  Raverel-Wattel  signale  à  celte  occasion  un  Iravail  extrêmement 
remarquable  publié  dans  le  recueil  de  la  Société  Néerlandaise  de  Zoolo- 
gie, par  le  bibliothécaire  de  cette  Société,  M.  le  D""  P.  P.  G.  Hoek,  de 
Leyde,  concernant  les  organes  génitaux  de  l'Huître. 

—  Des  demandes  de  cheptels  sont  adressées  par  MM.  Boyron,  Tarlier, 
de  Saint-Quentin,  Vigour  et  Vincendon-Dumouliu. 

—  M.  Carpentier  de  Juvigny  renouvelle  sa  demande  d'un  cheptel  de  Cerf 
nains  de  la  Chine.  MM.  Pontet,  Leprévost-Bourgerel,  B.  Gléraot,  Jules 
Dodemont,  Martel-Houzet,  Desroches,  Zeiller,  vicomte  de  Mondion,  Poin- 
signon,  de  Fiennes,  Ferary,  Nelson-Pautier,  Giraud-Ollivier,  comte  de 
l'Esperonnière,  Hiver,  F.  Laval,  Aubet,  Reynal,  Fubre  père  et  Guillin 
accusent  réception  et  remercient  des  cheptels  qui  leur  ont  été  adressés. 

—  M.  Dautreville  écrit  à  M.  le  Président  :  «  J'ai  l'honneur  de  présen- 
ter à  la  Société  la  poudre  loni-nutritive  au  sang  de  bœuf  desséché,  pro- 
duit nouveau,  et  qui  expérimenté  a  donné  déjà  des  résultats  intéressants 
pour  l'alimentation  des  Faisans,  Faisandeaux  et  jeunes  volailles.  Cette 
poudre  granulée  est  composée  de  sang  de  bœuf  desséché  représentant 
plus  de  cinq  fois  son  poids  de  sang  frais,  et  de  farines.  L'analyse  que  je 
vous  communique,  vous  montrera  d'ailleurs  quelle  peut  être  la  valeur 
de  ce  produit,  au  point  de  vue  de  l'alimentation.  Dans  le  cas  où  il  vous 
serait  agréable  de  faire  un  essai,  j'en  mettrais  volontiers  un  échantillon 
à  votre  disposition  ou  à  celle  d'un  des  membres  de  la  Société  que  ce  pro- 
duit pourrait  intéresser. 

»  L'analyse  de  la  poudre  toni-nutritive  granulée  au  sang  de  bœuf  des- 
séché a  donné  : 

Albumine  et  fibrine !20,87  pour  100. 

Matières  amylacées 67,83  — 

Eau 10,30  — 

Chlorure  de  sodium 0,70  — 

Acide  phosphorique,  chaux  et  potasse....     1,20  — 

Peroxyde  de  fer 0,04  —  » 

—  M.  Persin  adresse  les  renseignements  suivants  sur  les  Cerfs-Co- 
chons :  «  Ces  animaux  sont  superbes,  on  les  a  vus  tous  les  5  ensemble 
il  y  a  quelques  jours  ;  mais  on  les  voit  de  temps  en  temps  séparément 
ou  2  ou  3  ensemble.  Ils  ont  tout  à  fait  le  caractère  du  gibier,  nous  avons 
tout  l'hiver  chassé  les  lièvres  avec  chiens  courants  dans  le  parc  oîi  ils 
sont  ;  il  est  arrivé  quelquefois  aux  chiens  courants  de  les  attaquer,  chaque 
animal  chassé  savait  parfaitement  prendre  fuite  et  par  ses  ruses  se  dé- 
fendre de  la  paire  de  petits  chiens  avec  lesquels  nous  chassions  dans  ce 
parc. 

>  Du  reste,  depuis  que  nous  les  avons  laissés  dans  le  grand  parc,  on  ne 
leur  a  plus  donné  aucune  nourriture,  et  on  leur  en  donnerait  qu'ils  ne 
viendraient  pas  la  manger. 


184  SOCIÉTÉ    NATIONALE    d'AGCLIMATATION. 

»  Pendant  3  étés  ot  2  hivers  ils  se  sont  suffi  et  sont  magnifiques  ;  il 
me  senibli!  que  l'expérience  est  concluante.  C'est  du  vrai  gibier  de  chasse, 
et  mon  parc  en  supporterait  bien,  je  crois,  sans  inconvénient  2  ou  300 
comme  cela. 

»  C'est  bien  dommage  que  j'aie  eu  du  retard  au  début  par  l'erreur  qui 
a  été  commise  de  me  donner  un  mâle  au  lieu  d'une  femelle  pleine  :  j'en 
aurais  déjà  une  forte  bande  aujourd'hui.  J'aurais  bien  demandé  à  la 
Société  de  me  donner  un  deuxième  cheptel,  mais  je  crois  que  les  statuts 
s'y  opposent.  Cependant  il  vaudrait  bien  mieux,  dans  l'intérêt  du  but 
qu'elle  poursuit,  donner  2  ou  3  cheptels  à  celui  qui  sait  réussir  plutôt 
que  d'en  donner  à  d'autres  chez  lesquels  l'insécurité  est  à  peu  près 
certaine,  .l'ai  écrit,  pour  avoir  des  renseignements,  à  tous  mes  collègues 
qui  ont  de  ces  animaux,  presque  tous  m'ont  répondu  qu'ils  n'avaient  pu 
réussir,  tandis  que  je  suis  assuré  maintenant  que  dans  mon  parc  il  n'en 
manquait  pas  un.  » 

—  M.  Kiener  écrit  de  la  Forge  (Haute-Alsace)  :  «  Je  m'empresse  de 
vous  communiquer  un  nouveau  fait  relatif  au  croisement  entre  les  Co- 
chons d'Inde  et  les  Hats.  Un  de  mes  voisins  m'assure  qu'il  lui  est  arrivé 
souvent  d'épier  ses  Cobayes  et  de  les  voir  avec  des  Rats,  avec  lesquels 
ils  s'accouplaient.  Ici  et  à  Wihr-au-Val  (Haute-Alsace)  le  fait  est  très 
connu.  Les  personnes  qui  en  avaient  dans  des  écuries  à  porc  ou  dans  des 
remises  les  ont  vus  disparaître  un  beau  jour.  Ce  ne  sont  pas  les  Rats  qui 
manquent  à  Paris,  et  je  suis  convaincu  qu'après  quelques  tentatives  vous 
serez  édifié.  Le  fait  est  patent.  J'en  réponds.  î 

—  M.  le  marquis  d'Hervey  de  Sainl-Uenys  écrit  à  M.  le  Secrétaire  géné- 
ral :  «  Depuis  18  mois,  je  n'ai  plus  qu'un  Talégalle,  mais  il  résiste  depuis 
quelque  chose  comme  une  dizaine  d'années,  je  crois,  ou  tout  au  moins 
sept  à  huit  ans,  ayant  passé  à  l'état  complètement  sauvage,  et  ne  s'appro- 
chant  même  plus  des  habitations.  11  me  paraît  donc  évident  que  sans 
les  deux  hivers  extraordinaires  que  nous  avons  eus,  ces  oiseaux  se  seraient 
parfaitement  acclimatés.  » 

—  M.  Leroy  écrit  de  Fismes  :  «  .Malgré  la  rigueur  de  la  température, 
mes  Perdrix  du  Boutan  ont  fait  un  nid  sous  leur  abri,  à  portée  d'une 
toufîe  de  lilas.  Avant-hier,  !)  mars,  je  surpris  la  femelle  jetant  à  plusieurs 
reprises  avec  son  bec  des  pailles  par-dessus  son  dos,  ce  qui,  comme  vous 
savez,  est  l'indice  que  la  ponte  a  eu  lieu  ou  va  avoir  lieu.  Le  mâle  imita 
ce  manège.  J'allai  voir  au  nid.  Rien  encore.  Ce  nid,  comme  le  nid  de  la 
plupart  des  Perdrix  percheuses.  Colins,  Perdrix  de  Chine,  est  creusé  en 
terre  en  forme  de  four  et  recouvert  d'un  amas  de  brindilles  de  paille 
arrangées  sans  art  et  formant  voûte.  Le  nid  était  vide. 

>  Hier  dans  l'après-midi,  vers  quatre  heures,  je  surpris  le  mâle  faisant 
le  guet  auprès  de  l'entrée  du  nid. 

»  Je  ne  pus  m'assurer  de  ce  qui  s'était  passé  parce  que  la  nuit  vint  et 
je  ne  voulais  pas  empêcher  les  Perdrix  de  se  percher.  .Mais  ce  matin,  je 


PROCKS-VKF{ItAUX.  185 

viens  (l'entrevoir  un  œuf  au  Ibnd  du  irou  qui  sert  de  nid.  Col  œuf  m'a 
paru  très  gros  eu  ég'ard  à  la  taille  des  Perdrix  du  Houlaii  i|ui  est  celle 
de  noire  l'crdrix  grise,  f/œuf  est  di;  la  g^rosstiur  d'un  œuf  d(!  pigtion. 

»  J'espère  beaucoup  parce  (jue  les  sujets  sont  admirables  <le  santé  (îl 
de  vivacité. 

»  Si  la  Perdrix  du  Houtan  pouvait,  je  ne  dis  pas  s'acclitnatcM-,  car  elle 
l'est,  elle  me  paraît  très  dure  au  froid,  au  moins  autant  sinon  plus  que 
la  Perdrix  de  CIiIik;,  mais  se  plaire;  dans  nos  contrées  <;t  ikî  pas  émigrcr, 
ce  serait  une  vraie  trouvaille,  car  la  ponte  étant  (i(;  (biux  mois  plus  pré- 
coce que  celle  de  nos  Perdrix  françaises,  l'éducation  des  jeunes  serait 
terminée  longtemps  avant  la  faucbaison  des  prairies  arlilicielles,  si  fatale 
aux  couvées  du  gibier  à  plumes.  » 

—  M.  Gorry-Houteau  annonce  l'envoi  de  Léporides  provtînanl  de  sou 
cheptel. 

—  M.  Mathey  écrit  de  llochechouart  :  «...h;  viens  de  perdre  le  Coq  de 
Dorking  qui  m'a  été  confié  en  cheptel  et  que  j'ai  reçu  le  H  de  ce  mois. 
Peu  de  jours  après  son  arrivée,  je  remarquai  que  cet  animal  souffrait 
d'un  œil.  Cette  indisposition  ne  me  f)araissait  pas  assez  grave  pour  lui 
donner  l'air  aussi  triste  et  aussi  abattu,  et  je  l'examinai.  Je  reconnus 
alors  qu'il  était  atteint,  même  d'une  façon  très  grav<!,  de  la  diplitérite; 
des  fausses  membranes  jaunâtres  avaient  envahi  la  gorge,  la  langue  et 
les  parties  environnantes  en  étaient  coinpIèl(;ment  recouvertes  ;  à  la  langue 
elles  prenaient  une  teinte  noirâtre.  Je  le  traitais  au  frioyen  de  la  liipieur 
antidiphtérique,  composée  par  notre  confière  M  .  lîachy,  et  je  badi- 
geonnai la  gorge  avec  une  plume  imbibée  d'huile  de  pétrole,  moyen  dont 
je  connaissais  l'eflicacité.  Bientôt  le  mal  de  l'œil  empira,  les  paupières 
avaient  l'air  de  s'agrandir  et  le  dessous  était  teinté  de  noir.  Une  sup|)u- 
ration  assez  abondante  s'y  établit  bientôt,  ainsi  qu'aux  oreilles.  Des  bou- 
tons apparaissaient  autour  du  bec  et  au  bas  de  la  crèle  ;  le  Coq  refusa 
alors  toute  nourriture,  rejetant  même  celle  qu'on  lui  introduisait  dans  le 
bec;  enfin  dimanche  matin  la  crête  était  devenue  noire,  l'animal  ne  se 
tenait  plus  sur  ses  pattes  et  avait  coirijdètemetit  perdu  la  vue;  cet  état 
dura  jusqu'à  hier,  mardi  ;  à  cinq  heures  du  soir  le  Coq  était  mort.  Voyant 
le  Coq  atteint  aussi  gravement,  je  l'ai  séparé  des  poules,  qui  sont  égale- 
ment atteintes,  mais  d'une  façon  qui,  pour  le  moment,  ne  me  paraît  pas 
devoir  amener  un  résultat  fatal,  elles  mangent,  ont  pondu  quelques  œufs, 
je  leur  fais  prendre  chaque  matin  un  peu  de  liqueur  antidipbtérifjue. 
J'ai  répandu  du  phénol  dans  le  poulailler.  » 

■  —  .M.  Lefebvre  écrit  à  M.  le  Secrétaire  général  :  <i  Au  printemps  de 
188'i,  la  Société  a  bien  voulu  me  confier  en  cheptel  une  paire  de  Pigeons 
boulants  anglais  blancs  ;  ces  oiseaux,  évidemment  de  la  même  couvée, 
étaient  imparfaitement  déclarés  et  ne  furent  aptes  à  reproduire  que  dans 
le  mois  d'août,  même  année.  En  septembre  la  femelle  pondit  et  couva  — 
œufs  clairs  !  Une  nouvelle  ponte  suivit  bientôt,   de  laquelle  naquit  un 


18(3  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

jeune  qui  fut  laissé  par  les  parents  au  bout  de  12  jours  et  mourut  malgré 
tous  mes  soins.  L'hiver  vint  sur  ces  entrefaites,  la  femelle  pondit  encore 
une  fois  et  quelques  jours  après  je  trouvai  des  œufs  cassés.  Je  ne  déses- 
pérais pas,  bien  que  déjà  à  cette  époque,  ma  conviction  fût  faite.  Dans 
-ma  famille  on  a  toujours  élevé  des  Pigeons  ;  moi-même,  depuis  bien  des 
années,  je  me  livre  à  cet  élevage  et  chaque  fois  nous  avons  constaté  que 
de  l'union  de  deux  Pigeons  de  la  même  couvée,  le  résultat  est  nul  ;  cet 
avis  est  du  reste  celui  de  tous  les  marchands  de  Pigeons.  (Deux  Pigeons 
de  la  même  couvée,  accouplés  ensemble,  ne  produisent  jamais  rien,  tandis 
que  deux  du  même  père  et  de  la  même  mère  mais  de  couvées  différentes 
reproduiront  aussi  bien  que  si  aucun  lien  de  parenté  ne  les  unissait.) 

»  Le  printemps  de  1882  arriva;  mes  Pigeons  bien  renfermés  dans  un 
casier  spacieux,  sortant  de  temps  en  temps  dans  une  très  grande  volière, 
étaient  établis  suivant  toutes  les  règles.  Il  y  eut  quelques  œufs  de  pon- 
dus qui  tous  furent  écrasés  ou  abandonnés.  Fin  octobre,  la  femelle  est 
tombée  malade;  la  mue  fut  très  difficile  et  ne  se  lit  même  qu'imparfaite- 
ment, depuis  cette  époque  l'oiseau  languit  et  dépérit  chaque  jour.  11 
existe  cependant  encore,  car  je  l'entoure  de  soins  et  cherche  à  vaincre  son 
mal  par  tous  les  moyens  connus,  mais  sans  espérance  de  succès.  Le  mâle 
est  aujourd'hui  un  oiseau  magnifique  et  en  pleine  force  pour  reproduire. 
Je  viens  donc  prier  la  Société  de  vouloir  bien  me  confier  une  nouvelle 
femelle  et  une  prolongation  de  cheptel  afin  de  chercher  à  réparer  mon 
échec  et,  dans  la  mesure  du  possible,  le  préjudice  causé  involontairement 
à  la  Société.  » 

—  MM.  Boudent,  deClermont,  Gallais  et  Rivoiron,  ainsi  que  la  Direc- 
tion de  l'Aquarium  du  Trocadéro  accusent  réception  et  remercient  de 
renvois  d'œufs  embryonnés  de  Saumon  des  lacs  qui  leur  ont  été  faits. 

—  M.  le  Régisseur  de  l'Etablissement  de  pisciculture  de  Bouzey  écrit 
à  M.  l'Agent  général  :  «  J'ai  la  satisfaction  de  vous  annoncer  que  les 
Salmo  Namaycush  sont  magnifiques,  très  vigoureux,  nous  n'avons  pas 
eu  de  pertes  jusqu'à  présent  et  pourtant  la  résorption  de  la  vésicule  sera 
complète  dans  une  huitaine  de  jours.  Les  œufs  de  Coregonus  albus  ont 
donné  un  beau  résultat,  on  peut  dire  presque  autant  d'alevins  que  d'œufs. 
On  en  a  mis  5000  dans  le  lac  de  Girardins,  10  000  dans  le  réservoir  de 
Bouzey,  4000  dans  un  bassin  spécial  de  la  pisciculture  très  bien  appro- 
prié et  1000  restent  sur  les  tables  que  nous  essayerons  d'élever  s'il  y  a 
possibilité.  Les  œufs  de  Salmo  fontinalis  commencent  à  éclore  et  pro- 
mettent un  beau  résultat.  » 

—  M.  Léon  d'Halloy  écrit  à  M.  le  Secrétaire  des  séances  :  «  J'ai  reçu 
les  œufs  de  Salmo  Namaycush  et  de  Corégone  que  la  Société  m'a  expé- 
diés. On  a  fait  éclore  les  œufs  de  Corégone  dans  l'appareil  allemand  que 
vous  m'avez  fait  venir.  Cet  appareil  a  donné  d'excellents  résultats  ;  les 
œufs  restent  toujours  très  propres  et  se  nettoient  très  facilement,  ainsi 
que  vous  me  l'aviez  dit.  Les  alevins  ont  été  làjchés.  Ayez  soin  de  recom- 


PROCÈS-VERBAUX.  187 

mander  de  les  mettre  dans  des  eaux  profondes  (au  moins  3  mètres)  ;  sans 
cela,  on  perd  les  feras  à  l'âge  de  six  mois;  jusqu'à  cet  âge,  on  peut  les 
élever  dans  50  centimètres  de  profondeur  d'eau  ;  les  S.  Namaycush 
viennent  bien,  les  alevins  en  sont  très  vigoureux. 

»  Tous  mes  poissons  vont  bien.  J'ai  eu  des  S.  fontinalis  (ceux  que 
vous  avez  vus)  qui  ont  reproduit  cette  année.  Les  alevinssont  plus  vigou- 
reux que  ceux  provenant  des  œufs  que  j'ai  encore  reçus  cette  année  de 
New-York.  Je  suis  content  des  Truites  de  Lock  Leven.  Ce  qui,  dans  les 
premiers  temps,  me  faisait  mal  juger  cette  espèce,  c'est  que,  de  même 
que  dans  les  S.  fontinalis,  le  voyage  des  œufs  dans  de  la  glace  cause  la 
production  d'alevins  peu  vigoureux.  » 

—  M.  Leroy  écrit  à  M.  l'Agent  général  :  «  Je  me  permets  de  vous  sou- 
mettre une  idée  ayant  trait  au  repeuplement  des  cours  d'eau.  11  y  a,  dans 
la  plupart  des  chefs-lieux  de  cantons  de  France,  des  agents  voyers,  des 
garde-rivières,  cantonniers  chefs,  etc.,  dont  le  rôle  consiste  surtout  à 
faire  des  procès  comme  délit  de  pèche.  Pour  moi,  leur  rôle  devrait  plutôt 
être  celui  de  conservateurs  que  celui  de  gardes  champêtres.  Ainsi  j'ai  vu 
chez  moi  le  garde-rivière  faire  un  procès,  ou  plutôt  inquiéter  de  paisibles 
pêcheurs  à  la  ligne,  parce  qu'ils  péchaient  avec  deux  lignes  ou  qu'ils 
avaient  lancé  en  plein  jour  une  ligne  de  fond  dans  la  rivière.  J'ai  vu  le 
même  garde  faire  la  nuit  des  visites  domiciliaires  dans  les  moulins,  pour 
s'assurer  si  le  meunier  n'avait  pas  tendu  des  filets  dans  les  vannes,  au 
moment  des  grandes  eaux,  pour  prendre  des  anguilles,  qui  alors  sont 
entraînées  par  le  flot  et  perdues  pour  nous.  Ne  pourrait-on  permettre 
aux  meuniers  d'agir  ainsi,  à  la  condition  que  chaque  année  ils  lâcheront 
aux  yeux  du  garde-rivière  mille  petites  anguilles?  Pour  cinquante  qu'il 
prendrait  par  an,  le  meunier  en  lâcherait  mille;  la  rivière  y  gagnei-ait 
encore,  et  les  habitants  pourraient  profiter  des  anguilles  qui  aujourd'hui 
pi'ofitent  aux  habitants  d'aval. 

»  A  côté  de  ces  mesquineries,  on  tolère  la  pêche  à  l'épervier,  aux  filets, 
aux  nases,  tambours,  etc. 

»  Mais,  pour  moi,  le  dépeuplement  des  rivières  ne  vient  pas  du  manque 
de  surveillance  ni  de  cette  pêche  à  deux  lignes  ou  aux  filets,  mais  de  ce 
que  l'on  ne  s'occupe  pas  du  repeuplement. 

»  Que  coûtent  les  œufs  ou  les  alevins,  rien  !  Je  suis  persuadé  qu'un 
garde-rivière,  avec  100  francs  par  an,  pourrait  repeupler  les  rivières  de 
son  canton  sans  grand  travail,  en  lâchant  chaque  année,  en  différents 
endroits  de  sa  garderie,  des  milliers  d'alevins  qu'il  aurait  élevés.  Je  crois 
ces  moyens  beaucoup  plus  efficaces  que  les  procès- verbaux  aux  inoffen- 
sifs pêcheurs  à  deux  lignes. 

»  Si  vous  croyez  l'idée  bonne,  faites-en  tel  usage  (|u'il  vous  plaira,  et 
soumettez-la  à  qui  de  droit. 

»  Certes,  je  considère  la  chasse  et  le  gibier  comme  très  importants, 
surtout  que  je  suis  chasseur  et  non  pécheur;  mais  je  crois  que  sans  frais 


188  SOCIÉTÉ   NATIONALE    d' ACCLIMATATION. 

on  arriverait,  pour  ralimenlation,  à  des  résultats  autrement  pratiques 
que  ceux  obtenus  pour  la  reproduction  et  la  conservation  du  gibier  ;  car 
l'un  est  onéreux  et  l'autre  presque  gratuit.  » 

—  M.  le  vicomte  de  Wolbock  écrit  du  château  de  Kercado  (Morbihan): 
«  Continuant  et  développant  les  travaux  ostréicoles  qui  valurent  à  mon 
père  la  haute  faveur  d'une  médaille  d'or  de  la  Société  d'Acclimatation,  je 
regarde  comme  un  devoir  de  vous  exposer  la  suite  de  cette  grande  créa- 
tion. J'ai  donc  l'honneur  de  vous  adresser  un  mémoire  par  lequel  je 
sollicite  le  prix  d'honneur  au  Concours  régional  de  Vannes  de  celte  année, 
et  où  j'expose  la  situation  de  l'ostréiculture,  en  résumant  les  étapes  par- 
courues et  précisant  les  résultats  obtenus.  » 

—  M.  Fandrin,  professeur  d'agriculture  des  Bouches-du-Rhône,  et 
M.  Galfard,  sériciculteur  à  Oraison  (Basses-Alpes),  sollicitent  l'envoi  de 
graines  de  Vers  à  soie  exotiques. 

—  MM.  de  Laleu,  Vanderwalle,  Jules  Delalande,  F.  Malhey,  E.  Duval, 
le  comte  A.  de  Montlezun,  Alfred  Rousse  et  le  comte  G.  de  Saint-Inno- 
cent, ainsi  que  la  Société  Nantaise  d'horticulture  et  l'Institut  national 
genevois,  demandent  à  prendre  part  à  la  distribution  de  graines  annoncée 
dans  la  Chronique. 

—  M.  le  Directeur  du  Jardin  d'Acclimatation  fait  parvenir  des  graines 
à'Artocarpus  incisa,  offertes  par  Mme  David.  —  Remerciements. 

—  M.  de  Confévron  écrit  de  Langres  :  «  Dans  la  séance  du  9  décembre 
1881  de  la  Société  d'Acclimatation,  M.  Maurice  Girard,  à  propos  de  mes 
appréciations  relatives  au  phylloxéra,  me  déclare  arriéré  de  vingt  ans. 
C'est  bien  possible  ;  mais,  à  ce  point  de  vue  comme  à  bien  d'autres 
encore,  les  derniers  pourraient  bien  finir  par  être  les  premiers.  Pensent- 
ils  avoir  réalisé  de  grands  progrès  ceux  qui,  en  introduisant  les  Vignes 
américaines,  ont  perdu  tous  nos  vignobles  français?  Pensent-ils  faire 
merveille  ceux  qui,  en  préconisant  les  Vignes  américaines,  ne  cessent  de 
revivifier  par  des  éléments  jeunes  et  vivaces  le  fléau  qui  s'épuise  et  semble 
en  décroissance  sur  certains  points?  Est-ce  une  bonne  chose  que  l'en- 
gouement pour  le  nouveau  qui,j  par  des  croisements  peu  judicieux  et 
l'anglaisement  à  outrance,  a  perdu  toutes  nos  bonnes  races  d'animaux 
domestiques? 

î  Je  ne  suis  point  l'ennemi  des  améliorations,  loin  de  là;  mais  je  crois 
que  dans  cette  voie  on  ne  doit  s'avancer  qu'avec  une  grande  circonspec- 
tion. Si  j'approuve  la  distribution  de  prix  pour  l'introduction  de  Perdrix 
étrangères,  j'en  voudrais  aussi,  et  en  première  ligne,  pour  encourager  la 
conservation  de  nos  bonnes  Perdrix  grises  et  rouges. 

»  Ce  n'est  point  inconsciemment,  mais  en  connaissance  de  cause,  que 
je  suis  pour  partie  (car  rien  n'est  absolu)  dans  la  doctrine  du  phylloxéra 
effet. 

»  Je  ne  vois  pas  à  quoi  eût  servi  l'arrachage  de  nos  vignes  phylloxérées, 
si  l'on  devait  ramener  des  insectes  avec  de  nouvelles  importations  de 


PROCÈS-VERBAUX.  189 

souches  américaines.  Cet  arrachage  a  eût  eu  d'eflicacilé  qu'à  condition 
de  proscrire  d'une  façon  absolue  l'entrée  des  Vignes  venant  d'Amérique 
et  le  repeuplement  de  nos  Vignes,  uniquement  avec  des  ceps  français. 

»  Les  Vignes  américaines,  dit-on,  ne  sont  pas  indemnes  du  phylloxéra, 
puisque  c'est  par  elles  qu'il  a  été  introduit,  mais  elles  vivent  avec  lui. 
Elles  vivent  avec  lui,  oui,  par  suite  de  la  vigueur  de  végétation  qu'elles 
doivent  à  leur  climat  et  à  leur  sol  d'origine  ;  mais  dans  notre  pays,  dans 
nos  terrains  épuisés,  elles  perdront  bientôt  cette  vigueur  et  ne  résisteront 
pas  plus  que  les  nôtres. 

))  Ce  que  je  constate,  c'est  que  le  traitement  par  les  insecticides  et  par 
le  sulfate  de  carbone,  entre  autres,  ne  peut  avoir  d'efficacité  (ici  je  suis 
d'accord  avec  M.  Maurice  Girard)  qu'à  condition  qu'il  soit  employé  avec 
beaucoup  de  soins,  d'intelligence,  en  temps  convenable,  avec  une  grande 
surveillance,  tous  moyens  qui  ne  sont  pas  à  la  porté  de  tout  le  monde. 
Or  le  remède,  lorsqu'il  n'est  pas  accompagné  de  toutes  ces  conditions, 
est  bien  pis  que  le  mal  et  tue  son  malade,  ce  qui  l'empêche  d'être 
pratique. 

»  Quant  à  la  submersion,  on  en  a  souvent  reconnu  l'insuffisance,  et 
elle  est  même  généralement  nuisible  à  la  vigne. 

D  Pour  ce  qui  est  de  la  bonne  fumure  et  des  soins  de  culture  bien  ap- 
propriés, ils  réussissent  souvent,  on  pourrait  dire  presque  toujours, 
surtout  dans  les  terrains  pierreux  ou  sablonneux  du  Midi,  à  faire  lutter  la 
végétation  contre  l'insecte,  dont  souvent  elle  triomphe  et  Unit  par  se 
débarrasser. 

»  On  peut  constater  ce  fait  dans  certaines  contrées  du  Midi,  spéciale- 
ment en  Vaucluse,  où  beaucoup  de  cultivateurs  pratiques  persistent  à 
planter,  à  soigner  avec  courage  et  avec  raison,  selon  moi,  nos  bons  plants 
français. 

»  P.  S.  —  Le  plus  ou  moins  de  pression  atmosphérique  a  une  grande 
influence  sur  le  développement  des  végétaux.  C'est  là  qu'il  faut  chercher 
la  cause  qui  empêche  certaines  plantes  qui  croissent  au  sommet  des 
montagnes  de  végéter  dans  la  plaine  ou  d'y  acquérir  un  développement 
normal. 

»  D'une  note  deM.AUéon,  insérée  dans  la  Revue  de  zoologie  de  M.  Gué- 
rin-Méneville  (janvier  18G7),  il  résulte  que  la  Tourterelle  à  collier  haldte 
à  Constantinople  sur  les  arbres  des  jardins  et  dans  les  édifices.  Elle  y  est 
en  quelque  sorte  acclimatée,  domestiquée,  comme  le  Ramier  à  Paris,  et 
peut  donner  lieu  aux  mêmes  remarques  et  aux  mêmes  queslions.  » 

—  M.  F.  Jacquemin,  directeur  de  la  Compagnie  des  chemins  de  fer  de 
l'Est,  fait  connaître  que  la  Compagnie  a  procédé  à  des  essais  de  haies 
fruitières  sur  deux  lignes  de  son  réseau,  savoir  :  en  18G8,  de  lîar-sur- 
Seine  à  Chàlillon  (32  kilomètres),  et  en  1873,  de  Gretz  à  Coulommiers 
(33)  11  a  été  renoncé  à  ces  plantations  parce  quelles  ne  donnaient  pas 
de  résultats  satisfaisants. 


190  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

—  M.  Vavin  adresse  une  note  sur  la  culture  du  Physalis  edulis  et  sur 
l'ulilisalion  de  cette  plante  au  point  de  vue  de  l'alimentation  et  de  la 
thérapeutique. 

—  M.  Banmeyer  donne  lecture  d'une  note  sur  l'établissement  de  pisci- 
culture deChaulieu  (Manche). 

—  A  l'occasion  de  grands  travaux  d'irrigation  projetés  sur  différents 
points  de  la  France,  M.  Raveret-Waltel  appelle  l'attention  de  la  Société 
sur  les  conséquences  fâcheuses  qne  ces  travaux  pourraient  avoir  pour  la 
population  des  rivières,  dans  le  cas  où  des  mesures  protectrices  du  poisson 
ne  seraient  pas  prises  ;  il  signale,  parmi  les  moyens  proposés  pour  rendre 
les  irrigations  moins  destructives  du  poisson,  celui  qui  consiste  à  main- 
tenir toujours  un  filet  d'eau  dans  les  fossés  au  moyen  d'une  échancrure 
ménagée  à  la  base  des  vannes  d'alimentation. 

—  M.  le  vicomte  d'Esterno  ne  croit  pas  que  ce  moyen  puisse  être  très 
efficace,  attendu  que  si  l'on  peut  maintenir  de  l'eau  dans  les  canaux  les 
plus  voisins  de  la  rivière,  il  est  impossible  que  les  rigoles  ne  s'assèchent 
pas,  et  c'est  toujours  en  quantités  considérables  que  les  poissons  y  péris- 
sent. M.  le  vicomte  d'Esterno,  qui  pratique  les  irrigations  sur  une  très 
grande  échelle  dans  le  iMorvan,  a  pu  constater  combien  cette  opération 
est  funeste  pour  la  population  des  rivières;  mais  il  n'a  pu  jusqu'à  ce  jour 
trouver  un  moyen  réellement  efficace  pour  éviter  cet  inconvénient,  et  le 
fait  est  d'autant  plus  regrettable  que  dans  le  Morvan  les  rivières  sont 
très  favorables  pour  la  Truite. 

—  M.  de  Semallé  fait  remarquer  qu'en  général  les  personnes  qui  se 
sont  occupées  de  pisciculture  n'ont  guère  songé  qu'à  propager  la  Truite 
ou  le  Saumon,  alors  qu'il  y  aurait  grand  intérêt  à  propager  aussi  d'autres 
espèces  plus  faciles  à  obtenir,  telles  que  la  Carpe,  par  exemple.  M.  de 
Semallé  donne,  à  cette  occasion,  la  description  d'un  procédé  qui  lui 
paraîtrait  permettre  de  multiplier  abondamment  et  à  peu  de  frais  la 
Carpe  dans  les  canaux,  et  d'arriver  ainsi  à  un  repeuplement  rapide  des 
eaux  (voy.  au  Bidletin). 

—  M.  Millet  fait  remarquer  que  les  irrigations  ayant  une  importance 
très  grande  pour  l'agriculture,  il  est  à  désirer  qu'on  n'y  apporte  aucune 
entrave.  Notre  confrère  entre  à  ce  sujet  dans  quelques  détails  tirés  de 
son  livre  ayant  pour  titre  :  les  Merveilles  des  fleuves  et  des  ruisseaux. 
11  termine  en  émettant  l'avis  que  «  l'application  dans  la  mesure  la  plus 
rigoureuse  des  règlements  en  vigueur  sur  la  police  des  rivières  est  le 
moyen  d'avoir  dans  tous  les  cours  d'eau  d'abondantes  et  lucratives 
pêches  ». 

—  11  est  offert  à  la  bibliothèque  de  la  Société  : 

1»  Association  française  jwur  l'avancement  des  sciences,  compte 
rendu  de  la  10"  session.  Alger,  1881.  Paris,  1882,  au  secrétariat  de  l'As- 
sociation, 4,  rue  Antoine-Dubois,  1  vol.  inS°. 

2''  De  l'énergie  et  de  la  structure  musculaire  citez  les  Mollusques 


PROCÈS-VERBAUX.  191 

acéphales,  par  A.  Coutance.  Paris,  1879,  J.-B.  Baillière  et  fils,   19,  rue 
Haulefeuille,  in-8"  avec  2  planches.  (L'Auteur.) 

3°  Relations  des  Champignons  et  des  Algues  dans  la  constitution  des 
Lichens,  par  A.  Coutance.  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  acadé- 
mique de  Brest).  Halegouet,  11,  rue  Kléber,  à  Brest,  in-18.  (L'Auteur.) 

i"  Expériences  de  bord,  établissant  que  les  minimum  de  salure  sont 
placés  sur  le  trajet  des  courants  et  les  maximum  hors  des  courants 
marins,  par  A.  Coutance  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  académique 
de  Brest).  Brest,  imp.  Gadreau,  in-18.  (L'Auteur.) 

5°  Analogies  du  climat  de  Brest  avec  celui  'de  l'époque  tertiaire, 
par  A.  Coutance  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  académique  de 
Brest).  Imp.  Gadreau,  in-18.  (L'Auteur.) 

6"  Là  Fontaine  et  la  philosophie  naturelle,  par  A.  Coutance.  Paris, 
1882,  C.  Beinwald,  lib.-éditeur,  in-8".  (L'Auteur.) 

1"  Le  Bouleau,  par  A.  Coutance.  Paris,  1881,  Berger-Levrault, 
éditeurs,  in-8%  2  tableaux,  1  planche.  (L'Auteur.) 

8°  La  lutte  pour  l'existence,  par  A.  Coutance.  Paris,  1882,  C.  Bein- 
wald, éditeur,  in-8".  (L'Auteur.) 

9°  Souvenirs  de  Leyde,  par  A.  Coutance  (Extrait  du  Bulletin  de  la 
Société  académique  de  Brest).  Brest,  imp.  Gadreau,  in-18.     (L'Auteur.) 

10°  Phénomènes  de  capillarité,  par  A.  Coutance  (Extrait  du  Bulletin 
de  la  Société  académique  de  Brest).  Brest,  imp.  F.  Halegouet,  in-18. 

(L'Auteur.) 

11"  Romains  et  Zoulous,  par  A.  Coutance  (Extrait  du  Bulletin  de  la 
Société  académique  de  Brest).  Brest,  imp.  Halegouet,  in-18.  (L'Auteur.) 

12°  Semis  d'arbres  fruitiers.  Expériences  de  M.  Tourasse,  proprié- 
taire à  Pau.  Pau,  imp.  Veronèse,  grand  in-8°.  (L'Auteur.) 

13°  Ostréiculture.  Appendice  à  ma  brochure  de  i87i,  par  le  docteur 
Kemmerer.  Typ.  V<'  Mareschal  et  E.  Martin,  in-18.  (L'Auteur.) 

U"  Note  sur  la  iS"  session  de  la  Société  pomologique  américaine, 
par  M.  Ch.  Joly  (Extrait  du  Journal  de  la  Société  nationale  d'horti- 
culture, 'd'  série,  t.  IV,  1882,  p.  377-380).  ln-18.  (L'Auteur.) 

15°  Description  des  produits  du  lac  de  Castel  Gandolfo  et  de  ses 
dépendances,  appartenant  à  M.  le  le  marquis  de  Lezzani.  la-i". 

Marquis  de  Lezzani. 

16»  The  déserts  of  Africa  and  Asia,  par  P.  de  Tchihatcheff  (llead  at 
the  Meeting  of  the  British  Association  for  the  Advancement  of  science, 
at  Southamplhon,  23  rd,  August  1882).  (L'Auteur.) 

17"  Instructions  pour  MM.  les  officiers  de  la  Marine  ([m  voudraient 
faire  des  collections  d'histoire  naturelle  destinées  au  Muséum  de  Paris. 
Paris,  1882,  Berger-Levrault  et  G'%  in-8".  Ministère  de  la  Marine. 

18"  Liste  générale  des  Mammifères  sujets  à  l'albinisme,  par  Elvezio 
Canloni,  traduction  de  l'italien  et  addition  par  Henri  Cadeau  de  Kerville. 
Bouen,  1882,  imp.  Léon  Ueshays,  in-8".  (Le  traducteur.) 


192  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

19"  De  l" action  du  Mouron  rouge  sur  les  oiseaux,  par  Henri  Gadeau 
de  Kerville  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  de  biologie,  séance  du  8 
juillet  1882).  Paris,  imp.  Ed.  Roussel,  in-8°.  (L'Auteur.) 

20°  Annual  Report  of  the  Commissioners  of  fisheries  of  ihe  state  of 
New- York  for  the  year  1881.  Albany,  1882,  in-8o.  M.  Seth  Green. 

21°  Rapport  du  Jury  international  sur  l'Exposition  universelle  de 
1878.  ln-8°.  Ministère  de  l'Agriculture. 

22°  La  Globulaire  Turbith,  par  le  docteur  Bertherand.  Alger,  1870, 
imp.  Aillaud  et  C'%  broch.  in-S"  (L'Auteur.) 

23°  Utilisation  de  Veau  de  fleurs  de  Citronnier,  par  le  docteur  l'.er- 
tlierand  (Extrait  du  Journal  de  médecine  et  de  pharmacie  de  l'Algérie 
(avril!  881).  (L'Auteur.) 

24°  Études  chimiques  et  médicales  sur  Vécorce  de  Sapotillier,  par 
le  docteur  Bertherand  (Extrait  du  Journal  de  médecine  et  de  pharmacie 
de  l'Algérie  (juillet  1881).  1  broch.  avec  planche.  (L'Auteur.) 


Le  Secrétaire  des  séances, 
G.  Raveret-Wattel. 


Erratum  au  procès-verbal  du  i9  janvier  1883.  —  Page  59,  ligne  27, 
au  lieu  de  Faure,  lisez  Fol. 


III.  EXTRAIT  DES  PROCÊS-VERBAUX  DES  SEANCES  DES  SECTIONS 


PREMIÈRE  SECTION 

SÉANCE   DU   13   FÉVRIER    1883. 
Présidence  de  M.  Saint-Yves  Ménard,  Vice-Président. 

M.  Gautier,  Secrétaire,  donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière 
séance,  lequel  est  adopté  sans  observation. 

—  M.  le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  de  Fiennes,  qui 
offre  d'indiquer  aux  membres  de  la  Société  qui  le  désireront,  une  ma- 
nière de  piéger  la  Loutre  qui  lui  a  parfaitement  réussi  depuis  plusieurs 
années. 

—  M.  Geoffroy  Saint-Hilaire  fait  observer  qu'il  y  aura  lieu  d'insérer 
cette  lettre  dans  la  Chronique  et  dans  le  Bulletin. 

—  M.  Grisard  ajoute  qu'il  a  vu  M.  de  Fiennes,  et  que  ce  dernier  se 
propose  de  faire,  à  ce  sujet,  une  communication  spéciale  à  la  Section  de 
pisciculture  que  le  sujet  intéresse  particulièrement. 

La  1''^  Section  vote  des  remerciements  à  M.  de  Fiennes. 

—  Le  Secrétaire  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  Pays-Mellier  ren- 
dant compte  des  résultats  obtenus  par  lui  dans  divers  cheptels  d'animaux, 
notamment  ceux  de  Cerfs-cochons,  qui  lui  ont  été  confiés  par  la  Société 
d'Acclimatation. 

A  ce  sujet,  M.  Geoffroy  Saint-Hilaire  ajoute  qu'aujourd'hui  l'expé- 
rience est  faite,  et  que  la  reproduction  des  Cerfs-cochons  en  liberté  dans 
des  parcs,  n'est  pas  un  fait  isolé.  11  cite  les  essais  faits  chez  M.  Roger, 
à  Cesson,  dans  un  terrain  relativement  froid,  et  par  cela  même  peu 
favorable.  La  Société  avait  envoyé  à  M.  Roger  un  lot  de  trois  Cerfs- 
cochons,  un  mâle  et  deux  femelles,  qui  dut  être  reconstitué  plusieurs 
fois,  l'un  des  mâles  ayant  été  tué  par  un  braconnier,  un  autre  étranglé 
par  un  lacet.  Pendant  quelque  temps,  on  vit  des  jeunes,  mais  sans  pou- 
voir apprécier  leur  nombre.  Enfin,  en  présence  des  dégâts  qu'ils  cau- 
saient aux  fleurs  et  aux  arbustes,  on  prit  la  résolution  de  les  panneauter. 
Le  panneautage  eut  lieu  non  sans  difficultés,  le  Cerf-cochon  ne  galopant 
pas  comme  le  cerf,  mais  filant  droit  comme  le  sanglier,  ce  qui  nécessita 
l'emploi  de  filets  très  résistants,  et  douze  animaux  furent  pris.  Il  y  avait 
six  ans  que  les  premiers  animaux  avaient  été  lâchés.  Il  est  donc  incon- 
testable que  le  Cerf-cochon  peut  réussir  comme  gibier.  Si  l'on  ajoute 
que  la  chair,  plus  blanche  que  celle  du  Chevreuil,  en  est  excellente,  on 
voit  que  l'importation  en  a  été  des  plus  utiles.  Il  complète  en  effet  la 
gamme,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi,  des  diverses  espèces  de  Cerfs,  du 

3°  SÉRIE,  T.  X.  —Mars  1883.  13 


194.  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

plus  petit  au  plus  grand,  et  permet  aux  chasseurs  de  peupler  leurs  bois 
avec  des  animaux  appropriés  à  leur  étendue.  Au-dessus  du  Cerf-cochon, 
gros  comme  un  chien  d'arrêt,  se  trouve  le  Daim,  puis  le  Cerf,  et  enfin  le 
Cerf  du  Canada,  le  plus  grand  de  tous. 

La  Section  adresse  ses  félicitations  à  M,  Pays-Mellier,  et  renvoie  sa 
lettre  à  la  Commission  des  récompenses. 

—  La  Section  adresse  également  des  remerciements  à  M.  Lataste  pour 
une  note  qu'il  lui  a  communiquée  sur  la  petite  Gerboise,  et  l'offre  qu'il 
fait  de  donner  des  individus  de  cette  espèce  aux  membres  de  la  Société 
qui  voudraient  l'étudier.  M.  Lataste  fait  ressortir  l'avantage  que  présente 
la  Gerboise  au  point  de  vue  de  l'étude  des  effets  de  la  domestication  sur 
les  races.  En  effet,  elle  est  petite,  n'a  aucune  odeur,  supérieure  en  cela 
aux  Rats  et  aux  Cobayes,  et  donne  six  portées  par  an;  les  petits  repro- 
duisent au  bout  de  deux  mois.  En  un  temps  restreint,  l'observateur  aura 
donc  vu  un  nombre  considérable  de  générations,  ce  qui  n'est  pas  possible 
avec  la  plupart  des  espèces  de  mammifères.  La  Section  renvoie  le  travail 
de  M.  Lataste  à  la  Commission  des  récompenses. 

—  M.  le  Président  rappelle  ensuite  à  la  Section  qu'elle  a  pris  en  con- 
sidération, dans  une  de  ses  dernières  séances  de  l'année  dernière,  la 
lettre  de  M.  le  marquis  de  Pruns  se  plaignant  de  ce  que  la  Chèvre  d'An- 
gora n'était  pas  admise  dans  les  Concours  régionaux  ;  que  celte  réclama- 
tion lui  a  paru  devoir  être  étendue  à  toutes  les  espèces  de  Chèvres,  et 
qu'il  serait  urgent  de  décider  quelle  suite  devait  lui  être  donnée.  Après 
avoir  entendu  les  observations  de  MM.  Dt-croix,  Roger  et  Geoffroy 
Saint-Hilaire,  la  Section  décide  qu'il  y  a  lieu  d'envoyer  à  tous  les  mem- 
bres de  la  Société,  ainsi  qu'aux  Sociétés  d'agriculture,  un  questionnaire 
qu'elle  rédige  séance  tenante.  Sur  l'observation  de  M.  Decroix,  elle 
décide  que  ce  questionnaire  devra  être  retourné  au  Président  de  la 
Société,  ce  mode  de  procéder  ayant  l'avantage  d'éviter  tout  retard. 

Enfin  elle  charge  M.  Gautier  de  préparer  un  travail  sur  cette  ques- 
tion lorsque  les  renseignements  auront  été  recueillis. 

Le  Secrétaire, 
Jules  G.\utier. 


DEUXIEME  SECTION 

SÉANCE    DU    13   FÉVRIER    1883. 
Présidence  de  M.  Millet. 

M.  le  Secrétaire  donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  séance  précé- 
dente. 

—  X  ce  propos,  M.  de  Barrau  de  Muratel  fait  remarquer  qu'il  a  vu, 
dans  le  midi  de  la  France,  et  surtout  dans  le  Tarn,  les  mêmes  passages 


PROCÈS-VERBAUX.  195 

de  Perdrix  grises,  signalés  par  M.  Millet  comme  une  espèce  particu- 
lière, qu'on  appelle  la  Roquette. 

—  M.  Gautier  en  a  vu  dans  le  centre  de  la  France,  et  même  dans  le 
déparlement  de  la  Seine. 

Le  procès-verbal  est  adopté. 

—  M.  Nelson=Paulier  écrit  de  Liste  (Dordogue),  sur  les  élevages  que 
la  Société  lui  a  confiés  en  cheptel,  et  insiste  particulièrement  sur  l'es- 
pace et  les  soins  hygiéniques  que  l'on  doit  donner  aux  oiseaux,  pour 
réussir  et  éviter  les  maladies. 

—  M.  Ed.  Pfannenschmid  écrit  de  Eniden  (Frise  orientale,  Pays-Bas), 
et  annonce  l'envoi  d'un  échantillon  d'une  nourriture  fortifiante  pour  les 

oiseaux,    dont    il   est  l'inventeur,   et  pouvant  remplacer  les  œufs  de 

fourmi,  et  demande  à  être  admis  candidat  pour  le  prix  de  500  francs,  à 
décerner  à  la  personne  qui  présentera  une  nourriture  nouvelle,  peu  coû- 
teuse et  pouvant  remplacer  les  œufs  de  fourmi  pour  la  nourriture  des 

Faisans . 
Cette     préparation   consiste   en    Crangon    vulgaris  (petite  crevette 

grise)  desséchée  et  broyée  finement,  que  l'on  ajoute  à  du  pain  ou  du  lait 
caillé. 

—  M.  Ménard  dit  qu'il  y  aurait  lieu  d'essayer  cette  préparalion  avant 
d'envoyer  cette  communication  à  la  Commission  des  récompenses. 

—  M.  le  Président  consulte  la  Section,  qui  décide  de  faire  l'expéri- 
mentation de  cette  composition,  et  prie  M.  l'Agent  général  de  vouloir 
bien  inviter  M.  Pfannenschmid  à  envoyer  à  la  Société  un  échantillon  de 
oO  kilogrammes  au  moins  pour  en  faire  l'essai. 

—  M.  le  marquis  de  Pruns  écrit  de  Brassac-les-Mines,  sur  les  ten- 
dances à  l'albinisme,  des  végétaux  et  animaux  dans  la  vallée  de  la 
Limagne  d'Auvergne.  11  a  observé  principalement. ces  effets  sur  les 
Canards  du  Labrador,  les  Vaches  de  Salers,  les  Pigeons  noirs  et  Faisans 
dorés,  qui,  à  la  troisième  génération,  ont  les  teintes  plus  pâles  et  sur 
les  oiseaux  des  plumes  blanches  apparaissent;  enfin,  les  arbres  teintés 
de  rouge,  telsque  le  Hêtre  pourpre.  Noisetiers  de  Byzance,  etc.,  pâlis- 
sent et  deviennent  presque  verts. 

M.  le  marquis  de  Pruns  pense  que  ces  effets  sont  dus  au  manque  de 
sels  calcaires  et  de  fer  dans  le  sol. 

—  M.  de  Harrau  de  Muratel  a  observé  les  mêmes  effets  sur  ses  Canards 
du  Labrador, 

—  31.  Ménard  dit  que  cet  effet  d'albinisme  est  dû  à  la  domestication, 
et  que  l'on  trouve  pour  le  Canard  Labrador  le  fait  analogue  avec  le 
Dindon  sauvage,  qui  offre,  parla  domestication,  les  variétés  :  blanche, 
rouge,  etc.,  et  que  ces  transformations  peuvent  se  rencontrer  partout. 
11  ajoute  qu'il  a  peine  à  croire  à  une  influence  du  sol. 

—  M.  Dybowski  fait  observer  qu'il  a  vu  à  l'école  de  Grignon,  ce  même 
effet  d'albinisme  se  reproduire  sur  le  Lapin  de  garenne,  qui  donnait  en 


196  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

captivité,  après  plusieurs  générations,  des  produits  taclietés  de  blanc. 
M.  Sturne  demande  si  M.  le  marquis  de  Pruns  a  fait  faire  une  ana- 
lyse chimique  du  sol. 

—  M.  le  Président  pense  qu'il  serait  utile  d'écrire  à  l'auteur  de  celte 
commùnicalion  pour  avoir  une  analyse  exacte  du  sol. 

La  Section  adopte . 

—  M.  Millet  émet  le  vœu  que  l'on  publie  dans  le  prochain  numéro  de 
la  Chronique,  un  questionnaire  ayant  trait  aux  dates  de  l'arrivée  des 
oiseaux  de  passage  dans  les  diverses  régions  de  la  France.  Il  annonce 
qu'il  a  déjà  vu  cette  année  la  Fauvette  à  lêle  noire. 

—  M.  de  Barrau  de  Muratel  dit  qu'il  existe  déjà  une  feuille  analogue 
dressée  par  le  Jlinistère  de  l'Instruction  publique. 

Le  Secrétaire, 

Gustave  Sturne. 


TROISIEME  SECTION 

PROCÈS-VERBAL.  —  SÉANCE  DU  21  FÉVRIER  1883. 

Présidence  de  M.  Vaillant. 

En  l'absence  de  MM.  les  Secrétaire  et  Vice-Secrétaire,  M.  le  Président 
prie  M.  Gautier  de  remplir  les  fonctions  de  Secrétaire. 
Lecture  est  donnée  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance. 

—  M.  Millet  fait  remarquer  qu'il  n'a  fait,  relativement  aux  Saumons, 
que  rapporter  l'opinion  de  M.  Le  Paute. 

Le  procès-verbal  est  adopté  sans  autre  observation. 

—  La  parole  est  donnée  à  M.  de  Fiennes,  qui  a  obligeamment  offert  de 
communiquer  à  ses  collègues  les  moyens  employés  par  lui  pour  prendre 
les  Loutres  au  piège,  moyens  qui  lui  ont  parfaitement  réussi. 

M.  de  Fiennes  raconte  que,  propriétaire,  dans  les  Ardennes,  d'un  do- 
maine où  se  trouvent  une  rivière  courante  et  quatre  étangs,  il  n'a  pu, 
mal<^ré  tous  ses  efforts  et  de  nombreuses  nuits  passées  à  l'affût,  se 
débarrasser  des  Loutres  qui  les  ravageaient,  jusqu'à  ce  qu'un  de  ses 
amis,  député  des  Ardennes,  lui  eût  envoyé  un  trappeur  fort  habile,  qui 
lui  a  enseigné  toute  une  série  de  précautions  nécessaires  pour  les  piéger. 
Depuis  cette  époque,  il  a  pris  di.\-huit  Loutres  :  deux  seulement  se  sont 
enfuies  avec  le  piège,  qui  n'était  pas  fixé  assez  solidement  en  terre. 

M.  de  Fiennes  se  sert  du  piège  allemand  :  il  le  fait  fabriquer  par  le 
serrurier  du  village.  11  faut  seulement  que  ce  piège  soit  très  délicat,  la 
Loutre  étant  à  la  fois  forte,  rusée  et  très  souple.  On  n'y  met  point 
d'appât;  car,  à  l'inverse  du  Renard,  la  Loutre  ne  prend  aucun  appât.  On 
le  tend  à  la  place  où  l'on  a  reconnu  ses  traces;  ces  traces  sont  faciles  à 
reconnaître,  non  seulement  par  l'empreinte  de  sa  patte  palmée  sur  la 


PROCÈS-VERBAUX.  197 

terre  mouillée,  mais  aussi  par  ses  laissées.  En  effet,  la  Loutre  n'est  pas 
amphibie,  et  choisit  en  général  un  endroit  sec  et  propre  pour  y  venir 
faire  ses  besoins. 

Le  piège  doit  être  bien  entretenu  et  ne  pas  avoir  de  rouille,  car  l'o- 
deur de  la  rouille  éloignerait  la  Loutre.  Pour  l'éviter,  ou  le  met  dans 
de  l'eau  oîi  l'on  fait  bouillir  du  genêt,  et  on  l'essuie  doucement  ensuite. 
Mais  le  piégeur  ne  doit  pas  sentir  le  tabac;  aussi  M.  de  Fiennes  lui  fait- 
il  mettre  un  bandeau  sur  la  bouche.  Pour  éviter  que  la  Loutre  ne  sente 
l'homme,  on  place  une  planche  sur  laquelle  il  se  tient  pendant  qu'il  tend 
le  piège.  Il  doit  également  se  frotter  les  mains  et  frotter  le  piège  et  sa 
chaîne  avec  du  poireau,  dont  l'odeur  très  forte  dissimule  ce  qui  pourrait 
rester  d'émanations  humaines.  On  frotte  de  même  la  mousse  et  les  feuilles 
destinées  à  recouvrir  le  piège.  Enfin,  le  piégeur  jette  sur  le  piège  de  la 
terre  qu'il  a  eu  soin  de  prendre  au  même  endroit,  et  qu'il  arrose  dou- 
cement, toujours  pour  éviter  qu'il  ne  reste  une  odeur  qui  suffirait  pour 
que  la  Loutre  ne  reparût  plus  au  même  endroit.  L'heure  la  meilleure 
pour  tendre  est  midi,  de  façon  à  ce  qu'il  s'écoule  un  long  espace  de 
temps  avant  le  passage  de  l'animal. 

M.  le  Président  remercie  M.  de  Fiennes  de  son  intéressante  communi- 
cation, et  l'engage  à  la  renouveler  en  assemblée  générale. 

—  A  propos  de  la  destruction  de  la  Loutre,  M.  Millet  cite  un  piégeur 
des  Ardennes  qui  emploie  un  onguent  destiné,  comme  le  poireau,  à 
dissimuler  l'odeur  de  l'homme.  Il  cite  également  les  moyens  employés 
au  moment  du  frai  des  Truites  pour  effrayer  les  Loutres.  C'est  d'abord 
de  tendre  une  corde  sur  laquelle  on  attache  des  bouts  de  papier  blanc 
ou  mieux  des  morceaux  de  porcelaine  blanche  faits  exprès  pour  cet 
usage,  et  ensuite  de  tendre  des  fils  de  fer  épineux,  non  seulement  sur  le 
bord  de  l'eau,  mais  dans  l'eau  même.  Ces  moyens,  toutefois,  ne  sont  pas 
praticables  pour  les  étangs.  M.  Millet  ajoute  que  la  Loutre  s'apprivoise 
facilement,  et  qu'il  en  a  possédé  une  devenue  aussi  caressante  qu'un 
chat;  certaines  personnes  les  dressent  même,  paraît-il,  à  prendre  du 
poisson  et  à  le  rapporter  à  leur  maître. 

—  M.  Vaillant,  président,  étant  obligé  de  quitter  la  séance,  M.  Maurice 
Girard  prend  la  présidence.  L'ordre  du  jour  appelle  la  suite  de  la  dis- 
cussion sur  les  échelles  à  Saumons. 

—  M.  Millet  ayant  demandé  si,  dans  le  système  présenté  à  la  Société, 
les  plaquettes  en  bois  n'ont  pas  l'inconvénient  d'éclater  par  la  gelée, 
M.  Uaveret-Wattel  répond  que  le  bois  est  employé  parce  qu'il  est  plus 
économique;  (|ue  de  plus,  ces  palettes  ne  présentent  pas  cet  inconvé- 
nient puisqu'elles  sont  employées  dans  le  Nord  et  au  Canada  oîi  il  fait 
froid  :  on  his  protège  seulement  contre  le  bois  à  flotter  qui  pourrait  tout 
briser.  D'ailleurs,  la  congélation  de  l'eau  est  rare,  car  l'échelle  est 
placée  dans  un  rapide.  En  résumé,  les  échelles  du  syslème  présenté  ont 

l'avantage  d'être   facilement    accessibles    et   faciles  à  franchir  pour  le 


198  SOCIÉTÉ    NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

Saumon  qui  préfère  monter  d'un  seul  bond  plutôt  que  par  des  bonds 
successifs;  elles  coûtent  moins  cher  à  établir  (le  prix  de  revient  est  au 
Canada  de  150  à  200  francs  pour  un  mètre  de  hauteur),  et  sont  d'un 
entretien  peu  coûteux;  enfin  elles  présentent  l'avantage  de  fonctionner 
sans  exiger  trop  d'eau,  ce  qui  aurait  pour  effet  de  diminuer  la  force 
motrice  du  cours  d'eau  où  elles  sont  placées,  et  de  porter  par  là  môme 
préjudice  aux  usiniers  voisins. 

—  M.  Millet  donne  lecture  des  résultats  obtenus;  il  existe  en  France 
163  échelles,  dont  23  donnent  de  très  bons  résultats,  13  des  résultats 
assez  bons;  tout  le  reste  est  mauvais.  Il  ajoute  que  les  mauvais  résultats 
proviennent  peut-être  plutôt  des  endroits  où  elles  sont  placées  que  des 
défectuosités  du  système  des  échelles. 

—  M.  le  Président  fait  remarquer  que  le  Saumon  ne   se  trouve  pas 
dans  les  pays  chauds  :  il  ne  dépasse  guère  le  Portugal. 

Poîir  le  Secrétaire, 

Jules  Gautier. 


QUATRIÈME  SECTION. 

SÉANCE  DU  27  FÉVRIER  1883. 

Présidence  de  M.  Jules  Fallou,  Vice-Président. 

M.  X.  Dybowski,  vice-secrétaire,  lit  le  procès-verbal  de  la  dernière 
séance,  qui  est  adopté. 

—  M.  Grisard  annonce  que  M.  le  comte  G.  Gasati  a  envoyé  40 grammes 
de  graine  de  Vers  à  soie  du  mûrier,  et  la  Section  décide  de  les  distribuer 
entre  les  différents  membres  qui  s'occupent  de  sériciculture  ainsi  qu'à 
l'école  d'agriculture  de  Grignon  et  aux  stations  séricicoles. 

M.  Grisard  lit  ensuite  un  article  àa  Bulletin  de  Vinseciologie  agricole 
relatif  à  l'empoisonnement  des  Abeilles  par  l'Eucalyptus  Red  Gum,  à 
Palestre,  province  d'Alger,  et  demande  si  ce  fait  a  déjà  été  observé  en 
Australie,  patrie  de  Y  Eucalyptus;  il  serait  istéressant  d'être  renseigné 
sur  ce  point. 

—  M.  Fallou  s'étonne  que  les  Abeilles,  et  les  insectes  en  général  man- 
gent des  plantes  qui  les  empoisonnent. 

—  M.  Maurice  Girard  rend  compte  d'un  mémoire  (voy.  au  Bulletin)  àe 
M.  Louis  Boulan,  délégué  à  l'exposition  de  Melbourne,  il  y  a  trois  ans. 
On  parlait  à  Melbourne  d'une  maladie  inconnue  jusqu'alors  attaquant  la 
vigne  dans  plusieurs  provinces  de  l'Australie. 

On  forma  une  commission.  Celle-ci  fit  une  excursion  à  Geelong  à 
(JO  kilomètres  de  Melbourne,  où  on  a  l'habitude  de  planter  les  vignes 
très  serrées.  Ce  sont  des  Suisses  qui  la  cultivent. 


PROCÈS-VERBAUX.  199 

M.  Boutan  était  le  seul  de  la  commission  qui  connût  le  phylloxéra,  et 
il  ne  tarda  pas  à  voir,  par  des  taches  caractéristiques,  que  la  maladie  des 
vignobles  était  le  phylloxéra.  Dans  certains  endroits,  en  contre-bas,  le 
parasite  ne  se  trouvait  pas  sur  les  racines  parce  que  ces  endroits  avaient 
été  inondés  pendant  assez  longtemps. 

M.  Boutan  affirme  que  ce  phylloxéra,  qui  est  le  même  d'ailleurs  que 
le  nôtre,  le  Vastalrix,  a  été  importé  par  des  cépages  français  à  Gee- 
long. 

Dès  que  cette  fâcheuse  découverte  a  été  faite,  la  commission  fit  un 
rapport  au  parlement,  et  celui-ci  vota  une  loi  établissant  des  syndicats. 
Les  viticulteurs  de  trois  provinces:  de  Victoria,  delà  xNouvelle-Galies  du 
Sud  et  d'Adélaïde  se  sont  déjà  constitués  en  syndicats  en  s'imposant  une 
somme  de  4000  livres,  au  moyen  d'un  impôt  de  six  scheUings  par  acre 
de  vigne. 

Les  imposés,  quand  ils  ont  leurs  vignobles  atteints  du  phylloxéra, 
reçoivent  une  indemnité  s'élevant  à  la  valeur  de  deux  ans  de  récolte,  et 
leurs  cépages  sont  arrachés  aux  frais  du  syndicat.  La  loi  est,  du  reste, 
très  sévère,  et  les  viticulteurs  non  syndiqués  sont  obligés  d'arracher 
leurs  vignes  à  leurs  frais,  dès  que  le  phylloxéra  les  a  atteintes,  et  ils 
ne  reçoivent  aucun  dédommagement. 

M.  M.  Girard  dit  que  semblables  mesures  devraient  être  prises  en 
Algérie  dans  le  cas  où  le  phylloxéra  y  ferait  invasion. 

Les  limites  d'arrachage,  en  Australie,  sont  d'un  mille  autour  des  taches. 
Mais  celte  distance  est  insuffisante,  car  le  phylloxéra  ailé  se  transporte 
à  des  distances  plus  considérables. 

M.  M.  Girard  annonce  ensuite  qu'il  va  faire  une  conférence,  le  28  fé- 
vrier, sur  le  phylloxéra,  à  Soissons.  Il  estime  que  dans  le  Nord  l'invasion 
de  ce  parasite  marche  très  lentement.  Ainsi,  aux  environs  d'Orléans,  oîi 
il  existe  depuis  dix  ans,  il  reste  stationnaire.  C'est  que  le  climat  ne  lui 
est  pas  propice;  sans  soins  les  environs  de  Paris  seraient  phylloxérés 
depuis  longtemps. 

Le  Vice-secrétaire, 
Xav.  Dybowski. 


200  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

CINQUIÈME   SECTION. 

SÉANCE    DU    6    MARS    1883. 
Présidence  de  M.  Paillieux,  vice-président. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté. 

—  M.  Vavin  distribue  des  graines  de  Fenouil  de  Florence,  reçues  di- 
rectement d'Italie,  —  de  Betterave  d'Egypte  récoltées  sur  une  racine  qui 
mesurait  65  centimètres  de  circonférence,  —  de  Maïs  du  Gabon  provenant 
d'un  pied  de  4", 50  de  haut  et  de  Zapallito  de  tronco. 

—  M.  de  Barrau  de  Muratel  rend  compte  de  ses  essais  de  culture  des 
graines  distribuées  en  séance  de  la  Section  : 

Le  Physalis  Peruviana  a  parfaitement  réussi,  et  a  produit  beaucoup; 
la  maturité  a  été  arrêtée  par  un  refroidissement  considérable  de  la  tem- 
pérature arrivé  le  12  septembre.  Les  fruits  ont  été  essayés  en  confiture 
qui  a  été  trouvée  assez  bonne,  mais  désagréable  à  manger  à  cause  des 
nombreuses  graines. 

Le  Soya  d'Etampes  a  bien  mûri  et  a  produit  beaucoup,  mais  n'a  pas 
été  trouvé  de  bon  goût  pour  la  cuisine.  Essayé  dans  la  montagne  à  630 
mètres,  il  n'a  pas  mûri. 

Le  Soya  vert  du  Japon  donné  comme  hâtif  s'est  montré,  au  contraire, 
plus  tardif  de  huit  à  dix  jours;  il  n'a  pas  été  dégusté. 

La  Courge  de  Siam  a  mal  réussi  et  n'a  pas  mûri  ;  quant  à  la'Courge 
meloniforme  du  Japon,  elle  se  fend  avant  la  maturité,  qui  s'effectue  mal 
du  reste  ;  la  chair  en  est  très  sèche. 

La  Courge  de  Boston,  très  coureuse  (certaines  branches  ont  atteint 
8  mètres  de  long),  a  une  chair  peu  abondante,  très  dure  et  très  sèche; 
elle  ne  paniît  pas  propre  au  climat  du  Midi. 

Le  Concombre  du  Sikkim  a  bien  réussi  ;  les  fruits  sont  abondants  et  de 
bonne  qualité;  il  ne  parait  en  rien  supérieur  au  Concombre  ordinaire. 

Le  Melon  blanc  du  Japon  (Shiro  uri)  et  le  Haricot  cerise  à  rames  du 
Japon  n'ont  pas  réussi. 

La  Chufa  d'Espagne  a  passablement  réussi  malgré  la  sécheresse  qui 
a  duré  jusqu'en  septembre. 

M.  de  Muratel  dépose  sur  le  bureau  un  échantillon  du  produit  obtenu. 

L'Aubergine  de  New-York  réussit  bien,  et  est  très  belle. 

La  Laitue  frisée  de  Californie  monte  lentement  en  graine,  c'est  là  son 
mérite,  elle  a  bien  résisté  aux  deux  derniers  hivers,  mais  ces  hivers  ont 
été  tellement  doux  que  l'expérience  n'est  pas  concluante. 

Deux  grains  de  café  (don  de  M.  Hédiard),  le  Silaus  Besseri,  et  le  Tal- 
ruda  d'Algérie  n'ont  pas  levé. 

Le  Yage  nari  [Phaseolus  radiatus)  a  réussi,  le  produit  peu  abondant 
a  été  gardé  pour  être  semé  cette  année. 


PROCÈS-VERBAUX.  201 

Deux  graines  d'une  Légumineuse  de  la  Martinique  (Canavalia)  don- 
nées par  M.  Hédiard  ont  produit  deux  plantes  tenues  en  serre  chaude. 
L'une  d'elles  est  déposée  sur  le  bureau. 

La  Courge  qui  réussit  le  mieux  dans  le  Tarn,  département  habité  par 
notre  collègue,  est  une  courge  cultivée  depuis  fort  longtemps,  très  ana- 
logue à  la  courge  pleine  de  Naples,  mais  beaucoup  plus  grosse. 

M.  de  Barrau  de  Miiralel  présente  ensuite  des  conlîtures  de  Pastèque  à 
graine  rouge;  ces  confitures  sont  trouvées  très  bonnes,  et  cependant  le 
fruit  cru  est  de  très  médiocre  qualité. 

—  M.  Paillieux  donne  lecture  d'un  mémoire  sur  divers  végétaux  propres 
à  former  des  pickles. 

MM.  Hédiard,  Rieffel  et  de  Muratel  veulent  bien  se  charger  de  la  dé- 
gustation des  préparations  faites  par  les  soins  de  M.  Paillieux  et  d'en 
rendre  compte  dans  la  prochaine  séance. 

—  A  cette  occasion  M.  Chappellier  signale  comme  succédané  du  Corni- 
chon et  le  remplaçant  avantageusement  les  conserves  de  petits  Melons. 

—  M.  Hédiard  fait  observer  que  ces  petits  Melons  sont  en  effet  excel- 
lents, mais  qu'il  faut  les  manger  frais,  car  au  bout  de  peu  de  temps  ils  se 
ramollissent  complètement.  On  les  trouvait  autrefois  facilement  aux 
Halles  et  à  bon  compte,  mais  aujourd'hui  ils  sont  plus  recherchés  et  leur 
valeur  a  décuplé. 

A  propos  de  l'Angourie  dont  il  est  question  dans  le  mémoire  de  M.  Pail- 
lieux, M.  Hédiard  fait  connaître  qu'à  Bourbon  et  à  Maurice  on  cultive 
un  légume  tout  à  fait  semblable,  mais  un  peu  plus  gros,  il  a  la  taille  d'un 
marron  d'Inde  ;  ce  légume,  nommé  Margausse,  se  conserve  dans  le  sel 
et  par  son  goût  amer  il  excite  l'appétit. 

—  M.  Vavin  rappelle  que  l'on  fait  avec  le  Physalis  edidis  un  excellent 
sirop  pour  les  bronchites;  on  peut  encore  confire  les  fruits  au  vinaigre 
et  les  manger  comme  cornichons. 

—  M.  Paillieux  dit  qu'il  a  fait  faire  avec  les  ivu'ils  du  P.  Peruviana  un 
sirop  qui  rappelle  le  sirop  de  gomme  et  doit  jouir  des  mêmes  pro- 
priétés. 

—  M.  Millet  confirme  ce  que  vient  de  dire  M.  Vavin,  il  a  fait  lui-même 
usage  du  sirop  de  Physalis  et  s'en  est  fort  bien  trouvé. 

Notre  confrère  donne  ensuite  quelques  détails  sur  la  maladie  des 
Pommes  de  terre  qui,  dans  l'Aisne  et  les  Ardennes,  a  sévi  d'une  façon 
désastreuse. 

M.  Millet  a  eu  l'idée  d'employer  pour  cette  culture  les  résidus  de  la 
combustion  des  cokes  et  charbons  de  terre  qui,  dans  ces  terrains  com- 
pacts et  humides,  agissant  à  la  fois  comme  fertilisants  et  comme  diviseurs, 
lui  ont  donné  d'excellents  résultats;  il  s'est  servi  également  avec  succès 
du  marc  de  café. 

—  M.  Manceau  préconise  l'emploi  de  la  sciure  de  bois  pour  les  terrains 
forts 


202  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

—  A  ce  propos  M.  Nicard  dit  qu'on  ne  peut  tirer  aucun  parti  de  la 
sciure  pure,  dans  laquelle  aucune  plante  ne  pousse. 

M.  Millet  fait  connaître  qu'à  la  section  d'horticulture  de  la  Société 

des  Agriculteurs  de  France,  M.  Michelin  avait  fait  la  motion  de  planter 
les  routes  en  arbres  fruitiers,  mais  qu'en  présence  du  peu  de  bénéfice 
qu'il  était  possible  d'en  tirer,  vu  les  causes  multiples  de  destruction,  il 
avait  semblé  préférable  à  notre  confrère  de  proposer  des  plantations 
d'arbres  forestiers:  peupliers,  ormes,  etc.,  qui  au  bout  de  quelques 
années  deviennent  une  source  de  revenu  pour  la  commune. 

La  proposition  de  M.  Michelin  a  été  repoussée  et  celle  de  M.  Millet 
adoptée  par  la  Société  des  Agriculteurs. 

—  A  ce  propos,  M.  J.  Grisard  rappelle  que  la  Compagnie  des  chemins 
de  fer  de  l'Est  a  fait  clore  par  des  arbres  fruitiers,  disposés  en  espalier, 
une  certaine  partie  de  ses  lignes,  et  que  les  résultats  ont  été  nuls. 

Le  Secrétaire, 

Jules  Grisard. 


IV.  FAITS  DIVERS  ET  EXTRAITS  DE  CORRESPONDANCE 


Incubation  artificielle  d'oeufs  de  Casoai*. 

Lettre  adressée  à  M.  le  Secrétaire  général. 

«  J'ai  l'honneur  de  vous  envoyer  les  renseignements  suivants  sur  l'in- 
cubation des  œufsdeCasoar  que  vous  avez  eu  l'obligeance  de  nie  confier, 
incubation  qui  a  parfaitement  réussi  comme  je  vous  l'explique  ci- 
dessous. 

»  Le  H  janvier  dernier,  j'emportai  du  Jardin  d'Acclimatation  i  œufs, 
dont  un,  le  premier  pondu,  était  beaucoup  plus  petit  que  les  3  autres. 
Je  les  laissai  reposer  deux  jours,  et  le  13  au  soir,  je  les  mis  dans  ma 
couveuse  artificielle.  Cet  appareil,  dont  j'ai  fait  la  description  dans  le 
Bulletin  de  la  Société,  est  chauffé  au  gaz;  il  est  muni  d'un  régulateur  de 
température  empêchant  complètement  les  excès  de  chaleur. 

Cette  couveuse  est  installée  dans  une  boutique  sur  la  rue,  à  1  mètre 
de  trottoir,  près  d'une  porte  dont  le  timbre  résonne  très  fort;  il  a  passé 
dans  la  rue,  pendant  tout  le  temps  de  l'incubation,  des  voitures  et  des 
fardiers  conduisant  les  matériaux  du  chemin  de  fer  de  grande  ceinture 
en  construction  dans  nos  parages.  Je  mets  tous  ces  détails  pour  montrer 
que  le  bruit  et  la  trépidation  ne  nuisent  en  aucune  façon  à  la  bonne 
venue  des  élèves  quand  l'appareil  possède  toutes  les  chances  de  réussite. 

J'ai  remarqué  souvent  que  plus  les  oiseaux  sont  gros,  moins  ils  déve- 
loppent de  chaleur;  je  réglais  donc  ma  couveuse  à  2  degrés  de  moins 
que  pour  les  poulets. 

»  Je  n'ai  pas  de  regret  de  cette  manière  d'agir,  car  le  25  février,  ayant 
mis  nies  œufs  sur  le  verre  de  la  couveuse,  je  constatai  que  3  d'entre  eux 
étaient  animés,  et  que  les  petits  remuaient  déjà  dans  la  coquille;  le 
quatrième  œuf  était  clair.  Je  recommençai  cette  opération  tous  les  trois 
ou  quatre  jours,  et  les  mouvements  devinrent  de  plus  en  plus  accentués. 
Vers  le  10  mars,  ou  entendait  parfaitement  le  cri  des  petits. 

»  Le  12,  un  des  œufs  était  bêché,  mais  le  jeune  'ne  put  sortir  complè- 
tement, car  une  membrane  de  chair  reliait  le  dessus  de  la  tète  avec 
l'abdomen;  ce  phénomène,  excessivement  curieux,  s'était  complètement 
développé,  malgré  sa  monstruosité.  Je  l'envoyai  à  M.  le  professeur  Ca- 
mille Daresie,  qui  le  présenta,  quelques  jours  après  à  une  séance  de 
notre  Société. 

»  Le  13,  un  deuxième  petit  Casoar  commençait  à  bêcher  l'œuf  vers  six 
heures  du  soir,  et  sortait  très  vigoureux  à  dixheures  et  demie.  Cinq  jours 
après,  le  18  mars,  après  (34  jours  d'incubation,  le  dernier  jeune  bêchait 
vers  huit  heures  du  malin,  et  sortait  complètement  deux  heures  après. 


204  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

î  Ces  oiseaux  sont  très  rustiques,  peu  farouches,  mangent  dans  la 
main,  et  trottent  on  ne  peut  mieux  au  bout  de  deux  à  trois  jours. 

»  Mal<^ré  ce  qui  a  été  dit,  les  poussins  bêclient  eux-mêmes  la  coquille, 
absolument  comme  les  Pintades;  les  parents  ne  doivent  nullement  les 
aidera  sortir;  ils  font    même  cette   besogne  avec  beaucoup  de  facilité. 

»  Les  œufs  se  trouvent  bêchés,  comme  je  vous  l'ai  dit,  au  commence- 
ment de  la  chambre  à  air,  qu'ils  percent  avant,  et  non  à  l'extrémité 
comme  on  me  l'avait  affirmé.  Cette  chambre  à  air  se  trouve  très  petite, 
el  les  œufs  mis  dans  l'eau  la  veille  d^  l'incubation,  ne  dépassaient  le 
niveau  que  de  1  centimètre. 

»  Je  crois,  du  reste,  que  c'est  la  première  fois  que  des  Casoars  éclo- 
sent  dans  une  couveuse,  dans  laquelle  ils  restent  depuis  le  commence- 
ment de  l'incubation,  c'est-à-dire  de  cinquante-huit  à  soixante-quatre 
jours. 

»  J'ajouterai  que  mes  charmants  élèves  vivent  parfaitement;  ils  ont 
une  éleveuse  artificielle  avec  parc  de  gazon;  ils  rentrent  d'eux-mêmes 
chercher  la  chaleur.  Je  les  nourris  avec  de  la  pâtée  composée  d'œufs 
durs  avec  coquille,  pain  rassi,  salade  et  cœur  de  bœuf,  le  tout  haché  un 
peu  gros. 

»  Les  premiers  jours,  je  leur  donnai  des  vers  de  terre,  dont  ils  étaient 
très  friands;  mais  j'ai  dû  renoncer  à  cet  aliment  qui  était  trop  laxatif. 

»  Ils  ne  boivent  que  vers  le  sixième  jour. 

»  La  croissance  de  ces  animaux  est  prodigieuse.  Aimant,  du  reste, 
beaucoup  à  me  rendre  compte  des  choses,  je  pesai  ces  Casoars  à  leur 
naissance;  leur  poids  était,  le  premier  jour,  de  320  grammes  chaque; 
7  jours  après,  de  530  grammes;  7  jours  plus  tard,  de  835  grammes  ; 
et  encore,  7  jours  après,  de  1180  grammes. 

»  L'augmentation  du  poids  était  donc,  le  premier  jour,  de  15  à  16 

grammes;  cette  augmentation  est  maintenant  de  45  à  50  grammes  par 

jour.  La  consommation  de  nourriture,  qui  était  d'environ  100  grammes 

les  premiers  jours,  par  oiseau,  est  maintenant  de  270  à  300  grammes. 

))  Vers  l'âge  de  15  jours,  l'aîné  était  devenu  triste  et  ne  mangeait 
plus.  Je  lui  administrai  alors  1  gramme  d'aloès  et  de  semen-contra  :  la 
santé  et  l'appétit  lui  revinrent,  six  heures  après. 

ï  Ces  animaux  dorment  les  pattes  repliées  sous  le  corps,  le  cou  tendu 
et  le  bec  perpendiculaire  au  sol.  J'ai  suspendu,  dans  l'éleveuse,  un  fort 
plumeau,  sur  lequel  ils  aiment  se  rouler  et  lisser  leur  duvet. 

»  J'espère  que  maintenant  ces  animaux  continueront  à  bien  venir  et 
je  vous  tiendrai,  du  reste,  au  courant  de  leurs  faits  et  gestes,  si  toutefois 
cela  peut  vous  intéresser. 

ï  Recevez,  Monsieur,  etc. 

»   A.  BOUCHEREAUX.  )) 


FAITS   DIVERS   ET   EXTRAITS   DE    CORRESPONDANCE.        205 


Reprodtictiou  du  Saiiiuon  de  Californie, 
à  raquariiini  du  Trocadéi'o. 

Le  25  octobre  i878,  raquarium  du  Trocadéro  recevait  de  la  Société 
nationale  d'Acclimatation  un  millier  d'oeufs  de  Saumon  de  Californie 
(Oncorhijnchus  quinnat),  provenant  d'un  envoi  fait  par  M.  Spencer 
F.  Baird,  commissaire  des  pêcheries  des  États-Unis.  Ces  œufs  ne  tardè- 
rent pas  à  éclore.  Les  alevins  étaient  très  vigoureux  et  leur  développe- 
ment fut  assez  rapide. 

Abondamment  nourris  de  chair  de  poisson  blanc  hachée,  les  jeunes 
Saumons  atteignirent,  en  l'espace  d'une  année,  un  poids  moyen  de 
250  grammes.  Ils  supportaient  parfaitement  leur  élevage  en  stabula- 
tion,  et  les  pertes  étaient  relativement  insignifiantes. 

Deux  ans  plus  tard,  les  saumoneaux  étaient  devenus  de  très  beaux 
poissons.  Quelques-uns  pesaient  jusqu'à  ^kilogrammes.  En  octobre  1881, 
plusieurs  sujets  donnaient  des  signes  évidents  de  frai.  Des  fécondations 
artificielles  furent  essayées;  mais  les  œufs  récoltés  paraissaient  mal  dé- 
veloppés et  ne  donnèrent  aucun  résultat.        , 

L'année  suivante,  1882,  au  mois  d'octobre  également,  le  désir  de 
frayer  se  manifesta  de  nouveau  chez  ces  poissons,  et,  le  2i  octobre,  plu- 
sieurs femelles  donnaient  environ  1500  œufs,  que  l'on  essayait  de  féconder 
avec  de  la  laitance  de  Truite,  faute  de  Saumons  mâles  mûrs  à  point. 
L'opération  ne  réussit  pas.  Mais,  peu  de  jours  après,  les  sujets  des  deux 
sexes  étaient  en  plein  frai,  et  l'on  pouvait  récolter  et  féconder,  en 
l'espace  de  cinq  semaines,  près  de  30  000  œufs. 

Malheureusement,  le  manque  d'un  nombre  suffisant  d'appareils  d'éclo- 
sion  nécessita  l'entassement  des  œufs  pendant  quelques  jours  dans  un 
espace  beaucoup  trop  restreint.  En  outre,  des  travaux  de  réparation  dans 
les  conduites  d'eau  qui  alimentent  l'aquarium  ne  permirent,  pendant 
quelque  temps,  que  l'emploi  d'eau  non  filtrée. 

Environ  1500  alevins  très  vigoureux  ont  pu  toutefois  être  obtenus  et 
sont  actuellement  en  parfait  état.  Ils  suffisent  pour  démontrer  la  possi- 
bilité d'élever  et  de  faire  reproduire  le  Saumon  de  Californie  dans  des 
conditions  de  captivité  tout  à  fait  exceptionnelles.  Le  fait  semble  d'autant 
plus  intéressant  qu'il  s'agit  d'une  espèce  étrangère,  essentiellement  mi- 
gratrice, qui  s'est  ainsi  pliée,  à  la  fois,  à  un  nouveau  climat  et  à  un 
changement  complet  dans  les  habitudes.  L'acquisition  de  cette  espèce 
paraît  donc  facilement  réalisable,  et  elle  serait  particulièrement  utile  au 
point  de  vue  de  l'empoissonnement  des  cours  d'eau  tributaires  de  la 
Méditerranée. 

Raveret-Wattel  et  Bartet. 
(Extrait  en  partie  des  comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  des 
sciences.) 


V.  BIBLIOGRAPHIE 


I 

De  raction  du  froid  t^iir  les  végétaux  pendant  l'hiver  1879-1880, 
par  M.  Charles  Baltet,  liorliculteur  à  Troyes.  1  vol.  in-8°,  340  pages. 
G.  Masson,  libraire,  120,  boulevard  Saint-Germain,  1882. 

Quelle  a  été  la  cause  première  des  grands  froids  de  l'hiver  1879-80, 
qui  ont  occasionné  tant  de  désastres  sur  les  végétaux?  Il  semble  qu'il 
faut  l'attribuer  à  la  persistance  des  vents  du  nord,  du  nord-est  et  de  l'est, 
en  septembre,  octobre,  novembre,  et  même  jusqu'au  26  décembre,  ainsi 
qu'à  la  tempête  des  3,  4  et  5  décembre,  pendant  laquelle  le  vent  du 
nord-est  se  fit  sentir  avec  une  si  grande  violence.  De  plus,  l'effet  désas- 
treux ^de  ces  vents  fut  augmenté  par  le  rayonnement  nocturne  produit 
par  la  pureté  constante  du  ciel. 

Sans  doute,  il  n'est  pas  donné  à  l'homme  d'empêcher  le  retour  de  telles 
catastro[)bes;  mais  la  science  pourra  peut-être  un  jour  en  atténuer  les 
eflets  au  moyen  de  mesures  préventives,  lorsque  des  réseaux  électriques 
enserreront  le  monde  et  que  le  signal  précurseur  sera  donné  avec  une 
rapidité  de  45  000  lieues  à  la  seconde,  alors  que  les  vents  les  plus  violents 
n'ont  qu'une  vitesse  de  36  lieues  à  l'heure. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  du  plus  grand  intérêt  d'étudier  les  conséquences 
d'un  froid  excessif  et  persistant  sur  chacune  des  essences  végétales  de 
notre  pays,  et  plus  spécialement  encore  sur  celles  nouvellement  intro- 
duites. Il  y  a  dans  cette  enquête  des  données  bien  précieuses  à  recueillir, 
n  on  seulement  sur  la  force  de  résistance  de  chaque  plante,  mais  encore 
sur  l'aptitude  des  différentes  espèces  à  se  plier  aux  conditions  atmosphé- 
riques de  leur  patrie  adoptive. 

M.  Baltet  a  étudié,  avec  autant  de  zèle  que  d'exactitude,  les  effets  de  la 
durée  et  de  la  persistance  du  froid  sur  les  végétaux  dans  les  diverses 
régions  de  la  France,  et  plus  particulièrement  dans  le  département  de 
l'Aube-,  la  rigueur  du  froid  d'après  l'altitude  et  le  sol;  le  rôle  de  la 
n  eige  pendant  la  gelée  ;  l'action  du  soleil  sur  les  végétaux  gelés,  la  dété- 
rioration de  leurs  tissus;  les  effets  de  la  gelée  sur  les  pépinières,  les 
jardins,  les  parcs,  les  plantations  routières,  les  bois,  les  forêts,  les 
plantations  fruitières  et  la  vigne.  Mais  la  partie  la  plus  intéressante  de 
son  travail  consiste  dans  une  nomenclature  par  ordre  alphabétique  de 
tous  les  arbres  et  arbustes  naturalisés  en  France,  indiquant  ceux  qui 
ont  été  détruits  et  ceux  qui  ont  été  fatigués  ou  épargnés.  Chaque  végétal 
fait  l'objet  d'une  notice  distincte,  indiquant  la  famille  botanique,  le  pays 
d'origine,  les  habitudes  et  l'indication  précise  de  la  manière  dont  chacun 
s'est  comporté  sous  l'action  du  froid. 


BIBLIOGRAPHIE.  207 

Le  mémoire  de  notre  habile  confrère  a  été  couronné  par  la  Société 
nationale  d'Acclimatation  et  par  la   Société  nationale  d'Agriculture  (1). 

E,B  Chasse  (Lois  usuelles  annotées),  par  Ad.  Giraudeau,  J.-M.  Lelièvre 
et  G.  Soudée;  un  volume  petit  in-S",  434  pages,  ^^  édition,  augmentée 
et  mise  au  courant  de  la  jurisprudence.  Larose  et  Forcel,  22,  rue  Soufflet, 

1882. 

Nous  avons  à  signaler  à  nos  lecteurs  un  nouveau  commentaire  de  la 
loi  du  3  mai  1844.  Les  auteurs  ont  suivi  pas  à  pas  le  texte  des  disposi- 
tions législatives,  en  indiquant,  à  la  suite  de  chaque  article,  les  opinions 
de  la  doctrine  et  les  décisions  judiciaires  intervenues  sur  les  nombreuses 
questions  que  soulève  la  police  de  la  chasse.  Ces  analyses  sont  succinctes 
et  précises;  les  discussions  sont  «brèves  et  judicieuses. 

Spécialement  en  ce  qui  concerne  la  section  1"  de  la  loi,  relative  à 
l'exercice  du  droit  de  chasse,  le  commentaire  étudie  successivement  la 
nature  de  ce  droit,  sa  cession  et  sa  location;  qui  peut  chasser  et  à  qui 
cette  faculté  appartient  ;  les  faits  qui  constituent  ou  ne  constituent  pas 
la  chasse  ;  les  conditions  requises  pour  l'exercice  de  ce  droit;  la  chasse 
sur  les  propriétés  de  l'État,  des  communes  et  des  établissements  publics, 
ainsi  que  sur  les  routes  traversant  les  bois  et  les  forêts,  ou  dans  les  ter- 
rains clos  ;  l'ouverture  et  la  clôture  de  la  chasse  ;  la  vente  et  le  colportage 
du  gibier  en  temps  prohibé,  sa  saisie  et  sa  recherche  pendant  la  même 
période; les  permis  de  chasse  et  les  personnes  à  qui  le  permis  peut  ou 
doit  être  refusé;  les  modes  de  chasse  autorisés  ou  défendus;  les  attri- 
butions des  préfets,  le  droit  naturel  de  repousser  et  de  détruire  les  bêtes 
fauves,  etc. 

Nous  ne  saurions  évidemment  entrer  dans  l'analyse  d'un  commentaire 
de  loi;  mais  on  lira  avec  profit,  dans  le  chapitre  dont  nous  venons 
d'indiquer  les  principales  divisions,  la  partie  qui  se  rattache  à  la  nature 
du  droit  de  chasse.  Nous  croyons,  avec  les  auteurs,  que  ce  droit  constitue 
une  servitude  personnelle  et  non  une  servitude  réelle.  Nous  pensons, 
dès  lors,  que  la  concession  ne  peut  en  être  faite  valablement  à  perpétuité, 
à  titre  onéreux  ou  gratuit,  soit  au  profit  d'une  personne  désignée  et  ses 
héritiers,  soit  au  profit  des  propriétaires  d'un  fonds.  Les  commentateurs 
reconnaissent  également  avec  raison  qu'en  matière  de  mutation  par 
décès,  le  montant  d'un  bail  de  chasse  doit  être  compris  dans  le  revenu 
déclaré  pour  la  perception  du  droit  (Gass.,  7  avril  1868;  Dalloz,  1868, 
J,  259),  et  cette  proposition,  ainsi  formulée,  est  [absolument  exacte: 
mais  nous  ferons  observer  que  s'il  n'y  avait  pas  de  bail,  et  si  le  proprié- 
taire avait  conservé  pour  lui  la  faculté  de  poursuivre  le  gibier  sur  ses 
terres,  le  droit  de  chasse  ne  saurait  être  considéré  comme  un  fruit 

(l)  Soc.  d'Acclim.,  26  mai  1882  Grande  médaille  d'argent  à  l'effigie  d'Isidore 
Ceoffroy  Saint-Hilaire.  —  Soc.  d'Agric,  7  août  1882,  médaille  d'or. 


208  SOCIÉTÉ  NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

susceptible  d'être  déclaré.  C'est  un  point  que  l'arrêt  cité  a  parfaitement 
reconnu,  et  qui  sert  à  bien  préciser  la  nature  de  ce  droit,  —  attribut 
inhérent  à  la  qualité  même  de  propriétaire. 

L'explication  de  la  loi  de  1844  est  suivie  d'une  étude  approfondie  sur 
la  léo-islation  et  la  jurisprudence  concernant  l'institution  de  la  Louveterie, 
le  droit  sur  le  gibier,  la  responsabilité  des  chasseurs  et  des  propriétaires 
des  bois,  ainsi  que  les  gardes  particuliers.  Elle  est  accompagnée  du 
formulaire  des  quelques  actes,  demandes  ou  procès-verbaux  que  l'on 
peut  être  appelé  à  rédiger  en  matière  de  chasse. 

Aimé  Dufort. 


II.  — Publications  nouvelles 

Culture  de  la  vigne  en  Cbaintres  par  A.  Vias,  instituteur  à 
Chissay  (Loir-et-Cher),  4=  édition.  In-8»,  111  p.  et  portrait.  Mesnil, 
imp.  Firmin-Didot.  Paris,  lib.  agricole  de  la  Maison  rustique. 

i,a  question  du  vinage  et  les  vins  artificiels  en  1882  par  H.  Mes- 
sine, négociant,  juge  au  tribunal  de  commerce  de  iMontpellier.  In-8», 
36  p.  Montpellier,  imp.  Grollier  et  fils. 

i^'art  et  la  science  en  agriculture,  amélioration  des  races  d'ani- 
maux domestiques  par  le  marquis  de  Virieu,  président  de  la  Société 
d'agriculture  de  la  Tour  du   Pin.  In-12,  48  p.  Lyon,  imp.  Albert. 

Des  chiens  anglais  de  chasse  et  de  tir  et  de  leur  dressage  à  la 
portée  de  tous;  setters,  pointers,  retrievers,  cockers,  etc.,  par  Paul 
Gaillard.  Préface  du  mar((uis  de  Cherville.  In-18  jésus.  xxiv-273  p. 
Mesnil,  imp.  Firmin-Didot.  Paris,  lib.  Firmin-Didot  et  C'e. 

Précis  pratique  de  l'élevage  du  porc  (Races,  engraissement,  pro- 
duits, porcheries,  maladies),  par  A.  Gobin,  professeur  de  zootechnie, 
de  zoologie  el  d'agriculture.  In-I8  jésus,  309  p.  avec  50  fig.  Paris, 
imp.  Pion  et  C'e  ;  lib.  Lebroc  et  G'».  3  fr.  50. 

lies  plantes  fourragères,  par  Gustave  Heuzé,  inspecteur  général  de 
l'agriculture,  4'^  édition,  t.  I  :  les  plantes  à  racines  et  à  tubercules.  Li-18 
jésus,  xiv-359  p.  avec  89  fig.  Mesnil,  imp.  Firmin-Didot;  Paris,  lib. 
agricole  de  la  Maison  rustique.  3  fr.  50. 

Compte  rendu  des  opérations  de  la  condition  des  soies  de  Lyon 

pendant  l'année    1881,     par  A.    Perret,   directeur.  In-S",  20    p.    avec 
tableaux.  Lyon,  imp.  Pilral  aîné. 


Le  gérant  :  Jules  Grisard. 


Imprimeries  réunies,  A,  lue  Mignon,  2,  Pari: 


I.    TRAVAUX  DES  MEMBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ 


ENQUÊTE  SUR  LA  CHÈVRE 

RAPPORT  PRÉSENTÉ  A  LA  PREMIÈRE  SECTION 
Par  M.   J.   GitUTIER. 


Messieurs, 

Je  viens,  selon  le  désir  exprimé  par  la  l'«  section  dans  sa 
dernière  séance,  vous  rendre  compte  des  réponses  faites  au 
questionnaire  adressé  par  la  Société  d'Acclimatation  au  sujet 
de  la  Chèvre. 

Il  a  été,  comme  je  le  craignais,  impossible  d'étudier  la 
question  d'une  façon  complète  dans  un  espace  de  temps  aussi 
court  que  celui  qui  m'a  été  laissé.  En  effet,  les  réponses  de- 
mandées pour  le  10  avril  continuent  à  arriver  encore  à 
l'heure  actuelle  et  de  plus  doivent  être  reprises  une  à  une 
dans  les  bureaux  pour  établir  leur  origine,  par  suite  de  la 
mauvaise  rédaction  de  la  première  question. 

Le  travail  que  je  vous  présente  aujourd'hui  est  donc  non 
pas  une  étude  dans  le  sens  du  vœu  exprimé  par  M.  le  mar- 
quis de  Pruns,  mais  seulement  le  très  long  résumé  de  toute 
la  correspondance  échangée  à  son  sujet. 

Le  nombre  des  réponses  au  questionnaire,  défalcation  faite 
de  quelques  anonymes,  par  conséquent  de  nulle  valeur,  a  été 
de  136.  Un  certain  nombre  d'entre  elles  contiennent  des 
observations  intéressantes;  enfin  il  nous  est  également  par- 
venu quelques  lettres  dont  nous  vous  rendrons  compte. 

Un  seul  questionnaire  nous  a  été  retourné  de  l'étranger  : 
d'Espagne.  Les  départements  qui  ont  répondu  à  notre  appel, 
au  comptant  l'Algérie,  sont  au  nombre  de  03  et  ils  ont  ré- 
pondu dans  la  proportion  suivante  :  Algérie,  1  ;  Ain,  i  ; 
Aisne,  1;  Allier,  1;  Alpes  -  Maritimes ,  3;  Ardennes,  2; 
Ariège,  2;  Aude,  1  ;  Aveyron,  3;  Basses-Alpes,  2;  Calvados,  2; 

3*  SÉRIE,  T.  X.  —  Avril  188a,  14 


210  SOGllÎTÉ    NATIONALE    d' ACCLIMATATION. 

Canlal,  1  ;  Charente,  3;  Charente-Inférieure,  2;  Cher  3; 
Côles-dii-Nord,  1  ;  Creuse,  1  ;  Deux-Sèvres,  5;  Dordogne,  3; 
Eure,  1  ;  Gard,  "i  ;  Ilaute-Loire,  1  ;  llaule-Saône,  1  ;  Haute- 
Marne,  l  ;  Ilaule-Savoie,  1  ;  Haule-Vienne,  1  ;  Hérault,  1  ; 
Indre,  2;  Indre-et-Loire,  5;  Ille-ct-Vilaine,  3;  Isère,  2; 
Landes,  l  ;  Loi'-et-Cher,  1  ;  Loire-Inférieure,  5  ;  Lot,  2  ; 
Lot-et-Garonne,  1  ;  Lozère,  1  ;  Manche,  1  ;  Maine-et-Loire,  3; 
Marne,  3;  Mayenne,  I  ;  Meuse,  2  ;  Morbihan,  l  ;  Nord,  0; 
Oise,  I  7  Pas-de-Calais,  4;  Pyrénées-Orientales,  2;  Puy-de- 
Dome,  5;  Saône-et-Loire,  1  ;  Sarthe,  3;  Savoie,  2;  Seine- 
Inférieure,  3;  Seine-et-Marne,  2;  Seine-et-Oise,  1;  Somme,  2; 
Tarn,  i  ;  Yaucluse,  i  ;  Vendée,  3;  Vienne,  8;  Vosges,  2; 
Yonne,  1. 

Enfin  un  questionnaire  nous  a  été  retourné  d'Alsace  :  nous 
n'avons  pu,  hélas!  le  classer  parmi  ceux  qui  nous  sont  reve- 
nus des  départements  français,  mais  nous  n'avons  pu  nous 
résoudre  non  plus  à  le  classer  comme  venant  de  l'étranger. 

A  la  l"  question  «  Y  a-t-il  des  Chèvres  dans  votre  départe- 
ment ?  »  tous  nos  correspondants  ont  répondu  d'une  fagon 
affirmative;  mais  à  la  seconde  question  «Sont-elles  nom- 
breuses? »  les  réponses  ont  cessé  d'être  nettes  :  «  assez  nom- 
breuses »  et  «  pas  très  nombreuses  »  sont  les  locutions  les 
plus  employées,  et  il  faut  reconnaître  qu'elles  sont  fort  élas- 
tiques. Bien  plus,  quand  plusieurs  correspondants  nous  écri- 
vent du  même  département,  les  réponses  sont  contradic- 
toires :  ce  qui  s'explique  par  ce  fait  qu'ils  habitent  évidemment 
dans  des  arrondissement  différents,  arrondissements  qui  nous 
sont  inconnus;  dans  celte  situation  il  est  impossible  de  donner 
un  résumé,  môme  succinct,  des  réponses  faites  à  la  deuxième 
question. 

La  3°  et  la  4*  question  n'en  font  qu'une  pour  ainsi  dire  : 
«  Y  a-t-il  une  race  particulière,  et  est-ce  une  race  du  pays?  >> 
A  cette  question  nos  correspondants  ont  répondu  n  'g.itive- 
ment  pour  le  plus  gr.ind  nombre  el  il  paraît  ressorlii-  de  ce 
qui  nous  est  écrit  qu'à  l'exception  de  l'Algérie,  où  l'on  trouve 
pures  la  race  arabe  et  la  race  maltaise  ;  du  déparlement  du 
Nord,  où  l'on  trouve  à  Lille  un  troupeau  de  Chèvres  du  Thi- 


."'"■      ENQUÊTE  SUR  LA  CHÈVEE.  211 

bel,  admis  au  concours  régional  de  1879;  des  Pyrénées- 
Orientales,  où  l'on  trouve  la  Chèvre  roussi  llonnaise,  noire  avec 
le  dessous  du  ventre  presque  blanc  ;  enfin  des  Vosges,  où,  nou& 
dit-on,  il  existe  une  race  naine  du  pays,  il  n'existe  pas  en 
France  de  race  de  pays  bien  fixée.  11  serait  seulement  permis 
de  conclure  des  renseignements  qui  nous  sont  envoyés  que 
dans  certains  déparlements  les  Chèvres  proviennent  de  telle 
ou  telle  ancienne  race  que  l'on  nous  désigne  comme  race  des 
Alpes,  race  d'Auvergne,  race  du  Vivarais,  race  des  Pyrénées, 
race  poitevine  ou  limousine,  sans  que  les  individus  dont  il 
s'agit  soient  purs. 

Telle  n'est  pas  cependant  la  réalité  des  choses  et  il  existe 
certainement  en  France  des  races  bien  fixées  et  détermi- 
nées. 

La  cinquième  question  «  Description  de  la  Chèvre  »  a  donné 
lieu  aux  réponses  les  plus  variées.  Par  cela  même  qu'il  n'exis- 
tait pas  de  race  bien  caractérisée  dans  la  plupart  des  lieux 
habiles  par  nos  correspondants,  le  pelage  de  la  Chèvre  affecte 
toutes  les  couleurs  depuis  le  blanc  jusqu'au  noir  en  passant  par 
le  roux,  le  fauve  et  le  gris.  Il  est  à  remarquer  seulement  que 
la  couleur  blanche  semble  partout  préférée  à  cause  de  celte 
croyance  que  le  lait  des  Chèvres  blanches  est  d'un  goût  plus 
délicat.  Le  poil  varie  de  longueur  comme  de  couleur  ;  il  sem- 
ble être  en  général  de  4  à  6  centimètres.  Toutefois  dans  les 
Côtes-du-Nord  on  nous  cite  le  chiffre  de  15  centimètres,  de 
16  dans  la  Dordogne,  de  10  à  12  dans  l'IIle-et-Vilaine,  et 
noUe  correspondant  de  la  Meuse  nous  écrit  que  les  Chèvres 
du  pays  onl  le  poil  long  el  dur,  ayant  à  sa  base  un  duvet  fin, 
soyeux  et  très  court. 

^nEn  ce  qui  concerne  la  taille,  elle  varie  de  60  à  80  centimè- 
tres. Nous  signalerons  seulement  le  chiffre  de  50  centimètres 
qui  nous  est  envoyé  de  la  Meuse  et  du  Tarn. 

il  ressort  des  réponses  faites  à  la  6'  question  relative  aux 
cornes,  que  partout  en  France  on  trouve  à  côté  l'une  de  l'au- 
Ire  la  Chèvre  avecxornes  et  la  Chèvre  sans  cornes,  mais  dans 
des  proportions  différentes.  C'est  ainsi  que  les  Chèvres  à 
cornes  existent  en  grand  nombre  dans  le  Cantal,  le  Cher,  la 


212  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D' ACCLIMATATION. 

Dordogne,laHaule-Marne,  la  Savoie  et  le  Tarn,  tandis  que  les 
Chèvres  sans  cornes  sont  de  beaucoup  les  plus  nombreuses 
dans  la  Haute-Loire,  la  Mayenne,  la  Meuse,  le  Nord,  l'Oise, 
le  Pas-de-Calais,  les  Pyrénées-Orientales,  la  Sarthe  et  la 
Vienne.  Il  convient  d'ajouter  que  les  Chèvres  sans  cornes 
jouissent  d'une  faveur  plus  grande  que  leurs  sœurs,  non  seu- 
lement parce  qu'avec  elles  les  chances  d'accident  sont  moin- 
dres, mais  encore  parce  que,  à  tort  ou  à  raison,  leur  lait  passe 
pour  être  plus  abondant  et  de  meilleure  qualité. 

La  septième  question  est  ainsi  conçue  :  «  Comment  sont 
réparties  les  Chèvres  du  département?  est-ce  par  troupeaux 
ou  par  individus  isolés?  » 

Les  départements  où  les  chèvres  se  trouvent  réparties  par 
troupeaux  sont  fort  peu  nombreux.  Nous  trouvons  d'abord 
l'Algérie,  où  dans  le  Sud  on  rencontre  des  troupeaux  considé- 
rables de  plus  de  1000  têtes  de  race  arabe  et  des  petits  trou- 
peaux de  15  à  20  têtes  de  race  maltaise  aux  environs  des 
villes. 

Nous  trouvons  ensuite  les  Landes,  les  Basses-Alpes,  les  Pyré- 
nées-Orientales, la  Savoie  et  le  Puy-de-Dôme,  départements  où 
les  propriétaires  de  quelques  Chèvres  les  réunissent  pour  for- 
mer des  troupeaux  gardés  par  chacun  d'eux  à  leur  tour.  Les 
autres  départements  possèdent  bien  quelques  troupeaux,  mais 
exceptionnellement,  si  l'on  peut  s'exprimer  de  la  sorte.  C'est 
ainsi  que  dans  la  Charente  il  n'en  existe  qu'aux  environs  de 
Ruffec  et  dans  l'Aveyron  sur  les  parties  montagneuses  ;  dans 
le  Cantal  on  en  trouve  seulement  dans  les  pays  de  bois,  et 
dans  l'Allier  seulement  à  l'établissement  du  docteur  Boudard. 
Dans  d'autres  départements  les  troupeaux  ne  sont  que  de 
passage  :  ainsi  dans  le  Tarn,  dans  le  Nord  et  dans  laDordogne 
où  ils  viennent  conduits  par  des  bergers  basques.  Partout 
ailleurs  les  Chèvres  se  rencontrent  par  individus  isolés.  Sans 
doute  quelques  propriétaires  en  possèdent  plusieurs,  qu'ils 
envoient  en  général  pâturer  avec  les  moutons,  mais  il  n'y  a 
pas  à  proprement  parler  de  vrais  troupeaux. 

Le  nombre  des  chevreaux  misbas  (8'  question) est  générale- 
ment de  2.  Toutefois  il  paraît,  d'après  nos  correspondants, 


ENQUÊTE  SUR  LA  CHÈVRE.  213 

que  le  nombre  3  est  souvent  atteint.  Signalons  enfin  les  re- 
marques de  nos  correspondants  de  la  Sarthe,  de  la  Vienne  et 
de  la  Vendée,  qui  nous  disent  que  ce  nombre  s'élève  ex- 
ceptionnellement à  4  et  même  5  Chevreaux,  dans  une  seule 
portée. 

(9%  10'  et  12'  questions.)  La  durée  de  la  lactation  comme 
toutes  les  dernières  questions  ont  donné  lieu  aux  réponses  les 
plus  diverses  et  les  plus  contradictoires  :  ce  qui  est  fort  natu- 
rel, puisque  les  chiffres  donnés  sont  ceux  des  localités  habi- 
tés par  nos  correspondants.  Il  faudrait  les  citer  ici  un  à  un, 
ce  qui  est  évidemment  impossible.  Tout  ce  que  peut  faire  le 
rapporteur,  c'est  de  vous  dire  que  cette  durée  varie  générale- 
ment entre  quatre  et  huit  mois.  Le  chiffre  de  neuf  à  dix  mois 
est  exceptionnel  et  nous  est  signalé  dans  les  Ardennes,  les 
Deux-Sèvres,  l'Indre-et-Loire,  l'Isère,  le  Loir-et-Cher,  la 
Loire-Inférieure,  la  Lozère,  les  Pyrénées-Orientales,  la 
Saône-et-Loire,  la  Sarthe,  la  Vienne.  Enfin  notre  correspon- 
dant de  Vaucluse  nous  écrit  que  la  durée  de  la  lactation  est 
parfois  de  deux  ans. 

Le  chiffre  de  litres  de  lait  donné  journellement  par  une 
chèvre  n'est  pas  moins  variable.  Il  est  de  2  à  5  dans 
presque  tous  les  départements,  le  plus  souvent  de  2  ou 
3.  Certains  de  nos  correspondants  nous  accusent  cepen- 
dant des  chiffres  plus  élevés.  Aussi  dans  l'Ariège  le  rendement 
serait  de  4  à  5  litres  ;  dans  l'Ille-et-Vilaine,  de  5  à  6  ;  dans  le 
Lot,  de  6  à  8  ;  dans  le  Morbihan,  de  4  à  5  ;  dans  la  Sarthe,  de 
5  à  6  ;  dans  la  Seine-Inférieure,  de  5;  dans  la  Somme,  de  4 
à  5;  dans, l'Yonne  de  6. 

i  :  Le  lait  sert  le  plus  souvent  à  la  fabrication  de  fromages  ; 
parfois  il  est  vendu  pour  les  enfants  ou  les  malades;  dans  ce 
cas  sou  prix  varie  entre  10  et  30  centimes,  mais  le  prix  de  20 
ou  25  centimes  est  celui  qui  nous  a  été  généralement  indiqué. 
Dans  deux  départements  seulement,  l'Ille-et-Vilaine  et  l'Isère, 
on  nous  a  signalé  son  emploi  pour  la  fabrication  du  beurre. 
Dans  les  Alpes-Maritimes,  le  litre  vaudrait  40  centimes  ;  dans 
la  Charente,  50  centimes;  dans  la  Savoie,  40  centimes;  dans  la 
Vienne,  40  centimes. 


214  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

En  ce  qui  concerne  la  viande  de  Chèvre,  nous  ne  parlons  pas 
en  effet  ici  de  la  viande  de  Chevreau,  partout  fort  estimée,  elle 
«stlout  à  fait  dédaignée  dans  les  départements  suivants:  Allier, 
Ardennes,  Arièg.e,  Basses-Alpes,  Charente,  Charente-Infé- 
rieure, Deux-Sèvres,  Haute-Saône,  Ilaute-Marne ,  Haute- 
Vienne,  Hérault,  Isère,  Oise  et  Pas-de-Calais  :  elle  est  peu  es- 
timée dans  l'Ain,  le  Calvados,  la  Creuse,  la  Loire-Inférieure  et 
le  Puy-de-Dôme.  Dans  tous  les  autres  départements  elle  paraît 
être  employée  à  l'alimentation  et  parfois  même  aussi  recher- 
chée que  celle  du  mouton  ;  par  exemple  dans  les  Alpes-Mari- 
times  où  son  prix  est  de  1  fr.  40  le  kilogramme,  dans  l'Isère  où 
son  prix  est  de  i  fr.  20;  dans  le  Loir-et-Cher,  dans  le  Cantal, 
dans  les  Pyrénées-Orientales,  à  peu  près  partout  le  prix  du  ki- 
logramme est  de  80  centimes,  sauf  dans  la  Sarthe,  où,  d'après 
notre  correspondant,  il  ne  serait  que  de  20  centimes.  Enfin 
disons  que  dans  certains  déparlements  la  viande  de  Chèvre 

■  est  salée  et  même  fumée,  notamment  dans  la  Haute-Loire,  le 
Loiret,  la  Lozère,  la  Haute-Savoie. 

Il  est  assez  difficile  de  résumer  ce  qui  nous  a  été  répondu, 
louchant  le  prix  de  la  peau  ;  en  effet,  un  certain  nombre  de 

1  nos  correspondants  ont  cru  qu'il  s'agissait  de  la  peau  du 

-  Chevreau,  d'autres  de  la  peau  de  lu  Chèvre,  enfin  le  plus  grand 
nombre  s'est  borné  à  mettre  un  chiffre  en  regard  de  la  ques- 
tion, posée  incomplètement  du  reste,  sans  dire  s'il  s'agit  de 

,  ]a  peau  de  Chèvre  ou  de  la  peau  de  Chevreau.  Disons  cependant 
que  ces  chiffres  varient  de  1  à  5  francs  et  que  les  chiffres  2,  3 

.  et  4  sont  les  plus  fréquents.  Par  exception  nos  correspondants 
nous  signalent  5  pour  le  Morbihan,  5  à  0  pour  la  Haute- 
Savoie,  6  à  10  pour  le  Loir-et-Cher,  5  pour  Saône-et-Loire  et 
la  Savoie.  Cette  peau  est  d'ailleurs  employée  à  des  usages  di- 
vers selon  les  départements  :  c'est  ainsi  que  nous  en  voyons 

:  faire  des  outres  dans  l'Aveyron,  la  Lozère  et  le  Tarn,  des 
descentes  de  lit  et  des  couvertures  de  harnais  de  chevaux 
dans  la  Meuse,  des  vêtements  en  Seine-et-Oise,  etc.,  etc. 

Il  ressort  des  réponses  faites  à  la  11^  question  «  Comment 
nourrit-on  les  Chèvres  ?  »  que  dans  les  pays  de  montagnes  seu- 

'.  lement  on  les  laisse  vagabonder  et  que  partout  ailleurs  on  ne 


ENQUÊTE  SUR  LA  CHÈVRE.  215 

les  nourrit  à  la  crèche  que  pendant  la  mauvaise  saison:  pen- 
dant la  belle  saison  on  les  fait  pâturer  soit  en  les  laissant  aller 
avec  les  troupeaux  de  moutons,  soit  en  les  faisant  paître  atta- 
chées à  un  piquet.  Par  exception  elles  semblent  toujours 
vagabonder  dans  l'Ille-et-Yilaine  et  les  Landes,  tandis  qu'au 
Mont-d'Or  on  suit  exclusivement  le  système  de  la  stabulation. 

La  13"  et  la  14'  question  ont  trait  aux  prix  moyens  de  la 
Chèvre  adulte  et  du  Chevreau.  Ici  encore  un  résumé  est  très 
difficile  à  faire  et  il  faudrait  citer  pour  ainsi  dire  touts  les 
chiffres  qui  nous  sont  envoyés.  Disons  pourtant  que  le  chiffre 
le  plus  fréquent  pour  la  Chèvre  adulte  est  25  francs,  et  que 
le  prix  varie  entre  20  et  40  francs  pour  le  plus  grand  nombre 
des  départements.  Les  chiffres  les  plus  bas  sont  10  à  20  pour 
le  départctement  de  l'Ain,  15  à  20  pour  l'Allier,  10  à  15  pour 
la  Charente-Inférieure,  12  à  15  pour  les  Côtes-du-Nord,  10  à 
20  pour  l'Eure,  15  pour  les  Landes  et  le  Pas-de-Calais,  12  à 
16  pour  les  Pyrénées-Orientales,  9  à  8  pour  la  Seine-Infé- 
rieure, 12  à  16  pour  la  Somme,  et  10  à  14  pour  la  Vendée. 
Les  chiffres  les  plus  élevés  sont  50  francs  pour  l'Aude  et  la 
Dordogne,  40  à  50  pour  la  Sari  lie,  50  à  80  pour  l'Yonne. 

Pour  les  Chevreaux  le  prix  est  de  4  à  7  francs  presque  par- 
tout, le  plus  ordinairement  5.  H  s'élève  par  exception  de  8  à 
1)  francs  dans  le  Tarn,  de  7  à  8  dans  la  Vienne,  de12  à  15  dans 
les  Alpes-Maritimes,  de10à15dans  les  Ardennes  etl'Ariège, 
de  8  à  12  dans  la  Charente. 

En  ce  qui  concerne  la  15'  et  dernière  question  nous  n'avons 
rien  à  dire.  La  question  n'a  pas  été  clairement  posée.  Elle  est 
ainsi  conçue:  «  Que  rapporte  une  Chèvre  en  moyenne?  »  Or 
de  quel  rapport  s'agit-il?  Est-ce  du  rapport  d'un  jour  ou  du 
rapport  d'une  année?  Est-ce  du  rapport  brut  ou  du  rapport 
net?  Est-ce  du  rapport  en  lait  ou  du  rapport  total?  ^'os  cor- 
respondants ont  compris  les  uns  d'une  façon,  les  autres  d'une 
autre,  un  très  grand  nombre  s'est  abstenu  de  répondre. 

Nous  avons,  Messieurs,  à  vous  rendre  compte  maintenant 
des  deux  questionnaires  qui  nous  ont  été  retournés,  l'un 
(l'Espagne,  l'autre  d'Alsace. 

Notre  correspondant  d'Espagne,  M.  Poileux,  nous  écrit 


216  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

que  les  Chèvres  sont  très  nombreuses  dans  ce  pays,  où  il  ne  se 
trouve  que  peu  de  vaches  laitières  si  ce  n'est  aux  environs  des 
grandes  villes.  Les  Chèvres  maltaises  se  rencontrent  en  liberté 
et  isolées  dans  le  Sud  seulement,  car  les  montagnes  du  Nord 
sont  trop  froides  pour  elles  :  elles  sont  en  effet  d'une  nature 
délicate  bien  que  donnant  plus  de  produits  que  la  Chèvre  du 
pays. 

Dans  l'Andalousie  il  est  d'habitude  de  donner  en  cheptel 
des  troupeaux  variant  de  100  à  1000  têtes.  Le  cheptelier  paye 
tous  les  frais  et  ne  doit  au  propriétaire  du  troupeau  que  le 
Chevreau  ou  sa  représentation  en  argent  ;  la  perte  par  morta- 
lité est  partagée  entre  les  deux  parties  contractantes. 

La  couleur  est  grise  pour  les  Chèvres  maltaises  et  la  taille 
60  à  80  centimètres.  Elle  est  fauve  pour  les  races  du  pays,  dont 
le  poil  plus  court  ne  mesure  que  de  5  à  8  centimètres  au  lieu 
de  iO  à  15.  Les  Chèvres  maltaises  n'ont  pas  de  cornes;  au 
contraire  celles  du  pays  ont  de  longues  cornes. 

La  Chèvre  du  pays  donne  par  portée  un  petit ,  rarement 
deux;  la  race  maltaise  au  contraire  en  donne  généralement 
deux.  La  quantité  de  lait  donnée  pendant  4-  à  5  mois  est  de  3 
litres  environ  pour  la  race  du  pays  et  de  6  litres  pour  la  race 
maltaise,  et  le  litre  vaut  de  iO  à  15  centimes. 

La  peau  des  premières  vaut  2  fr.  50,  celle  des  secondes  de 
3  fr.  50  à -4  francs.  Aussi  le  prix  moyen  d'une  Chèvre  du  pays 
n'est-il  que  de  12  fr.  50,  alors  que  celui  d'une  Chèvre  mal- 
taise atteint  de  25  à  30  francs. 

Quant  au  Chevreau,  il  vaut  de  3  à  5  francs,  la  peau  comprise. 
Enfin  notre  correspondant  d'Alsace,  M.  Nardin,  nous  écrit 
qu'il  y  a  dans  la  vallée  des  Vosges  un  assez  grand  nombre  de 
Chèvres  appartenant  à  diverses  races,  le  plus  souvent  d'un  pe- 
lage noir  et  blanc,  ayant  pour  la  plupart  de  longues  cornes. 
Ces  Chèvres  donnentun  ou  deux  Chevreaux,  rarement  trois,  et 
fournissent  en  moyenne  3  litres  de  lait  par  jour  pendant  quatre 
mois.  Ce  lait  se  vend  20  centimes  le  litre.  La  peau  vaut 75  cen- 
times à  1  franc,  et  les  propriétaires  consomment  eux-mêmes 
la  viande  :  ils  augmentent  le  rendement  du  lait  en  nourrissant 
la  Chèvre  avec  les  eaux  grasses  du  ménage,  auxquelles  on 


ENQUÊTE  SUR  LA  CHÈVRE.  217 

ajoute  de  la  farine  noire,  du  son  ou  des  débris  de  légumes,  La 
Chèvre  adulte  vaut  30  francs  environ  et  le  chevreau  3  francs 
au  maximum. 

Le  rendement  moyen  d'une  Chèvre  est  de  100  francs,  si  on 
la  garde  moitié  du  temps  à  l'écurie. 

Nous  arrivons,  Messieurs,  aux  observations  qui  ont  été 
faites  par  nos  correspondants.  Disons  d'abord  que  le  but  même 
que  se  propose  la  Société  d'Acclimatation,  l'admission  de  la 
race  caprine  dans  les  concours  régionaux  et  par  suite  son 
amélioration,  a  été  assez  vivement  critiqué.  Là  où  le  terrain  est 
riche  et  divisé  la  Chèvre  n'appartient  qu'aux  pauvres  gens  et 
vit  évidemment  aux  dépens  de  ceux  qui  possèdent.  Là  encore 
où  l'industrie  beurrière  est  en  pleine  activité,  l'espèce  bovine 
seule  est  en  honneur.  Partout  enfin,  dans  une  mesure  qui 
varie  avec  les  productions  du  sol,  la  Chèvre  cause  des  dégâts 
et  c'est  ainsi  qu'il  est  d'usage  dans  les  baux  d'interdire  aux 
fermiers  d'avoir  des  Chèvres,  dans  plusieurs  départements,  par 
exemple  le  Cher,  la  Vienne  et  les  Deux-Sèvres.  Doit-on  cepen- 
dant en  conclure  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  d'améliorer  l'espèce 
caprine  ?  Nous  ne  le  pensons  pas.  De  ce  que  l'élevage  de  la 
Chèvre  n'a  pas  de  raison  d'être  dans  certains  départements, 
il  ne  s'ensuit  pas  qu'il  ne  présente  pas  des  avantages  consi- 
dérables dans  d'autres  et  la  question  de  dommage  est  absolu- 
ment distincte  de  celle  de  l'amélioration  de  la  race. 

Parmi  les  observations  intéressantes  qui  nous  ont  été  faites 
nous  avons  à  vous  signaler  les  suivantes  :  dans  certains  dé- 
partements, le  Loiret,  le  Lot,  le  Maine-et-Loire,  le  Nord,  le 
Pas-de-Calais,  la  Seine-Inférieure,  le  Tarn  et  la  Vendée,  il  est 
d'usage  de  conserver  un  Bouc  dans  les  étables.  11  est  destiné 
à  chasser  le  mauvais  air  et  à  garantir  les  troupeaux  des  épi- 
démies. 

Notre  correspondant  du  Cantal  nous  signale  une  Chèvre 
bonne  laitière  sans  avoir  jamais  porté.  On  l'a  trait  pendant 
un  certain  temps  trois  et  quatre  fois  par  jour  et  elle  a  fini  par 
donner  un  lait  un  peu  moins  abondant  que  celui  d'une  Chèvre 
en  rapport,  mais  très  supérieur  comme  goût. 

Notre  correspondant  de  l'Aude  nous  apprend  qu'un  pro- 


218  SOCIÉTÉ   NATIONALE    D'aCCLIMATATION. 

priétaire  de  ce  département  possède  un  troupeau  d'environ 
100  têtes  de  Chèvres  d'Angora. 

Un  de  nos  correspondants  du  Nord  nous  signale  un  trou- 
peau de  Chèvres  du  Thibet  dans  ce  département  et  nous  dit 
que  cette  Chèvre  a  figuré  à  Lille  dans  le  concours  régional 
de  1879. 

Dans  l'Isère,  les  Chèvres  sont,  paraît-il,  tout  à  fait  dégéné- 
rées, à  tel  point  qu'il  est  difficile  de  trouver  un  Bquc  et  l'on 
nous  écrit  que  le  perfectionnent  de  la  race  rendrait  un  grand 
service  aux  habitants  des  coteaux. 

Notre  correspondant  de  Gien  nous  dit  que,  dans  le  Loiret," 
on  a  souvent  une  Chèvre  nourrice  pour  les  veaux.  Il  nous  cite 
une  Chèvre  grasse  dont  on  retiré  50  chandelles  blanches  et 
bonnes. 

Notre  correspondant  de  la  Haute-Loire  estime  que  la 
Chèvre  du  Thibet  s'acclimaterait  bien  dans  le  département. 
Plusieurs  personnes  ont  tenté  l'expérience  et  cette  expérience 
a  réussi. 

Il  ne  nous  reste  plus,  Messieurs,  qu'à  vous  parler  brièvement 
des  lettres  qui  nous  ont  été  adressées.  Nous  voudrions  pou- 
voir en  donner  ici  des  extraits,  qui  seraient  certainement  fort 
intéressants,  mais  l'étendue  de  ce  travail ,  déjà  fort  long,  nous 
l'interdit.  Nous  nous  bornerons  à  citer  celles  de  M.  le  marquis 
de  Pruns.  pleine  de  détails  intéressants,  celle  de  M.  de  Con- 
fevron,  qui  signale  l'utilité  de  la  Chèvre  au  point  de  vue  de 
l'allaitement  des  nouveau-nés,  de  M.  Rodiez  (de  Briare),  qui 
nous  donne  des  renseignements  sur  la  viande  de  Chèvre,  de 
M.  delaRochebrochar  (Deux-Sèvres),  qui  énumère  les  inconvé- 
nients de  l'espèce  caprine,  de  M.  Ferté  (Aisne),  qui  nous  signale 
le  fait  d'une  Chèvre  élevée  chez  lui  et  ayant  atteint  le  poids 
énorme  de  84  livres,  de  M.  Vincendon-Dumoulin,  de  MM.  les 
sous-préfets  d'Uzès,  de  Nogent-le-Rotrou,  de  Pont-Audemer. 

Nous  avons  également  à  signaler  à  votre  attention  une 
lettre  de  M'"'  Muller(de  Blois),  qui  nous  écrit  qu'en  1872  elle  a 
fait  l'acquisition  d'une  Chèvre,  qui,  croisée  avec  un  Bouc  du 
Liban,  noir  brillant,  a  donné  naissance  à  une  véritable  race, 
qui  malheureusement  s'éteint  aujourd'hui.  Tous  les  produits 


ENQUÊTE  SUR  LA  CHÈVRE.  219 

élaient  noirs  ou  couleur  de  chevreuil.  Notre  correspon- 
dante ajoute  qu'elle  pourrait  exposer,  si  la  race  caprine  élait 
admise  dans  les  concours,  un  magnifique  Bouc,  issu  de  la  race 
du  Thibet  qu'elle  possède  aujourd'hui.  Elle  nous  enseigne  de 
plus  qu'elle  a  fait  usage  du  lait  de  Chèvre  pour  l'élevage  si  dif- 
ficile des  jeunes  chiens  de  race,  et  s'en  est  fort  bien  trouvée, 
tous  ses  élèves  ayant  évité  la  maladie. 

Enfin  nous  avons  encore  à  citer  la  lettre  de  M.  Pautier,  qui 
nous  écrit  que,  dans  la  Dordogne,  la  race  limousine  à  cornes 
longues,  sous  poil  brun  de  4  centimètres  environ  de  longueur, 
s'est  conservée  dans  certains  cantons,  tandis  que  l'on  rencontre 
dansles  autres  une  Chèvre  à  cornes  plus  courtes  croisée  de  la 
race  limousine  avec  la  race  du  Poitou,  du  Béarn  et  d'Auvergne. 
Ces  dernières,  qui  appartiennent  à  des  pasteurs,  sont  rencon- 
trées par  troupeaux  de  25  à  30  têtes;  leur  poil  est  un  peu  plus 
long  et  de  couleurs  diverses.  Les  pasteurs  tiennent  à  ces  croi- 
sements, parce  que  les  sujets  sont  plus  faciles  à  élever  que 
ceux  de  races  pures,  dont  des  troupeaux  entiers  disparaissent 
emportés  par  le  mal  du  genou.  Ces  pasteurs  font  aussi  quel- 
ques croisements  des  races  limousine  et  anglaise. 

Tel  est,  Messieurs,  le  résumé  aussi  exact  et  aussi  complet 
que  possible  de  la  correspondance  échangée  au  sujet  de  la 
chèvre.  En  terminant,  votre  rapporteur  croit  devoir  vous  pro- 
poser de  voter  les  remerciements  les  plus  vifs  à  nos  correspon- 
dants, dont  l'empressement  à  nous  répondre  a  hautement  dé- 
montré l'intérêt  qu'ils  portaient  aux  travaux  de  la  Société 
d'Acclimatation. 


LE   CYGNE  DE  BEWIGK 

(CYGNUS  MINOR) 
Par  M.    Gabriel   ROGERON 


I 

Le  Cygne  est  le  plus  beau,  le  plus  noble,  le  plus  majestueux 
des  oiseaux  d'eau,  en  même  temps  que  le  plus  gracieux  et  le 
plus  séduisant;  depuis  les  temps  les  plus  reculés,  et  Léda  est 
là  pour  le  dire,  on  est  d'accord  sur  ce  point.  Malheureuse- 
ment, bien  qu'il  soit  universellement  apprécié,  il  n'est  pas 
toujours  possible  de  lui  fournir  un  séjour,  un  cadre  digne  de 
lui,  un  lac  d'azur  où,  comme  à  Genève  (1),  il  puisse  mirer 
son  blanc  plumage,  ni  même  un  étang,  une  simple  pièce  d'eau 
assez  vaste  pour  qu'il  n'y  semble  pas  à  l'étroit,  soit  pour  lui- 
même,  son  état  de  santé,  de  propreté,  soit  surtout  pour  l'œil 
du  visiteur. 

Car,  bien  que  ce  bel  oiseau  soit  sobre  et  frugal,  qu'il 
occupe  consciencieusement  une  partie  de  ses  journées  à 
pourvoir  à  sa  subsistance,  à  brouter  l'herbe  à  terre,  à  sarcler 
la  tête  sous  l'eau  les  plantes  marécageuses,  il  a  encore  besoin 
d'une  nourriture  plus  substantielle,  que  nécessite  en  assez 
grande  quantité  sa  puissante  corpulence.  Aussi  regarde-t-on 
le  plus  souvent  à  une  dépense  vraiment  appréciable,  entière- 
ment de  luxe,  et  se  rabat-on,  bien  qu'à  regret,  sur  de  sim- 
ples (Canards,  mieux  en  harmonie  d'habitude  avec  la  capacité 
soit  de  nos  pièces  d'eau,  soit  de  notre  budget  des  dépenses 
inutiles. 

Le  motif  donc  pour  lequel,  en  général,  l'on  ne  fait  pas  au 
Cygne  l'accueil  qui  lui  est  dû,  pour  lequel  il  est  resté  l'apa- 
nage à  peu  près  exclusif  des  résidences  princières,  des  jardins 
et  établissements  publics,  en  un  mot,  ce  qui  l'empêche  d'être 
répandu  comme  mériterait  de  l'être  celui  que  Bufîon  a  appelé 

(1)  A  Genève,  autour  de  l'île  Jean-Jacques  Rousseau,  on  entretient  un  cer- 
tain nombre  de  ces  oiseaux. 


LE   CYGNE   DE   BEWICK.  221 

le  roi  des  oiseaux  d'eau,  c'est  sa  forte  taille.  Tout  en  conser- 
"/ant  le  Cygne  ordinaire  pour  les  grands  espaces  où  on  le  place 
d'habitude,  et  où  d'ailleurs  il  fait  si  bien,  il  eût  donc  fallu 
trouver  un  type  plus  réduit,  moins  encombrant,  mieux  appro- 
prié avec  les  modestes  pièces  d'eau  dont  nos  jardins  particu- 
liers sont  d'ordinaire  pourvus. 

Eh  bien,  ce  type  plus  restreint  existe,  et  dans  des  condi- 
tions exceptionnelles  de  beauté,  de  grâce  et  d'élégance.  Une 
seule  chose  étonne,  c'est  qu'aune  époque  où  l'on  s'est  le  plus 
particulièrement  occupé  d'acclimatation,  où  les  jardins  zoo- 
iogiques  font  venir  des  coins  du  monde  les  plus  éloignés 
Faisans,  Bernaches,  Canards,  non  seulement  jusqu'à  ce  jour 
l'on  n'ait  pas  encore  acclimaté  ce  magnifique  palmipède,  dont 
le  besoin  comme  oiseau  d'ornement,  dans  les  conditions  que 
j'ai  indiquées,  se  fait  si  vivement  sentir,  mais  que  son  nom 
ne  soit  pas  même  inscrit  au  catalogue  du  Jardin  d'acclimata- 
tion de  Paris. 

Ce  Cygne  est  le  Cygne  de  Bewick,  entièrement  blanc,  sauf 
ses  pieds  d'ébène  et  son  bec  de  même  couleur  avec  la  base 
jaune,  mais  d'une  blancheur  tellement  éclatante,  qu'elle  fait 
paraître  jaune  le  Cygne  domestique  et  le  Cygne  sauvage  ordi- 
naire. A  l'œil,  d'un  tiers  moins  grand  seulement  que  ces  deux 
derniers ,  il  atteint  en  réalité  à  peine  la  moitié  de  leur  poids  ; 
il  pèse  7  livres  environ,  tandis  que  le  poids  des  autres  est  de 
12  à  15.  Ce  qui  le  fait  paraître  relativement  plus  grand,  c'est 
qu'il  est  plus  svelte,  plus  long  de  cou  que  le  Cygne  sauvage 
ordinaire. 

Son  port  à  terre  est  beaucoup  moins  lourd,  moins  embar- 
rassé que  cîlui  de  ses  congénères,  et  dans  l'eau  il  possède 
tout  autant  de  grâce  et  de  majesté.  A  peine  du  poids  de  l'Oie 
domestique,  il  semble  le  double  de  taille  par  l'épaisseur  de 
son  plumage  et  sa  tournure  élancée.  En  un  mot,  c*est  un  oiseau 
splendide,  d'une  grande  élégance,  possédant  toutes  les  qua- 
lités des  Cygnes  blancs,  les  seuls  vraiment  beaux,  je  dirais 
même  les  seuls  vraiment  Cygnes,  et  les  possédant  à  un  haut 
degré,  car  il  est  plus  dégagé  de  formes,  et  sa  blancheur  a  plus 
d'éclat;  son  plumage  est  en  outre  entièrement  blanc,  sans 


22'2  S0CIÉT15.  NATIONALE   D  ACCLIMATATION, 

excepter  même  la  lêle,  chez  le  Cygne  ordinaire  souvent  for- 
tement teintée  de  roux.  11  mériterait  donc  mietixqu'aucun  de 
ceux  de  sa  race  le  nom  de  Ci/gne  blanc  par  excellence.  Son 
chant,  hien  que  moins  fort  que  celui  du  Cygne  sauva^ie,  est 
doux  et  harmonieux;  en  cela  il  l'emporte  sur  le  Cygne  do- 
mestique, dont  le  cri  presque  nul  est  en  même  temps  rauque 
et  désagréable. 

Il  serait  donc  fort  utile  (!t  fort  intéressant  d'acclimater  une 
espèce  aussi  précieuse  à  tous  égards,  et  l'on  y  parviendrait 
siîreménl  en  faisant  venir  des  jeunes  élevés  en  captivité,  des 
pays  qu'ils  habitent.  Nul  doute  que  l'on  réussît  auSsi  bien  à 
les  faire  reproduire  qu'on  y  est  facilement  parvenu  pour  le 
Cygne  sauvage,  avec  qui  le  Bewick  a  une  gi-ande  aflinité  :  le 
Cygne  sauvage  étant  élevé  en  assez  grand  nombre  en  Russie, 
où  on  le  préfère,  comme  oiseau  de  luxe  et  d'agrément,,  à 
-notre  espèce  domestique  (l).  .:;!•;;.  ;'• 

Mais  où  trouver,  comment  se  procurer,  faire  venir  cet  oi- 
seau? Pour  cela,  je  m'en  rapporterais  au  savant  directeur  de 
notre  Jardin  zoologique  d'acclimatation  de  Paris.  Du  moment 
que  l'importance  dé  l'acclimatalion  de  cette  espèce  serait  re- 
connue, il  faudrait  bien  faire  tous  les  sacriticespour  y  par- 
venir, comme  on  a  dû  le  faire  déjà  nombre  dé  fois  pour  d'aur 
:tres  races  d'animaux,  d'oiseaux,  d'un  mérite  recortnu.-îojnjib 

Cet  oiseau  doit  d'ailleurs  habiter  en  certain  nombre  darlg 
;le  noyd  de  l'Europe,  avec  le  Cygne  chanteur,  comme  ses  émi- 
grations assez  fréquentes  che^  nous  (en  Maine-et-Loire)  dans 
ces  derniers  hivers,  semblent  l'indiquer.  Jusqu'alors,  il  est 
-Vrai,  sa  présence  n'y  avait  jamais  été  certainement  constatée, 
et  notreMusée  d'ornithologie  d'Angers,  un  des  plus  riches  et 
iies.plùs  complets  de  France,  grâce  aux  soins  de  son  habile 
directeur,  M.  Deloche,  le  comptait  parmi  les  quatre  espèces 
d'Europe  manquant  à  sa  collection  ;  mais,  pendant  les  grands 
i'roids  de  l'hiver  1878  à  1879,  il  en  lut  remarqué  chez  nous 
différents  passages,  entre  autres  un  couple  qui  séjourna  quel- 
que temps  à  peu  de  distance  d'Angers,  dans  les  comnmnes 

s 

(1)  lîrème,  Oiseaux,  V  volmiie,  p.  726. 


LE    CYGNE    DE    liEWICK.  ^î>S 

marécageuses  el  riveraines  de  la  Loire,  de  la  Dagenière  et 
de  Labohalle.  L'un  fut  tué,  et  l'on  fut  assez  heureux  pour 
briser  seulement  l'aile  au  second.  Un  troisième,  jeune  de 
l'année,  faisant  partie  d'une  bande  plus  nombreuse,  fut  aussi 
démonté  aux  Ponts-de-Cé,  près  Angers;  il  n'avait  également 
que  l'aile  cassée  et  eût  pu  facilement  être  conservé  vivant  ; 
mais  le  chasseur,  peu  expert  en  histoire  naturelle,  ignorant 
la  valeur  de  sa  capture,  l'acheva  pour  en  faire  un  maigre  rôti  ; 
ce  ne  fut  que  plus  tard  seulement  qu'il  se  désola  vainement, 
ayant  appris  le  proht  qu'il  eût  pu  tirer  de  son  oiseau  vivant. 

L'année  suivante,  pendant  l'hiver  exceptionnellement  ri- 
goureux de  1879  à  1880,  cette  espèce  lit  encore  son  appari- 
tion dans  les  environs  d'Angers.  Un  jour  de  marché,  j'en 
aperçus  un  à  un  étalage  d'un  marchand  de  gibier  ;  j'allai  vite 
prévenir  notre  savant  directeur  du  Musée  d'histoire  naturelle, 
qui  put  par  là  même  combler  l'un  des  quatre  vides  qui,  dans 
sa  riche  collection  des  oiseaux  d'Europe,  lui  tenaient  tant  au 
cœur.  M'étant  informé  près  du  marchand  de  la  provenance 
de  cet  oiseau,  le  chasseur  lui  avait  dit  avoir  tiré  sur  une 
bande  de  quatre  Cygnes,  dont  l'un  avait  été  tué  et  un  aulie 
seulement  blessé. 

A  mon  retour  chez  moi,  quel  fut  mon  élonnement  de  trou- 
ver le  susdit  chasseur  avec  son  animal  blessé!  Celait  un  jeune 
de  l'année,  encore  entièrement  gris  de  plumage,  et,  bien  que 
parvenu  à  sa  grosseur,  ayant  encore  conservé  le  piaulement 
des  poussins.  La  pauvre  bête  semblait  peu  endommagée,  mais 
néanmoins  guère  solide  sur  ses  jambes.  Cette  allure  molle  et 
peu  assurée  était,  m'assura-t-on,  le  résultat  de  la  fatigue  et  du 
froid  extrême;  toute  la  matinée  il  l'avait  eu  dans  son  panier, 
mais  il  ne  doutait  pas  que,  réchauffé  un  peu,  il  ne  reprît  bien 
vite  toute  la  vigueur  qu'il  avait  encore  le  matin  au  sortir  de 
chez  lui. 

Je  comprenais  toute  l'importance  de  celte  acquisition  ; 
aussi,  ne  demandant  pas  mieux  que  de  me  laisser  persuader, 
le  marché  fut  vite  conclu,  et  je  me  hâtai  de  transporter  mon 
malade  dans  un  appartement  chaud,  où  je  lui  ingurgitai  les 
cordiaux  les  iJusfortitiaats,  telsque  bouillon,  viande  crue,  etc. 


224  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

D'abord  mes  soins  semblèrent  produire  d'heureux  résultats  ; 
mais  bientôt  il  se  remit  de  nouveau  à  chanceler  sur  ses  jambes, 
et  le  lendemain  matin  il  était  mort.  L'ayant  alors  pesé  et  ayant 
constaté  que  son  poids  était  de  six  livres  et  demie,  je  l'en- 
voyai rejoindre  son  compagnon  d'infortune  à  notre  Musée 
d'histoire  naturelle. 

Ainsi,  pour  qu'en  deux  années  seulement  il  ail  été  abattu, 
à  ma  connaissance,  cinq  Cygnes  deBewick,  et  cela  à  plusieurs 
reprises  différentes,  dans  un  aussi  petit  rayon,  il  faut  vrai- 
ment que  cet  oiseau  ne  soit  pas  d'une  extrême  rareté  dans  les 
contrées  septentrionales  de  l'Europe,  et  il  semble  qu'avec  les 
puissants  moyens  que  possèdent  nos  Sociétés  d'acclimatation, 
il  serait  fort  possible  de  répandre  cette  espèce  comme  elle 
mérite  de  l'être. 

II 

Reste  à  savoir  si  cette  espèce  d'un  physique  si  séduisant 
posséderait  en  captivité  les  mêmes  qualités  morales,  la  même 
sociabilité  que  ses  congénères;  là-dessus  je  demanderai  la 
permission  de  citer  ma  propre  expérience. 

.l'ai  dit  que  les  deux  premiers  Bewick  observés  en  Maine- 
et-Loire  l'avaient  été  dans  les  deux  communes  limitrophes  de 
la  Bohalle  et  de  la  Dagenière. 

C'est  dans  les  marais  de  cette  dernière  que  pendant  les 
grands  froids  de  l'hiver  s'abattit,  fuyant  les  régions  du  Nord, 
un  couple  de  cette  espèce,  et  vraisemblablement  le  mâle  et  la 
femelle,  à  en  juger  par  l'attachement  témoigné  par  l'un  d'eux 
à  son  malheureux  compagnon,  lorsque  celui-ci  eut  succombé 
sous  le  plomb  d'un  chasseur  de  canards.  Au  lieu  de  continuer 
seul  sa  migration  vers  le  sud,  de  fuir  ces  contrées  inhospita- 
lières, où  sans  doute  d'ailleurs  ils  n'avaient  dû  faire  qu'une 
simple  halte  pour  reprendre  bientôt  leur  vol  vers  des  régions 
plus  tempérées,  toute  la  vallée  de  la  Loire  étant  couverte  alors 
d'une  épaisse  couche  de  neige  et  de  glace,  pendant  plus  d'une 
semaine  que  dura  encore  cette  température  rigoureuse,  il  ne 
quitta  point  le  pays  témoin  de  son  infortune;  et,  quand  le 


LE   CYGNE   DE   BEWICK.  225 

froid  eut  cessé,  il  était  encore  là,  errant  et  solitaire,  tantôt 
naviguant  seul  dans  ces  vastes  marais'débordés,  tantôt  faisant 
d'immenses  rondonnées  dans  les  airs.  Chaque  matin  on  le 
voyait  s'élever  à  une  très  grande  hauteur,  au  moins  à  celle 
du  passage  des  Oies  sauvages  lors  de  leurs  migrations,  telle- 
ment haut,  m'ont  rapporté  les  gens  du  pays,  que  son  cou 
mince  disparaissait  presque  ;  on  n'apercevait  plus  guère  que 
sa  tête  en  avant  de  son  corps  ;  on  eût  dit  d'ailleurs  une  Oie 
sauvage,  n'était  la  longueur  démesurée  de  ce  cou  et  ses  ailes 
plus  arrondies  à  leur  extrémité. 

Il  semblait  alors  qu'il  était  parti  pour  toujours  vers  les 
régions  du  Nord;  mais  quelques  heures  plus  tard  on  le  voyait 
arriver  également  dans  les  nues,  et  après  avoir  tournoyé 
quelques  instants  pour  descendre,  il  s'abattait  de  nouveau, 
ses  grandes  ailes  étendues,  superbes  à  voir  se  replier  lente- 
ment, et  seulement  après  qu'il  s'était  reposé.  Évidemment  ce 
sol  malheureux,  où  il  avait  perdu  le  plus  cher  compagnon  de 
son  existence,  lui  tenait  au  cœur;  il  eût  voulu  le  quitter,  il 
ne  le  pouvait  pas,  il  y  cherchait  quelque  chose  qu'il  n'y  re- 
trouvait plus! 

On  se  figure  combien  un  tel  oiseau,  avec  ses  allées  et  ses 
venues,  devait  exciter  de  convoitises,  et  comme  tous  les  chas- 
seurs, si  nombreux  dans  cette  contrée  marécageuse,  furent 
sur  pied  pendant  près  de  trois  semaines  qu'il  resta  ainsi  dans 
le  pays.  Il  avait  des  raisons  pour  être  défiant,  mais  il  avait 
affaire  à  trop  forte  partie.  Déjà  manqué  une  première  fois 
près  de  la  gare  de  la  Bohalle,  une  chevrotine  finit  par  l'at- 
teindre à  l'aile  sur  cette  même  commune.  Cependant  il 
n'était  que  démonté,  et  il  nageait  avec  une  telle  vigueur,  que 
ce  fut  avec  une  difficulté  extrême  que  le  bateau  à  sa  pour- 
suite, monté  cependant  par  plusieurs  vigoureux  rameurs, 
finit  par  le  gagner  de  vitesse. 

A  quelques  jours  de  là,  son  possesseur  arrivait  chez  moi, 
m'apprenant  qu'il  m'apportait  un  Cygne  sauvage;  il  l'avait 
dans  sa  carriole  à  ma  porte.  J'allai  voir;  effectivement,  j'a- 
perçus une  tête  et  un  inrimense  cou  émergeant  d'un  panier 
recouvert,  sur  le  dessus  duquel  on  avait  ménagé  un  trou.  H 

3«  SK«iE,  T.  X.  —  Avril  KSSIJ.  "^  ^5 


g 


•226  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

était  sale  et  en  mauvais  état.  Cet  oiseau,  d'ailleurs  nouvelle- 
ment blessé,  vivrait-il?  Je  possédais  déjà  bien  assez  de  bêtes 
de  toutes  sortes,  pour  ma  tranquillité,  sans  y  joindre  en- 
core calle-là.  Je  dois  ajouter  que,  ne  voyant  pas  le  corps  et 
n'ayant  nullement  remarqué  les  différences  caractéristiques 
du  bec,  j'étais  loin  de  me  figurer  avoir  affaire  à  un  Bewick.  Je 
congédiai  donc  le  plus  poliment  qu'il  me  fut  possible  ce  brave 
homme,  lui  indiquant  le  directeur  de  notre  Jardin  des 
plantes,  et  à  son  défaut  un  marchand  d'oiseaux  de  ma  con- 
naissance qui  pourrait  peut-être  le  lui  acheter. 

Cependant  à  peine  était-il  parti  que  j'étais  tourmenté  de 
regrets;  un  simple  Cygne  sauvage  vivant  n'est  point  déjà 
ibier  tant  à  dédaigner.  Aussi  dormis-je  mal,  et  dès  le  matin 
['étais  au  Jardin  des  plantes,  où  j'appris  avec  plaisir  que  le 
directeur  n'avait  point  non  plus  su  profiter  d'une  telle  oc- 
casion ;  de  là  je  me  rendis  chez  le  marchand  d'oiseaux,  où  je 
retrouvai  ma  bête,  m'estimant  trop  heureux  de  l'acheter  le 
triple  du  prix  qu'on  me  l'eût  sans  doute  faite  la  veille. 

Maintenant  ce  noble  étranger  chez  moi  survivrait-il  à  ses 
hlessures,  et  surtout  au  chagrin  d'être  devenu  captif?  Com- 
bien, hélas  !  avais-je  perdu  de  Canards  blessés  dans  les  mêmes 
conditions,  n'ayant  également  point  voulu  survivre  à  leur 
liberté!  Dès  le  lendemain,  je  fus  rassuré  à  cet  égard  :  je  m'a- 
perçus qu'il  avait  touché,  bien  que  discrètement,  à  l'écuelle 
de  pain  mouillé  servie  à  son  intention.  Mais  une  difficulté 
se  présentait  :  pouvais-je  toujours  le  tenir  enfermé  dans  la 
pièce  où  je  l'avais  mis  sous  verrous?  Car  je  ne  suis  nulle- 
ment enclos;  si  je  lâche  cette  bête  sauvage,  qui  souffle  et 
rhérisse  ses  plumes  à  mon  approche,  elle  va  s'enfuir  dans  la 
campagne,  s'y  perdre  ou  s'y  faire  prendre.  Pendant  plusieurs 
semaines,  je  l'attachai  donc  au  bord  de  l'eau  par  le  pied  à  une 
longue  corde,  et  chaque  soir,  à  son  grand  déplaisir,  je  reti- 
.rais  la  corde  et  l'animal  avec,  toujours  persuadé  que  sa  der- 
nière heure  était  venue,  et  poussant  des  cris  navrants,  faisant 
les  efforts  les  plus  désespérés  pour  m'échapper.  Je  le  prenais 
-dans  mes  bras  et  l'emportais  dans  sa  chambre. 

Bientôt  à  sa  manière  d'être,  à  son  air  paisible  et  tranquille 


LE   CYGNE   DE   BEWICK.  227 

à  mon  approche  dans  la  journée  (car  le  soir,  à  ma  vue,  la 
pensée  de  se  voir  attiré  de  force  le  mettait  toujours  hors  de 
lui),  je  vis  bien  que  je  pourrais  désormais  compter  sur  mon 
prisonnier.  Un  jour,  je  cessai  donc  de  l'attacher;  il  se  rendit 
de  lui-même  à  ma  pièce  d'eau  et  n'en  bougea  pas.  Restait 
une  difficulté  ;  les  chiens  et  les  voleurs  m'ont  appris  à  être 
prudent  :  chaque  soir  je  renferme  mes  oiseaux  d'eau  à  double 
tour  de  clef  ;  mon  Bewick  voudrait-il  se  conformer  à  cette 
étroite  partie  de  mon  règlement?  Chose  singulière,  ce  Cygne, 
qui,  moins  d'un  mois  avant,  en  pleine  liberté,  ne  connaissait 
que  sa  volonté,  dès  ce  premier  soir  emboîtait  le  pas  de  mes 
autres  palmipèdes,  se  rendait  docilement  devant  nous  à  son 
local  de  nuit.  Et  il  en  fut  de  même  les  jours  suivants.  S'il 
était  à  terre  quand  on  venait  le  chercher,  il  n'essayait  nulle- 
ment de  retourner  à  l'eau  pour  nous  échapper;  s'il  était  dans 
ma  pièce  d'eau,  il  suffisait  de  frapper  quelques  coups  de 
gaule  pour  l'en  faire  sortir  aussitôt. 

Néanmoins,  en  obéissant  ainsi,  il  prenait  très  fort  sur  lui- 
même.  On  voyait  que  la  chose  lui  coûtait  infiniment,  qu'il  eût 
mille  fois  préféré  coucher  sur  l'eau,  à  la  belle  étoile. 

Aussi,  lui  qui  passait  sa  journée  dans  l'eau  ou  à  paître,  sur 
les  pelouses,  au  bord,  le  soir  venu  cherchait-il  à  se  dissimuler 
de  son  mieux,  et,  malgré  l'éclat  de  son  plumage,  il  fallait  le 
chercher  souvent  assez  longtemps  pour  le  découvrir  ;  tantôt 
on  le  trouvait  blotti  et  sans  mouvement  derrière  un  arbuste, 
tantôt  dans  l'intérieur  d'une  touffe  de  jonc,  dans  une  petite 
excavation,  et  il  était  étonnant  de  voir  le  peu  de  place  qu'il 
y  tenait. 

Plus  d'une  fois  je  me  désolai,  le  croyant  perdu,  et  j'étais 
presque  dessus  quand  je  le  retrouvais.  Certains  jours,  soit 
que  nous  devançassions  un  peu  l'heure  ordinaire,  soit  qu'il 
eût  lui-même  tardé  à  se  cacher,  dès  qu'il  nous  apercevait  avec 
nos  gaules  réglementaires,  on  le  voyait  s'aplatir,  marcher  à 
plat  ventre,  se  dissimuler  derrière  les  buissons  jusqu'à  ce 
qu'il  eût  rencontré  une  cachette  favorable,  et  il  faut  dire  que, 
dans  les  cas  assez  rares  où  il  était  ainsi  pris  au  dépourvu,  il 
semblait  faire  assez  peu  de  fond  de  noire  intelligence,  et  il 


^S  SOCIÉTÉ   X\TIO>'ALE   d'aCCLIHATATIO'. 

se  tapissait  derrière  un  objet,  qui  souvent  lui  dissimulait  à 
peine  la  moitié  du  corps.  Quand  il  se  croyait  bien  caché 
ainsi,  il  vous  attendait  avec  la  plus  ferme  confiance,  et  il  fal- 
lait être  dessus  pour  le  faire  déloger.  Alors  seulement,  voyant 
qu'il  était  bien  certainement  vu,  il  se  levait  de  lui-même  et 
prenait  tranquillement  le  chemin  de  son  dortoir,  où  jamais, 
en  y  arrivant,  il  ne  se  trompait  de  compartiment.  Mais  c'était 
seulement  des  personnes  ayant  Thabilude  de  le  faire  rentrer, 
et  à  cette  heure  spéciale  de  la  journée,  qu'il  se  cachait  ainsi  ; 
à  tout  autre  moment,  il  ne  semblait  faire  nulle  attention  à 
notre  présence. 

Il  rentra  ainsi  six  mois  environ  avec  une  extrême  docilité  ; 
après  quoi,  comme  les  serviteurs  qui,  au  bout  d'un  certain 
temps,  confiants  dans  la  mansuétude  de  leur  maître,  com- 
mencent à  s'émanciper,  il  cessa  de  montrer  la  même  bonne 
volonté,  puis  un  soir  refusa  carrément  d'obéir.  Comme  je 
croyais  qu'il  y  allait  de  sa  vie,  tous  les  bras  et  toutes  les  gaules 
disponibles  furent  mis  à  réquisition  pour  frapper  l'eau  :  rien 
n'y  fit  ;  j'espérais  que  cet  entêtement  ue  serait  que  momen- 
tané, qu'il  reviendrait  à  des  sentiments  plus  conciliants  ;  mais 
il  fallut  dès  lors  renoncer  à  tout  espoir  de  le  rentrer  pendant 
la  nuit. 

A  part  cette  question  de  dortoir,  où  nous  différions  entiè- 
rement, et  pour  laquelle  il  amis,  je  trouve,  trop  d'obstination, 
mon  Bewick  est  vraiment  fort  aimable.  Encore  jusqu'à  ce 
jour  les  événements  lui  ont-ils  donné  raison;  voici  plus  de 
quatre  ans  qu'il  couche  au  milieu  de  ma  pièce  d'eau  (tou- 
jours au  juste  milieu,  par  prudence),  et  il  ne  lui  est  arrivé 
aucun  fâcheux  accident.  Sa  taille  en  impose,  paraît-il,  aux 
Chiens,  qui  s'acharnent  contre  mes  seuls  Canards,  et  les  vo- 
leurs sont  persuadés  avec  raison  que  sa  chair  est  trop  coriace 
pour  compenser  les  graves  inconvénients  pouvant  résulter  de 
l'essai  de  sa  capture.  Mieux  que  cela,  il  m'a  rendu  et  peut  me 
rendre  encore  de  signalés  services,  en  m'avertissant  au  milieu 
de  la  nuit  de  la  présence  de  Chiens  poursuivant  mes  Ca- 
nards non  rentrés  par  hasard. 
Quand  il  pousse  un  certain  cri,  je  puis  être  sûrqu'il  se  passe 


LÉ   CYGNE   DE   BEWICK.  229 

quelque  chose  d'étrange  sur  ma  pièce  d'eau.  En  cela  il  diffère 
complèlemenl  de  mes  autres  palmipèdes,  môme  les  plus 
loquaces,  tels  que  les  Casarkas  de  Paradis,  qu'un  vrai  dan- 
ger paralyse  et  rend  absolument  muets,  comme  ils  m'en  ont 
donné  la  preuve,  alors  que  lui  ne  cessait  d'appeler  au  secours. 
Môme  nouvellement  capturé,  jamais  il  n'a  été  farouche;  il 
se  laissait  approcher  à  la  distance  ordinaire  des  oiseaux  de 
basse-cour;  mais  à  son  regard  peu  sympathique,  à  ses  souffle- 
ments,  au  hérissement  de  ses  plumes,  on  pouvait  voir  qu'il 
détestait  cordialement  les  humains,  à  qui  il  devait,  outre  la 
perte  de  son  regretté  conjoint,  celle  de  la  liberté  et  d'une  de 
ses  ailes.  Le  pain  qu'on  lui  présentait,  il  refusait  obstinément 
même  de  le  regarder  ;  il  fallait  qu'il  fût  absolument  seul  pour 
y  toucher.  Mais  il  ne  tarda  pas  à  s'apercevoir  que  j'étais  étran- 
ger à  ses  malheurs  ;  qu'au  contraire,  je  ne  cherchais  qu'à  le 
consoler,  à  lui  rendre  la  vie  plus  douce,  et  la  confiance  en  moi 
ainsi  qu'en  les  personnes  de  la  maison  lui  vint  bien  vite,  jus- 
qu'à venir  à  nous  et  à  nous  avertir  par  un  petit  grognement  de 
reproche  que  l'on  avait  tardé  à  remplir  sonécuelle  de  pain,  car 
cet  enfant  gâté,  à  la  différence  de  mes  autres  palmipèdes,  ne 
mange  que  du  pain;  encore,  pour  qu'il  veuille  bien  l'accepter, 
faut-il  qu'il  soit  noir;  le  blanc  lui  répugne,  et  il  aimerait 
mieux  brouter  l'herbe  vingt-quatre  heures  de  suite  à  côté,  que 
d'y  toucher.  Je  suis  convaincu  d'ailleurs  que  c'est  par  caprice, 
parce  que  c'est  la  première  nourriture  qu'on  lui  a  servie,  à 
laquelle  il  a  pris  goût,  et  qu'il  mangerait  fort  bien  comme  les 
autres  Cygnes  de  l'avoine  et  toutes  sortes  de  graines,  si  on  le 
mettait  à  la  diète  quelques  jours;  mais  je  n'ai  pas  eu  le  cou- 
rage de  le  contrarier  à  ce  point.  Il  est  si  sobre  d'ailleurs  !  Une 
demi-livre  de  pain  noir  lui  suffit  amplement  chaque  jour  ; 
encore  là-dessus  mes  Canards  prélèvent-ils  bon  nombre  de 
bouchées,  et  c'est  d'ailleurs  l'unique  occasion  où  il  se  dé- 
partit un  peu  de  sa  placidité  ordinaire  et  de  sa  mansuétude  à 
l'égard  de  ses  compagnons  de  captivité.  En  effet,  comme  on 
le  sert  sur  un  socle  élevé,  où  ses  compagnons  plus  petits  ne 
peuvent  atteindre,  quand  il  dîne,  tout  un  peuple  de  parasites 
et  de  mendiants  font  cercle  autour  de  lui,  alin  de  guetter  les 


230  SOCIÉTÉ   NATIONALE    D'aCCLIMATATION. 

morceaux  et  miettes  pouvant  lui  échapper,  et  même  de  lui 
arracher  quelquefois  du  bec.  Là-dessus  sa  sei,2:neurie  n'en- 
tend pas  plaisanterie  et  inflige  aussitôt  une  juste,  mais,  il 
faut  dire  aussi,  peu  sévère  correction,  consistant,  suivant  les 
cas,  en  un  léger  coup  de  bec,  et,  dans  les  grandes  circon- 
stances, à  prendre  l'impertinent  par  les  plumes  du  dos  et  à  le 

rejeter  en  arrière 

Il  me  resterait  encore  beaucoup  à  dire  si  je  voulais  faire 
une  énumération  complète  de  toutes  les  aimables  qualités  du 
rare  et  bel  oiseau  dont  je  suis  l'heureux  possesseur;  mais,  par 
cet  individu  isolé,  pris  entièrement  à  l'état  sauvage  et  s'étant 
si  parfaitement  apprivoisé,  il  est  facile  de  prévoir  que  cette 
espèce,  l'une  des  plus  belles  du  genre,  ne  le  céderait  nulle- 
ment en  sociabilité  à  ses  congénères,  et  que  son  acclimatation 
comblerait  un  vide  dans  nos  jardins  et  nos  pièces  d'eau. 


LES   IRRIGATIONS 

AU  POINT  DE  VUE  DE  LA  CONSERVATION  DU  POISSON 

Par   M.    C.   BAVERET-AVATTEL  , 

Secrétaire  des  séances. 


Le  départemenL  de  l'Agriculture,  dans  sa  sollicitude  pour 
les  grands  intérêts  qui  lui  sont  conliés,  se  préoccupe  en  ce 
moment  des  voies  et  moyens  de  répandre  le  plus  possible 
l'usage  des  irrigations.  Tout  en  applaudissant  à  la  propaga- 
tion d'une  des  pratiques  les  plus  propres  à  augmenter  la 
richesse  agricole  du  pays,  on  ne  peut  s'empêcher  d'entrevoir, 
dans  les  travaux  projetés,  une  nouvelle  cause  certaine  et  très 
active  de  dépeuplement  pour  les  rivières,  si  quelques  me- 
sures protectrices  du  poisson  ne  sont  pas  prises. 

Assurément,  l'utilisation  des  eaux  pour  les  besoins  de  l'a- 
griculture, —  aussi  bien  que  l'amélioration  des  voies  naviga- 
bles ou  la  création  de  forces  motrices  pour  les  usines,  — 
présente  aujourd'hui  une  importance  qui  doit  primer  celle 
de  la  production  du  poisson.  Mais  il  est  grandement  à  désirer 
que  cette  dernière  ne  soit  pas  entièrement  sacrifiée.  Or  les 
irrigations  ont  été  et  sont  encore  tous  les  ioursune  des  causes 
les  plus  actives  de  la  disparition  du  poisson.  Les  irrigations, 
en  effet,  ont  lieu  au  printemps,  avant  la  fenaison,  et  en  été,- 
après  celte  opération.  Elles  sont  arrêtées  en  juin  et  en  sep- 
tembre pour  permettre  la  rentrée  des  récoltes,  et  c'est  là 
qu'est  le  danger.  Voici  pourquoi  : 

Les  tout  jeunes  poissons,  les  alevins,  affluent  toujours  dans  • 
les  fossés  des  prés  au  moment  des  irrigations.  Ils  y  sont  at- 
tirés par  les  proies  nombreuses  et  faciles  qu'ils  y  trouvent,  et 
aussi  par  l'instinct  de  la  conservation,  qui  les  pousse  à  fré-- 
quenter  des  eaux  courantes,  dont  le  peu  de  profondeur  ne 
permet  pas  aux  poissons  de  forte  taille  de  s'y  engager  à  leur 
poursuite.  Au  printemps,  ce  sont  les  alevins  des  espèces  qui; 


232  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D  ACCLIMATATION. 

frayent  en  hiver,  comme  la  Truite  et  le  Saumon;  en  automne, 
ce  sont  ceux  des  espèces  estivales,  de  la  Carpe  et  des  divers 
poissons  blancs.  Or,  pour  faucher  et  faner  les  herbes,  on  ferme 
les  vannes  d'alimentation  et  toutes  les  rigoles  sont  rapidement 
mises  à  sec.  Les  jeunes  poissons  qui  y  ont  pénétré  périssent 
alors  sans  exception,  «  et  cela  en  telle  abondance,  que  parfois 
des  cultivateurs  enlèvent  ce  fretin  par  brouettes  pour  nourrir 
leurs  porcs,  et  qu'aux  abords  des  canaux  asséchés  l'air  est 
vicié  et  infecté  par  le  poisson  pourri.  C'est  ce  qui  se  produi- 
sait notamment  pendant  les  premières  années  du  fonction- 
nement des  grands  canaux  d'irrigation  construits  dans  la 
vallée  de  la  Moselle,  et  alors  que  cette  rivière  était  encore 
très  poissonneuse  ;  aujourd'hui  même  que  cette  cause  perma- 
nente de  destruction  a  fini  par  ruiner  la  Moselle,  c'est  encore 
par  milliers  qu'à  chaque  mise  à  sec  on  peut  ramasser  des 
Truitelles  de  trop]  petite  taille  pour  être  consommées  et  qui 
pourrissent  dans  ces  canaux  desséchés  (1).  » 

D'après  M.  Gauckler,  ingénieur  en  chef  des^  ponts  et 
chaussées,  <  il  résulte  d'une  expérience  faite  à  ce  sujet  que, 
sur  un  hectare  de  prairie  irriguée,  il  est  mort  d'une  seule 
fois  vingt  mille  petits  poissons  environ,  dont  beaucoup  de 
Truites.  L'apport  des  eaux  est,  de  cette  façon,  fertilisant  pour 
les  prairies,  mais  l'irrigation  de  ces  dernières  est  la  destruction 
de  la  population  des  rivières.  Ajoutons  que  le  poisson  blanc, 
la  Carpe  surtout,  recherche,  pour  frayer,  les  eaux  chaudes  qui 
couvrent  les  gazons.  En  juin  et  juillet,  il  fraye  dans  les  rigoles 
d'irrigation  et,  en  septembre,  sa  progéniture  est  détruite (2)  », 
quand  on  met  les  rigoles  à  sec  (3). 

L'enquête  ouverte  par  la  Commission  sénatoriale  du  repeu- 
plement des  eaux  a  fait  ressortir,  du  reste,  les  inconvénients 

(1)  Commission  sénatoriale  de  repeuplement  des  eaux.  —  Rapport  fait  par 
M.  George  (des  Vosges),  secrétaire  de  la  Commission. 

(2)  Gauckler,  La  pisciculture  et  le  repeuplement  des  cours  d'eau.  Épinal, 
novembre  1878. 

(3)  Pour  obvier  à  cet  inconvénient,  on  a  parfois  songé  à  garnir  de  grillages 
rentrée  des  rigoles.  Mais  celte  mesure  a  le  défaut  grave  d'obstruer  souvent  les 
prises  d'eau  par  l'amoncellement  sur  les  grilles  des  herbes  et  des  débris  charriés 
par  les  eaux.  D'ailleurs,  efficace  en  ce  qui  concerne  les  poissons  d'une  certaine 
taille,  elle  est  sans  effet  pour  l'alevin,  qu'il  importe  surtout  de  protéger. 


LES   IRRIGATIONS.  23o 

graves  que  présentent  les  irrigations  au  point  de  vue  de  la 
conservation  du  poisson.  Parmi  les  dépositions  recueillies, 
plusieurs  ont  signalé  différentes  mesures  qui  permettraient 
sans  doute  d'atténuer  jusqu'à  un  certain  point  les  consé- 
quences désastreuses  des  mises  à  sec.  Ces  mesures  sont  les 
suivantes: 

4"  Rendre  obligatoire  un  aménagement  des  vannes  et  canaux 
tel,  que  la  fermeture  des  vannes  de  tête  ne  puisse  être  étanche 
et  qu'il  reste  toujours  dans  les  canaux  principaux  une  lame 
d'eau  d'une  épaisseur  déterminée,  et  en  communication  con- 
stanle  avec  la  rivière  (1)  ; 

2°  Prescrire  que  le  fond  des  canaux  soit  toujours  dressé  en 
pente  régulière,  de  façon  à  ce  que  le  poisson  se  trouve  forcé 
de  suivre  la  nappe  d'eau  et  ne  soit  pas  tenté  de  rester  dans  les 
flaques  et  les  petites  dépressions  où  on  le  prend; 

à"  Exiger  qu'aucune  manœuvre  de  vannes,  de  nature  à 
produire  un  abaissement  considérable  du  plan  d'eau,  ne 
puisse  avoir  lieu  sans  que  l'administration  en  ait  été  informée 
au  moins  deux  ou  trois  jours  à  l'avance;  de  manière  à  ce 
qu'on  puisse  envoyer  sur  place  un  agent  chargé  d'empêcher 
les  faits  de  pêche  et  faire  procéder  à  la  mise  en  rivière  de  tout 
le  poisson  resté  dans  les  canaux;  imposer,  en  tout  cas,  qu'au- 
cune manœuvre  ayant  pour  résultat  soit  une  mise  h  sec,  soit 
simplement  un  abaissement  notable  du  plan  d'eau,  ne  puisse 
avoir  lieu  que  lentement  et  par  gradation,  de  façon  à  per- 
mettre au  poisson  de  s'échapper  (2). 


(1)  M.  Gauckler,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées,  considère  ce  moyen 
comme  très  efficace,  et  il  s'exprime  ainsi  sur  la  question  :  «  Les  vannes  de  prise 
d'eau  des  rigoles  d'irrigation  [lourraient  toutes  être  munies  d'une  échancrure  à 
leur  partie  inférieure.  Elle  maintiendrait  la  communication  avec  le  cours  d'eau, 
et  permettrait  aux  alevins  répandus  dans  la  prairie  de  le  regagner.  Un  filet 
d'eau,  évacué  par  le  canal  de  colature,  devrait  continuellement  cire  maintenu 
dans  la  rigole  d'irrigation.  Cette  disposition  ne  nuirait  en  rien  aux  travaux  de  la 
récolte,  et  empêcherait  des  émanations  insalubres,  en  conservant  la  fraîcheur 
du  sol.  Prescrite  dans  les  Vosges  depuis  deux  ans,  elle  n'a  pas  suscité  plus  d'une 
seule  réclamation.  »  {La  pisciculture  et  le  repeuplement  des  cours  d'eau.) 

(2)  Une  disposition  assez  simple  paraîtrait  fournir  la  possibilité  de  supprimer, 
au  moins  en  grande  partie,  les  inconvénients  ([ui  résultent  des  irrigations  pour 
la  conservation  du  poisson.  Ce  serait  d'empêcher,  au  moyen  d'une  cloison  étanche, 
toute  communication  directe  entre  la  rivière  et  les  rigoles.    La  prise  d'eau  se 


234  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'ACCLIMATATION. 

Si  les  dépositions  recueillies  varient  dans  l'indication  des 
mesures  à  prendre,  toutes  sont  du  moins  d'accord  sur  la  né- 
cessité absolue,  — si  Ton  ne  veut  pas  assister  à  une  destruc- 
tion complète  de  la  population  déjà  si  réduite  de  nos  rivières, 
—  de  soumettre  les  prises  d'eau  à  une  réglementation  spé- 
ciale, à  une  surveillance  toute  particulière. 

Il  ne  paraîtrait  donc  pas  inopportun  d'appeler  sur  cette 
importante  question  la  bienveillante  attention  de  M.  le  Mi- 
nistre de  l'Agriculture,  au  moment  où  son  département  s'oc- 
cupe, avec  une  sollicitude  si  éclairée,  de  répandre  en  France 
la  pratique  des  irrigations  ;  car  il  est  très  désirable  que  les 
travaux  projetés  soient  exécutés  dans  des  conditions  dénature 
à  sauvegarder  le  plus  possible  les  intérêts  de  la  pêche  et  de  la 
pisciculture.  Celte  démarche  me  semble  rentrer  complète- 
ment dans  les  attributions  de  la  Société  nationale  d'Acclima- 
tation, et  j'ai  l'honneur  de  prier  le  Conseil  de  vouloir  bien  y 
donner  son  assentiment. 

Dans  sa  séance  du  10  avril  1883,  le  Conseil  a  approuvé  les 
conclusions  de  cette  note  et  décidé  qu'elles  seraient  soumises 
à  M.  le  Ministre  de  l'Agriculture. 

ferait  à  Taide  d'une  conduite  en  forme  de  siphon  partant  presque  du  fond  de  la 
rivière  et  passant  sous  la  cloison  étanche  pour  venir  aboutir  dans  la  rigole. 
Les  poissons  ne  s'engageraient  pas  volontiers  dans  ces  conduites,  où  l'eau  obéi- 
rait aux  variations  de  niveau  delà  rivière,  et  dont  une  clef  permettrait  de  régler 
le  fonctionnement  à  volonté. 


NOUVELLE  COMPOSITION  DE  PICKLES 

Par    M.    PAILLIEL'X 


S'il  est  fort  difficile  de  Irouver  aujourd'hui  des  plantes  pota- 
gères exotiques  qui  puissent  être  ulilement  introduites  dans 
nos  cultures  et  passer  directement  du  jardin  à  la  cuisine,  il  en 
est  quelques-unes  qui  peuvent  constituer  d'heureuses  acqui- 
sitions pour  nos  tables  en  sortant  des  mains  du  confiseur  ou 
du  vinaigrier. 

Le  Physalis  Peniviana  a  fourni  elle  année  un  aliment  1res 
intéressant  cà  Ja  confiserie.  Peut-être  estimerez-vous ,  après 
dégustation  des  Pickles  que  je  vous  présente,  que  des  res- 
sources nouvelles  sont  offertes  aux  vinaigriers. 

Aux  colonies,  les  Acharts;  en  Angleterre,  les  Pickles;  en 
France,  les  Cornichons  associés  à  d'autres  légumes,  sont  l'ob- 
jet d'un  trafic  important.  La  Société  d'Acclimatation  ne  sorti- 
rail  pas  de  son  rôle  en  indiquant  l'emploi  qui  peut  être  fait  de 
plantes  peu  connues  jusqu'ici  ou  même  absolument  incon- 
nues. 

Les  spécimens  qui  sont  sous  vos  yeux  ne  contiennent,  ni  le 
Slachys,  ni  la  Capucine  tubéreuse;  de  l'un,  je  n'avais  encore 
rien  récolté  ;  de  l'aulre,  je  ne  possédais  pas  cette  année  une 
seule  touffe  dans  mon  jardin  ;  mais  je  me  propose  de  confire 
cet  été  les  divers  légumes  dont  je  vais  vous  parler  et  de  vous 
présenter  l'an  prochain  des  bocaux,  dans  lesquels  ils  seront 
tous  compris. 

OIGNON  c.VTAWissA  {AlUum  fistulosiim,  VSlY.) 

L'Oignon  Catawissa  occupe  le  premier  rang  dans  la  compo- 
sition de  Pickles  que  j'ai  l'honneur  de  vous  proposer.  Il  a 
été  considéré  jusqu'ici  comme  étant  d'origine  américaine, 
mais,  tout  récemment,  en  parcourant  le  livre  du  docteur 
Ilretschncider  intitulé  :  Early  european  researches  inlo  the 


236  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

Flora  of  China,  j'ai  eu  la  satisfaction  de  découvrir  sa  véri- 
table patrie. 

Un  Français,  nommé  Louis  Le  Comte,  se  joignit  en  1687  aux 
jésuites  missionnaires  en  Chine  et  publia  à  Paris,  en  1696, 
un  ouvrage  en  deux  volumes  intitulé  :  Nouveaux  mémoires  sur 
VÉtat  de  la  Chine. 
L'auteur,  né  en  1655,  mourait  à  Bordeaux  en  1729. 
Le  Comte  parle  (1, 178)  d'un  Oignon  chinois  particulier  dans 
les  termes  suivants:  «  J'y  ai  vu  une  espèce  d'Oignon,  qui  ne 
vient  point  de  graine  comme  ceux  d'Europe,  mais,  à  la  fin  de 
la  saison,  on  voit  sortir  de  petits  filaments  sur  la  pointe  ou  sur 
la  tige  des  feuilles,  au  milieu  desquelles  se  forme  un  Oignon 
semblable  à  celui  qui  germe  dans  la  terre.  Ce  petit  Oignon 
pousse  avec  le  temps  des  feuilles  comme  celles  qui  le  soutien- 
nent, lesquelles  à  leur  tour  portent  un  troisième  Oignon  sur 
leur  pointe,  de  manière  néanmoins  que  leur  grosseur  et  leur 
hauteur  diminuent  à  mesure  qu'ils  s'éloignent  de  la  terre.  » 
Cette  description  ne  serait  sans  doute  pas  suffisamment 
probante,  si  le  docteur  Bretschneider  n'ajoutait  pas  ce  qui 
suit  :  «  Cet  Oignon  paraît  être  celui  qui  avait  été  décrit  sous  le 
nom  de  Lou  Iz'tsung  (Oignon  poussant  en  étages)  dans  le  Kin 
huang  imi  ts'ao  publié  à  la  fin  du  quatrième  siècle.  On  y 
trouve  aussi  une  bonne  figure.  La  description  porte  qu'au 
sommet  des  feuilles  poussent  de  quatre  à  cinq  petits  Oignons, 
et  que  sur  ceux-ci  d'autres  Oignons  se  produisent  encore,  for- 
mant ainsi  de  trois  à  quatre  étages.  Ces  Oignons  ne  donnent 

pas  de  graines » 

MM.  Yilmorin-Andrieux  et  C  ont  donné  une  bonne  descrip- 
tion de  l'Oignon  Catawissa,  description  que  je  transcris  :  «Très 
grande  Ciboule,  vivace,  prolifère,  c'est-à-dire  produisant  de 
petits  bulbes  au  lieu  de  fleurs,  à  la  manière  de  l'Oignon  Ro- 
cambole.  Plantées  au  printemps  ou  à  l'automne,  car  la  plante 
est  parfaitement  rustique  sous  le  climat  de  Paris,  ces  bulbilles 
donnent  la  première  année  des  pieds  à  deux  ou  trois  tiges  sur- 
montées de  bulbilles,  qui,  à  peine  constituées,  développent 
elles-mêmes  des  tiges  nouvelles  couronnées  de  nouvelles  bul- 
billes,lesquelles  donnentfréquemmentnaissance  à  un  troisième 


NOUVELLE   COMPOSITION   iJE   PICKLES.  237 

étage  de  pousses,  le  tout  s'élevant  de  75  à  80  centimètres. 

»  Après  un  ou  deuxans,  la  végétation  se  modifie.  Les  touffes 
deviennent  très  vigoureuses,  se  composant  de  vingt  à  trente 
montants,  dont  chacun  porte  de  dix  à  vingt  bulbilles,  mais 
développant  beaucoup  moins  souvent  des  tiges  secondaires. 

»  Le  goût  des  bulbes  et  des  pousses  est  cà  peu  près  celui  de  la 
Ciboule  commune.  Les  bulbilles  peuvent  aussi  être  consom- 
mées après  en  avoir  cependant  enlevé  la  première  enveloppe, 
qui  est  très  dure  ».  (Vilmorin-Andrieux  et  V\) 

L'Oignon  Calawissa  a  été  importé  d'Amérique  par  M.  A.  de 
Lentilhac  aîné,  et  mis  en  vente  par  M.  Gagnaire  lils  aîné,  hor- 
ticulteur à  Bergerac.  Je  l'ai  cultivé  dès  qu'il  a  été  introduit  et 
je  dirai  plus  loin  ce  que  j'en  pense.  Je  donnerai  d'abord  la 
parole  à  son  introducteur.  M.  Gagnaire  s'exprime  ainsi  dans 
la  Revue  horticole,  année  1875,  p.  57  :  «  Personne  n'ignore 
que  l'Oignon  qui  se  mange  en  vert  au  printemps  à  Paris 
comme  en  province,  est,  d'un  côté,  le  résultat  des  semis  que 
les  jardiniers  exécutent  dans  le  courant  du  mois  d'août,  tandis 
que  de  l'autre,  et  notamment  dans  notre  région,  l'oignon  vert 
est  obtenu  en  mettant  en  terre,  en  septembre  et  octobre,  des 
bulbes  impropres  à  la  consommation,  qui',  au  printemps 
émettent  trois  ou  quatre  tiges  vertes,  quelquefois  plus,  que 
l'on  détache  de  la  souche  selon  les  besoins  de  la  maison  ou  de 
la  vente. 

«  Quels  que  soient  les  moyens  employés,  il  n'en  reste  pas 
moins  avéré  qu'il  faut  semer,  repiquer  et  planter  annuelle- 
ment à  l'automne  l'Oignon  qu:  Ton  veut  consommer  en  vert 
au  printemps;  et  si,  d'un  autre  côté,  il  s'agit  d'obtenir  au  jar- 
din du  petit  Oignon  pour  confire,  je  n'ai  pas  à  dire  les  soins 
que  ce  travail  exige,  sans  compter  qu'il  n'est  pas  toujours 
facile  d'arriver  à.  des  résultats  salifsaisants.  Or  avec  l'Oignon 
Catawissa,  ces  inconvénients  disparaissent  puisfju'il  possède 
la  faculté  de  donner  à  chaque  printemps,  et  pendant  trois  ou 
quatre  ans,  des  Oignons  verts  en  abondance,  en  été  des  bul- 
billes en  quantité  pour  confire,  et  qu'il  ne  demande  d'autre 
culture  que  celle  que  je  vais  signaler. 

a  L'Oignon  Catawissa  est  une  plante  potagère,  à  souche  vi- 


238  SOCIÉTÉ    NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

vace,  émetlant  à  la  base,  au  printemps,  de  vingt  à  trente  liges 
grosses  comme  des  poireaux,  longues,  tendres  etexcellentes  à 
manger  en  vert  ;  plus  précoce  d'une  quinzaine  de  jours  ou 
même  d'un  mois  que  les  Oignons  plantés  à  l'automne.  On  le 
multiplie  de  bulbilles,  que  l'on  met  en  place  depuis  le  mois 
d'octobre  jusqu'en  février  et  que  l'on  traite  de  la  manière  sui- 
vante : 

»  Le  terrain  destiné  à  l'Oignon  Catawissa  ayant  été  travaillé 
et  copieusement  amendé  préalablement  à  l'aide  d'une  forte 
couche  de  fumier  ou  d'engrais,  on  trace  au  cordeau  plusieurs 
sillons  espacés  de  40  à  50  centimètres  chacun,  dans  lesquels  on 
place  les  bulbilles  que  l'on  distance  également  de  40  à  50  cen- 
timètres les  uns  des  autres.  Cette  distance,  de  laquelle  on 
peut  tirer  aisément  parti  la  première  année  en  cultivant  entre 
les  rangs  des  Chicorées,  des  Laitues,  des  Carottes,  etc.,  est 
indispensable  par  la  suite  à  cause  du  développement  que  ne 
manquent  pas  de  prendre  les  souches  à  la  deuxième  année  de 
plantation.  Les  bulbilles  mises  en  terre  d'octobre  à  février 
pousseront  vigoureusement  au  printemps,  mais  elles  ne  don- 
neront celte  première  année  qu'une  seule  tige,  que  l'on  main- 
tiendra à  l'aide  d'un  petit  tuteur.  Dans  le  courant  de  l'été,  cette 
tige  produira  au  sommet  un  ou  deux  étages  de  bulbilles,  que 
l'on  utilisera  pour  la  plantation  ou  desquelles  on  lire  parti  en 
les  confisant  au  vinaigre  à  la  manière  des  Cornichons. 

»  Lasecondeannéeest  celle  de  la  première  récolte.  Dès  la  fin 
de  février  jusqu'à  la  fin  d'avril,  quelquefois  même  jusqu'en 
mai,  à  la  place  des  bulbilles  que  l'on  a  plantées  l'année  précé- 
dente, on  trouve  une  touffe  d'Oignons  verts,  gros  comme  des 
Poireaux,  contenant  de  20  à  80  tiges  d'une  saveur  et  d'une 
qualité  qui  ne  lecèdent  enrienauxmeilleursOignonscultivés; 
et  comme  avec  cent  touffes  d'Oignon  Catawissa  un  ménage  or- 
dinaire ne  consommera  pas,  au  printemps,  les  tiges  vertes 
qu'elles  fournissent,  celles  qui  restent  aux  pieds  se  dévelop- 
pent, atteignent  une  hauteur  de  0"',80  à  1  mètre  et  se  cou- 
ronnent au  sommet,  en  été,  de  un  ou  deux  étages  de  bul- 
billes, que  l'on  utilisera  comme  je  l'ai  indiqué  ci-dessus. 

»  A  partir  de  ce  moment,  les  touffes  d'Oignon  Catawissa  pro- 


NOUVELLE    COMPOSITION    DE   PICKLES.  239 

duiront  pendant  deux,  trois  ou  même  quatre  ans,  et  à  chaque 
printemps,  des  tiges  en  abondance,  en  été  des  bulbillcs  en 
quantité,  et  cela  sans  autres  soins  que  quelques  binages  appli- 
qués pendant  le  cours  de  la  végétation  et  un  bon  labour  au 
printemps,  un  peu  avant  l'apparition  des  tiges 

»  L'Oignon  Catawissa  est  d'une  rusticité  sans  égale  puisqu'il 
supporte  sans  altération  20  à  30  degrés  au-dessous  de  zéro.  » 

La  note  de  M,  Gagnaire  est  suivie  de  quelques  observations 
de  M.  Carrière,  qui  a  reconnu  que  l'Oignon  Catawissa  est  abso- 
lument distinct  de  l'Oignon  Rocambole:  ce  qui  était  contesté. 

Je  n'ajouterai  rien  à  ce  qui  précède  relativement  à  la  culture 
de  rOignon  Catawissa,  si  ce  n'est  pour  l'approuver.  Quant  à 
ses  usages,  il  en  est  un  dont  je  ne  puis  mesurer  l'importance. 
Je  sais  qu'il  se  consomme  une  grande  quantité  d'Oignons  verts 
dans  certaines  parties  de  la  France,  mais  je  n'en  ai  jamais 
mangé.  Je  ne  puis  dire  si  les  tiges  du  Catawissa  ont  la  saveur 
de  l'Oignon  commun,  mais  je  puis  affirmer  avec  M.  Gagnaire 
que  ses  souches  sont  d'une  grande  fécondité. 

Je  me  bornerai  à  apprécier  le  mérite  et  l'utilité  de  ses  bul- 
billes.  Le  Catawissa  s'appelle  Oignon  dans  le  commerce, 
Ciboule  en  botanique  et  peut-être  Echalote  en  cuisine.  11  serait 
plus  vrai  de  dire  que  VAlliuni  chinois  a  une  saveur  qui  lui  est 
propre  et  qui  n'est  précisément  ni  celle  de  l'Oignon,  ni  celle 
de  la  Ciboule,  ni  celle  de  l'Echalote.  C'est  ce  qui  m'en  fait 
conseiller  la  culture.  En  effet,  les  bulbilles  du  Catawissa,  con- 
fites dans  le  vinaigre,  sont  excellentes  et  diffèrent  de  toute 
préparation  analogue. 

De  plus,  la  plante  est  très  curieuse.  On  en  trouvera  une 
figure,  très  exacte,  accompagnant  une  noie  de  M.  Carrière, 
dans  la  Revue  horticole,  année  4875,  p.  453. 

coNCO.MBRE  ANGOURiE  {Cucumis  Atiguria  Linné) 

Le  petit  volume  de  ce  Concombre  et  les  épines  molles  dont 
il  est  hérissé  lui  donnent  l'apparence  d'un  marron  d'Inde.  La 
plante  figure  depuis  longtemps  dans  les  catalogues  sous  le 
nom  de  Concombre  Arada,  qui  ne  lui  appartient  pas. 


240  SOCIÉTÉ    NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

Le  Concombre  Arada,  décrit  par  Descourtilz,  lire  son  nom 
d'une  conformation  particulière,  qui  le  fait  ressembler,  en 
un  certain  point,  aux  femmes  de  la  tribu  des  nègres  Aradas. 
Je  n'ai  pas  réussi  jusqu'ici  à  me  le  procurer.  C'est  le  Cucumis 
compressus  de  Linné. 

Le  Concombre  Angourie  croît  partout  naturellement  aux 
Antilles  et  principalement  dans  les  savanes  sèches  et  près  des 
rivières  dont  les  bords  offrent  une  riche  végétation.  On  le  ren- 
contre dans  la  Nouvelle-Grenade,  au  Brésil,  près  de  Bahia, 
dans  toute  l'Amérique  du  Sud,  principalement  dans  sa  partie 
orientale,  où  il  est  fréquemment  cultivé  dans  les  potagers. 

La  culture  de  l'Angourie  ne  présente  aucune  difticulté.  Cinq 
mois  s'écoulent  entre  la  date  du  semis  et  celle  de  la  récolte. 
On  sème  sous  châssis  en  mars;  on  met  la  plante  en  pots  en 
avril;  on  la  met  en  place,  sous  cloche  du  15  au  25  mai.  On  ré- 
colte du  10  au  15  août. 

La  fructification  est  d'une  abondance  extraordinaire.  On 
peut  compter  sur  une  centaine  de  fruits  par  pied;  mais,  si  les 
plantes  reçoivent  la  pluie  pendant  plusieurs  jours,  la  récolte 
est  entièrement  détruite.  On  n'est  assuré  de  récolter  qu'autant 
qu'on  préserve  la  plantation  de  l'eau  du  ciel  au  moyen  de  châs- 
sis vitrés.  L'Angourie  n'exige  pas  de  couche  neuve  ou  vieille. 
Il  suffit  de  la  planter  en  poquets,  garnis  d'un  peu  de  fumier 
consommé. 

Le  10  août  1876,  j'ai  présenté  à  la  Société  centrale  d'horti- 
culture des  Angouries  admirablement  bien  venues,  semées  le 
16  mars  et  chargées  d'une  multitude  de  fruits,  à  point  pour  la 
récolte.  Sous  le  climat  de  Paris,  c'est  une  plante  d'amateur 
que  j'ai  pris  grand  plaisir  à  cultiver. 

Dans  le  Midi,  sa  culture  serait  certainement  rémunératrice 
comme  on  en  pourra  juger  par  ses  usages. 

Les  fruits  de  l'Angourie  se  mangent  en  salade. 

A  la  Basse-Terre.  (Guadeloupe),  nos  soldats  d'infanterie  de 
marine  les  recueillent  dans  leurs  promenades  autour  de  la 
ville  et  les  ajoutent  à  leur  ordinaire.  On  prépare  de  diverses 
manières  ce  joli  petit  Concombre,  en  sauce,  en  conserves 
au  vinaigre,  notamment  dans  celles  qui  portent  aux  colonies 


NOUVELLE   COMPOSITION   DE    PICKLES.  241 

le  nom  à'Acharts.  Selon  Descourtilz,  {Flore  des  Anlilles), 
pour  le  préparer,  on  le  coupe  par  le  milieu  et  on  enlève  les 
graines  qu'il  contient  en  nombre  infini  ;  puis,  on  le  fait  cuire 
seul,  ou  avec  du  jambon,  ou  des  crabes,  ou  des  tomates,  ou 
bien  encore  avec  de  la  morue.  Pour  le  confire  au  vinaigre, 
selon  Fauteur  que  je  cite,  il  faut  le  dépouiller  de  ses  graines 
et  ajouter  des  tiges,  des  pampres  et  des  fruits  verts  de  piment. 

M.  le  docteur  Sagot,  dans  notre  Bulletin,  1872,  p.  550,  nous 
dit  que  le  jeune  fruil  cuit  du  Cuciimis  Anguria  est  tendre  et 
très  agréable.  La  plante,  dans  un  bon  terrain,  fructifie  beau- 
coup. C'est  le  Pepinhodo  mato  des  colonies  portugaises.  M.  Nau- 
din,  dans  les  Annales  des  sciences  naturelles,  a  publié  sur  le 
C.  Anguria  une  note  instructive  et  intéressante,  à  laquelle 
nous  renvoyons  le  lecteur.  Selon  lui,  la  plante  est  bien  d'ori- 
gine américaine,  ce  dont  il  avait  douté  d'abord  ;  elle  est  consi- 
dérée comme  potagère  et  cultivée  comme  telle  dans  une  grande 
partie  de  l'Amérique.  Il  semble  que  sous  ce  rapport  on  en  ait 
tiré  quelque  parti  en  Italie,  dans  le  siècle  dernier,  comme 
nous  l'apprennent,  dit-il,  Gilii  elXuarés  dans  un  opuscule  au- 
jourd'hui fort  rare  {Osservatione  fitologice,  etc.),  qui  fait  partie 
de  la  bibliothèque  de  M.  Delessert  et  de  celle  de  l'Institut. 

Je  conserve  dans  du  vinaigre,  préparé  avec  fleurs  de  sureau, 
piments,  etc.,  les  fruits  du  C.  Anguria  sans  leur  enlever 
leurs  graines.  Je  considère  cette  opération  comme  inutile  et 
j'emploie  les  fruits  entiers  saus  les  couper. 

Cette  conserve  est  très  jolie,  très  bonne.  Il  ne  faut  pas  con- 
fondre l'Angourie  avec  tous  ces  légumes  insipides  et  mous, 
véritables  éponges  à  vinaigre,  qu'on  a  l'habitude  d'associer  aux 
Cornichons.  On  devra  cueillir  les  fruits  avant  leur  entier  déve- 
loppement; leur  peau  durcit  assez  vite. 

Pour  conclure,  je  recommande  vivement  la  culture  de  l'An- 
gourie aux  amateurs  de  la  région  de  Paris  et  aux  horticulteurs 
ou  maraîchers  du  midi  de  la  France.  La  vente  de  ses  fruits  me 
semble  assurée. 


3*  SÉRiK.  T.  X.  —  Avril  18S:{.  Ki 


242  SOCIÉTÉ  NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

MiÔGA  {Amomum  Miôga  Thunb.) 

(Fam.  des  Zingibéracées.) 

Le  Miôga  est  originaire  du  Japon.  Il  a  été  décrit  par  Kaem- 
pfer  dans  son  ouvrage  intitulé  :  Amœnitatuni  exoticarum...^ 
p.  826. 

Il  a  été  recueilli  par  Thunberg,  Siebold  et  autres  botanistes 
près  de  Nangasaki.  Il  croît  spontanément-,  mais  il  est  généra- 
lement cultivé. 

Dans  le  livre  intitulé  :  le  Japon  à  VExposition  imiverselle 
de  4878,  je  lis  :  «  Le  Miôga  est  une  plante  dont  on  mange  les 
jeunes  tiges  et  les  fleurs.  Les  fibres  de  ses  tiges  peuvent  aussi 
servir  à  faire  des  cordes.  » 

M.  le  docteur  Hénon  m'écrivait,  le  11  avril  1879  :  «  Je  vous 
envoie  une  petite  racine  d'une  espèce  de  Gingembre  appelée 
au  Japon  Miôga  et  par  Thunberg  Amomum  Miôga.  On  en 
mange  les  inflorescences  avant  l'épanouissement  des  fleurs  ; 
c'est  assez  bon, 

»  Bien  que  toutes  les  Zingibéracées  soient  considérées  ici 
comme  de  serre  chaude,  cette  plante  passe  parfaitement  les 
hivers  chez  moi  depuis  trois  ans  en  pleine  terre,  plantée  à 
10  centimètres  de  profondeur  et  recouverte  en  hiver  d'un  peu 
de  feuilles  sèches.  Elle  a  bien  fleuri  l'été  dernier  ;  si  le  mor- 
ceau que  je  vous  envoie  est  un  peu  petit,  c'est  que  je  ne  l'ai 
encore  guère  multipliée  ;  s'il  ne  reprenait  pas,  je  vous  en  en- 
verrais de  nouveau  en  automne.  » 

Le  docteur  m'écrivait  encore  le  7  juin  de  la  même  année  : 
«  Mes  pieds  de  Miôga  ont  parfaitement  passé  l'hiver  en  pleine 
terre  et  poussent  de  tous  côtés.  Si  le  trop  petit  pied  que  je  vous 
ai  envoyé  ne  poussait  pas,  je  pourrais  vous  en  envoyer  autant 
que  vous  le  désireriez,  l'hiver  prochain.  » 

Je  n'ai  pas  demandé  un  second  envoi  à  mon  obligeant  cor- 
respondant, le  tronçon  qu'il  m'avait  donné  avait  si  bien  végété 
que  je  pourrai,  cette  année,  faire  une  plantation  de  400  pieds. 

Mon  Miôga,  on  le  voit  par  la  date  à  laquelle  je  l'ai  reçu,  a 
supporté  le  grand  hiver.  Il  était,  il  faut  le  dire,  protégé  par 


NOUVELLE   COMPOSITION   DE   PICKLES.  243 

une  épaisse  couverture  de  neige;  mais  en  1880-81  et  en 
1881-82,  1882-83,  rien  ne  le  défendait  contre  lelVoid.  Je  suis 
donc  arrivé  sans  échec  à  ma  cinquième  année  de  culture. 

11  n'existe  pas,  je  crois,  de  plante  plus  rustique  que  le  Miôga, 
ni  qui  se  multiplie  plus  rapidement.  Je  ne  l'ai  vu  atteint  d'au- 
cune maladie,  attaqué  par  aucun  insecte. 

Je  plante  les  tronçons  de  rhizome  dans  une  planche  de  jar- 
din large  de  1"\30,  sur  deux  lignes  parallèles  distantes  de 
50  centimètres.  Il  reste  donc  un  espace  de  40  centimètres 
entre  les  lignes  et  les  sentiers,  ce  qui  n'empêche  pas  les  plantes 
de  porter  sous  ceux-ci  leurs  tiges  et  leurs  inflorescences. 

Il  ne  se  montre  dans  la  planche  que  fort  peu  de  mauvaises 
herbes,  dont  un  binage  ou  deux  font  justice.  Arrosage  facultatif. 
Il  ne  faut  pas  biner  après  le  31  juillet.  On  risquerait  de  couper 
des  turions  et  des  inflorescences.  On  peut  sarcler  à  la  main. 

Vers  le  15  août,  commence  la  récolte,  on  surveille  la  plan- 
tation comme  celle  de  l'Asperge  ;  comme  les  turions  de  l'As- 
perge, on  coupe  tout  près  de  la  racine  dès  que  l'inflorescence 
laisse  voir  sa  pointe  aiguë  à  la  surface  du  sol. 

Je  n'ai  jamais  récolté  les  turions,  sauf  quelques-uns  seule- 
ment pour  les  déguster,  de  peur  d'amoindrir  la  multiplication 
On  les  récolte  comme  les  inflorescences  et  je  n'ai  pas  trouvé 
de  différence  appréciable  entre  la  saveur  des  uns  et  celle  des; 
autres.  .      ' 

Je  suppose  qu'il  convient  d'attendre  deux  ans  avant  de  ré- 
colter les  turions  d'une  plantation  et  de  ne  les  couper  qu'au 
printemps,  bien  qu'il  s'en  produise  aussi  pendant  l'automne. 
On  aurait  donc  régulièrement,  ce  me  semble,  une  récolte  d'in- 
florescences d'août  à  septembre,  et  une  récolte  de  turions  pen- 
dant tout  le  mois  d'avril.  Il  ne  serait  sans  doute  pas  prudent 
de  prolonger  la  coupe  au  delà  de  ce  mois. 

Je  n'insisterai  pas  sur  la  rusticité  du  iMiôga  et  sur  sa  rapide 
multiplication.  Je  parlerai  de  l'usage  qu'on  peut  faire  de.  ses 
turions  et  de  ses  inflorescences. 

J'ai  dégusté  ces  dernières  préparées  au  gratin  comme  le 
macaroni  en  couches  alternantes  de  légume  et  de  Pai:mesan 
râpé;  c'est  assez  bon.  i  ..   ..  . 


244  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D' ACCLIMATATION. 

Je  les  ai  mangées  en  salade  après  les  avoir  simplement  blan- 
chies à  l'eau  bouillante.  Je  lésai  trouvées  excellentes.  Un  léger 
goût  de  résine  disparaît  à  la  deuxième  ou  troisième  bouchée 
et  la  saveur  légèrement  piquante  du  légume  se  marie  on  ne 
peut  mieux  avec  celle  de  l'huile. 

Enfin  j'ai  associé,  pour  faire  des  Pickles,  les  inilorescences 
de  Miôga  aux  Angouries  des  Antilles,  aux  bulbes  de  l'Oignon 
Galawissa,  etc. 

Le  résultat  m'a  pleinement  satisfait  et  les  spécimens  que  je 
vous  présente  seront  dégustés  et  appréciés  par  vous. 

J'espère  qu'on  essayera,  avec  un  peu  de  persévérance, 
diverses  préparations  culinaires  de  ce  légume  absolument 
nouveau.  Il  reste  beaucoup  à  faire. 

A  ceux  qui  me  demanderont  si  le  Miôga  ressemble  à  telle  ou 
telle  autre  plante  potagère  de  nos  jardins,  je  répondrai  :  non, 
il  n'a  le  goût,  ni  du  Chou,  ni  du  Gardon,  ni  de  la  Tomate,  ni 
d'aucun  de  nos  légumes...  il  a  le  goût  du  Miôga. 

CAPUCINE  TUBÉREUSE  (Tropœohim  tuberosiim  Ruiz  et  Pavon). 

Plante  vivace  de  l'Amérique  méridionale.  Ses  graines  mû- 
rissent très  rarement  sous  notre  climat.  La  multiplication  a 
lieu  par  les  tubercules. 

Dans  l'ouvrage  intitulé  les  Plantes  potagères,  que  MM.  Vil- 
morin-Andrieux  et  G'"  viennent  de  publier,  la  culture  et  les 
usages  de  la  Gapucine  tubéreuse  sont  ainsi  décrits  :  «  Les- 
tubercules  de  la  Gapucine  tubéreuse  se  plantent  en  avril  ou 
mai,  en  pleine  terre,  à  50  centimètres  en  tous  sens;  il  con- 
vient de  donner  quelques  binages,  jusqu'au  moment  où  les 
tiges,  en  s'étendant  sur  la  terre,  l'ont  couverte  entièrement  ; 
l'arrachage  ne  doit  se  faire  qu'assez  avant  dans  l'automne^ 
après  les  premières  gelées,  les  tubercules  ne  se  formant  sur 
les  racines  que  tard  dans  la  saison,  et  ne  craignant  pas  les- 
effets  du  froid  tant  qu'ils  sont  en  terre. 

»  Guites  dans  l'eau,  comme  les  Garottes  ou  les  Pommes  de 
terre,  les  racines  de  la  Gapucine  tubéreuse  sont  aqueuses  et 
ont  un  goût  assez  désagréable,  quoique  parfumé.  En  Bolivie, 


NOUVELLE    COMPOSITION    DE   PICKLES.  245 

OÙ  la  plante  est  très  cultivée  dans  les  districts  montagneux 
élevés,  on  en  fait  geler  les  tubercules  après  les  avoir  cuits. 
Dans  cet  état,  ils  sont  regardés  comme  une  friandise  et  très 
recherchés.  Ailleurs,  on  les  expose  au  grand  air  dans  des  sacs 
de  toile,  et  on  les  mange  à  demi  desséchés.  11  ne  faut  donc 
pas  s'étonner  que  le  tubercule  frais  ne  nous  paraisse  pas  ex- 
cellent, puisque,  même  dans  le  pays  d'origine,  on  ne  le  mange 
que  préparé.  » 

Dans  une  note  du  docteur  Weddell  sur  quelques  tubercules 
comestibles  {Revue  horticole,  1852,  p.  448),  se  trouvent  des 
détails  intéressants  sur  l'usage  de  la  Capucine  tubéreuse  ou 
Ysano  :  «  C'est  donc  cuits  et  gelés  que  l'on  doit  manger  les 
tubercules  du  Tropœolum,  et  encore  faut-il  les  manger  avant 
qu'ils  ne  dégèlent,  c'est-à-dire  croquants.  A  cet  état,  je  puis 
affirmer,  car  j'en  ai  fait  l'essai  maintes  fois,  qu'ils  constituent 
un  mets  assez  agréable. 

»  Il  n'y  a  guère  de  jour  qu'on  ne  voie  sur  le  marché  de 
La  Paz  une  ou  deux  rangées  de  marchandes,  qui  ne  vendent 
autre  chose  que  ces  Ysanos  gelés,  qu'elles  profègent  contre 
l'action  du  soleil  en  les  enveloppant  d'une  étoffe  de  laine  ou 
de  paille.  Les  femmes  de  La  Paz  en  sont  toutes  extrêmement 
friandes,  et  elles  ont  rhabitud(3  de  les  prendre  comme  rafraî- 
chissement, pendant  la  chaleur  du  jour,  en  les  trempant  dans 
de  la  mélasse.  » 

Comme  on  le  voit  parles  extraits  qui  précèdent,  la  Capucine 
tubéreuse  ne  pourrait  guère  être  utilisée  chez  nous,  s'il  fal- 
lait, pour  manger  ses  tubercules,  les  dessécher  à  demi,  ou 
bien  les  cuire,  les  faire  geler  ensuite,  puis  enfin  les  tremper 
dans  de  la  mélasse  ;  il  était  donc  très  désirable  de  lui  trouver 
un  emploi  autre  que  celui  qu'elle  reçoit  dans  son  pays  natal. 

Lorsqu'en  1875  la  pensée  m'est  venue  de  la  confire  dans  le 
vinaigre,  je  croyais  être  le  premier  à  le  tenter  ;  mais  mon  ami, 
M.  Bois,  a  trouvé  et  m'a  communiqué  une  note,  publiée  dans 
la  Revue  horticole  de  1845-46,  p.  17,  par  M.  Neumann,  qui 
m'a  prouvé  que  j'avais  été  devancé,  .l'en  extrais  ces  quelques 
lignes  :  «  J'ai  essayé  de  mariner  ces  tubercules  au  vinaigre, 
comme  les  cornichons,  mais  sans  avoir  été  satisfait  du  résultat. 


*24G  SOCIÉTÉ   NATIONALE   d' ACCLIMATATION. 

Un  abonné  de  la  Revue  horticole  a  eu  la  même  idée  et  en  a 

apprécié  aiUremenl  le  produit Que  faut-il  en  conclure? 

C'est  encore  apparemment  qu'il  ne  faut  pas  disputer  des 
goûts,  ou  bien  que  mon  terrain  ne  convenait  pas  à  la  plante. 
Notre  abonné  a  laissé  mariner  ses  tubercules  pendant  trois 
mois,  n'a  ajouté  aucun  assaisonnement  et  a  trouvé  que  «  dans 
cet  état  ils  offraient  une  espèce  de  Cornichons  beaucoup  plus 
agréables  au  goût  que  les  véritables,  outre  que  le  vinaigre  a 
acquis  un  parfum  convenable  pour  servir  dans  les  sauces  et 
dans  les  salades.  » 

Je  n'hésite  pas  à  dire  que  c'est  Y  abonné  qui  a  raison.  Lors- 
que j'ai  confit  la  Capucine  tubéreuse  dans  le  vinaigre,  je  l'ai 
associée  à  tous  les  condiments  d'usage;  elle  a  cependant  con- 
servé son  goût  propre,  simplement  atténué.  J'ai  dégusté  celle 
préparation  en  famille,  et  je  l'ai  soumise  à  l'appréciation  de 
diverses  personnes,  qui  en  ont  fait  l'éloge  ;  je  ne  suis  donc  nul- 
lement surpris  que,  selon  le  dire  de  V abonné,  les  tubercules 
de  la  Capucine  tubéreuse  communiquent  au  vinaigre,  sans 
addition  aucune,  un  parfum  des  plus  agréables. 

STACHYS   AFFINIS 

Je  vous  ai  dit,  le  30  janvier  dernier,  tout  ce  que  je  savais 
sur  celte  plante. 

M.  le  docteur  E.  Bretschneider  nous  a  appris  que  les  Chi- 
nois mangeaient  ses  tubercules.  Ceux  qu'il  nous  a  envoyés,  et 
que  j'ai  plantés,  paraissent  devoir  se  multiplier  rapidement. 
Ils  ont  bien  passé  l'hiver  en  pleine  terre. 

Je  ne  sais  pas  comment  les  Chinois  les  préparent  pour  la 
table,  mais  les  Japonais  mangent  le  Stachys  Sieboldii,  très 
voisin  du  S.  af/înis,  après  l'avoir  confit  dans  du  vinaigre  de 
prunes. 

Je  crois  donc  pouvoir  introduire  ce  dernier  dans  la  compo- 
sition de  mes  Pickles. 


II.  EXTRAIT  DES  PROCÈS  VERBAUX  DES  SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  13  AVRIL  1883. 
Présidence  de  M.  E.  GossoN,  vice-président. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté. 

—  A  l'occasion  du  procès-verbal,  M.  le  Président  signale  l'utilité  qu'il 
y  aurait  à  ce  que  les  documents  publiés  par  la  Société,  concernant  la 
destruction  des  animaux  nuisibles  et  la  conservation  des  oiseaux,  soient 
adressés  au  ministère  de  l'Instruction  publique,  qui  saisirait  de  cette 
question  les  instituteurs,  et  leur  ferait  connaître  les  lois  et  arrêtés  en 
visfueur.  A  leur  tour  les  instituteurs  les  feraient  connaître  aux  élèves  des 
écoles  et  leur  en  inspireraient  le  respect. 

Des  dispositions  dans  ce  sens  seront  prises  par  le  Conseil. 

-  31.  le  Président  proclame  les  noms  des  membres  nouvellemeni 
admis  par  le  Conseil,  savoir: 

MM.  PRÉSENTATEURS. 

,..      .     .r.  ,      T^         -j        ,  f  A.  Berthoule. 

Blocman  (Henri),  18,   rue  des  Pyramides,  a  ^  .    „  .      , 

^^"^-  (  Raveret-Watte  . 

Rrousset  (Pierre),  négociant,  15,   rue  de  la  {  A.  Berthoule. 

République,  à  Cette  (Hérault),  et  à  Tunis,  !  Maurice  Girard 

rue  Szazaia.  (  i-  Grisard. 

.       ,„  ,    ,    ^       ,      (  Saint- Yves  Ménard 

Dalaut  (François),  43,  avenue  de  la  Grande-  )  j^^veret-Wattel 

Armée,  à  Paris.  (  L.'  Vaillant. 

.  „,,.       ^  ,    ,      ,,        .  ,'  A.Geoffroy  Saint-Hilaire 

Deltour  (Paul-Feli.v),  8,  rue   Labordere,  a  \  „    „ 

Neuilly  (Seine).  (  j^,^^^^^i^  j^  g^,^.^ 

r.  ,  . .  •  s      r.  •     w      I  '     .  ^  Leblond.  v 

Dujardin  (Frédéric),  19,  rue  du  Marche,  a     gaint-Yves  Ménanl. 

.  ^"^«"'"y  (Seine).  (  L.  Vaillant. 

_    .,       ,  (  A.  Berthoule. 
Kern  (Edouard),  banquier,  7,  rue  Scribe,  a  )  ,   p^-  „,.. 

L.  Vaillant. 

Berson 
Le  Pargneux  (Albert),  propriétaire,  au  châ-  \  a.  Geoffroy  Saint-Hilairc. 
teau  de  Beauregard,  près  Caen  (Calvados).  /  g^i^j.y.g,  Renard. 

,,.,,,,,.  ,    ,      ,.        ^  [  A.Geoffroy  Saint-Hi lai re. 

Pauliau  (Louis-Andre),  y,  rue  Labordere,  a  V  „   j, 

V       II     /c    •      \  1    *'  •  '  3SS\. 

Neuilly  (Seine).  /  .,        •    .    o^i.,^ 

j  ^         '  [  Marquis  de  Se  ve. 


24-8  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D' ACCLIMATATION. 

MM.  PRÉSENTATEURS. 

Ornano  (comte  Ludovic  d'),  au  château  de     J.  Cornély. 
la   Brauchoire-sous-Ghambray,  par  Joue-  |  Comte  d'Epremesnil. 
les-Tours  (Indre-et-Loire).  (  Marquis  de  Selve. 

Rivière  (J.-B.),    négociant,    95,  avenue  de  (  ^^l^^^      ^  .     „..  . 
Neuilly,  à  Neuilly  (Seine).  }  A-  GeoffroySa.nt-H.laire. 

•'  J  V         /  [  Saint-\vesMénard. 

RivoiRON  (Emile),  pisciculteur,  à  Sewayette,  ^  /  p  ■      ", 

commune  de  Miribel-les-Échelles  (Isère),  i    * 

^    \  Raveret-Wattel. 

Robert  (Hippolyte),  docteur  en  médecine,  ai  ,'     .      , 
I  ■       \\i     i^  S  J-  Grisard. 

Ligny  (Nord).  f  „  -.,-       . 

"  "^  ^         ^  V  Raveret-^Valtel. 

RouLLAND  (Claude),  principal  clerc  de  notaire,  \  „'         .  ^i,  ,.  i 
'  r    .'  /m  •       \  i    •    >  Raveret-Waltel. 

a  Geste  (Maine-et-Loire).  f  .    ,,  .,, 

c  /.  X    ,-         T^  .  .     •.       [  Saint-Yves  Ménard. 

OCELLIER  (de),  il,  rue  Parmentier,  a  Asnieres  \  <., 

,£,  •     V  l  Sturne. 

(seine).  f  ,    .,  ... 

^         '  V  L.  Vaillant. 

ViEViLLE  (Etienne),  batteur  d'or,  président'   A.GeoffroySaint-Hilaire. 

de  la  chambre  syndicale,  209,  rue  Saint-  ?  Saint-Yves  Ménard.   ' 

Maur,  à  Paris.  '  A.  Porte. 

\T       ,j      •  \  c^r,  ,    ,,     -i.     .  XT     -11    ,   A.  Gaudinot. 

YzAC(Louis),  83,  avenue  de  Neuilly,  a  Neuilly  \  »,  .. 

(Seine). 

\.  Lacroix. 

—  M.  le  Président  fait  part  à  l'assemblée  de  la  perte  regrettable  que 
la  Société  vient  de  faire  de  deux  de  ses  membres  :  M.  le  prince  Marc  de 
Beauveau,  vice-président  honoraire,  qui  dès  l'origine  de  la  Société,  lui 
avait  apporté  un  concours  des  plus  actifs  et  des  plus  utiles,  et  M.  Pierre 
Carbonnier,  qui  s'occupait  avec  tant  de  zèle  et  de  succès  de  l'introductio 
et  de  racclimatation  de  poissons  exotiques. 

--  M.  Camille  Dareste  adresse  la  lettre  suivante  :  «  Je  ne  sais  s'il  sera 
possible  de  faire  une  rectification  au  procès-verbal  de  la  séance  du  19 
janvier.  Je  n'avais  pu  malheureusement  assister  à  la  séance  et,  par 
conséquent,  demander  moi-même  cette  rectification  au  Secrétaire.  Mais 
tel  qu'il  est  rédigé,  le  procès-verbal,  en  ce  qui  concerne  mes  paroles, 
est  absolument  incompréhensible.  J'avais  parlé,  dans  ma  lecture,  de 
l'apparition  des  monstruosités  comme  étant  le  signe  d'une  modification 
nuisible,  dans  les  conditions  de  l'incubation. 

»  M.  Fornet,  dans  sa  seconde  réponse,  dit  que  les  faits  que  je  prenais 
pour  des  monstruosités  n'étaient  que  des  altérations  pathologiques,  et 
qu'il  n'y  avait  de  monstruosité  véritable  que  lorsqu'il  y  avait  fusion  de 
deux  embryons  primitivement  distincts. 


PROCÈS-VERBAUX.  249 

>  J'ai  répondu  à  M.  Fornet,  que  tout  en  considérant  les  monstruosités 
simples  comme  de  véritables  monstruosités,  et  non  comme  des  déforma- 
tions pathologiques,  dans  la  discussion  actuelle,  cette  distiaclion  n'a- 
vait point  d'importance.  En  effet,  quel  que  soit  leur  mode  de  formation, 
pathologique  ou  tératologique,  l'apparition  des  monstruosités  simples 
est  pour  moi  l'indice  de  toute  modification  dans  les  conditions  de  l'incu- 
bation, et  non  seulement,  comme  le  disait  M.  Fornet,  d'élévation  insolite 
de  la  température.  » 

—  MM.  Brousset  et  Feuilloy  adressent  des  remerciements  au  sujet  de 
leur  récente  admission. 

—  M.  le  U"^  Adrien  Sicard  fait  parvenir  deux  exemplaires  de  ses  études 
sur  l'huile  antiphylloxérique  Roux. 

—  M.  Marins  Galfard,  d'Oraison  (Basses-Alpes),  prie  la  Société  de 
vouloir  bien  lui  procurer  le  traité  sur  l'élevage  de  VAttacus  Yama-maï 
par  M.  Personnat  et  de  lui  adresser,  en  même  temps,  le  programme  des 
prix  encore  à  décerner. 

—  Des  demandes  de  cheptels  sont  adressées  par  MM.  Blancheton, 
Derré  et  Emile  Riom. 

—  M.  Henri  Fabre  remercie  du  cheptel  de  Cygnes  noirs  qui  vient  de  lui 
être  accordé,  et  demande  à  recevoir  des  Grenouilles-Bœufs. 

—  M.  E.  de  Laubépine,  de  Marcigny-sur  Loire  (Saône-et-Loire),  prie 
la  Société  de  vouloir  bien  lui  fournir  des  renseignements  sur  l'installa- 
tion des  pêcheries  de  Saumon  dans  les  fleuves. 

—  Le  Comité  central  d'exposition  de  l'île  de  la  Réunion  adresse 
Ja  note  suivante,  relative  à  différentes  questions  se  rattachant  aux 
travaux  de  la  Société  nationale  d'Acclimatation  et  intéressant  la  colonie, 
savoir  : 

«  [''Maladie  du  Café. —  La  colonie  est  très  préoccupée  des  conséquences 
que  peut  avoir  dans  un  avenir  plus  ou  moins  prochain,  une  maladie  qui  a 
fait  son  apparition,  l'année  dernière,  sur  les  feuilles  des  Caféiers.  Aussitôt 
qu'elles  sont  adultes,  elles  se  marquent  de  taches  circulaires  d'un  brun 
jaunâtre,  qui  finissent  par  les  envahir  presque  totalement;  elles  se  des- 
sèchent et  tombent  ;  en  peu  de  jours  les  sujets  atteints  sont  tout  à  fait  dé- 
pouillés et  beaucoup  de  fruits  n'arrivent  pas  à  maturité.  Celte  maladie  est 
attribuée  concurremment  à  un  ver,  VElachista  cofj'eela,  et  à  un  cham- 
pignon, l'Hemî/e/avastainaî.  Jusqu'ici  on  n'a  pu  y  opposer  que  quelques 
palliatifs,  tels  que  la  taille  des  arbusies  malades  et  l'incinération  des 
feuilles  et  des  branches;  il  s'agirait  de  trouver  un  remède  efficace. 
Dans  la  session  actuelle,  le  Conseil  général  a  voté  une  somme  de 
1000  francs  pour  aider  aux  expériences. 

»  2°  Extraction  des  fibres  des  plantes  textiles.  —  Nous  possédons 
un  grand  nombre  de  textiles  ;  mais  depuis  quelques  années,  il  a  été  intro- 
duit et  l'on  commence  à  cultiver  sur  une  grande  échelle  difiérentes 
Orties;  la  variété  préférée  de  beaucoup  est  celle  dite  Bœhmeria  utilis. 


250  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D' ACCLIMATATION. 

Malheureusement  il  nous  manque  une  machine  à  décortiquer  les  tiges  à 
l'état  vert,  au  moment  même  de  la  coupe,  parce  que  cette  plante  prospère 
surtout  dans  les  régions  élevées  de  l'intérieur,  dont  le  climat  pluvieux  et 
l'humidité  presque  permanente  sont  un  obstacle  insurmontable  à  sa 
dessiccation.  Il  est  beaucoup  question  dans  le  moment  d'une  machine, 
dite  de  Berthet,  du  nom  de  son  inventeur,  laquelle,  parail-il,  rempli- 
rait ce  but.  Un  des  députés  de  la  Réunion,  M.  Bureau  de  Vaulcomle, 
s'occupe  très  activement  de  cette  question  d'un  grand  intérêt  pour  le 
pays. 

»  Tout  récemment  noire  service  des  Eaux  et  Forêts,  dirigé  par 
M.  Echernier,  directeur  des  Domaines,  à  qui  la  colonie  est  redevable  de 
la  reconstitution  en  très  bonne  voie  déjà  de  son  couvert  forestier,  a 
introduit  et  s'applique  à  propager  le  Sanceviera  Ciibana  (famille  des 
Liliacées).  Cette  plante,  originaire  des  Antilles,  donne  des  fibres  plus 
fines,  plus  soyeuses  et  aussi  résistantes  que  celles  de  l'Aloès.  Le  Comité 
central  de  l'Exposition  serait  très  reconnaissant  à  la  Société  d'Acclima- 
tation de  lui  faire  connaître,  si  possible,  d'autres  textiles  de  qualité  su- 
périeure. 

ï>  Nous  devons  lui  signaler  ici,  d'une  manière  toute  particulière,  les 
efforts  tentés  dans  ces  derniers  temps  par  M.  Eugène  Veyrières  pour 
l'extraction  des  fibres  d'un  grand  nombre  de  textiles  indigènes. 

»  3"  Introduction  et  propagation  des  arbres  et  lianes  à  caout- 
chouc. —  L'introduction  de  la  meilleure  variété  que  nous  possédions 
actuellement,  VHevea  Gîiyanensis,  est  due  à  M.  Julien  Potier,  directeur 
du  Jardin  colonial.  Du  reste,  à  notre  Exposition  intercoloniale  de  1881, 
M.  Julien  Potier  a  obtenu  une  médaille  d'or  pour  introduction  du  plus 
grand  nombre  de  plantes  utiles  pendant  les  années  1879-1880  et  1881. 
La  colonie  trouverait  dans  la  préparation  du  caoutchouc  un  produit 
important  ;  elle  recevrait  avec  reconnaissance  des  semences  des  espèces 
préférées. 

»  i"  Fabrication  des  chapeaux  de  paille.  —  C'est  encore  là  une 
industrie  qui  tend  à  se  développer  ici  en  se  perfectionnant.  Un  grand 
nombre  de  familles  pauvres  y  trouvent  depuis  longtemps  des  moyens 
d'existence.  Mais  les  chapeaux,  fabriqués  avec  les  feuilles  du  latanier, 
sont  grossiers  et  peu  recherchés.  On  doit  au  D'  Eugène  Jacob  de  Corde- 
moy  et  à  M.  Julien  Potier  l'introduction  du  Carludovica  palmata  (fa- 
mille des  Pandanées),  avec  lequel,  dit-on,  se  fabriquent  les  vrais  panamas. 
Le  D-^  E.  Jacob  de  Cordemoy  a  le  mérite  d'avoir  le  premier  indiqué  et 
introduit  cette  plante  dans  la  colonie  ;  mais  sa  tentative  n'a  pas  réussi  ; 
M.  Julien  Potier  en  a  introduit  d'autres  plants,  les  a  cultivés  avec  le  plus 
grand  soin  et  en  a  distribué  déjà  un  grand  nombre  dans  plusieurs  de  nos 
localités.  Toutefois  des  doutes  se  sont  élevés  sur  le  point  de  savoir  si 
c'est  bien  avec  les  feuilles  du  Carludovica  palmata  que  se  fabriquent 
les  panamas.  C'est  un  point  qu'il  nous  importe  d'éclaircir  et,  à  cet  eflet, 


PROCÈS-VERBAUX.  251 

nous  faisons  appel  aux  lumières  de  la  Société.  »  —  Renvoi  à  la  seclioii 
des  Vésrétaux. 

—  A  l'occasion  de  cette  communication,  M.  Vavin  demande  si  l'on  ne 
pourrait  pas  essayer,  contre  la  maladie  du  Caféier,  l'emploi  de  la  lleur 
de  soufre,  qui  donne  de  si  bons  résultats  dans  le  traitement  des  Vignes 
atteintes  de  l'Oïdium. 

—  M.  Millet  fait  connaître  que  ce  mode  de  traitement  a  été  signalé  à 
la  réunion  de  la  section  des  Végétaux. 

—  M.  Lucien  Jlerlato  écrit  d'Aïn-Marmora  à  M.  le  Secrétaire  général  : 
«  C'est  avec  une  vive  et  légitime  satisfaction  que  je  m'empresse  de  vous 
annoncer  le  bon  résultat  du  commencement  de  l'incubation  artificielle 
des  œufs  d'Autruche  au  parc  de  la  Société  française  pour  l'élevage  de 
l'Autruche  en  Algérie.  Vous  n'ignorez  pas  que  cette  Société  a  bien  voulu 
me  confier  la  direction  de  son  exploitation. 

»  Les  premiers  flés,  au  nombre  de  trois,  sont  éclos  d'eux-mêmes,  sans 
aide;  sont  d'une  conformation  parfaite  et  mangent  et  courent  depuis  leur 
quatrième  jour  d'âge;  ils  ne  présentent,  jusqu'à  présent  du  moins,  au- 
cune des  difficultés  qui  ont  été  signalées  dans  l'élevage  de  l'Autruche 
couvée  artificiellement  en  Algérie. 

»  Considérant  que,  au  dire  des  plus  vieux  habitants  du  pays,  l'hiver 
que  nous  venons  de  traverser  a  été  un  des  plus  durement  éprouvés  depuis 
au  moins  vingt-cinq  ans,  j'espère  acquérir  bientôt  la  ferme  conviction 
que,  à  quelques  modifications  près,  l'élevage  industriel  de  cet  oiseau  est 
tout  aussi  pratique  dans  cette  colonie  que  sous  d'autres  latitudes. 

»  Je  me  ferai  un  devoir  de  vous  tenir  au  courant  des  progrès  que  la 
Société  française  est  appelée  à  faire  faire  à  cette  industrie  en  Algérie.  » 

—  M.  E.  Leroy  écrit  de  Fismes  (Marne)  :  «  Les  Perdrix  du  Boutan  ne 
m'ont  donné  jusqu'ici  que  deux  œufs,  puis  à  la  suite  des  grands  froids 
elles  ont  interrompu  leur  ponte  et  défait  le  nid.  Les  deux  œufs  sont  en 
incubation  sous  une  Poule.  Depuis  quelques  jours,  le  nid  est  refait  et 
hier  la  Poule  Boutan  jetait  des  pailles  avec  son  bec  par-dessus  son  dos. 
Il  n'y  avait  pas  d'œuf  cependant,  mais  la  ponte  est  imminente,  je  crois. 
Ce  qui  a  arrêté  les  oiseaux,  ce  n'est  pas  le  froid,  c'est,  à  mon  avis,  le 
manque  de  vers.  Ces  oiseaux  sont  avides  de  lombrics  et  bouleversent  le 
sol  de  leur  volière  pour  en  trouver.  Je  vais  leur  en  distribuer,  ainsi  que 
j'ai  déjà  commencé  à  le  faire,  et  le  Coq  les  ramasse,  appelle  sa  femelle 
et  les  lui  offre.  Je  vous  tiendrai  au  courant. 

»  .  ..Il  y  a  ce  matin,  3  avril,  deux  œufs  au  nid.  J'avais  mal  vu  hier, 
mais  c'est  si  profond,  et  j'ai  eu  peur  d'être  indiscret.  » 

—  M.  A.  Delaurier  aîné,  d'Angoulème,  écrit  en  date  du  5  avril  à  M.  le 
Directeur  du  Jardin  zoologique  d'acclimatation  :  «  J'ai  la  satisfaction  de 
vous  annoncer  que  les  deux  Poules  Tragopans  de  Blylh  ont  commencé 
leur  ponte,  l'une  hier,  l'autre  aujourd'hui.  Les  œufs  seront  bien  fécondés, 
je   n'en  doute  pas.   Le  Coq  très  excité  fait  entendre  assez  fréquennnent 


252  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

des  appels  ressemblant  assez  aux  miaulements  d'un  chat  sur  une  note 
plus  forte  et  plus  grave;  les  Poules  y  répondent  sur  un  ton  plus  sourd  et 
moins  fort.  Les  deux  oeufs  pondus  sont  de  la  grosseur  des  œufs  de  Lopho- 
phores.  Je  crois  que  la  ponte  sera  abondante.  Ils  absorbent  en  ce  moment 
des  quantités  de  verdure  et  de  lentilles  d'eau.  Une  des  paires  Tragopans 
de  Hastings  est  en  amour,  la  Poule  va  pondre  incessamment.  Je  ne  suppose 
pas  la  fécondité  de  cette  espèce  semblable  à  celle  des  Blyth.  Jusqu'à  pré- 
sent, ceux-ci  me  paraissent  des  oiseaux  d'avenir,  après  l'élevage  je  serai 
fixé  et  je  vous  dirai  mon  sentiment.  La  paire  Faisans  d'Elliotest  en  par- 
fait état,  mais  rien  encore  ne  me  fait  supposer  une  ponte  imminente. 

»  Toutes  mes  Perruches  de  la  Nouvelle-Zélande  à  front  pourpre,  auri- 
ceps  et  alpinus  couvent  ou  élèvent.  J'ai  déjà  obtenu  depuis  décembre 
dernier  31  jeunes  des  trois  paires  de  la  première  espèce.  Les  Perruches 
Erylhroptères  s'accouplent.  Les  Colombes  poignardées  et  Lophotès  ont 
leurs  premiers  jeunes.  P.ien  encore  des  deux  paires  Colins  de  Sonnini, 
dont  une  paire  a  passé  l'hiver  dehors  et  paraît  avoir  moins  souffert  que 
celle  que  j'ai  rentrée  en  appartement.  » 

—  M.  le  Directeur  du  Jardin  d'acclimatation  communique  la  lettre  sui- 
vante, qui  lui  est  adressée  par  M.  le  D^  Rabé,  de  Maligny  (Yonne)  :  «  Je 
pense  vous  intéresser  en  vous  annonçant  les  résultats  que  j'ai  obtenus 
avec  les  Oies  d'Egypte  que  vous  m'avez  envoyées  il  y  a  deux  ans. 

»  L'année  dernière,  la  femelle  n'a  pas  pondu  ;  cette  année,  malgré  un 
froid  de  4  degrés  en  moyenne  qui  un  jour  est  descendu  à  10  degrés,  mal- 
gré la  neige  sur  le  dos,  la  femelle  a  couvé  bien  régulièrement,  et  quatre 
petits  sont  éclos,  sur  six  œufs;  des  deux  autres,  l'un  était  clair,  l'autre 
contenait  un  oisillon  mort  à  terme  dans  la  coquille. 

»  Aujourd'hui  mes  quatre  oisillons  ont  dix  jours,  courent  sur  les  pe- 
louses avec  les  parents,  qui  ne  les  quittent  pas,  et  se  mettent  à  l'eau  très 
volontiers. 

»  Je  suis  moins  heureux  avec  les  Oies  du  Canada.  Le  mâle,  qui  m'est 
parvenu  en  1881,  par  le  même  envoi  que  les  Oies  d'Egypte,  pour  une 
raison  que  j'ignore  (sa  trop  grande  jeunesse  probablement),  n'est  pas 
supporté  par  la  femelle  que  j'ai  depuis  six  ans  et  qui  depuis  trois  ans 
pond  sans  résultat  (depuis  la  venue  de  ce  mâle).  Avant  lui,  d'autres 
mâles  l'avaient  fécondée  et  tous  deux  sont  morts  phtisiques  (tuber- 
cules dans  les  os,  cavernes  dans  les  poumons);  j'en  avais  fait  l'autopsie. 

»  Cependant  je  ne  désespère  pas  complètement  ;  j'ai  vu  ce  mâle  s'ac- 
coupler avec  une  Oie  de  basse-cour. 

ï  Pour  celte  année  je  n'ai  rien  encore  à  attendre  ;  la  femelle  couve  des 
œufs  inféconds.  » 

—  M.  de  Confévron  écrit  de  Langres  :  «  Je  viens  de  lire  avec  la  plus 
grande  attention  le  projet  de  loi  sur  la  chasse,  qui  a  été  présenté  le 
12  mai  188"2  à  la  Société  nationale  d'Acclimatation  par  la  Commission  y 
relative. 


FROCÈS-VERBAUX.  ^ÔS 

»  Les  dispositions  de  cette  loi  sage  et  bien  conçue,  auraient  certaine- 
ment, appliquées  avec  vigilance,  discernement  et  fermeté,  donné  d'excel- 
lents résultats  il  y  a  quinze  ans,  alors  que  le  mal  n'avait  pas  atteint  le 
degré  auquel  il  est  arrivé.  Mais  je  doute  qu'elles  soient  suffisantes,  main- 
tenant que  le  mal  est  à  son  comble. 

»  A  une  situation  désespérée  il  faut  un  remède  héroïque  et  j'eslime 
que  la  suppression  absolue  de  toute  chasse  pendant  plusieurs  années  ne 
serait  pas  de  trop. 

»  Dans  les  environs  de  Paris,  où  l'on  a  des  chasses  gardées  avec  des 
réserves,  on  ne  peut  se  faire  une  idée  de  l'état  de  choses  en  province, 
où  les  rares  couples  de  Perdrix  existants  pourront  à  peine  suffire  au 
repeuplement.  Non  seulement  il  faudrait  ne  plus  tuer  un  seul  de  ces 
oiseaux,  mais  encore  il  conviendrait  d'en  mettre  et  de  les  défendre. 

»  Une  vérité,  dont  il  serait  désirable  qu'on  fût  bien  pénétré,  c'est  que 
les  exceptions  introduites  dans  une  loi  comme  celle  dont  nous  nous  occu- 
pons, sont  des  portes  largement  ouvertes  aux  abus  et  aux  infractions. 
C'est  pourquoi  je  voudrais  que  la  chasse,  une  fois  fermée,  fût  absolument 
interdite,  sans  distinction  du  gibier  de  passage  ou  autre.  Cette  distinc- 
tion, très  délicate  à  établir  du  reste,  rend  la  surveillance  et  la  répression 
presque  impossiïjles.  En  effet,  sous  prétexte  de  chasser  des  oiseaux  d'eau 
ou  de  passage,  on  s'écarte  un  peu,  on  est  tenté,  l'occasion  fait  le  larron 
et  on  détruit  toutes  espèces  d'autres  gibiers.  Les  Ramiers  payent  pour 
les  Bécasses  absentes. 

»  La  latitude  laissée  aux  préfets  (art.  3)  d'ouvrir  et  de  fermer  la 
chasse,  sur  leur  seule  initiative,  me  paraît  trop  large  et  je  crois  qu'il 
serait  sage  de  demander  que  ces  décisions  ne  fussent  prises  qu'après 
consultation  d'une  commission  recrutée  parmi  des  personnes  compétentes 
dans  les  questions  d'histoire  naturelle. 

ï  Les  dispositions  du  paragraphe  5  de  l'article  4  me  semblent  aussi 
beaucoup  trop  élastiques.  11  est  nécessaire  de  prohiber  d'une  façon  gé- 
nérale et  absolue  la  destruction  de  tous  les  nids. 

»  Les  gardes  champêtres  ou  autres  agents  ne  peuvent,  en  eff'et,  distin- 
guer à  quelles  espèces  appartiennent  les  nids  trouvés  entre  les  mains  des 
maraudeurs.  Il  faudrait  leur  supposer  des  connaissances  assez  avancées 
en  ornithologie  et  qu'ils  n'ont  certainement  pas,  pour  croire  qu'ils  pour- 
ront reconnaître  la  nature  du  nid,  des  œufs  ou  même  des  petits  oiseaux 
non  encore  emplumés.  L'interdiction  complète  présente  moins  de  dan- 
gers que  la  latitude  laissée. 

»  Les  constatations  prescrites  par  le  paragraphe  4  de  l'article  5  de  la 
loi  primitive  sont  très  difficiles  et  ne  recevront  certainement  pas  sou- 
vent une  sanction  efficace.  La  nouvelle  rédaction  vaut  beaucoup  mieux. 
»  A  mon  humble  avis,  toute  condamnation  pour  contravention  aux  lois 
sur  la  chasse  devrait  entraîner,  pour  celui  qui  l'aurait  encourue,  la  pri- 
vation d'un  permis. 


254  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'ACCLIMATATION. 

»  Toutes  chasses  de  nuit  ou  avec  nappes,  filets,  raquettes  ou  engins 
quelconques  devraient  être  interdites,  la  chasse  au  fusil  étant  seule 
permise. 

»  La  nouvelle  loi  manque  aussi  d'une  disposition  interdisant  sur  le 
territoire  français  le  transport  de  Cailles  vivantes,  prises  au  départ  ou  à 
l'arrivée  sur  les  côtes  et  s'expédiant  par  milliers  en  Angleterre  ou  en 
Belgique.  Ces  agissements  doivent  nécessairement  amener  dans  un  temps 
limité  une  destruction  absolue  de  ces  charmants  oiseaux. 

»  Quant  aux  oiseaux  migrateurs,  très  improprement  appelés  de  pas- 
sage, il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  qu'ils  ne  sont  à  l'état  de  passants  que 
pour  se  rendre  là  oîi  ils  nichent.  Or,  s'ils  sont  détruits  pendant  la  route, 
la  reproduction  ne  peut  avoir  lieu.  Je  ne  pense  donc  pas  que  cette  dis- 
tinction entre  les  oiseaux  de  passage  et  ceux  qui  ne  sont  pas  considérés 
comme  tels,  doive  avoir  lieu.  D'ailleurs  la  chasse  de  beaucoup  d'entre 
eux  s'effectue  au  moment  des  nichées.  C'est  ainsi  que  lâchasse  à  la  passe 
de  la  Bécasse  est,  fort  à  tort,  permise  pendant  les  mois  de  mars  et 
d'avril,  qui  sont  ceux  pendant  lesquels  les  oiseaux  entrent  dans  leur 
saison  d'amour,  se  recherchent,  s'accouplent  et  nichent  dans  nos  con- 
trées, étant  des  plus  précoces.  Ils  voltigent  alors  en  se  poursuivant  au- 
dessus  des  taillis  et  c'est  là  ce  qu'on  appelle  la  passe.  Tuer  une  Bécasse 
en  mars  produit  donc,  au  point  de  vue  de  la  destruction,  le  même  effet 
que  tuer  une  Perdrix  en  mai. 

s  Le  paragraphe  5  de  l'article  9  est  un  de  ceux  que  j'ai  voulu  désigner 
comme  ouvrant  la  porte  aux  abus.  Le  paragraphe  7  du  même  article 
laisse  aussi  une  bien  grande  latitude  aux  préfets,  ainsi  qu'aux  Conseils 
généraux  dont  les  membres  ne  sont  pas  tous  ornithologistes. 

-»  Le  paragraphe  9  abandonne  les  oiseaux  d'eau  qui  fréquentent  les 
bords  de  la  mer  à  une  destruction  complète.  Ils  méritent  cependant  bien 
une  protection  quelconque  et  ont  aussi  leur  époque  de  reproduction,  qui 
s'effectue  non  loin  des  rivages. 

»  Article  12.  A  partir  de  la  fermeture  de  la  chasse,  tout  chien  ren- 
contré faisant  acte  de  chasse  et  accompagné  ou  non,  devrait  être  mis  en 
fourrière  et  donner  lieu  à  un  procès-verbal  contre  son  propriétaire. 

»  Les  savants  non  chasseurs,  ou  les  personnes  notoirement  connues 
pour  s'occuper  de  questions  scientifiques,  devraient  seules  pouvoir  bé- 
néficier des  dispositions  additionnelles  de  l'article  11. 

»  Maintenant  permettez-moi  une  digression. 

j  On  cherche,  dans  les  écoles  primaires,  à  inspirer  aux  enfants 
l'amour  des  oiseaux  et  à  réagir  contre  leur  penchant  naturel  à  la  des- 
truction des  nids.  On  ne  peut  trop  appaludir  à  ces  bonnes  dispositions, 
dont  les  oiseaux  et  les  enfants  ne  peuvent  que  tirer  profit.  Mais  on  doit, 
dit-on,  faire  une  distinction  entre  les  oiseaux  utiles  et  les  oiseaux  nui- 
sibles. Là  est  le  danger.  Outre  que  cette  distinction  subtile  ne  peut  guère 
être  que  relative,  qui  l'établira?  Comment  les  agents  ou  fonctionnaires 


PROCÈS-VERBAUX.  255 

reconnaîtront-ils  l'espèce  des  nids  saisis  entre  les  mains  des  délinquants, 
à  quels  oiseaux  ils  appartiennent  ?  Qui  dira,  ce  nid  est  de  Tourterelle, 
ce",  autre  d'Émérillon?  puisque,  selon  le  cas,  ils  constitueront  un  corps 
de  délit,  ou  seront  le  témoignage  d'une  bonne  action.  Enfin,  qui  peut 
déclarer  d'une  façon  certaine  que  tel  oiseau  est  nuisible  ?  Dans  cette 
catégorie  on  range  le  Corbeau,  or  celui-ci  détruit  les  vers  blancs  en 
grande  quantité.  A  ce  point  de  vue  donc  il  est  utile  et  je  ne  vois  pas 
que  d'un  autre  côté  il  commette  beaucoup  de  méfaits.  Les  Pies-griècbes, 
qui  mangent  les  peiits  oiseaux,  mangent  aussi  des  vers  blancs,  des  in- 
sectes, et  d'autres  oiseaux  déclarés  nuisibles  détruisent  bon  nombre  de 
rongeurs.  Comment  donc  déterminer  d'une  façon  certaine  si  le  bien 
qu'ils  font  d'une  part  ne  balance  pas  le  mal  dont  ils  sont  coupables  d'autre 
part  et  si,  somme  toute,  il  n'y  a  pas  compensation.  Les  rongeurs  eux- 
mêmes  n'ont-ils  pas  leur  bon  côté?  Les  Loirs  détruisent  un  nombre 
incalculable  de  Hannetons.  Faut-il  donc,  me  direz-vous,  ménager  ces  ani- 
maux? Non,  je  ne  vais  pas  jusque-là,  car  ils  font  plus  de  mal  que  de  bien, 
par  les  déprédations  auxquelles  ils  se  livrent  sur  les  nids  des  oiseaux, 
sur  ceux  des  Lapins  même  et  par  les  pertes  qu'ils  occasionnent  en  atta- 
quant les  plus  beaux  fruits. 

»  Quant  aux  oiseaux,  je  ne  pourrais  guère  parmi  eux  désigner,  à  coup 
sur,  comme  nuisible  que  la  Pie,  et  encore  ! 

i  Beaucoup  d'oiseaux,  sans  doute,  sont  coupables  de  méfaits  au  point 
de  vue  des  récoltes,  des  fruits  ou  même  des  autres  oiseaux.  Mais  ils 
racbètent  cela  en  aidant  au  repeuplement  de  nos  forêts,  dont  ils  dissé- 
minent les  graines,  ou  par  d'autres  services. 

■»  Je  trouve  donc  très  dangereux  de  dresser  une  liste  des  proscription;s 
et  de  dire  aux  enfants  :  Ceux-ci  sont  utiles,  ceux-là  nuisibles,  allez, 
épargnez  les  uns,  massacrez  les  autres  sans  merci!  On  peut  parfaite- 
ment ainsi  faire  fausse  route,  sans  compter  que  la  distinction  des  nids 
n'est  pas  toujours  facile  pour  des  enfants  inexpérimentés.  Rien  des  inno- 
cents seraient,  de  bonne  foi  ou  non,  sacrifiés  pour  les  coupables. 
■  ï  Avant  tout  il  faut  se  bien  pénétrer  de  cette  vérité  :  que,  dans  l'élat 
de  nature,  tout  se  trouve  dans  une  harmonie  parfaite  et  dans  d'admi- 
rables proportions,  qu'aucune  espèce  animale  ou  végétale  n'est  envahis- 
sante au  détriment  des  autres.  Les  animaux  se  faisant  récipro(iuemenl 
la  guerre  pour  l'existence  et  se  nourrissant  aussi  des  plantes,  il  en  ré- 
sulte que  tout  se  maintient  dans  un  équilibre  constant,  que  l'homme, 
avec  sa  civilisation,  ses  besoins,  sa  vie  en  agglomération  vient  seul 
déranger. 

»  Loin  de  moi  la  pensée  que,  pour  son  plus  grand  bien,  l'homme 
devrait  vivre  à  l'état  de  nature,  dans  la  barbarie  et  la  sauvagerie,  res- 
pectant les  animaux  fauves  ou  se  laissant  manger  par  eux.  Nul  ne  goûte 
plus  que  moi  les  bienfaits  de  la  civilisation  et  n'est  plus  partisan  de  ses 
progrès.   Mais,  lorsqu'il  s'agit  de  conservation  ou  de  propagation  des 


256  SOCIÉTÉ  NATIONALE   d'aCCLIMATATION. 

animaux,  on  ne  saurait  tenir  trop  grand  compte  de  leurs  conditions  na- 
turelles d'existence,  pour  s'en  rapprocher  le  plus  possible  et  pour  com- 
battre les  perturbations  qui  y  sont  apportées  par  l'humanité,  jetant 
nécessairement  un  trouble  dans  la  pondération  primitive.  Ceci  bien 
compris,  il  ne  faut  pas  une  abstraction  intellectuelle  bien  grande  pour 
se  rendre  compte  qu'en  détruisant  une  espèce  animale  quelconque,  fût- 
ce  la  plus  infime,  on  apporte  à  l'ordre  naturel  une  modification  dont  ou 
ne  peut  deviner  les  eftets  et  mesurer  les  conséquences. 

»  Ainsi  donc  ne  détruisons  qu'avec  une  extrême  circonspection  el 
beaucoup  de  réserve  les  oiseaux,  même  ceux  qui  nous  semblent  nuisi- 
bles, car  nous  ne  savons  pas  bien  ce  que  nous  faisons,  ni  la  répercussion 
infinie  que  la  suppression  d'une  espèce  peut  avoir  dans  la  nature. 

»  Mais  efforçons-nous,  au  contraire,  de  conserver  et  de  propager  les 
espèces  qui  nous  sont  utiles  ou  agréables,  par  tous  les  moyens  à  notre 
disposition,  et  pour  cela  ne  dédaignons  pas  les  enseignements  que  nous 
donne  l'observation  de  l'état  naturel  de  choses. 

»  En  ce  qui  concerne  la  chasse  et  la  conservation  du  gibier,  ayons 
une  loi  bien  nette,  bien  précise,  bien  compréhensible,  disposant  d'une 
façon  générale,  n'ouvrant  pas  la  porte  aux  exceptions,  ne  se  prêtant  pas 
aux  interprétations  ni  aux  distinctions  subtiles.  Surtout,  faisons-la  ob- 
server. 

»  Telles  sont  les  réflexions  [qui  m'ont  été  suggérées  par  le  projet  de 
loi  sur  la  chasse  et  par  mon  désir  de  voir  prendre  des  mesures  pratiques 
pour  la  conservation  du  gibier  et  des  oiseaux.  » 

—  M.  Léo  d'Ounous  demande  à  prendre  part  aux  distributions  d'œufs 
de  Salmonidés  faites  par  la  Société.- 

—  M.  Henneguy  adresse  plusieurs  exemplaires  d'une  note  qu'il  vient 
de  publier  sur  une  épidémie  qui  a  détruit,  cette  année,  tous  les  jeunes 
alevins  de  Truite  du  laboratoire  du  Collège  de  France. 

—  M.  Rivoiron  accuse  réception  el  remercie  des  œufs  de  Saumon  des 
lacs  qui  lui  ont  été  adressés. 

—  M.  Rathelot  écrit  du  Grand-Montrouge:  «  l^es  œufs  de  Saumon  des 
lacs  que  vous  avez  bien  voulu  me  faire  remettre,  sont  tous  éclos  dans  les 
journées  des  10  et  il  avril  ;  je  n'ai  éprouvé  qu'une  perle  de  7  œufs  sur 
les  800  que  vous  m'avez  donnés.  Les  œufs  de  Truite  que  j'avais  mis  en 
incubation  le  19  décembre  ont  mis  de  95  à  107  jours  pour  éclore,  à  la 
température  moyenne  de  +  5  degrés.  » 

—  M.  Cloquet  écrit  de  Sèvres  :  «  J'ai  reçu  de  la  Société,  à  la  fin 
d'avril  1882,  600  el  quelques  œufs  d'Attacus  Pernyi.  Comme  je  vous 
l'avais  annoncé  dans  mon  accusé  de  réception,  j'avais  partagé  mon  édu- 
cation en  deux  parties,  une  en  chambre,  l'autre  à  air  libre.  Le  1"  mai, 
vers  huit  heures  du'  malin,  l'éclosion  commençait  et  durait  ainsi  tous 
les  jours  suivants  de  huit  à  onze  heures  du  matin.  L'éclosion  a  été  en 
augmentant  de  jour  en  jour.  Le  premier  jour,  apparaissaient  7  larves, 


PROCÈS-VERBAUX.  257 

le  lendemain,  9,  et  ainsi  de  suite  en  augmentant.  Le  20  mai,  l'éclosion 
était  de  30,  elle  se  maintenait  ainsi  dans  une  moyenne  de  30  à  35  pendant 
trois  ou  quatre  jours  et  redescendait  ensuite  à  une  moyenne  de  15  jus- 
qu'au 26  mai.  A  partir  de  ce  jour  il  n'y  avait  plus  aucune  éclosion  ;  il 
était  né  371  vers,  quelques-uns  étaient  morts  à  la  sortie  de  l'œuf.  Les 
œufs  restant  se  déprimèrent  rapidement.  Je  fus  étonné  de  la  grande 
quantité  d'œufs  mauvais  (environ  250).  Je  ne  sais  à  quoi  attribuer  cela, 
L'éclosion  avait  lieu  dans  une  pièce  au  midi  (20  à  22  degrés).  Les  vers 
ne  mangeaient  pas  tout  de  suite,  ils  ne  commençaient  guère  que  dans 
la  nuit  suivante. 

ï.  Au  bout  de  quatre  ou  cinq  jours,  vers  le  1«  juin,   lorsque  je  jugeai 
la  température  suffisante,  je  plaçai  dans  mon  jardin  exposé  au  soleil, 
dans  une  cage  vitrée  et  grillée,  la  partie  que  je  me  proposais  d'éle- 
ver à  air  libre  (200  environ).  Les  autres  furent  laissés  dans  la  pièce 
d'éclosion.  Le  3  juin,  les  premiers  nés  entraient  dans  leur  premier  som- 
meil et  les  autres  successivement.  Malheureusement  pendant  le  premier 
sommeil,  une  nuit,  un  violent  orage  s'abattait  sur  le  pays,  la  cage  mal 
consolidée  fut  renversée  par  le  vent,  et  l'eau  entrant  dans  la  cage,  dé- 
truisait les  trois  quarts  de  mes  chenilles.  Le  lendemain  je  n'en  retrouvais 
qu'une  trentaine  qui  avaient  échappé  au  désastre.  Je  les  transportai 
aussitôt  dans  la  chambre  d'éclosion  avec  les  autres  et  je  renonçai  pour 
cette  année-là  à  l'éducation  à  air  libre. 

»  Les  variations  de  température  pendant  l'année  1882,  comme  vous 
le  savez,  ont  été  assez  brusques  et  le  thermomètre  a  peu  monté.  Le  so- 
leil a  été  assez  rare.  Quoique  l'éducation  ait  marché  assez  régulièrement, 
les  sommeils  ayant  lieu  à  espaces  réguliers  de  neuf  à  dix  jours  et  durant 
de  quatre  à  six  jours  en  moyenne,  avant  le  quatrième,  pour  une  cause 
que  je  ne  m'explique  pas  et  que  je  n'ai  pu  trouver,  j'ai  perdu  une  grande 
(juantité  de  chenilles.  Je  leur  ai  toujours  autant  que  possible  fourni  les 
feuilles  les  plus  fraîches  possible.  J'avais  choisi  dans  le  parc  de  Saint- 
Cloud  un  petit  taillis  de  chênes,  où  j'allais  faire  ma  récolte  de  feuilles, 
ne  choisissant  ni  les  jeunes  ni  les  trop  vieilles  feuilles  et  ne  voulant  pas 
changer  d'arbres.  Aucun  oiseau,  aucun  insecte  n'a  pu  m'en  détruire. 
Les  chenilles  mouraient  ou  disparaissaient  par  grandes  quantités.  Enfin, 
vers  les  premiers  jours  d'août,  les  quelques  vers  qui  avaient  échappé 
commençaient  leur  cocon.  J'en  ai  obtenu  une  quinzaine  et  j'ai  pu  éviter 
l'éclosion  des  papillons  et  aussi  une  seconde  éducation.  Je  compte  re- 
commencer cette  année,  si  mes  papillons  viennent  bien  et  s'accouplent, 
mais  je  doute  de  ce  fait  ;  il  ne  s'est  encore  rien  produit  dans  les  cocons. 
11  me  semble  pourtant  que  le  moment  serait  arrivé. 

»  Si  la  Société  peut  encore  cette  année  disposer  de  graines,  je  deman- 
derai la  faveur  d'être  compris  dans  cette  distribution  pour  une  toute 
petite  quantité,  espérant  n)ieux  réussir  celte  année  que  la  précédente. 
»  J'ai  semé  cette  année  du  Soya  liispida.  Placé  dans  un  terrain  sec, 

3' SÉRIE,  T.  X.— Avril  1883.  17 


258  SOCIÉTÉ   NATIONALE   D'aGCLIMATATION. 

crayeux,  il  a  parfaitement  réussi  et  a  été  d'un  rapport  très  considérable. 

)i  J'avais  aussi  obtenu  de  la  Société  une  petite  quantité  de  graines  de 
Sagyina  (Sorgbo).  Semé  en  ligne  comme  du  Maïs,  il  a  parfaitement 
réussi.  Les  épis  sont  très  bien  venus,  le  grain  était  très  beau  et  très 
bien  formé,  mais  il  n'est  pas  arrivé  à  complète  maturité.  J'attribue  cela 
au  peu  de  soleil  et  aux  mauvais  temps  que  nous  avons  eu  l'été  dernier. 
Les  tiges  sont  d'une  liauteur  de  2  mètres  à  peu  près,  bien  fournies,  et 
donnent  une  très  bonne  paille  qui  peut  remplacer  la  paille  de  Mais. 
La  croissance  est  assez  rapide  et  la  maturité  a  eu  lieu  vers  la  fin  de 
septembre. 

»  J'avais  donné  une  petite  quantité  de  graines  de  Soya  et  de  Saggina 
à  une  personne  habitant  Montgeron,  chez  laquelle  elles  ont  aussi  très 
bien  réussi. 

»  Une  personne  habitant  Juvisy  m'a  appris  hier  qu'il  y  a  quelques 
jours  on  avait  capturé  dans  la  Seine  un  Saumon  pesant  23  livres  et  me- 
surant environ  80  centimètres  de  long.  Je  crois  être  utile  à  la  Société 
en  lui  signalant  ce  fait,  qui  n'est  pas  rare,  à  ce  qu'il  paraît,  dans  ce 
pays.  » 

—  M.  Alfred  Wailly  adresse  de  Tudor  Villa,  Norbiton  (Angleterre), 
un  rapport  sur  ses  éducations  de  Bombyciens  séricigènes  pendant  l'an- 
née 1882.  11  y  joint  un  article  sur  les  Lépidoptères  anglais  et  européens, 
extrait  du  Land  and  Watei-.  «  J'attends,  écrit  M.  Wailly,  une  caisse  de 
Cocons  Mylitta  (grande  race  de  l'Himalaya),  la  seule  que  j'ai  réussi  à 
élever  en  ltS79.  Ils  me  sont  expédiés  de  Calcutta  et  le  navire  est  à  Lon- 
dres depuis  vendredi  dernier.  Si  les  Cocons  sont  tous  bien  vivants,  j'en 
aurai  bon  nombre,  car  j'en  attends  d'autres  de  Ceyian  et  de  Bombay  ; 
mais  on  ne  peut  compter  que  sur  ce  que  l'on  tient  eu  bon  état.  » 

—  M.  Pontet,  président  de  la  Société  d'Horticulture  et  d'Acclimatation 
du  Cantal,  adresse  une  demande  d'oeufs  de  Vers  à  soie  du  chêne. 

—  M.  Mollinger  adresse  de  Godesberg,  près  Bonn  (Allemagne),  un 
petit  lot  de  cocons  de  différentes  espèces  de  Vers  à  soie  :  Telea  Poly- 
phemus,  Attacus  cynthia,  Samia  cecropia  et  Samia  Promethea,  tous 
de  provenance  américaine.  —  Uemerciements. 

—  M.  Charles  Baltet  prie  la  Société  de  vouloir  bien  lui  faire  parvenir 
des  œufs  de  plusieurs  espèces  de  Vers  à  soie. 

—  MM.  Fabre  père,  Le  Guay,  Jean  Burky,  Duplantier,  V.  Fleury, 
Guy  aîné,  Lecointre,  Mathey,  Emile  Meunier  et  Mollinger  demandent  à 
orendre  part  à  la  distribution  de  graines  annoncée  dans  la  Chronique. 

—  MM.  Mathey, Gnecchi  et  Mollinger  remercient  des  envois  de  graines 
qui  leur  ont  été  faits. 

--  M.  Fréd.  Bomanet  du  Gaillaud  prie  la  Société